ETHNOGRAPHIE
619. Lélut. De l'égalité considérée dans ses rapports avec riDégalité des races humaines. Retue contempiMrainef sept. 1865.
620. Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris. T, II, 2* et 3« iascicuies. Paris, 1865, in-8, p. 69 à 332, avec pi.
Le premier fasdcale de ce 2« Tolame a para en 1863. Yoiei le contenu des trois Casdcoles, qui ne complètent pas encore le Tolome :
P. Broca, secrétaire général, histoire des traTaox de la Sodeté, 1859- 63. — Datty, rapport eomptéflseBtaire sar les traraiu anthropologiques de M. Bro^ — ttoge d'Em. Godard; — D' Pnmer-Bey^ de la eherelare comme caraetérîstîqiie des races homaines. — La mâchoire humaine, de Monlm-Qaignon. — InstttictioBs géoérales pour les recherches et obeenratioDS anthropelogiqMa. — D* Pruner-Bey, sor les origines ho^roiaes. — J. Ch. M. Bomdin, de raeeroisaement de la taille en Fraaee. — J. A H. Ftrier, Essai sur les croisemeuts ethniques.
621. Bulletins de la Société d'anthropologie de Pans. T. VI. Fascicules 1 à 3. Paris, 1865, in-8.
Le 3* iascievle va ptaq^à, ia page 418. 9v le caractère des Bolletîns de la Société d anthropotope^ dont Imléréi i'empOTte de beaocoiip lor celui des Mémoires, Toir k 2* Totame de VÀinnée, p. 434«
622. Memoirs read belbre th« Antbropc^ogical societj of Londoo, 1863-64. Vol. I. Lâftd., ISfô, iikS, Tm-533 pages, avec fig. et tableaux.
Contenu da vetaae :
J. Hunt, On the Mefr&'f plice m oatore, p. f-M. ~ T. B. Puteock,
On the weight of th« brun 'xa Cbe S'^gr», ftS-^f et iVhWt^—W Bollaert^ Obserrations oa t^ paet and présent po^iaiCloiis of the New World, 72-119. - i- r*»r»/im. Ou tiie twt> j>ri«cipal form» of aocieat british and gaoHsh ikaEit, î*v^W *t Vf^^f>. -^ W. IMlnert, Introdoetion to the palaeograpkrj (d A««rw*^ f«>-i^. — W. T. Pritckard, Viti aad its inbabitants, !>$•»*. — ^. ft^m^f, som6 accoant of t^e astronomj of the Red Mai» M £îi« »«^ 'W<^&. 'H*vim. — S. Bamard tktris, The Neaoderthall akmU, MMO$. ~ (^. )t^ ^nherfs, Oa tbe diecorery of large kist-vaeo* in tfe« k-^fewui-i^ r;rtgt ^«*td', <v>ntaining oms of chloritic schist, 29<^289' — <.>*rftrr ^^kV, ftnwftrVf» on th« boman remains frora the island of Ur»i»t, l'>^1*»T. — R.?. ^H-fo*». .votes on certain matters connecled with the D^aÂ^wa^n, 3*W-'»î. — W. T. ^ritchard^ On anthropologicaî msAUfrt f*,!<y*«ftw^ th<i ^»mow»ii, .tri-W6. — E. Setlon, On the pbaJIic worsbîp ^n ISf^ »y;^34. '- T. Ikméyskt, The histoiy of Antbropoiogf, iîiMê.
623. The hnthTf*[/)U>gitsil ^fi^\^rw ;«nd loupnal of the Anlhropological vjci'rty of r»rMArt- U»uAfit%, IWf,. T. IH (N** 8 à 11), in-« (Trûbner;.
Un cahier eha^fœ trhnMKf^ ; 4 ntiméros forment un Toinme. — Le JoutimU (mi Boltetliiï de tai %mMI^ a sa pagination à part, à la suite de cha/iae czhier de U /^««',ia^, — iM Revue se compose, du moins ea trèsgrande partie, d «rt^^tes crVli<ro«i oo analytiques sur les publications anglaises ou étran^^, r^miires à 1 ethnographie ) le Journal conli-nl
le compte rendu des séances de la Société, avec Tanalyse ou la reprO' d action intégrale des mémoires lus.
G24. Comte Achmet d'Héricourt. Annuaire des sociétés savantes de la France et de l'étranger. France. Paris, 1862, in-8, vin-278 pages (Durand).
Répertoire fort utile, surtout lorsque Tauteur sera panrena à être tenu régulièrement au courant des travaux des Sociétés. Nous, qui avons dû y renoncer, par suite de Timpossibilité d'obtenir de la trèsgrande majorité de MM. les secrétaires des communications régulières, nous sommes bien loin de faire à M. le comte dliéricourt le reproche de ne pas y être parvenu jusqu'à présent. Il y a heureusement deux classes de sociétés ; et les sociétés sérieuses sont en général disposées à se prêter, dans l'intérêt de la science et de leurs propres travaux, à tontes les communications utiles.
Nous aimons à rencontrer dans une Revue un de ces rares articles où la plume d*un maître prend une question scientifique, — ou même quelquefois le mouvement d'une science tout entière , — et la dépouillant de l'appareil technique qui ne s'adresse qu'aux adeptes, sait la mettre à la portée de tous par la clarté de Texposition et le bonheur de la forme. C'est ainsi que la science sort des écoles ou de l'enceinte réservée des académies, et, sans rien perdre de sa dignité, devient accessible à tous les esprits curieux des choses de Tintelligence. Le piquant artiste de M. Lélut sur les races humaines est un travail de cet ordre (n* 619). Nous ne l'analyserons pas : il faut le lire ; mais nous en citerons le début.
Parmi les hommes qu'intéressent Faspect et le mouvement du monde, il n'en est peut-être pas un qui n'ait quelquefois réfléchi à cette prodigieuse variété de couleurs, de formes, de forces, d'iotelUgences, à ces innombrables degrés de sauvagerie, de barbarie, de civilisation, qu'a de tout temps offert, et qu'offre maintenant encore, la masse immense de l'humanité répandue sur toute la surface du globe. Il j a, dans cette variétô et ces degrés, de quoi satisfaire, on peut le dire, tous les goûts et toutes les imaginations.
Au premier rang, car ils se scandaliseraient si on ne leur
donnait que le second rang, se présentent les hommes blancs, avec leurs avantages et leurs prétentions de toute sorte, des formes que, des pieds à la tête, ils n'hésitent pas à regarder comme le type du beau ; des dents bien droites, bien humaines, un esprit qui ne le cède ni à leurs dents ni à leurs formes, un amour-propre encore au-dessus de leur esprit.
