RÉGIONS ARCTIQUES
200. Nicolas Perrot. Mémoires sur les mœurs, coustumes et religion des sauvages de TAmérique septentrionale. Publié pour la première fois par le R. P. J. Tailhan, de la compagnie de Jésus. Paris (et Leipzig), 1864, petit in-8. vin-34l-XLUi pages (Herold).
201 . Jul. MoRETON. Life and work in Newfoundland. Réminiscences of thirteen years spent there. Lond. 1863, in-8, 120 pages.
Nulle part la volonté de rhomme ne s'est déployée plus énergique et plus puissante que dans l'exploration des régions polaires. Ce qu'il est possible aux forces humaines de supporter de souffrance^ de braver de dangers, de montrer de persévérance et de courage à travers les plus rudes épreuves, se rencontre ici à un point dont l'imagination s'épouvante. Et cependant, depuis trois siècles et demi, dix générations d'intrépides marins ont poursuivi sans interruption cette tâche si péniblement aventureuse de la reconnaissance des mers Arctiques, tâche entreprise dans des vues de commerce et continuée dans l'intérêt de la science; et toutes ces mers, enveloppées de frimas, qui baignent au nord les tristes rivages de l'Amérique et de l'Asie, ont été parcourues et décrites, sauf le pôle même, défendu par une barrière de glaces dont il n'a été donné à aucun Davigateur de forcer le passage. Des marins expérimentés et de savants physiciens n'en croient pas moins que la mer qui environne le pôle terrestre doit être libre de glaces^ au moins pendant plusieurs mois de l'année ' ; des efforts inouïs ont été tentés, — jusqu'à présent sans succès, — pour atteindre ce point mathématique de notre globe où convergent tous les méridiens, et qui correspond à l'axe du monde, dans la persuasion qu'il y aura là à observer de curieux phénomènes physiques et magnétiques. Les tentatives, toujours déçues, se
1. Cette opinion, qui est celle du D' Petermann, a été savamment développée par feu M. Plana, directeur de l'oliservatoire de Turin, dans un mémoire lu à TAcadémie de Turin au mois de juin 1863. M. Plana est mort en février 1864.
renouvellent toujours avec l'espoir qu'une percée favorable permettra enfin de franchir les quelques degrés qui restent à parcourir pour aller jeter Tancre aux pôles de la terre. Ce triomphe, s'il est possible, appartient à une époque qui vient de voir planter le drapeau anglais au centre même du continent australien si longtemps inaccessible, et qui s'est ouvert pour la première fois le cœur de l'Afrique.
C'était, il y a cinq ans, une des ambitions du capitaine Francis Hall, qui vient de nous raconter les incidents d'une année de séjour parmi les Esquimaux (n® 195); c'était aussi celle d'un autre américain, le docteur Hayes, parti de Boston au mois de juillet 1860 sur une barque frétée par M. Grinnell, et qui est rentré cette année, après plusieurs hivernages dans les hautes latitudes, sans avoir pu forcer non plus la barrière de glace qui ferme le haut de la baie de Baffin. Les principaux résultats de l'expédition sont une bonne reconnaissance du détroit de Smith ou Smith Sund, au fond de la baie de Baffin, vers le 79'' degré de latitude; la découverte d'un nouveau canal à l'ouest du détroit de Smith, de nombreuses observations d'inclinaison et de déclinaison magnétique dans l'intérieur du cercle polaire, des observations du pendule, etc., etc. C'est surtout à la physique du globe que profitent aujourd'hui ces pénibles expéditions.
Il en est une dont les personnages et les incidents appartiennent à la fiction, et qu'on serait tenté de ranger parmi les voyages réels, tant il y a de vérité dans le détail. Cest le récit que M. Jules Verne publie dans un excellent recueil d'éducation *, sous le titre : les Anglais au pôle Nord^ histoire du capitaine Natteras, Déjà, l'an dernier, nous avons eu à mentionner une publication analogue du même auteur, celle-là consacrée à l'Afrique *, et non moins remarquable