‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 71 sur 368 · SIBÉRIE ORIENTALE · texte numérisé non relu

SIBÉRIE ORIENTALE

et une section cartographique. Dans cette dernière ptrlie, Tantewr soumet à xm examen critique les sources qu'il a mises à contribution dans son propre travail, indép^ubunment de ses observations personnelles et ^e celle de ses coopérateurs.

I^a Société impériale de géographie de Saint-Pétersbourg, soutenue par le concours officiel du gouvernement et par un chiffre considérable de dons particuliers, résolut, en 1853, d'envoyer à ses frais une mission scientifique dans la Sibérie orientale. On avait stirtout en vue l'étude des parties de cette immense région comprises entre le Baïkal et la mer du Japon, et en particulier le vaste bassin arrosé par le fleuve Amour, pays inconnu hier encore, parcouru plutôt que occupé par des tribus presque sauvages, et pour lequel on entrevoit dès aujourd'hui un incalculable avenir de politique et de conmierce. La science aussi avait beaucoup à retirer d une telle expédition. Il était d'un grand intérêt, même pour les études générales de l'ethnologie asiatique, de recueillir des notions exactes sur les tribus à peine connues du bassin de l'Amour, terrain également neuf pour la géographie et les scieuces naturelles. Ces études diverses furent toutes représentées dans l'expédition qui s'organisa sous les auspices de la Société. Déjà deux membres de l'Académie de Saint-Pétersbourg, MM. Schrenck et Maximovitch, examinaient les ressources naturelles de la vallée de l'Amour, et une autre expédition particulière, sous la direction de M. Maak, se préparait également à Texploration du môme bassin. La nouvelle expédition devait centraliser ces missions particulières dans son cercle plus étendu. Gomme elle devait s'attacher, plus spécialement qu'aucune des autres, à rectifier la carte du pays et à la compléter, ce fut un astronome, le professeur Schwarz, qui eut la conduite générale des travaux. M. Raddé, dont nous avons eu fréquemment à prononcer le nom, fut un des auxiliaires de M. Schwarz.

L'AnNËE GÉOOR. III. 14

Les lrà\Wrfx commeWcèt^ent au mois 'et mAvs VSbh. Les yéÈull^ts en sont aussi mhes qn'impoii^ttts.OQtre tes («ries (Se M. Schwarâ'et lô Métortï^ analytique qtii les aCoempa^ gïxey les sdteïtces iiatlitelle^, la géographie, l'e^hnogtaphfey toutes les études, en un mot, qui touchent au sol, à ses produôtroms ^t \ s6s habiltfûtâ, ôïit XWtivé une abond^tiite moisit dé fatts notiveaul dans lies mémoires et chms ^ relations ^è MM. Maàk, Grerjsfeldt, Maxîmotitlsh, Schretock, ChebouïiÏBjSteïibock, Raddéj-^c. Oe detniép,«n particulier, otftreîè gtand iiitét'êt'de ses investigations topogfaphiqties, a èon^é par séfs Aûdeià de ^ograipbie zool(ygiqire «lïre face \&ai^ YiotiVeffe k la feïine de la Sibérie orientale. Il y a reconnu'et nieittement délimité trois régions zoe^^treis bien d!stin<^s; et^ xjui êi^ndit l'intérêt de ces déterminations, c^e^ qn^'elles céîncident avec tme circonscri'ption pltTraite* mént corre(spondante de répons botaniqties.

Les explorations rtfssès'ont embrifôsé, an s^ de TAmoûr^ tùtrt le bassm de TOussouri (rafOuent le plus considérable de TAmoùr inférieur), c'est- à-'dire toute la partb de la Mandchotirie, y compris la côte correspondante *sur la mer du Japon, dont les récentefs cessions territoriales 'du gouvernement de Péking ont fait un territoire russe. Sur cette partie des nouyeDes acquisitions de ht' Russie, nous avons une intéressante commtinieation de M. Anossoff, iuiressée au mois d'août 1863 à la Société ^e géographie de Saint- Pétersbourg*.

Au lieu dHine contrée vierge remplie de richesses minérales intactes, nous n^avons trouvé, dit M. Anossoif, qu'un pays qui a vécu, qui a eu son histoire, et de plus, son industrie aurifère. A en juger par les traces qui restent des anciens travaux, on voit qu'ils ont eu un immense développement, et que Texploitatiion des lavages d'or n'était point l'teuvre de quelque

t. Nous en avons connaissance par le Compte renàu des travaux de la ^ciélé pour 1863, rédigé par le secrétaire, M. BesobMKAT, p. 4!t.