Ensuite, et en extrême opposition avec ces hommes blancs, privilégiés de notre espèce, il y a les hommes noirs, noirs comme ce bois de leur pays dont les marchands de bois cVébène avaient trouvé plaisant de leur donner le nom ; avec de vilaines formes, c^est au moins ainsi que les blancs en jugent, des dents bien blanches, il est vrai, mais peu caressantes, et obliques comme celles d'un cheval ou d'un loup ; pas de gras de jambe, des talons aussi allongés que ceux d'un singe, une tête non moins ravalée, un front écrasé, de la laine en guise de cheveux, un nez surtout et une bouche qu'on prendrait pour un museau ; et, en harmonie avec toute cette enveloppe, un esprit qui est à peine un esprit, des imaginations d'enfant, la volonté, je me trompe, la passion de la brute ', un langage presque ridicule, quand il y en a un, lorsqu'il ne se réduit pas au gloussement de certains singes; tout un ensemble qui, en effet, rappelle la gent quadrumane, dont certaines de ces peuplades se croient, dit-on, les cousines germaines.
Entre ces deux extrêmes de l'espèce humaine, comblant ou masquant l'intervalle, vient la foule bigarrée des hommes bruns, verdâtres, rouges, cuivrés, jaunes, de formes plus ou moins belles ou laides, plus ou moins voisines de celles de la race blanche ou de la race noire, d'aptitudes plus ou moins élevées, de langages, bien entendu, en rapport avec la nature ou le degré de ces aptitudes, et sous ces divers rapports différant profondément les uns des autres, les jaunes des verts ou des olivâtres, ceux-ci des rouges, différant, à plus forte raison, des noirs et surtout des blancs.
Un ignorant qui n'aurait jamais entendu parler des graves questions qu'on rattache au fait de toutes ces différences, de toutes ces oppositions entre les cinq ou six grandes fractions surtout de la race humaine, à qui Ton poserait pour la première fois, et comme un problème tout civil, la question de leur origine, la question de savoir, oui ou non, si toutes ces fractions
1. Cuvier, Discours sur les révolutions de la surface du globe, 1 vol. in-8, p. 226. Paris, 1830.
502 GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE. (n*** 617-624)
ont une commune provenance, descendent d'un seul couple primitif, cet ignorant, ou je me serais bien trompé, ouvrirait de grands yeux, de grandes oreilles, et peut-être s'imagineraitil qu'on veut mettre son caractère et son esprit à l'épreuve.
L^Écriture semble déclarer qu'un seul couple, le couple d'Adam et Eve, est Ja seule et unique souche de tout le genre humain d'aujourd'hui, des hommes blancs, jaunes, rouges, noirs, des civilisés, des sauvages.
Faut-il voir dans cette histoire autre chose qu'un récit nécessairement adapté à des temps, à des peuples, à des esprits primitifs? Faut-il, pour ce qui est des origines de notre espèce, faut-il y voir presque un dogme ? La Genèse, réserve faite de son saint caractère, est-elle un livre de science, un traité d'astronomie, de géologie, d'ethnologie? Est-ce même toujours un livre d'histoire? N'est-il pas permis de faire remarquer que, durant des siècles, on a déduit du même récit ou de ceux qui le suivent le mouvement du soleil autour de la terre, l'impossibilité des antipodes, la courte durée du inonde, l'uniTersalité du dernier déluge, toutes choses maintenant bien abandonnées V sans que cet abandon ait rien ôfé à la religion de sa'divinité, de sa puissance, sans qu'il en soit résulté la moindre atteinte à ses vérités fondamentales, à ses vrais et innombrables dogmes ? Pourquoi n'en serait-il pas ainsi de la question des races humaines, de leur unité ou de leur pluralité primitive ? Sur celte question et sur celles qui s'y rattachent, est-on bien sûr d'avoir, jusqu'à présent, interprété avec vérité le texte sacré ? Est-il donc défendu d'exprimer sur ce sujet les réflexions, les difficultés, les doutes d'une science qui ne demande qu'à rester chrétienne, et qui regretterait d'avoir ici encore à répondre à d'imprudentes attaques, par le mot de Galilée? Pourquoi,dans des discussions qui importent tant à la connaissance de notre histoire, et par cela même peut-être à la prévision de notre avenir, apporter, soit d'une part, soit de l'autre, une âpreté, une intolérance, qui ne sont réellement plus de notre temps?
L'unité primitive de la race humaine, cette unité dont on a ainsi voulu faire un dogme, c'est à peine si l'on en est très-assuré, même quand on ne fait que considérer, les unes en regard
1. Buflfon, Époques de la nature, — Buckland^ la Géologie et la Minéralogie dans leurs rapports avec la Théologie natureUe, Irad. par
Doyèro, 1838.
des autres, les grandes fractions qui composent les principales nations eiclusivement blanches et civilisées, soit de TAsie, soit de l'Europe ; les variétës, les oppositions, les contrastes, soit de fond, soit de forme, soit, de corps, soit d'esprit, qui les sé« parent ; qui séparent, en d'autres termes, les uns des autres, les Syriens, les Hébreux, les Arabes, les Indous, les Persans, les Afghans, les Slaves, les Germains, les descendants actuels des Gaulois et des Pélasges grecs et latins.
Le doute prend de plus grandes proportions * lorsqu'on oppose les unes aux autres les nations plus ou moins civilisées, quelquefois très-civilisées, d'autres fois à peine civilisées, qui appartiennent non plus seulement à l'espèce blanche, mais à l'espèce jaune, les nations de races dites indo-européenne ou oaucasique, sémitique, mongolique, et autres dénominations dont il serait téméraire de garantir toujours l'exactitude. Quelque puissance de modification qu'on veuille attribuer sur Tespèce humaine aux circonstances extérieures de toutes sortes, climat, genre de vie, institutions, histoire, ces nations ou ces races, considérées en elles-mêmes, dans leur nature intime, semblent, jusqu'à présent, si peu disposées à s'entendre, à se comprendre, à se mêler pour constituer des nations mixtes, qu'on est presque invinciblement amené à se demander si cette nature intime n'est pas une nature d'origine, d'origine séparée et distincte, absolument en contradiction avec la doctrine de l'unité.
