‹ L'Année géographique (volume 3)Chapitre 12 sur 249 · TRAITÉ · texte numérisé non relu

TRAITÉ

Sa Majesté PEmpereur des Français et Sa Majesté le roi de Siam, désirant régler définitivement, d'un commun accord, la position faite au royaume du Cambodge par suite du traité conclu à Oudon, entre la France et ce royaume, le 11 août 1863 (vingt-septième jour de la lune Assach de l'année Cor 1225), et voulant en outre éviter à l'avenir toute contestation de nature à altérer la parfaite amitié qui unit les deuxnations, ont nommé pour leurs plénipotentiaires, savoir :

Sa Majesté l'Empereur des Français, M. le marquis Léooel

de Moustier^ grand-oroix de son ordre impérial de la Légion d'honneur, etc., etc., etc., son ministre et secrétaire d'État aa département des affaires étrangères ;

Et Sa Majesté le roi de Siam, Phya Surawongs Way Wat, son premier ambassadeur, et Phra Kaxa Sena, son deuxième ambassadeur;

Lesquels, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs, trouvés en bonne et due forme ^ sont convenus des articles suivants :

Art. l«^ Sa Majesté le roi de Siam reconnaît solennellement le protectorat de Sa Majesté TEmpereur des Français sur le Cambodge.

Art. 2. Le traité conclu, au mois de décembre 1863, entre les royaumes de Siam et du Cambodge, est déclaré nul et non avenu, sans qu'il soit possible au gouvernement de Siam de Pinvoquer à l'avenir et en aucune circonstance.

Art. 3. Sa Majesté le roi de Siam renonce, pour lui et ses successeurs, à tout tribut, présent ou autre marque de vassalité de la part du Cambodge.

De son côté. Sa Majesté l'Empereur des Français s'engage à ne point s'emparer de ce royaume pour l'incorporer à ses possessions de Cochinchine. '

Art. 4. Les provinces de Battambong et d'Angkor (Nakhon Siemrap) resteront au royaume de Siam. Leurs frontières, ainsi que celles des autres provinces siamoises limitrophes du Cambodge, telles qu'elles sont reconnues de nos jours de part et d'autre, seront, dans le plus bref délai, déterminées exactement» à l'aide de poteaux ou autres marques, par une comnais* sion d'ofOciers siamois et cambodgiens, en présence et avec le concours d'officiers français désignés par le gouverneur de la Cochinchine.

La délimitation opérée, il en sera dressé une carte exacte par les officiers français.

Art. 5. Les Siamois s'abstiendront de tout empiétement sur le territoire du Cambodge, et les Cambdogiens s'abstieudront égalenient de tout empiétement sur le territoire siamois.

Toutefois, les habitants des deux pays auront la liberté de circuler, de faire le commerce et de résider pacifiquement sur les territoires respectifs.

Si des sujets siamois se rendent coupables de quelques délits ou crimes sur le territoire du Cambodge, ils seront jugés el jaunis avec justice par le gouvernement du Cambodge et suivant les lois de -ce pays; si des sujets cambodgiens se rendent cou-

pables de délits ou crimes sur le territoire siamois, ils seront également jugés et punis avec justice par le gouvernement siamois, suivant les lois de Siam.

Art. 6. Les bâtiments sous pavillon français pourront naviguer librement dans les parties du fleuve Mé-kong et de la mer intérieure qui touchent aux possessions siamoises. Le gouvernement de Sa Majesté le roi de Siam mettra à la disposition des autorités de Saïgon le nombre de passe-ports qu'elles jugeront nécessaires, poUr être délivrés, après avoir été signés et apostilles par lesdites autorités, aux sujets français qui voudront se rendre dans ces parages^. Sur le territoire siamois, ceux-ci devront se conformer en tout aux stipulations du traité de 1856 entre la France et le Siam. Le passe-port ci-dessus mentionné tiendra lieu, en cas de relâche, de la passe exigée par l'article 7 dudit traité, et donnera aux porteurs, en cas d'urgence, le droit d'adresser directement leurs réclamations aux autorités siamoises.

Art. 7. Le gouvernement français s'engage à faire observer par le Cambodge les stipulations qui précèdent.

Art. 8. Le présent traité ayant été rédigé en français et en siamois, et les deux versions ayant la môme portée et le même sens, le texte français sera officiel et fera foi» sous tous les rap. ports, aussi bien que le texte siamois.