PAYS DE l'amour. 211

HVfi^ «d'a^^^ê&tttrieOR^ mais que des milliers d'esclaves y étaient employés, et on remarque un certain système dans les travaux exécutés. On rencontre fort souvent des vallées, creusées de fossés profonds et encombrées d'cboulements et de terrains toirillës. En outre, otq remarque partout des traces d'habitations 0t âes restes de fertiificatioTrs ancéenîies.

Tout indique que ce pays a été jadis peuplé, qu'il a contenu des villes, que des fortifications y ont été élevées. Que sont devenus ces habitants, ces constructions? quel a été le sort de ce peuple? Nous l'ignorons. Peut-être cet abandon a-t-il *e?û pour cause principale la cessation <ie la préseoce de l'or âans les mines.

Si l'on en croit les traditions fournies par les anciens des colonies chinoises du pays, il aurait existé ici, il y a trois siècles, un royaume particulier dont la capitale se trouvait sur la rivière de Sou-tchan, qui se jette dans le golfe America.

Les Chinois qui s'y trouvent afajourd'hui continuent à s'occuper, >quand ils n'ont rien de mieux à faire, de la recherche de l'or. Ils creusent en fouillant patiemment dans les anciens travaux, et se contentent d'un sable donnant un rendement aurifère des plus misérables.

Diverses excursions intéressantes ont été poursuivies , dans le cours de Tété de 1864, en plusieurs parties des territoires de TAmoûr, tout à la fois pour en perfectionner la carte et en mieux étudier les ressources naturelle»* Ces contrées vierges sont si vastes et d'une exploration si pénible, que pendant longtemps encore elles offriront un riche aliment aux travaux des explorateurs. Dans le même temps/ M. Struve, le fils du célèbre astronome, étudiait, au N. de la Dzoungarie, la partie orientale des monts Tarbagataï, et traçait le niveau barométrique de la région du haut Irtisch comprise entre le Tzai-sân et TAla-koul. Dans les nâonts Tarbagataï, M. Struve annonce avoir fixé quinze points astronomiques et huit points trigonométriques.

Il faut mentionner encore ^eux publications fort importantes sur l'Asie russe, fruits d'explorations antérieures : une nouvelle livraison du voyage de M. de Middendorf (la 3*" section du 1'' volume), consacrée au climat delà Sibérie;

et un travail géographique de M. Maximovitch, La contrée de rAmoitr, publié par TAcadémie *.

En dehors de ces grandes expéditions scientifiques et des publications importantes qui en sont sorties, nous avons à prendre note encore de quelques travaux particuliers dus à des explorateurs russes. Deux noms surtout sont à mentionner, le nom de M Radloff et celui du lieutenant Krusenstem. Le premier continue ses intéressantes communications sur les tribus de race mongole et turque (de race tatare, comme on dit en Asie) qui occupent les vallées du massif altaïque (n® 144); ce sont d'excellents matériaux ethnographiques, qui prendront leur place à côté des précieux travaux de Castrcn. M. RadlofT, qui s'est rendu familiers les nombreux dialectes de ces tribus demi-pastorales, et qui s'attache à recueillir les légendes et les chants populaires, est dans les meilleures conditions pour donner des renseignements intimes sur ces peuples, sur leurs idées^ leurs mœurs et leurs habitudes. Ses dernières lettres nous conduisent au milieu de la tribu mongole des Téléouts, et donnent aussi des détails nouveaux sur le lac Teletz. Le journal du lieutenant Krusenstern rend compte d'une pénible expédition entreprise au mois d*août 1862, dans la partie de la mer Glaciale comprise entre la Petchora et le léniséi, c'est-à-dire dans le golfe profond que la Nouvelle- Zemble couvre à l'ouest et au nord, et où viennent se perdre, dans les toundra ou lagunes glacées de la Kara, les derniers contreforts de l'Oural. Le lieutenant Krusenstern pore un nom cher à Thydrographie, et il promet d'en être digne.

1. Ces deux ouvrages sont en russe. Ils sont mentionnés par. le Compte rendu de la société de géographie, que nous venons de citer (p. 43).