Cette question devient presque une afârmation quand on compare les nations de races blanche ou jaune, caucasique ou mongolique, non plus seulement entre elles, mais avec toutes les autres nations ou variétés de l'espèce humaine répandues dans les deux hémisphères : variétés rouge, olivâtre, brune, noire, couvrant de leurs multitudes sans nombre^ sous les dénominations et les divisions également les plus nombreuses, trois au moins des cinq parties du monde : l'Amérique, l'Océanie, enfin cette immense Afrique, dont les ténèbres, jusqu'à présent, semblent représentées par la couleur de ses sauvages habitants. A voir toutes les différences, les oppositions que mettent entre toutes ces variétés, blanche, jaune, rouge, brune, noire, de notre espèce, non-seulement leur couleur, mais leurs formes, soit générales, soit particulières, la nature et le degré
1 . Cuvier lui-même doutait de l'unité des races {Discours sur les rétolutions de la surface du globe ^ \ vol. in-8, p. 223 et 227. 1830).
de lear intelligence, de leur civilisation, leur langage, leurs sentiments de défiance plutôt que de sympathie les unes à l'égard des autres, la première idée qui nous vient, il faut ea convenir, et sans la respectueuse considération due au récit di Moïse, ce serait peut-être aussi la dernière, c'est que toutes ces variétés, loin d^avoir une seule origine, ont, au contraire, des origines multiples, à chacune desquelles était adaptée la partie du globe qu'on peut regarder comme sou berceau. Celtâ idée est surtout flagrante et irrésistible quand on oppose aux races blanches et même jaunes, qui tiennent et ont toujours tenu la tête de la civilisation, toutes ces races noires et crépues, si peu civilisées et si peu civilisables, chez la plupart desquelles l'état sauvage ou demi-sauvage est et a toujours été l'état normal, et dont beaucoup, dans leur dégradation bestiale, sont manifestement un passage de l'espèce humaine aux espèces animales supérieures, ou, plus exactement, aux grands singes. Il ne vous entre pas dans l'esprit que ce noir du Bénin ou de l'Australie puisse descendre du même ancêtre que le blanc de Paris ou d'Athènes. Il ne vous entre pas dans Tesprit, en dépit de toutes les chutes et de toutes les dégradations, malgré la coopération, durant une longue suite de siècles, de toutes sortes de circonstances favorables à ces abâtardissements, que d'un tel aïeul blanc et véritablement homme, ait pu descendre à la fin un tel petit-fils noir et si irrémédiablement brute.
l'exposition de 1867. 505
Nous ne pouvons mieux clore cette revue annuelle qu'en inscrivant k notre dernière page une disposition, aussi libérale qu'heureusement conçue, que vient de prendre le gouvernement de l'Empereur pour Texposition universelle de 1867, snr la proposition de M. Duruy, ministre de Tinstruction publique. Voici le rapport du ministre ; il est daté du 8 novembre 1865 :
Sire, ridée des expositions périodiques est une idée toute française. Elle date de Louis XIV pour les beaux-arts, de la Révolution pour rindustrie , et la France, après. Tavoir jetée dans le monde, Ta sans cesse agrandie afin de la rendre plus féconde.
Vous vouliez déjà, Sire, il y a seize ans, convier tous les peuples à ces grandes solennités. Ce fut TAngleterre qui réalisa cette pensée et vit la première exposition internationale.
Le palais. d'Hyde Park n'avait reçu en 1851 que des objets fournis par la nature elle-même ou par l'industrie humaine. En 1855, l'Empereur décida que les deux anciennes expositions françaises seraient réunies : Tart fut placé à côté de l'industrie.
Au milieu des magnificences étalées à Londres en 1862, on reconnut que le plus précieux des instruments de travail était encore Thomme, et qu'on augmenterait la valeur productive de Touvrier en augmentant sa valeur intellectuelle. La Commis-
sion anglaise oréa une classe spéciale de renseignement populaire; pour le même objet, la Commission impériale vient d'en établir deux.
Mais les expositions internationales tendent à devenir la représentation complète de la société moderne dans tous ses modes d'activité. Après avoir placé Part à côté de l'industrie qu'il embellit et relève , Votre Majesté voudrait mettre la science pure auprès des applications qui n'en sont que la manifestation extérieure. En môme temps que TEmpereur fait étudier les questions qui pourront conduire à trouver l'organisation que, depuis la destruction des jurandes, le monde industriel n'a cessé de chercher, Vous désirez, Sire, qu'on demande aux sciences morales et politiques ce qu'elles ont produit depuis vingt ans pour améliorer l'état de la société ; aux lettres françaises, ce qu'elles ont fait c pour élever l'âme de la nation. »
Le moyen de réaliser cette pensée est simple. Que l'Empereur daigne autoriser le ministre de l'instruction publique à être exposant. Si ses produits tiennent peu de place sous une forme bien modeste, ils n'en fixeront pas moins l'attention, et je ne crains pas de dire que plusieurs survivront aux triomphes de leurs plus brillants voisins, puisqu'on eux, bien plus encore qu'en ceux-ci, se trouvera contenu l'esprit de la France.
Je me suis déjà assuré du concours d'hommes considérables qui présenteront dans une série de rapports signés de leur nom, afin que chacun garde l'honneur comme la responsabilité de son œuvre :
lo Les progrès accomplis en France dans les sciences mathématiques, physiques et naturelles, depuis vingt ans, c'est-à-dire depuis rère des grandes expositions ;
2« Les progrès accomplis par les sciences morales et politiques dans leurs applications aux besoins de la société ;
3*" Le rôle des lettres françaises, qu'on étudierait moins au point de vue de la forme, ce qui est la tâche de la critique littéraire, que dans leurs effets sur l'éducation générale du pays. Car au palais de l'Exposition, au milieu de ces produits matériels qui sont une promesse de bien-être, les arts libéraux ne peuvent entrer que pour dire ce qu'ils apportent aux peuples, non pas seulement de nobles distractions, mais encore de force et de dignité morale.
L'Empereur, qui étend sa sollicitude du simple enseignement de l'école primaire aux plus hautes spéculations de la science, ne peut donner à celles-ci un encouragement plus efficace que
l'exposition de 1867. 507
ce tableau des efforts, des grandeurs, et même sur de certains points, des défaillances de Tesprit de la France.
S11 convenait aux nations étrangères de faire un semblable examen sur elles-mêmes, ce ne serait plus seulement des inventions de chacune que toute profiteraient. Par la comparaison des progrès obtenus en des lieux divers, dans Tordre scientifique et moral , chaque peuple serait mis sur la voie de progrès nouveaux ; le niveau de la civilisation générale monterait, et une garantie de plus serait donnée à la paix du monde.
A la suite d'un document où de nobles pensées sont exprimées dans un langage élevé, nous ne voudrions pas écrire un mot qui ne fût de la plus complète et de la plus chaleureuse approbation; il nous est néanmoins impossible de ne pas regretter qne les sciences géographiques n'aient pas été inscrites à c6té des sciences mathématiques , des sciences naturelles et des sciences morales et politiques. Leur place était naturellement marquée dans une solennité où sont conviés les représentants de toutes les nations civi* Usées du globe. Cette omission — car ce n'est qu'une omission — n'en est pas moins, hélas ! un dés mille indices qui montrent combien cet ordre d'études tient encore aujourd'hui peu de pUice dans les préoccupations du monde offî* ciel, même chez ses représentants les plus éclairés.
