NIVELLEMENT DE LA FRANCE
se partage Dotre territoire , et sous ce rapport seul ce sera un côté remarquable des grands travaux géodésiques qui de notre temps ont pris en Europe un si beau développe* ment; mais cette immense opération aura aussi une multitude d'applications d'une utilité immédiate et pratique. Elle iournira à tous les^ services publics, à tous les intérêts agricoles et industriels , un nombre de cotes de hauteurs assez considérable pour que les uns et les autres soient assurés de trouver toujours une base préparée pour leurs projets.
A propos des opérations du nivellement général , M. Huber touche une question sur laquelle Tattention ne s'arrête pas communément , le point de comparaison employé pour les altitudes. Ce point de comparaison, c'est le niveau de la mer; mais que faut-il entendre parle niveau de la mer? Est-ce la marée basse, est-ce la marée haute, est-ce un chiffre moyen? Et de quel point du littoral faut-il partir? De Dunkerque, de Saint-Nazaire ou de Marseille?
Frappés de Tobscurité inhérente k ce mot stéréotypé , le niveau de la nur, mot qui dans sa précision apparente ne précise rien, des hommes compétents, et M. Bourdaloue lui-même, ont proposé d'autres plans de comparaison. Tout bien examiné, cependant , on en est revenu définitivement au niveau de la mer, comme au plan le plus pratique et le plus saisissable à tous les esprits. Seulement on a cherché les moyens d'en faire disparaître le vague.
 cet effet une commission a été formée par l'administration le 13 janvier 1860. Cette commission a été chargée de déterminer le niveau moyen de la mer auquel devaient se rapporter toutes les altitudes du nivellement général de la France. Elle a reconnu « que le niveau moyen de U mer ne paraissait pas être le même dans les différents ports de la Manche et de l'Océan; que dans ces circonstances, la détermination d'un niveau moyen général était une chose difficile en elle-même, indépendamment des incertitudes
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que présente la question des marées ; que la Méditerranée, dans laquelle le flux et le reflux sont très-faibles le long des côtes de France^ et dont le niveau moyen semble être le même à Cette et à Marseille, offrait une surface de niveau très-propre k atteindre le but que «e proposait l'administration. »
Sur la proposition de la commission , et le préavis du conseil général des ponts et chaussées , M. le ministre des travaux publics décida que le niveau officiel auquel devaient dorénavant se rapporter toutes les altitudes, serait le niveau moyen de la Méditerranée tel qu'il est établi k Marseille, à 0?',4 au-dessus du zéro de Téchelle des marées.
Les lignes nivelées jusqu'à ce jour par M. Bourdaloue sillonnent dans tous les sens notre territoire. Du centre de la France elles rayonnent vers le nord, l'est, le sud et l'ouest, traversant toutes les villes, tous les chefs -lieux de départements; elles relient ensemble tous les points du littoral et de la frontière, de Dunkerque à Strasbourg, de Strasbourg à Nice , de Nice à Perpignan , de Perpignan à Bayonne, de Bayonne à Brest et de Brest à Dunkerque. Ce vaste réseau constitue une longueur totale de 14965 kilomètres, dont 13 085 de bases de haute précision et 1880 de bases de deuxième classe.
M. Bourdaloue estime que dix années et un crédit de 5 millions suffisent pour achever l'opération sur toute la superficie de la France. Gomme l'État consent à entrer pour moitié dans les frais, laissant l'autre moitié (ce qui est juste) à la charge des départements, il ne s'agit plus que d'obtenir des conseils généraux ce complément de subside. L'utilité du travail est tellement évidente et la charge relativement si faible, qu'on peut, à n*en pas douter, considérer l'opération comme devant se réaliser dans un temps rapproché. Beaucoup de conseils généraux ont, il est vrai, ajourné leur concours, et quelques-uns même Tout nettement refusé; mais ce sont là de petites oppositions