Art. 9. Le présent traité sera ratifié et les ratifications en se-' ront échangées à Bangkok dans le délai dé cinq mois, ou plus tôt si faire se peut.

£a foi de quoi les plénipotentiaires respectifs l'ont signé et y ont apposé le sceau de leurs armes.

Fait à Paris, en double expédition, le 15 juillet de Tan de grâce 1867 (le quatorzième jour de la huitième lune de Tannée Tho : 1229 de l'èrç siamoise).

Signé : Mousher. — Phya Surawongs Way Wat. — Phra Kaxa Sena.

Ou annonçait égalenSent de Bangkok, le 20 février dernier (1868), que les difficultés pendantes entre le gouvernement britannique et celui du roi de Siam au sujet des limites de Siam et de la Birmanie, venaient d'être heureusement terminées par l'adoption réciproque d'un projet de règlement définitif des frontières. Mais nous ne connaissons pas jusqu'à présent le texte de ce projet de règlement.

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5 6. Une excursion dans le Kambodj. M. H. G. Kennedy. Notes archéologiques, statistiques et commerciales.

Un photographe anglais, M. J. Thomson, étant parti de Siam, vers la fin de 1865, ponr une course artistique dans ]e Kambodj (voy. notre précédent volume, p. 245, n** S99), un jeune attaché au consulat britannique à Bangkok, M. 6. Kennedy, obtint du consul l'autorisation de se joindre à l'excursion de son compatriote, et il a commnniqpië à la société de Géographie de Londres quelques notes (n^ 8), où nous trouvons des renseignements intéressants sur un pays au total fort peu connu jusqu'à présent.

Le but principal du voyage de M. Thomson était de visiter les ruines célèbres d'Angkor, autrefois capitale du royaume de Kambodj, et siège d'un établissement bouddhique dont les magnifiques ruines attestent Timportanoe. Ces ruines se trouvent à une petite distance de la ville de Nakhon Siemrap, près de l'extrémité septentrionale da grand lac du Kambodj ; elles sont presque directement à Test de la capitale du royaume de Siam (en inclinant quelque peu au sud), et on peut évaluer à 450 kilomètres environ l'intervalle qui les sépare. Une partie de cet intervalle est occupée par les deux provinces kambodjiennes de Battambung et de Nakhon-Siemrap dont les Siamois se sont emparés, et dont le traité de Paris du 15 juillet 1867 (nous venons d'en rapporter le texte) leur a confirmé la possession. « La province de Nakhon-Siemrap (elle s'étend à rSst jusqu'au Mé-kong) fut jadis le centre de Tempire du Kambodj ; elle doit avoir autrefois contenu, dit M.Kennedy, une nombreuse population. Mais à l'heure actuelle les habitants dépassent à peine 1 0 000, chiffre singulièrement disproportionné avec la grandeur de la province. Les environs de sa capitale sont très-bien cultivés ; mais la

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plus grande partie de la province est actuellement couverte de forêts, interrompues çà et là par quelques éclaircies autour d'un petit nombre de villages épars. Les habitants ne cultivent de riz que ce qu'il en faut pour leur consommation ; mais ils recueillent du sucre de palmier en quantités suffisantes pour une exportation considérable. » Quant à la capitale même de la province, Nakhon-Siemrapy M. Kennedy la représente comme une ville murée d'un demi-mille de côtés (moins d'un kilom.)i située sur un petit cours d'eau qui va se perdre à 15 milles de là (24 kil. environ) dans l'extrémité du Grand Lac. La plus grande partie des habitants demeure en dehors de l'enceinte, sur les bords de la rivière. Les Chinois forment ici une colonie assez nombreuse. Gomme le territoire fournit en abondance des bois propres à la construction des barques, beaucoup d'habitants exercent cette industrie.

Un grand nombre de temples de construction moderne entourent la ville de Siemrap; mais ils sont loin d'offrir la solidité des anciens édifices, et la plupart sont déjà dans un état de ruiae. Tout, dans cette localité, rappelle le caractère religieux dont ses ruines antiques portent le cachet à un si haut degré ; encore aujourd'hui, le nombre de prêtres qui vivent sur ce territoire est singulièrement hors de proportion avec le chifTre de la population.