La géographie, représentée par ses œuvres, n'en aura pas moins nécessairement une place considérable dans l'Exposition universelle de 1867, et le^beau rapport du ministre de l'instruction publique restera comme introduction à l'étude que dans dix-huit mois nous aurons sans doute à faire, au point de vue de notre science, de ce magnifique ensemble des produits de l'intelligence humaine.
DE L'ANNÉE t865.
Barth (D' Henri). Parmi les pertes que la science aura faites dans le cours de Tannée 1865, celle du docteur Barth est une des plus grandes et des plus douloureuses, parce qu^elle aura été une des moins prévues. Le grand voyageur, l'intrépide et savant explorateur de TAfrique centrale, est mort à Berlin le 25 novembre, en pleine vigueur d'âge et de santé, atteint par un de ces coups foudroyants qui frappent sans avoir menacé.
Henri Barth était né à Hambourg le 18 avril 1821 ; il était donc dans sa quarante-cinquième année. Son père tenait une place honorable dans le commerce; mais le jeune Barth laissa deviner de bonne heure que la carrière paternelle ne serait point sa voie. 11 montrait pour Tétude une assiduité rare et d^étonnantes aptitudes. Pour lui, dès ses plus jeunes années, le travail de Técole était moins une tâche qu'un besoin et une vive jouissance.
On rapporte que dès Page de douze ans, il s'était tracé le plan d'une lecture méthodique de tous lés auteurs de l'anti* quité; et ce plan, il Ta suivi avec constance, en y joignant par le chemin toutes les acquisitions subsidiaires, puisées dans le moyen âge et dans les temps modernes, qui sont propres à fortifier el à développer fructueusement les notions tirées de l'antiquité.
Avec une telle disposition d'esprit et une telle direction d'études, Bartli, au seizième ou au dix-septième siècle, serait devenu un laborieux érudit ; de notre temps, son savoir sérieux et solide s^est tourné vers les investigations actives, et a produit un des voyageurs qui seront llionneur du siècle.
&10 NÉCROLOGIE GÉOGRAFHIQUB
En 1839, Bsnb* sa rend à Berlin pour j suivre les cours aniveTsitaires. Dans son ardeur impatiente, il aurait tooIu puiser à la fois à toutes les sources. L'archéologie grecqueet romaine, les antiquités germaniques, l'histoire de toutes les époques, la philosophie ancienne et la scolastique, le droit allemand et le droit romain, il embrassait tout à la fois, et trouTait des heures pour tout.
Les sciences physiques paraissent l'avoir moins occupé; mais il apprenait, aux legona de Cari Ritter, à envisager l'étude de la terre sous ses rapports élevés et féconds, et k ne pas séparer cette élude de l'histoire mâme de l'homme. On pouvait craindre eeulement que l'attention disséminée ne glissât à la surface des choses plus qu'elle n'appuierait eu profondeur ; heureusement une pensée dominante ramenait l'unité dans cette multiplicité de poursuites, et leur mainleuait une direction commune, sans laquelle nulle étude ne porte fruit.
Cette pensée dominante, c'éuît pour M. Barth l'antiquité classique. Les legons de M. Bœckh contribuèrent puissamment à la maintenir dans cette direction. L'illustre philologue avait promptement distiogué et pris en affection le jeune étudiant, chei lequel perçait déjà, à c6té de ces rares aptitudes, uue énergie de volonté qui s'est manifestée plus tard d'one manière si éclatante.
A Teipiration de sa première année universitaire, Barth éprouva un vif désir de voir par lui-même une pârlie au moins des contrées qui furent le ttaéfitre des grands événements de l'ancien monde. Son père lui fournit les moyens de faire le voyage d'Italie. 11 passa quatre mois k Rome» et plusieurs semaines en Sicile. Tout plein encore des fortes leçons de Cari Ritter, Barth embrassait en quelque sorte du regard, en présence des monuments de dejix civilisations mortes, le théâtre tout entier où elles eurent leur développement. Dès lors fut conçu daos sa pensée le projet d'un beaucoup plus longvoyage, qu'il ne devait cependant réaliser que quatre ans plus tard.
n voulait accomplir le périple de la Méditerranée, voir les lieux qui furent ks foyers de la civilisation antique. Tyr et Carthage, Cyrène et Alexandrie, et les rivages si admirablement découpés où le génie de la race hellénique, se déployant sous ses faces multiples, montra pour la première fois au monde jusqu'où peut s'élever l'esprit humain dans la poésie.
DE l'année 1865. 511
l'art et la liberté. Ceite excursion de M. Barth à Rome et à Syracuse a eu sur sa destinée une influence décisive: elle lui ouvrit son avenir.
De retour à Berlin, il y reprend le cours de ses études universitaires, et il les poursuit pendant trois années encore, jusqu'en 1844. Dans sa thèse latine pour le doctorat, dédiée à son excellent professeur et ami M. Bœckh, et où il prit pour sujei Thistoire du commerce de Gorinthe, on retrouve la trace de sa préoccupation dominante. La pensée de son g^and voyage au pourtour de la Méditerranée ne Tavait point quitté ; loin de là, elle s'était mûrie et fortifiée par la réflexion .
L'absence devait être assez longue et la dépense élevée, 50 000 francs au moins : cette considération ne l'arrêta pas. A la fin de janvier 1845, il se rendit à Londres; il y consacra deux mois aux riches collections du Musée britannique, en même temps qu'il abordait les premiers éléments de la langue arabe, dont l'usage allait lui être si nécessaire. De là, il traverse la France et l'Espagne en voyageur qui a devant lui un but où il lui tarde d'atteindre, non pourtant sans jeter un regard curieux sur les beaux sites de la route, sur tout ce qui éveille une émotion ou rappelle un souvenir. Le 7 août, il mettait le pied sur la terre africaine.
C'était là que commençait réellement le voyage. Il longe la côte du Maroc, pénètre en Algérie, où il est frappé du travail actif de transition qui s'opère sous Tinfluence de la civilisation européenne, sillonne en divers sens les régences de Tunis et de Tripoli, contourne les Syrtes, voit la Cyrénaïque et la basse Egypte, visite les sites de la Palestine et de la Syrie, dont la vue remue dans l'âme tant de vieux souvenirs, longe l'île de Gypre et TAsie Mineure, touche à Gonstantinople, jette un regard de regret sur ce qui fut la Grèce, et regagne l'Allemagne par la mer Adriatique.
