‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 80 sur 368 · JAPON · texte numérisé non relu

JAPON

s 3. Coup d*oeil sur le Japon. Matsmaï et les Aïnos.

Le Japon, plus encore que la Chine, réserve un vaste champ d'études aux futures explorations. Bien que la période des missionnaires portugais ait enfanté, au seizième siècle, une suite nombreuse de Lettres annuelleSy et que de gros volumes in-folio soient sortis, dans le cours des deux siècles suivants, des rapports politiques et commerciaux entre ie Japon et la Hollande ; bien que de nos jours on résident hollandais, M. de àiebold , soit parvenu à réunir dans le pays les éléments d'un ample ouvrage descriptif malheureusement inachevé, et peu répandu en raison de son luxe même et de son prix; malgré ces publications anciennes et récentes, assez nombreuses pour que le catalogue seul forme un volume étendu^, et dont la substance a été très-bien résumée par M. Fraissinet (N^ 158), le pays, sauf la zone littorale du sud accessible aux étrangers, est resté beaucoup moins connu que les provinces de la Chine. Bien du temps se passera sans doute avant qu'il soit' permis aux Européens de pénétrer dans les parties intérieures de la grande ile, qui serait pour nous un desideratum absolu sans les cartes japonaises que Ton a pu se procurer.

Ce' ne sont pas les publications de cette année qui aideront à combler le vide de notre géographie japonaise. L'ouvrage de la Commission prussienne (N** 159) s'arrête forcément à la surface, et son caractère est d'ailleurs principalement pittoresque. On pourrait attendre davantage du livre d'un missionnaire français, M. Mermet, sur l'île Matsmaï et les Aïnos. La matière est neuve, le sujet a un

1. Ce catalogue, qui a pour auteur M. Léon Pages, a été publié en 1859; il forme un volume de format iu-4, et se trouve à la librairie Duprat.

grand intérêt ethnologique , plus grand que l'auteur luimême ne paraît le croire^ et bien queTouvrage n'ait pas un caractère scientifique dans le sens propre du mot, les observations d'un honmie éclairé, au milieu d'un peuple que jusqu'à présent les navigateurs ont à peine entrevu, ne peuvent manquer d'être attachantes et instructives :

Les habitants des possessions russes sur le grand fleuve Âmoûr, les indigènes de Pile Sakhalln, du Kamtchatka, des Kouriles et de Yezzo, forment, dit le Missionnaire, comme une classe de peuple à part, distincte des Tartares, des Japonais, des Coréens et des Chinois. Malgré la dififérence assez prononcée dans les traits physiques, malgré surtout la différence des mœurs et des usages, il y a des similitudes si marquées entre les dialectes, il y a des traditions si ressemblantes, qu'il est permis de rattacher tous ces demi-barbares à la grande famille tartare.

Après ce que le voyageur a dit plus haut, que les tribus aïnos appartiennent, avec les indigènes des Kouriles, etc., à une classe de peuples (à une race, aurait-il pu dire) < distincte des Tartares, > Tassimilation qui termine le paragraphe que nous venons de citer ne peut être qu'une inadvertance. Dans tous les cas c'est une erreur, une très* grande erreur. Les Aïnos appartiennent bien en effet à une classe de populations à part dans l'Asie orientale, mais ces populations sont aussi distinctes que possible de la race jaune ou tartare, c'est-à-dire des Mantchous, des Mongols, et de leurs congénères.

M. Mermet continue ;

Les traits physiques de ces tribus se ressemblent assez. Toutes se distinguent par leur teint cuivré, leur peau rude, ridée et couverte de poils, par un système osseux très-proéminent, une irrégularité "profonde dans kys formes, etc.

Sur le culte, les usages et les habitudes de vie, le missionnaire donne de nombreux détails ; nous en citerons seulement quelques-uns.

Page 1