M. Kennedy rend compte de l'excursion que lui et M. Thomson firent, dans les premiers jours de mars, aux ruines du grand temple, à 7 kilomètres de la ville. Ils y rencontrèrent le capitaine Lagrée, le chef de notre expédition du Mé-kong. U avait avec lui trois marins et un dessbateur, qui prit les vues et releva les détails des ruines, oii M. Lagrée fit en outre de nombreux estampages. Tout cela, naturellement, demanda plusieurs journées; ce sont de riches matériaux qui trouveront place dans la publication de notre expédition du Mé-kong. « Je vis dans mes conversations avec M. Lagrée, dit notre jeune voya-

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geur, qu'il connaissait parfaitement la topographie da pays, ainsi que les ruines que l'on trouve répandues par* tout sur les territoires qui faisaient partie de l'ancien royaume deKambodj. »

Sur le Grand Lac, M. Kennedy a recueilli les notions suivantes :

< Cette vaste nappe d'eau, qui forme le trait le plus frappant de la géographie du Kambodj, a plus de 100 milles de longueur (au delà de 160 kilom.); et bien que comparativement sa largeur soit assez faible, ce n'est pourtant que vers ses deTux extrémités que d'un bord on peut aperoevoir l'autre. Il est bordé tantôt d'une large ceinture de forêts, tantôt de terrains bas et détrempés; et dans la saison sèche il a si peu de profondeur, qu'à 3 milles du bord on a de l'eau à peine jusqu'à la poitrine. Dans la saison pleuvieuse, jcependant, sa crue est considérable ; le lac, alors, étend très-loin ses eaux à travers les bois, et il devient navigable pour des steamers de grandes dimensions. Le fond se compose de vase et de sable; les courants, que Ton dit asseï forts au temps de l'inondation, s'aperçoivent à peine quand les eaux sont basses. Des vents forts et fréquents soufflent avec des alternatives régulières selon la saison ; ces vents rafraîchissent et assainissent tout à la fois le lac et ses rives, même au temps des plus grandes chaleurs. »

Voici quelques notes détachées sur le Kambodj.

Le roi dit à M. Kennedy que la population de ses États pouvait être évaluée au plus bas mot à 600000 Kambodjts, 10000 Gochinchinois, et un très-grand nombre de Chinois immigrants. Je ne pourrais dire précisément, ajouta S. M., quelle est l'étendue de mon territoire, ni combien de jonrs il faudrait à un éléphant pour le traverser. Plus tard, ajoute le voyageur, j'appris qu'on y compte cinquante-cinc]^ villes, et j'ai pu dresser la liste des plus importantes. M. Kennedy donne cette liste dans Tappendice de son mémoire.

La soie parait former la branche de commerce la plus

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importante. On exporte déjà une quantité coiisidérable de soies grèges dans les qualités les plus belles; et c«ttft exportation peut s'agrandir, car le pays est éminemment propre à l'éducation du ver à soie.

Le Kambodj, cependant, est surtout réputé pour labeauté et l'excellence des langoutis et d'autres articles de soie qui se fabn'quent en quantités considérables aux environs de la capitale. Par la richesse des teintes et l'élégance du dessin, ces articles de fabrique kambodjienne surpassent de beaucoup ce qui se fait dans le même genre chez les peuples environnants ; aussi sont-ils très-recherchés.

« Je crois, ajoute le voyageur anglais, que le gouvernement français connaît déjà la valeur et l'importance du Kambodj, et que sans avoir l'intention d'en prendre précisément posfession, il songe à le rendre plus riche et plus influent, à en faire, en un mot, une monarchie importante sous son protectorat. C'est dans cette vue que l'administration coloniale de Saigon fait activement explorer les parties éloignées du territoire kambodjien, que l'on fait la reconnaissance de ses routes et de ses rivières navigables. M. Le Foucheur (?), chargé d'une expédition vers les tribus intérieures, s'est avancé jusqu'à la riche cité de Vièn-chang*, d'où il a dû revenir sur ses pas. Armé de nouveaux passeports plus impératifs, il est maintenant sur le point de retourner une seconde fois vers la même région, où va aussi se diriger la commission conduite par M. Lagrée. On ne peut nier, du reste, que cette intervention française ne fasse du bien au pays. »

J 7. Le docteur Bastian. De Bangkok à Saigon par le Kambodj.

Le D' Bastian a donné cette année un nouveau volume (le 4«) de sa relation de l'Asie orientale (n® 9. — Voir notre

t. Ville sur le Mé-kong, au-dessous de Pak-laï.