Tel fut son itinéraire. La relation en devait remplir deux volumes, dont un seul a paru, qui nous conduit au seuil de l'Egypte. Ce volume a 'pour titre : « Gourses dans les contrées littorales de l'Afrique carthaginoise et dans la Gyrénaïque, :p Wanderungen durch das Punische und Kyrenaeische Kiistenland; c'est surtout par le détail géographique qu'il se distingue, et par la discussion des sites anciens. Peut-être l'idée première du jeune voyageur semblait-elle comporter quelques recherches plus étendues et d'un souffle plus con-
tinu sur Tétat des populations, sur leurs destinées historiques, sur rinfluence successive et diverse des dominations étrangères, et enfin sur le développement de Tétat social dans ses rapports avec les conditions physiques de cette zone méridionale de la Méditerranée, toutes considérations dont Yolney a laissé de si excellents modèles pour l'Egypte et pour la Syrie. Peut-être aussi Barth avait-il réservé, pour la seconde partie qui devait terminer Fouvrage, les développements que suggère ce vaste et - heau sujet du rôle de la Méditerranée dans l'histoire de l'humanité.
Une circonstance imprévue vint prendre Barth au milieu de ce travail, pour le jeter de nouveau dans la carrière active des explorations.
Une expédition se préparait à Londres pour Tintérieur du Soudan. Cette expédition, dont James Richardson avait tracé le plan, devait avoir, comme celle d'Oudneyet Clapperton en 1821, ou pour mieux dire comme toutes les expéditions anglaises, un caractère à la fois commercial et scientifique. James Richardson n'était pas un homme de science; il fallait lui adjoindre de hons observateurs. A la suggestion du chevalier Bunsen, alors ambassadeur de Prusse à Londres, ce fut à l'Allemagne que TAngleterre les demanda. Sur les indications de la Société de géographie de Berlin , on jeta les yeux sur le docteur Overweg, naturaliste et géologue; ce- Idi-ci, qui était de Hambourg, détermina à son tour son compatriote Henri Barth à se joindre à l'expédition.
La position des deux jeunes Allemands y était à Torigine tout à fait subordonnée ; et cependant l'extension imprévue qu'elle a prise, les découvertes mémorables qui l'ont signalée, le vif et constant intérêt qui s'y est attaché, son retentissement en Europe et l'éclat qui l'a couronnée, tout cela est dû à l'impulsion que les deux jeunes savant} lui imprimèrent dès le début, à la direction qu'ils lui donnèrent, à l'activité surhumaine qu'ils y ont déployée, et peut-être plus encore à la froide et persévérante énergie qui n'a pas faibli un instant chez Barth, au milieu des rudes épreuves que pendant cinq ans il eut à traverser.
Ses compagnons tombent, l'un après l'autre, épuisés par la fatigue et minés par le climat; il se voit seul et un moment presque sans ressources au fond de ces contrées dévorantes; il est entouré de peuplades inconnues, dans des pays où chaque pas est un danger, chaque regard un soupçon ou une
DE l'année 1865. 513
menaee, et saAs aucun moyen de communiquer ayec PEutope ; pendant des mois entiers sa ?ie est à la merci d'un mot, d'un hasard, d'une imprudence ou d'un caprice : n'im* portOi rien ne le détourne de son but! Il observe, il étudie; et, depuis la région du Tchad jusqu*àla mystérieuse Timbouktou, où il a réussi à pénétrer, il recueille de toutes parts une masse incroyable d^informations, au milieu des dangers comme dans les moments les plus calmes. Il a foi en Dieu et en lui-même, et sa confiance ne sera pas trompée. Seul de tous ceux qui ont eu part à l'expédition, il a reyu sa patrie après cinq années de trayaux, de fatigues et de dangers inouïs, et les acclamations qui ont salué son retour inesj^éré le payèrent en un jour de cinq années de -souffrances.
C'est sur lui seul aussi qu'est retombée la charge de dé- ' rouler devant TEurope le long récit de cette prodigieuse exploration, la itiieux remplie sans contredit de toutes celles qti'a enfantées notre époque. Aussi la relation n'a-t-elle pas démandé moins de cinq gros volumes*; et encore oesc^q volumes, où les matériaux débordent, n'ont-ils pas suffi à tout contenir. Barth a publié & part, de 1862 à 1863, une eollection de vocabulaires recueillis dans toute retendue du Soudan *. Cette collection apporte de précieuses données à Tethnologie africaine.
Dans une troisième partie, qui devait la compléter, Barth se proposait de soumettre cet ensemble de documents linguistiques à une élaboration comparative, qui jettera, sans aucun doute, de grandes lumières sur l'ethnographie du nord de l'Afrique. La mort a frappé l'écrivain avant qu'il ait pu livrer à l'impression cette conclusion de son travail; mais on nous assure que le manuscrit est entièrement achevé, et que la science, du moins, n'aura pas à déplorer une nouvelle perte après celle de l'illustre voyageur.
Barth, depuis son retour en Europe, avait fixé sa résidence à Berlin, où la Société de géographie l'avait choisi pour président. Il avait pris l'habitude de faire chaque année une
1. Sous le ûtre de Traveîs and Dùcoveries in North and Central Àfriea, 1849-1855. Lond., 1857-1858. Il y a une édition allemande simultanée. Ce qu'on a donné comme Pédition française n^est qu'une mauvaise traduction d'un abrégé allemand en % volumes.
2. Sumwlung und Bearbeitung Central-Àfrikaniteher VocahulaftcH. Gotha, 1863-63, 2 vol. grand in-8.
l'année géogb. IV — 33
514 NKCKOLOGIE GÉOGRAPHIQUE
excursion savante dans quelque partie peu visitée des contrées classiques. Ces courses annuelles étaient ses vacances: c'étaient autant de promenades après ses longs voyages.
Il a ainsi visité le nord de l'Asie Mineure» la Thrace, la Macédoine et TËpire ; ces excursions, qui ont été successivement publiées, sont elles-mêmes^ sous leur forme modeste, de très-intéressantes et très-utiles acquisitions pour la science. Jusque dans ses délassements, Barth l'aura servie jusqu^au dernier jour.
BouRBOULON (Mme Françoise de), épouse de M. de Bourboulon, ministre du Gouvernement français en Chine, morte, jeune encore, au mois de novembre 1865. Elle avait épousé M. de Bourbonien en 1854 . La cérémonie nuptiale était à peine terminée, que Mme de Bourboulon partait avec son mari pour le pays lointain où elle a vécu dix ou onze ans, supportant avec courage et gaieté les c&aleurs accablantes du. sud de la Chine et les influences pernicieuses du climat de Chang-haï, auxquelles sa santé devait plus tard payer un si douloureux tribut. En 1862, époque où il lui fut permis de revoir la France, cette femme courageuse choisit de préférence cette longue et pénible route de la Sibérie, qu'elle a décrite avec tant de vivacité et de charme. Mme de Bourboulon s'est éteinte dans le château de Claireau, où le propriétaire, M. le marquis de Courcy, tenait à honneur de réunir ses amis de l'expédition de Chine.