ASIE INTÉRIEURE. Sl3

S s. L'Asie intérieure onTerte aux grandes commanications. Voyages par terre d'Europe en Chine, et réciproquement.

Un des grands résultats des nouveaux établissements russes dans l'Asie orientale est la fréquence infiniment plus grande et la faeiUté des rapports désormais ouverts, malgré rénormité des distances, entre l'Europe et les contrées extrêmes du continent. Les voyages à travers l'Asie russe et la Mongolie, naguère encore si difficiles et si rares, se multiplient-et vort devenir habituels. L'Asie centrale, grâce à ces rapports nouveaux, sera bientôt un lieu commun en géographie. Depuis cinq ans seulement on peut compter trois au moins de ces traversées de Péking pn Europe, ou réciproquement, faites non par des explorateurs en quête de choses inconnues, mais par des voyageurs accidentels qui onl pris cette route parce qu'ils la trouvaient ouverte devant eux. Nous voyons ainsi se renouveler ces longues pérégrinations du seizième et du dix-septième siècles, qui poussaient à travers le continent oriental les Pietro délia Valle, les Lebruyn, les Tavemier, lesThevenot, les Gareri, impatients en quelque sorte d'embrasser l'univers d'un seul regard, et de prendre possession du monde récemment ouvert. M. Russell-Killough nous rend ce type presque oublié (n° 147). M. de Bourboulon et M. Michie (n°» 148 et 149) ont traversé les steppes mongoles et la Sibérie méridionale pour revenir de Chine en Europe; mais, pour M. Russell-Killough, celte route n'est qu'une des étapes de sa longue odyssée , qui commence au pied des Pyrénées et se termine aux archipels océaniques.

Ce n'est pas de ces courses toujours un peu rapides qu'il faut attendre sans doute les minutieuses études, les investigations approfondies, les observations exactes et multipliées auxquelles est attaché le progrès de la science; mais un homme instruit, doué d'un coup d'oeil rapide et sûr, rap-

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portera immanquablement de ses voyages des impressions, des tableaux, et souvent des vues générales sur la nature et sur rhomme, qu'il ne faut pas toujours demander à Texplorateur proprement dit, habituellement cantonné dans sa spécialité savante. Celui-ci, d'ailleurs, ne s'adresse guère qu*k Fhomme d'étude; tes autriNS pariât, auz masses ou tout au nK>ins à la fouW des esprits curieux qu'aurait peut^ être éloignés l'abord un peu austère de la science pure. Dans une étude qui, à des degrés divers^ intéresse tous les esprits, ouverts aux choses de TintelUgence, il est ben qu'il y ait phis d'une classe d'initiateurs.

M. Russell-Killough en aies qualités éminentes, Tesprit, le coup d'œil, l'instruction, la disposition sympathique^ et ce don heureux d'attacher sans recherche et de plaire en in-* struisant. Il est narrateur, il est peintre, et parfcns la eontem* platien de l'homme dans ses divers états de dévelofq|>ement social élève sa pensée aux considérations les plus sérieuses.

Nous ne pouvons suivre le voyageur dans son immense pérégrination de France en Russie, de Russie en Chine par la Sibérie et la Mongolie, de la Chine à l'Âmofir^ de l'Amour h Chang-hai par mer, de Chang-hai en Australie^ de l'Australie à Ceylan et au Bengale, et du Bengale en Europe, après avcâr contemplé l'Himalaya et parcouru le midi de la péninsule. Nous ne pouvons que déUkcher çà et là qudques-unes des esquisses ou des tableaux de cette, vaste et riche galerie.

Le voyageur exalte l'efiet grandiose qu'offre l'îmiaense nappe du Baïkal entièrement saisie par la glace. Il a vu rarement, affirme-t-il, quelque chose de plus mijestueox. Le lac peut être ainsi traversé en traîneau. C'était à la fin de décembre. A cette occasion, M. Russell-Killougfa signale un fait assez étrange.

