LE MONT ROSA
pices pour obtenir une bonne altitude, et les heures choisies très-favorables. En effet, M. Plantamour, directeur de Tobservatoire de Genève, après avoir déterminé la hauteur de Thospice du Saint-Bernard au-dessus du lac Léman par deux nivellements directs partant du lac et aboutissant au seuil du couvent, en a ensuite calculé la hauteur par dix-huit années d'observations barométriques correspondantes à celles de l'observatoire de Genève. Le résultat de cet immense travail, c'est que les observations barométriques correspondantes, prises entre deux heures et quatre heures de l'après-midi, ne donnent, en août et septembre, qu'une erreur probable de j^ de la hauteur, soit 1 mètre pour 1 300 mètres environ. On comprend que des observations barométriques plus nombreuses doivent inspirer plus de confiance encore. Du 15 juillet au 7 août 1841, nous fîmes. Bravais et moi, au sommet du Faulhorn, cent cinquante-deux observations barométriques continuées de jour et de nuit de trois heures en trois heures. La moyenne de ces observations donne 2 682 mètres pour k hauteur de cette montagne; le chiffre de la géodésie est de 2 683 mètres : ainsi, encore dans ce cas, le baromètre est l'égal du théodolithe, et de nombreuses observations barométriques équivalent à la répétition des angles mesurés sur le cercle de ^instrument.
S 3. Une ascension du mont Rosa.
Un autre morceau d'un grand intérêt tout à la fois histo-t rique et descriptif, est celui de M. Emile de Laveleye sur le mont Rosa (n* 422); l'aperçu des études dont rorographie de la Suisse a été Tobjet depuis le commencement du dixhuitième siècle mérite d'être reproduit :
Il n'y a pas longtemps que Thomme connaît, ou plutôt qu'il a commencé de connaître le relief de la planète qu'il habite. Ce qu'il ignorait surtout jadis, c'était la direction des chaînes de montagnes, la hauteur relative de leurs points culminants, la forme de leurs massifs, les plis et les lignes de faîte qui en déterminent le contour. L'orographie est une science toute moderne. Quoique les Alpes s^élèvent au centre de FËurope civilisée, jusque vers la fin du siècle dernier la géographie au-
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rait pu inscrire sur une grande partie du territoire qu'elles occupent terra incognita avec presque autant de raison que sur les espaces inexplorés do TAuslralie ou de TAfrique équatoriale. Ces monts au profil dentelé, ces pics argentés qui enserrent les vertes plaines de la Lombardie de leur cadre splendide et qu'on peut dénombrer un *k un du haut du dôme de Milan ou du campanile de Venise, nul ne les avait visités, sauf le pâtre ignorant qui Tété y conduisait ses moutons, ou le chasseur qui y poursuivait le chamois. En Suisse même, où on les voyait de plus près, on ne possédait aucun de ces éléments de nombre et de mesure qui donnent à l'esprit la connaissance des choses en y imprimant une image exacte et conforme à la réalité. Dans un livre très-curieux, qui est comme le premier modèle de ces albums illustrés si répandus aujourd'hui, et qui date de 1712, les Délices de la Suisse^ Tauteur, Gottlieb Kypseer, de Munster, affirme que les plus hautes montagnes des Alpes sont le Schreckhorn, le Grimsel, le Saint-Bernard et le Saint-Gothard, et il ajoute que jamais on ne parviendra ni à les gravir ni à les mesurer. Dès cette époque pourtant, Jean Scheuchzer, professeur à Zurich, avait parcouru les Alpes dans un intérêt scientifique de 1702 à 1711. Le premier il était parvenu à déterminer quelques hauteurs au moyen du baromètre, mais il ne s'était point écarté des grandes voies de communication, et il n'avait point songé un instant à s'élever sur les sommités culminantes, qu'il considérait comme inaccessibles.
Pour comprendre à quel point Ton ignorait la structure véritable des massifs et des rides de soulèvement qui constituent le relief de la croûte terrestre, il suffit de jeter un coup d'œil sur une carte qui date du siècle dernier. Les chaînes de montagnes sont représentées par une série de petits monticules isolés, vus de profil, ayant chacun son ombre portée, sans lien qui les rattache les uns aux autres, et présentant une série de dépressions qui forment autant de cols qu'il y a d'intervalles entre deux sommets dessinés au hasard. Le cours des rivières et la direction des vallées sont assez fidèlement représentés, parce qu'on a pu en suivre les détours, tandis que les hauteurs sont tracées suivant la fantaisie du graveur, parce que le géographe n'en connaît pas mieux que lui la structure et les ramifications.
Cette ignorance à peu près complète de la forme extérieure des régions montagneuses ne doit pas nous surprendre. Rien de plus difficile que d'apprécier la masse des grandes chaînes,