Les notes de voyage de Mme de Bourboulon ont été publiées en 1864 et 1865 dans le Tour du Monde, où l'on a aussi donné le portrait de cette dame, au premier volume de 1865, p. 2k\,
Ghristy (Henri), membre de la Société royale de Londres. M.Christy,depuisde longues années, poursuivait avec le plus grand succès des études sur Phistoire primitive de l'homme. Il avait à cet effet visité successivement la Syrie, la Suède, le Danemark, l'Algérie, le Canada, Cuba, le Mexique, etc. Sa collection ethnographique ec antéhistorique était devenue Tune des plus belles qui existe au monde. C'est au moment où il allait recueillir le fruit de ses longues et pénibles pérégrinations, et offrir au monde savant les premières livraisons d'un très-intéressant ouvrage publié entièrement à ses frais, que la mort est venue le saisir. Le caractère aimable de M. Christy, son désintéressement et son entier dëvouement
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à la science, doublent les regrets que sa perte inspire à tous les amis des études sérieuses. Heureusement les efforts de
M. Christy, malgré sa mort prématurée, ne seront pas perdus. Sa vaste collection a été léguée au Bristish Muséum, et son collaborateur et ami M. Lartet , qu^il en a chargé à sod lit de mort, nous donnera Touvrage qu'ils préparaient ensemble. Les musées de France ont reçu aussi leur part des richesses archéologiques de Tintrépide voyageur anglais.
CUMiNG (Hugh) , naturaliste et voyageur anglais. Il avait formé une des plus belles collections conchiologiques connues. Né d'une humble famil le à West Alvington, Kingsbridge, dans le comté deDevon, le 14 février 1791, il se livra d'abord au commerce; mais dès 1826, il put abandonner tout assujétissement étranger et se livrer tout entier à ses goûts favoris. M. Cuming avait fait deux longs voyages dans un but d'études et de collections scientifiques : en 1827 et 1828, sur une grande partie des côtes du Chili et du Pérou; de 1835 à 1838, aux îles Philippines. Il est mort le 10 août 1865, à Londres, dans sa résidence de Gower street.
Danieli (W. Freeman), médecin du eorps de la marine royale d'Angleterre; né à Liverpool, en 4818, mort à Southampton, le 26 juin 1865, dans sa quarante-septième année. Cette mort précoce range M. Danieli parmi les victimes du climat africain; ses campagnes comme chirurgien de marine Pavaient tenm durant de longues années dans les régions occidentales d'Afrique. La connaissance pratique de plusieurs langues, qu'il y avait acquises, l'avait mis à même de recueillir des notions intimes sur la vie des populations. Plusieurs morceaux de topographie médicale, publiés dans des recueils spéciaux, furent réunis par lui en 1849 sous le titre de Sketches of the médical iopography and native disease of the gulfofGuinea, west Africa^ 1 vol.
Falconer (Hugh), docteur-médecin, né le 29 février 1808 à Torres dans le nord de TÉcosse, mort le 31 janvier 1865 à Londres. Connu par ses voyages et ses recherches botaniques dans l'Inde, le Ténassérira et l'Himalaya. Depuis 1830 il résidait dans Tinde, où il occupait le po^;te de directeur du jardin botanique à Calcutta; en 1837, il accompagna Burnes dans PAlghanistan,
FiTZ Roy (Robert), mort à Londres le 30 avril 1865, à Page de soixante uns ; il était né le 5 juillet 1805. Entré de bonne heure dans la marine, il y fit un chemin brillant; de 1828 à 4836, il dirigea, comme commandant du Beagle^ la célèbre expédition scientifique qui releva les côtes de la moitié méridionale de TAmérique du sud, et dont les résultats, indépendamment d'une suite nombreuse de cartes, ont été consignés dans une de nos plus importantes relations hydrographiques contemporaines. De 1843 à 1845, il occupa le poste de gouverneur de la Nouvelle-Zélande. Depuis vingt ans, promu au grade d^amiral, il avait la direction du département météorologique du bureau du commerce {Board of Trade), L^amiral Fitz Roy s'était voué depuis longtemps tout entier aux études météorologiques; en 1863 il publia, sous le titre de Weather Book (le Livre du Temps), un ouvrage complet sur la matière, où il est traité des instruments d'observation en
. général, des phénomènes ir.étéorologiques et de leurs lois, et enfin des signes précurseurs qui permettent de prédire, au moins un peu à l'avance, les changements atmosphériques. C'est à ce dernier point surtout, le plus pratiquement utile incontestablement, mais aussi le plus incertain dans Tétat des notions acquises, que l'amiral Fitz Roy s'attachait particulièrement, et depuis longtemps déjà il s'était assujetti à annoncer, pour les côtes de la Grande-Bretagne, le temps qu'il devait faire dans une période de plusieurs jours. On sait que M. Fitz Roy avait trouvé en France un émule ardent et convaincu dans M. Matthieu delà Drôme. Les observatoires météorologiques qui aujourd'hui s'élèvent de toutes parts préparent pour l'avenir une base d'études, et, s'il se peut, des prédictiiDns plus larges et plus fermes. La santé, et aussi, à ce qu'il semble, les facultés de l'amiral Fitz Roy ébranlées parune trop forte tension d'esprit, aggravée encore par le sentiment incessant delà responsabilité qu'il avait assumée, l'ont conduit, sans autre cause connue, à se donner la mort de sa propre main. Une traduction du Livre du Temps se publie par chapitres successifs dans la Revue htaritime et œlo» niçile,
IsENBERO (Cari Willelm) , missionnaire anglican , d'origine prussienne, mort à Stuttgart le 10 octobre 1864. De 1834 à 1836, il fit sa première résidence en Abyssinie avec M. Gobât, et se contera, durant cette première période, à l'étude
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des deux principaux idiomes abyssins, le tigré et Pamharic, - sur lesquels, outre la traduction des Ëcritures, il a laissé des travaux importants. Les fluctuations de sa vie de Missionnaire l'éloignèrent à plusieurs reprises de. ce champ de travaux apostoliques, et l'y ramenèrent deux fois, entre 1839 et 1843, ayec le Rév. docteur Krapf. On a deux relations de ces courses, où la science a beaucoup à profiter, quoique les recherches scientifiques ne fussent nullement le but des deux missionnaires. La première de ces deux relations fut publiée par le docteur Krapf , en anglais : Joumali of th$ Rev, MM* Isenberg and Krapf, missiimaries of $he Church misiionnary Society^ ditailing their proeepdingê in tke kingdi»n of Shoa^ and joumeys in othtr part» of Abysiinia, in the years. 1839, 1840, 1841 and 1842. Londres, 1843, 1 vol. petit in-S» auquel est joint un mémoire g^éographique de M. James M* Queen. La secondé relation est de M. Isenberg lui-même, et dans sa langue maternelle ; elle a pour titre : Abes9inien uind die evangelische Mission, Erlebnisse in jEgypten, aufund am den Rothen Meere, dem Me^rbttsen von Aden^ und besonders in Abessinien. Tagebuch meiner dritten Mis$ionsreis9, vom mai 1842 bis december 1843. Nebst einer geographischen^ etnoffraphisehen und historischen Einleitung, Bonn, 1844. S toL ln-12. De 1843 à 1864, le Réy. Isenberg fut attaché à la mission de Tlnde."