Pendant toute cette traversée, dit-il, nous ne cessâmes cl^Bn« tendre sous nos pieds des bruits, taotdl senrda, taatdt m4lalli<* '

q/Of^efiii^m^ ^ Yibv^ioas d'un bourdon, ^ ({ue^lqiA^Qis oq, mijaAX uip# ay^iOoiAsso çt la g4^u^ treia^blejc , çoiqjpqa si^ l^ ^lu^ «afKklyeai se s^uleY^U^ftt du, lo^d de lein^ abUQ^^ piOAT tV7i^^^ a^^ fuf^ur Ws iroà^s qui, pesai^ent sur elWs. ÉvideQUiAeuli Û y 9>ysd%y ôfijiA le mcùiuliei U(|uide enfenu^ l^-^es^ous, gi^k^re. eii^e^fage de$ éléoi^^tis^ et. véritable tempête : p^i;^ ^w^ioAs, ai3i3si d^tinotemea^ que pos/sible le choc de çbat^ue^me ^ qi^esure qu'eUe vea^^it frapper soi^ nos pited^. Goxi^ment e^pUquer^ ^ipposer même ua pareil phénomène, à n^oms,, eb^e impossir ble,que la gUœ et Tea^u ne soient point.encOAtabOt?OQ (jLema.ede toujours aux voyageurs de raconter quelque merveille ; en voilà bien une. x ^^^ clic es^ vraie. Çe$ bj^i^iV^^ oetYcriAcux 9^ lauraieiiç^t, s'oiÂliçr : on eût dit les pl^iates des daninés sous les portes de Tenfer de Dante.

M. Rnssett relève avec grande raison la supériorité dea sources d'informations dues aux anciens missiennaires frann çais en Chine» le& missionn.aires du 4i^r$e.pU$m.e et, du. ^xhuitièiQe siècle, wt les rel^tioJiis. récente^^

Livré pour la première foi» à la rôverie dans cette ville de Péking, dont le nom seul était à cette époque synonyme de my»« tère, je passai en revue dans mon espiit ces illustres et hôroïques légions de missioanaires, presque tous de France, qui avaient jadis daté de cet endroit même des lettres qui auraieat dû être immortelles, et dont cependant ki mémoire semblait ensevelie avec leurs cendi^es. Je crus le monde çompable d\kae grande ingratitude; ea pensant que ces reliques v^érables et ces écrits vraiment apostoliques, où nous pourrions puisep de» renseignements si exacts sur les institutions, l'histoire, la éisrr cipline militaire et la science musicale des Chinois, étaient au^ jourd'hui relégués dédaigneusement aux dernier» étage» de nos bibliothèques, pour faire place à des écrit» sur la Chine dont les auteurs avaient à peine vu vingt fois lever le soleil de Chang-haï ou de Macao ! Mais, au moment même où j^ris ces lignes, maintenant que ces murailles , alor» vierges de pas étrangers, ont retenti du bruit de notre artillerie , et que la Chine est ditec ouverte, » je proteste que les détails.qui pleut vent sur Péking ne noua ont encore rien appris de nouveau, et que, malgré les ressources de toute notre science moderne, si nous voulcins apprendre quelque chose de la flore, de )a faune

et du climat de ce pays, c'est encore aux vieux ouvrages des missionnaires qu'il faut avoir recours, lis en ont été chassés depuis des siècles ; mais si nous avions continué leur œuvre et agi selon leurs principes , nous laissant guider par des sentiments de charité chrétienne et de justice, mettant de côté notre égolsme, nous, Européens, qui n'avons pas encore adopté le principe any thing for trade^ n'aurions pas eu besoin d'artillerie pour entrer à Péking. Quant à moi , je n'aurais jamais essuyé le malheur d'en être chassé, comme je le fus en face de traités signés à la pointe de l'épée et avec le sang.

Obligé de quitter Péking, par suite de la méfiance des autorités chinoises, après un séjour de quelques semaines h peine, M. Russell revient à TAmoûr pour gagner l'Océan par cette voie nouvelle. II ne saurait assez exalter les beautés pittoresques qu'offrent les rives du fleuve.

Que dirai-je de T Amour, si je me mets au point de vue de l'artiste ou du poète ? Je le considère sincèrement comme le plus pittoresque de tous les fleuves. On n'y trouve point cette monotonie qui accable sur les grands cours d'eau de l'Amérique, où l'on a tout vu si l'on y a fait cent lieues; on n'y voit point cette boue immonde où jamais le ciel ne s'est miré, ni ces monstres qui les rendent repoussants ; on y voit des eaux toujours claires, des rives de tous les aspects, boisées, déchirées, vastes comme l'Océan ou redressées comme ses plus âpres falaises; on y passe en revue presque toutes les végétations du globe : les peupliers, les saules, les mélèzes, les pins et les cerisiers s'y confondent en face de neiges éternelles, et y forment des perspectives infinies qu'interrompent tout à coup les plus hardis promontoires. Enfin l'air, partout chargé des plus enivrantes odeurs, vous y fait oublier que vous êtes dans la patrie du renne, et vous transporte au pays du palmier et du cactus.

