‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 81 sur 368 · AÏNOS · texte numérisé non relu

AÏNOS

Toutes ces tribus se font remarquer par le culte rendu à Tours sacré. L'ours est sans contredit le dieu qui compte, parmi ces sauvages, le plus d'adorateurs. La mer, les montagnes, les grands fleuves, les volcans, ouïes génies qui président à l'eau, au feu, à la terre et à Pair, reçoivent aussi nn culte particulier....

Lorsque la mort fait un deuil dans une famille, c'est une immense calamité; il faut brûler la maison, et avec elle l'esprit de la mort qui y est entré. Ensuite toute la famille, tous les parents désolés doivent cbômer pendant sept ou huit jours qu'ils consacrent à pleurer. Le huitième jour, qui est celui des funérailles, est un jour de pleurs redoublés, de cris lamentables.

Pour s'exciter à la douleur, tous les hommes, nus jusqu'à la ceinture, spnt armés d'une ei^èce de pilon en bois, gros et noueux, avec lequel chacun frappe sur son voisin, qui se hâte de rendre le coup qu'il a reçu ; les coups mutuels durent jusqu'à ce que le coçtége soit arrivé au tombeau. Aussitôt que la terre a recouvert les restes de leur parent ou ami<, commence une fête, où le miki fait oublier et les regrets, et les coups, et les meurtrissures qui en sont la suite.

Ce même pilon, le grand instrument des pleurs, comme on l'appelle, joue encore un autre rôle bien plus important parmi les Â!nos : c'est lui qui juge et termine tous les procès et toutes les disputes. Aussitôt qu'un différend s'élève entre deux personnes, un conseil d'amis est assemblé. Si la matière est grave, rassemblée décide que le pilon seul peut trancher la difficulté. Donc, au jour convenu, les deux adversaires se rendent avec leurs amis sur le rivage. Chacun d'eux adresse sa prière aux esprits, aux dragons de la mer, et le duel commence immédiatement» Les deux champions sont nus ; on jette les sorts pour décider celui qui frappera le premier. Lorsque le sort a prononcé, le patient présente son dos à son adversaire, qui le frappe d'un certain nombre de coups réglés à l'avance. Le patient les reçoit en poussant de temps en temps de sourds gémissements, le sang ne tarde pas à jaillir de ses épaules meurtries. Enfin le dernier coup est appliqué. La douleur a exaspéré la victime : le blessé se relève en poussant un cri féroce, et rend coup pour coup tout ce que son ennemi vient de lui avancer. Si les deux parties ne paraissent pas épuisées et qu'aucune d'elles ne soit disposée à faire des .excuses, l'épreuve recommence et dure aussi longtemps que

les témoins ne font pas cesser cette atroce scène. Les blessures guéries, le duel recommence, jusqu^à ce que Tune des parties s^avoue vaincue : souvent la mort seule peut mettre fin à ce combat si barbare. Ces duels sont d'ailleurs si communs parmi les Âïnos, que tous les jeunes gens s'exercent de bonne heure à recevoir de ces coups sur le dos, pour endurcir leur peau et se préparer ainsi à défendre leur honneur et celui de leurs familles.

L*Aïno est un peuple pêcheur; la chasse n'est pour lui qu'accessoire. Aussi ^ dans Tîle d'Yézo, les boixls de la mer sont seuls habités ; l'intérieur de Tîle est couvert de forêts impénétrables. La partie méridionale est peuplée de Japonais, qui y possèdent le port important de Hakodadé et plusieurs autres villes. L'auteur ajoute :

. Aujourd'hui Yézo est entièrement soumis au gouvernement du Japon, qui l'administre par des gouverneurs résidant à Hakodadé, le port le plus important et le plus commerçant de l'Ile, ouvert depuis 1838 au commerce étranger. Cependant, le Taikoung a laissé au petit seigneur de Matsoumal une partie de ses États. Il a même, tout dernièrement, divisé une grande partie des terres entre les sept dalmios du nord de Nippon, pour les intéresser à la défense de File. Les Japonais craignent les tendances d'envahissement de la Russie, et font de grands sacrifices pour mettre l'Ile en état de défense. Ce sont là de louables efforts de leur patriotisme ; cependant , nous devons reconnaître que Tile appartiendra à la Russie dès que celle-ci le voudra. Le fruit, il est vrai, n'est pas encore mûr. Le gouvernement japonais dépense chaque année des millions pour ouvrir des routes, creuser des canaux , défricher une terre naturellement fertile, élever des forts, et fonder divers établissements d'utilité publique. — La Russie ne saurait que gagner en temporisant. L'Ile, il est vrai, est naturellement trèsriche par ses mines, dont les principales sont celles de plomb, de houille, de soufre, de cuivre, de fer et d'étain. La capitale de Yézo, Hakodadé, est le siège de la légation de Russie et le port d'hivernage pour sa marine. — Tous les bâtiments russes, chassés par le froid des ports de la Mantchourie, viennent se réfugier à Hakodadé, où ils trouvent un mouillage sûr et toutes les provisions nécessaires.

OGEANIE.

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