Kœniq-bey (Mathieu Auguste), mort au Caire en avril 1865. Né à Paris en 1802, et voué de très-bonne heure aux études orientales que complétèrent des voyages faits en Afrique et en Asie (1820-25)^, Kœnig fut nommé en 1827 professeur de langue fiaqçaise à l'école d*état- major de Djihad-Abad près du Caire; plus tard (1834), Mehemed-Ali lui confia ^éducation des princes de la famille vice-royale. Au sorlir de ces fonctions, Kœnig obtint, avec le titre de bey, la place de directeur au ministère des affaires étrangères. Sous le règne de Sald-Pacha, M. Kœnig fut nommé secrétaire des commandements du vice-roi. On a de lui, dans les deux premières séries du Balletin de la Société de géographie de Paris (voir la table), plusieurs communications sur la Nubio et sur les oasis.
RiCHARDSON (sir John), de la marine royale d'Angleterre, mort le 5 juin 1865 à sa résidence près de Grasmere, Westmoreland, à l'âge de 78 ans; il était né le 5 novembre 1787 à
Dumfries en Ecosse. Il fit son éducation à runiversité d'Edimbourg, et y prit ses degrés de docteur médecin en 1806. L'année suivante il entra dans la marine comme aide-chirurgien. John Richardson prit part à trois expéditions arctiques ; sept années de sa vie s'écoulèrent sous ces terribles climats. Il fut, dans un de ces voyages, le compagnon de sir John Franklin son parent ; et plus tard il prit part, avec le docteur Rae, à une des expéditions à la recherche de ce célèbre et malheureux navigateur. Il a écrit la relation de ce voyage, sous le iïive à" Arctic searching expédition ; a jourruil qf a boat voyage through RuperVs Land and ihe Arctic sea, in search of the discovery ships under command ofsir John Franklin, Wich an appendix on the physical geography of North America. London, 1851, 2 voL in-8.Sir John Richardson était membre de la Société royale; il avait été élevé à la dignité de baronnet en 18^6. On lui doit, outré divers rapports ou mémoires sur ses voyages arctiques, la Fauna Boreâlis^ America, Tappendice zoologique du deuxième voyage de sir Edward Parry, Pichthyologie du voyage de VErehM» and rerror, et celle du Salphùr,
ScHOMBURGK (sir Robert Hermann), célèbre par ses voyages scientifiques aux Indes occidentales, dans la Guyane anglaise et à Siam. Né le 5 juin 180^ à Freïburg en Saxe, mort le 11 mars 1865 à Schoeneberg près Berlin. De 1835 à 1839, et de 18^0 à 1844, il eut mission du gouvernement anglais de fixer la frontière entre la Guyane anglaise et le Brésil. Ses ouvrages principaux sont la Description géographique M statistique de la Guyane anglaise^ 1840 (en Allem.), Vues de Tinter ieur de la Guyane^ 1840 (en Allem.}, Histoire des Barbades^
1847 (en Angl.), Discovery of the Empire of Guiana by sir W. Raleigh ^ édité par ses soins pour la Hakluyt society,
1848 ; Voyages dans la Guyane anglaise^ Leipzig, 1847, 3 vol. in-4 (en Allem.). Ce dernier ouvrage a été publié par son frère Richard Schomburgk, et renferme le résultat des recherches des deux frères. De 1848 à 1857, sir Robert occupa le poste de consul britannique à Saint-Domingue; de 1857 à 1864, il remplissait les mômes fonctions à Bangkok, dans le royaume de Siam.
ScHOOLCRAFT (Henri Rowe), voyageur et savant ethnographe américain, mort à Washington le 19 décembre 1864, dans
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sa 71* année. Quoique sa carrière ait été exclusiTement renfermée dans les limites d(: sa contrée natale, peu de voyageurs en ont eu une aussi activement et aussi utilement remplie. M. Yapereau, dans son Dictionnaire des Contemporains, a donné sur ce savant laborieux une fort bonne notice, que nous ne faisons guère que reproduire dans ce qui suit.
Né dans le comté d'Albany (Ëtat de New Tork) le 28 mars 1793, Scboolcraft reçut dans les écoles du pays une éducation très-imparfaite, qu'il compléta lui-même par l'étude de la poésie et des langues, puis par celle de la minéralogie* Son père était alors directeur d'une verrerie. Son premier ouvrage fut un traité scientifique sur l'art de faire le verre • {Vitreology; Utica, 1817}. L'année suivante (1818), il entreprit un voyage au Mississipi, fit un examen minéralogîque des mines de plomb du Missouri, et consigna le résultat de ses travaux dans un rapport scientifique en 1819. La relation de ce voyage parut, un an après, dans un recueil littéraire de New York, fut Réimprimée à Londres, et a été, dans ces dernières années, complètement refondue par l'auteur sous ce titre : Scènes and adventures in the semi-alpine région of the Osark mountains of Missouri and Arkansas (Pbiladelphia, 1852, in-8).
En 1820, M. Scboolcraft accompagna le général Cass dans une exploration du cours inférieur du Mississipi et de la région des mines de cuivre, et écrivit le récit de ce second voyage iNarrative journal of travels from Détroit to the source of Mississipi river. En 1821, il traversalepaysjusqu'àCbicago (Illinois), étudia le bassin des rivières Wabash et Illinois, et publia ses Travels in the central portions of the Mis^;is9ipi val' ley,En 1822, il fut nommé agent du gouvernement américain auprès des tribus indiennes du Nord-Ouest, et établit alors sa résidence, pour près de vingt ans, sur la frontière à Micbilimackinack. Ce poste lui fournit les moyens de se livrer à de nouvelles études sur les races indiennes.