Les bords du fleuve sont d'une étonnante richesse ; malgré la rigueur de l'hiver, où l'on éprouve des froids — 45®, la plupart de nos végétaux , tels que les choux, l'oignon, le mais, les fèves, réussissent parfaitement. Les arbres, cependant, n'atteignent pas la môme grosseur que dans la partie supérieure du fleuve ; on y voit aussi des chônes rabougris et des noisetiers. Les seuls arbres que l'on trouve d'un bout à l'autre de l'Amour sont le peuplier , le bouleau et l'aubépine. £t puisque je suis

ICANDCHOURIE RUSSE. 217

aor le sujet des plantes, je n'omettrai pas de remarquer que Fou a trouvé d'eitraordinaires analogies entre la flore de l'Himalaya, celle de la Sibérie orientale et celle de l'Amérique du Nord.

Quanta la langue, elle offre la particularité bien remarquable d'avoir plusieurs mots en commun avec le latin ; ainsi, Êtngui (sanguis) ; ania (annus) ; furu (furor) ; mùri^ morin (anffitâs mare^ jument); shûn (anglais sun^ soleil), etc., eic. La* yerbe faire s'exprime différemment, selon la chose faite; ainsi, « faire du pain, un habit , une chaise, » demandent trois verbes différents. Non-seulement nos missionnaires, mais nos orientalistes se sont beaucoup occupés de cette langue, et on ne ]|eut nier que le peuple mandchou , le conquérant de la Chine, chez qui on ne voit guère d'idoles, ne soit un des plus civilisés de l'Asie , comme il en est le plus guerrier. Ce que Ton appelle même en Europe « type militaire c est tout à fait le type tartare.

Entre Algoun et Khabarovka, c'est-à-dire sur une distance de neuf cents kilomètres, il n'y a pas encore une seule ville importante; mais on ne fait guère plus de dix lieues sans rencontrer soit des lentes de Toungouses, soit des villages naissants où la hache des Cosaques est occupée à abattre les forêts, soit aussi bon nombre d'Orotchones, grands chasseurs d'écureuils, et cinq cents familles mandchoues qui ont été, à leur demande, laissées sur ce territoire devenu russe, pour y cnltiver la terre de leurs ancêtres.

C'est assurément ici que nous entrons dans la partie la plus variée du fleuve. Adieu aux pins et aux cèdres ; voici des forêts de chênes qui couvrent non-seulement chaque pouce carré des rives, mais les centaines d'îles dispersées sur l'eau, lies aromatiques qui embaument toute l'atmosphère. Sous ces sombres voûtes de feuillage, où jamais coup de fusil ne s'est fait entendre, et qui n'ont jamais abrité de tête humaine, de quelque couleur et de quelque forme que ce soit, errent dans leur liberté native le sanglier, le cerf, le lièvre et le lapin, le cheval, le rat et le chat sauvages, l'aigle et le faisan , l'hermine et l'écureuil, avec mille autres animaux. Et comme si la nature avait voulu étaler tous ses trésors sur un même lieu, là où les plantes du Midi viennent s'entrelacer avec celles du Nord, là aussi le tigre du Bengale se promène à la fin de l'hiver sur une rive, lorsque le renne épouvanté quitte l'autre, et fuyant le soleil, fait pointer ses andouillers vers le pôle. C'est aussi dans cette par-

tie moyenne de rAmoûr quA VoA peut i(oiF nfk pbéiMWy^M b^M?, moâns intéressant au géologue qu'il W SAvait au pay^agL^e, celui d'une ehalae de monta^aei^ el]«r<^iant à barrer le p^MiiMge à un fleuve immense, et se dressant à pic, chargé de conif^e»^ sur chacune de ses rives.

A peine entré dans ce sonabre défilé ifis monts, Kinganes, TAmoûr, tout à Theure large de trois kilomètres, n'a. plu$. qii^e huit cents mèlres ; il se précipite a^ec une profondeur dA viagt brasses entre les parois qui l'étreigteut et le $uTpU>J93Jbenl; il écume, et pendant plus do cent kilomètres piugit coa^i^e un torrent.

viu

l'extrême orient.

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