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vol. précédent^ p. 244, n*" 195); cette partie da voyage du savant Allemand se rapporte aussi presque tout entière au Kambodj. Elle nous conduit de Bangkok, capitale du royaume de Siam, à Saïgon en touchant au Grand Lac. On pense bien que le D' Bastian n'a pas omis de visiter les ruines d'Angkor, et il en donne une description étendue; mais on attend toujours une étude approfondie des inscriptions que l'on y trouve. Les estampages pris par le capitaine Lagrée en fourniront sans doute les éléments. Le ly Bastian, selon sa coutume, a réuni de nombreuses informations sur les populations du pays qu'il a traversé et sur les tribus indépendantes des montagnes et des forêts, en dehors de ses observations personnelles.

CORÉE. MBRS DE LA CUINB.

19. Paxton Hood. The social Life of the Chinesej a daguerréotype of daily life in China. Condensed from ihe work of the Rev. J. DoLiTTLB. Lond.y 1868, petit in-8 iliustr. 8 sh. 6 d.

20. W. F. Mayers, N. B. Dennys, and Ch. King. China and Japon. A complète Guide to the Open Ports of tbose countries. Lond, , 1867 , in-8, 600 p., avec cartes et plans. 2 liv. 2 sh. (Trûbner).

21. M. d'iRissoN. L'esprit chinois et l'esprit européen. Moniteur ^ sept. (Voir le t. V de V Année géographique^ p. 163.)

22. A. Wylie. Notes on chinese literature; willi introductory remarks on the progressive advancement of the art, and a list of translations from the chinese into varions european languages. Shanghae, American Presbyterian Mission Press, 1867, in 4", XXVIII-260 pages {Lond,^ Tiùbner).

23. G. Pauthier. Mémoires sur l'antiquité de l'histoire et de la civilisation chinoises^ d'après les écrivains et les moaumeaU

indigènes. — l** Mémoire, comprenant Thistoire de Tédit de proscription des anciens livres par Thstn-chi-hoang>ti, 213 ans avant J. C.^ et l'inventaire général de ces mêmes livres au premier siècle avant notre ère. Journal osiaLj sept-oct. 1867, p. 197-337.

L'histoire de ce célèbre édit de proscription, qai tient une si grande place dans Thistoire scientifique de la Chine ancienne, est ici exposée d'une manière complète. La conclusion très-bien justifiée de M. Pauthier, c'est qu'en dépit de cet arrêt imaginé par un tyran stupide, qui croyait pouvoir anéantir ainsi le souvenir de tous les titres antérieurs aux siens, il est à peu près impossible que bien des documents n'aient pas échappé à la destruction, et conséquemment que les temps antiques de l'histoire chinoise ne sont pas aussi dépourvus de titres authentiques qu'on l'a soutenu encore récemment. Cette thèse n'est pas nouvelle, et elle a pour elle, en effet, une bien grande vraisemblance.

— 2' Mémoire, t6td., avril-mai, p. 293-430.

L'auteur, dans ce deuxième mémoire, traite de Torigine de l'écriture chinoise; des monuments encore subsistants de récriture chinoise, et en particulier de l'inscription de Yu ; de l'éclipsé du règne de Tchoûqg k'àng (^2159-2145 avant Jésus-Christ) mentionnée dans le Choû-klng; des transformations successives de l'écriture chinoise, etc. Hais on y trouve aussi des hypothèses sur lesquelles il est impossible de ne pas faire de sévères réserves. Nous y reviendrons tout à l'heure.

24. J. Chalmers. The origin of the Chinese; an Attemt to trace the connection of the Chinese with western nations, in their , religion, superstitions, arts, language, and traditions. Lond., 1868, in-8 (Trùbner).

25. K. A. Skatskop. Die geographischen Kenntnisse der Chinesen ; aus dem Russischen ûbersetzt von Prof. P. Vcelkel. Mittheilungen de Petermann, 1868, n" x, p. 353-360.

Morceau lu au sein de la Société de Géographie russe. Énumération raisonnée des nombreux ouvrages qui composent la littérature géographique de la Chine.

26. G. Lamprry. Notes of a journey in the N. W. neighbourhood of Peking. Journal of the Roy, Geogr, Soc, vol. XXXVII, p. 239-269.

Cette excursion d'un officier anglais stationné à Tien-tsin a eu lieu à lafindei861.

27. R. PuMPBLLT. Geological Researches in China, Mongolia, and Japon, during the years 1862 to 63. Contributions Smithsonian to knowledge, n" 202. Washington, gr. in-4', 144 p., avec 9 pi.

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