Outre de nombreux travaux secondaires, il publia alors une Grammaire de la langue algonquine. De plus, M. du Ponceau a présenté à Tlnstitut la traduction de deux de ses conférences publiques ou lectures sur la construction grammaticale de Tidiome indien : elles avaient été prononcées devant une société que M. Scboolcraft fonda en 1832, à Détroit (Micbigan), sous le nom à^Algic Society^ pour l'étude de la langue et des institutions de ces anciennes races»
Chargé, en 1832, de conduire une seconde expédition dans la région du haut Mississipi, il se fit alors un nom dans la science géographique par sa découverte de la source réelle de ce fleuve dans le lac Itaska : Narrative of an expédition 1o Itaska lake^ the actual source of Mississipi river (New- York 183(i, in>8). En 1839, il publia une collection de légendes et traditions indiennes, J4/^tc researches (New-Tork, 2 vol. in-12). Il montre dans cet ouvrage que les Indiens possèdent une littérature remarquable, au double point de vue de la poésie élevée et de la poésie comique. En 18^1, M. Schoolcraft vint vivre à Nevir-Tork, et visita TEurope Tannée suivante. En 1845, il fut chargé par la législature de TEtat de Nev(r-York, de faire le recensement des tribus indiennes connues sous la dénomination des Six Nations, et ce fut pour lui Toccasion d*un nouvel ouvrage, Notes on the Iroquois^ or contributions to American history^ antiquity^ and gênerai ethnology (Albany, 1846 et 1847, in-8). Il avait aussi commencé, en 1845, la publication par livraisons d'une nouvelle série de traditions indiennes : Oneota^ or the Red Race in America (New-York, in-8), dont la 5« édition parut, en 1848, sous le titre de l'Indien dans son wigwam. En 1851, il publia des Personoi memoirs of a résidence ofthirty years with the Indian tribesonthe American frontiers, 1812 to 1842 (Philadelphia, in-8). Comme le titre Tindique, cet ouvrage est un journal plein d'intérêt pour les détails de la vie et des idées de Tauteur, et Ton y trouve en même temps une ample moisson de légendes et d'anecdotes, des récits d'aventures, des portraits, des tableaux.
Il faut citer à part, comme le plus important travail de M. Schoolcraft, Touvrage intitulé : Ethnological researches res^ pecting Red Man in America, Historical and statistical information respecting the history^ condition, efc, of the Indian tribes ofthe United States (Philadelphia, 1852-55 6 vol. in-4). Cette grande publication, enrichie de 500 illustrations du lieutenant Eastman, est une sorte d'histoire générale de la race indienne de l'Amérique du Nord. Traditions historiques et géographiques, antiquités, gouvernement, mœurs, coutumes, statistiques, particularités physiologiques et ethnologiques, tout est là, rien n'a échappé à la patience et à l'érudition de l'auteur. 11 a tout vu, tout cherché, tout contrôlé par lui-même, et, à part quelques communications importantes, la plupart provenant de sources officielles, son œuvre lui appartient tout entière. Son long séjour au milieu
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des Indiens, son expérienca de leurs mœurs et de leurs coutumes, sa connaissance profonde de leurs idiomes, lui ont permis de lever tous les doutes et de corriger toutes les erreurs que les œuvres de fiction avaient accumulées à plaisir sur le compte de la race rouge. Et il Ta fait, on peut le dire, non-seulement avec conscience et courage, mais avec une sorte de passion, qui, sans rien ôter à ses écrits de Timpartialité, y ajou^ un grand caractère d'animation et d'intérêt.
Un bon résumé de ce vaste recueil de documents a été publié par M. Armand Mondot, sous le titre d^Histoire des indiens des États-Unis, Paris, 1858, 1 vol. in-8 (cbez Durand).
Outre tous les ouvrages que nou9 avons cités, M. Scboolçrail a encore publ'é de nombreuses brochures, discours et * ouvrages en prose et en vers, la plupart sur les Indiens. 11 a été marié deux fois : sa première femme, morte en 1842 était la petite fille de Ouabodjîg, le chef héréditaire des Indiens du lac Supérieur.
Smttb (Will. Henry), amiral de la marine royale d'Angleterre, mort le 9 septembre 1865 à sa résidence de SainWohn's Lodge, près Aylesbury, comté de Buokingham. C'était le doyen des explorateurs maritimes de TAngleterre; son brevet de commander était daté de 1815.
Les cartes de la Méditerranée, si défectueuses encore il y a un demi-siècle, avaient de bonne heure attiré son attention ; en 1817, après le «rétablissement de la paix européenne, il rrçut à sa demande la mission expresse de procéder à une nouvelle reconnaissance de l'hydrographie de notre grande mer intérieure, travail qui l'occupa huit ans, et dans lequel il
^ précéda Tœuvre analogue de notre compatriote le capitaine Gauthier.
A son retour en Angleterre, après Tachèvement du travail nécessaire pour la construction de la suite de cartes dont ses longues campagnes avaient fourni les éléments, il s'établit k Bedford et y fit élever un observatoire muni de bons instru-
. ments. C'est là qu'il fit sa longue série d'observations d'étoiles doubles, quUl a publiées dans les deux volumes du Bedford Catalogue, Cet ouvrage valut à M. Henri Smyth la médaille d'or de l'Astronomical Society. Un troisième volume conduisit la série des observations jusqu'en 1859; en 1864, l'infatigable observateur publia un travail sur les couleurs différentes de cette classe d'étoiles.
522 NECROLOGIE GÊO&RAPHIQUE.
L'amiral Smyth joignait à son savoir d'astronomie et à son habileté d'observateur la science de l'archéologue. Il avait réuni une belle collection de médailles de bronze, dont il a publié la description en un volume in-(i. Il a aussi décrit en un autre volume la collection du duc de Northumberland. Il appartenait à la société royale, à la société Astronomique et à l'Antiqûarian society, et ces titres n'étaient pas pour lui d'oisives sinécures. Et cependant, jusqu'S sa dernière heure, l'amiral avait conservé l'humeur enjouée du midshipman.
Après ses cartes de la Méditerranée, ses deux grands titres géographiques sont sa description de la Sicile et son livre sur la Méditerranée. Ee premier ouvrage a pour titre : ifemoir descriptive of the resources, inhabitants ^ and hydrography of Sicily audits islands^ London, 1824, un volume in-4, avec de nombreuses planches; et le second, the Mediterraneanf a Memoir physical, and nauticcU, Lond. 1854, un vol. in-8. Celte dernière publication a servi de fond, quatre ans plus tard, à l'ouvrage allemand du D^'Bœttger, dos Mittelmeer.
Troyer (Antony d'Aufkirken), traducteur de la chronique kachmirienne, le Rddjdtaranghini^ ouvrage non moins précieux pour la géographie q^ue pour l'histoire du nord-ottest de l'Inde. M. Troyer, retiré depuis longtemps du service de l'Inde, est mort le 2 juin 1865àRoyaumont près Paris, dans sa quatre-vingt-treizième année.