‹ L'Année géographique (volume 3)Chapitre 126 sur 249 · V. Notre volume précédent, p. 237, n · texte numérisé non relu

V. Notre volume précédent, p. 237, n

S £•' Livingstone. Nouvelles récentes.

Des noavelles directes du D' Livingstone sont enfin venues calmer les inquiétudes qui de nouveau commençaient à envahir les esprits. Ces nouvelles sout toutes fraîches; elles sont arrivées à Londres dans la première huitaine de novembre, et on en a eu de nouveau au milieu de dé-^ cembre. Les dernières lettres qu*on eût alors de l'illustre explorateur dataient de près de deux ans ; elles étaient du 14 décembre 1867. Livingstone, à cette dernière époque, s'était rapproché de l'extrémité sud du Tanganîka, et avait pu examiner, à ce qu'il semble, un système de petits lacs ou de lagunes qui se déversent dans le grand lac. Il allait partir pour Oudjidjî, ville déjà vue par Burton et Speke en 1858, et que l'on sait être située sur le bord oriental du Tanganîka. C'était de là qu'il devait expédier à la côte des lettres détaillées.

Les lettres promises n'étaient pas arrivées ; le bruit répandu de temps à autre du retour du voyageur s'était toajours trouvé faux. C'est seulement après dix-sept mois

qu'on est enfin rassuré sur la vie du grand explorateur auquel se rattachent désormais tant d'espérances scientifiqoes. Voici des extraits d'une première dépêche du consul anglais le D' Eirk^ annonçant la bonne nouvelle ; elle est datée de Zanzibar, 7 septembre, et elle est arrivée à Londres, en même temps que les lettres de Livingstone lui^ même, parla voie de Bombay.

c Le principal intérêt géographique de la lettre actuelle du docteur Livingstone est le fait annoncé que les sources du Nil doivent se trouver dans les lacs et les rivières qui recueillent les eaux de la grande vallée où est située Gazembé, vallée qui s^étend au sud du Tanganlka, entre les 10* et 12* degrés de latitude australe. La ville de Gazembé, d'où les lettres précédentes de Livingstone étaient datées (14 décembre 1867), a déjà été visitée et décrite par les explorateurs portugais; elle est voisine d'une chaîne de lacs qui ont leur écoulement au nord'. Le Tchambézé, après avoir reçu d'un grand nombre de petits courants les eaux qui dans cette plaine élevée s'écoulent par la pente nord des lagunes, vase jeter dans le lac Bangoué-olo* Gelui-ci, à son tour, est réuni au lac Moero par la Loapoula, sur les bords de laquelle la ville de Ga/embé est bâtie. Le Moero s'écoule par la Loualaba dans un autre lac nommé Oulenghé : c'est là que finit l'exploration.

« Les indigènes ont dit au docteur Livingstone que TOulenghé est un lac semé d'Iles, et que ses eaux vont se joindre à la Loufira, grande rivière qui vient du côté occidental de la vaste plaine dont les pentes orientales sont arrosées par le Tcbambézé. La rivière formée par la réunion de toutes ces eaux s'écoule, selon quelques-uns, dans le Tanganika, et de là, par la Loanda, dans le lac Tchôuambé; mais les informants du docteur Livingstone ne sont pas tous d'accord. Selon quelques-uns la Loufira passe à l'ouest du Tanganika pour aller joindre le lac Tchôuambé, que le docteur Livingstone croit être l'Albert- Nyanza de sir Samuel Baker. Et de fait, l'intérêt du voyage se concentre dans les communications de l'Albert-Nyanza vers e sud. Les marchands arabes s'accordent généralement à croire

1. Voir le volume précédent de VAnnée Géographique, p. 254 et 8uiv.

qu'une communicatiou par eau existe entre ce lac et le Tangantka; mais je n'ai rencontré personne encore qui ait vérifié de ses yeux cette communication.

c J'apprends des Arabes qui vont à Gazembé que les lacs ici décrits par le docteur Livingstone sont très-grands, — probablement de cinq à dix jours de marche en longueur, — et comme le Nyassa, le Tanganîka et TAlbert-Nyanza, dominés par les pentes de montagnes qui s'ouvrent sur des baies et des vallées, ou qui aboutissent à de grandes plaines inondées au temps des pluies, si bien que les caravanes marchent pendant des journées à travers des terrains où Ton a de Teau jusqu'aux genoux, à la recherche d'endroits élevés où l'on puisse camper pour la nuit. Le pays abonde en grand gibier et en bétail. Le climat n'est pas insalubre, d'après ce qu'on en dit, et certainement il est très-différent de la côte de Zanzibar, si l'on en juge par l'aspect de santé des marchands qui reviennent de l'intérieur. »

De nouvelles lettres, datées du 30 mai 1869, sont parvenues au docteur Kirk à la fin de novembre, et il en a immédiatement donné connaissance k Londres par la voie de Suez. Yoici l'extrait de la dépêche du consul anglais que publiaient les journaux de Londres au conunencement d$ décembre.

Dans la lettre de Livingstone écrite d'Oudjidji à la date du 30 mai, l'illustre explorateur se plaint beaucoup du porteur môme de la dépêche, Musa Kamaals, lequel était chargé do conduire ses bufQes et ses bagages, et qui a laissé périr les premiers et piller les seconds avant d'arriver à Ounyanyembé. Il représente la difficulté qu'il éprouve à donner de ses nouvelles. Les gens des peuplades au milieu desquelles il se trouve pratiquent le commerce des esclaves et sont ennemis des Anglais, qu'ils redoutent ; ils cherchent, en conséquence, à intercepter toutes les lettres qui peuvent aller à Zanzibar. Le docteur Livingstone raconte comme quoi il a confié à un indigène allant à . Ounyanyembé un paquet de correspondances renfermant une quarantaine de lettres; mais il exprime en môme temps la crainte qu'elles ne parviennent jamais à leuf destination.

Enfin il demande un envoi en hommes et en provisions dont il a besoin pour continuer son expédition. Voici la fin de cette lettre qui se rapporte au but môme du voyage :

c Quant à ce qui me reste à faire, c'est de relier avec le Nil de Baker et de Speke les sources que j'ai vues à 6 ou 700 milles de distance de celles qu'ils ont découvertes. Le volume d'eau qui s'écoule au delà du 12' degré de latitude australe est tellement considérable, que je crois être sur la vole des sources du Qongo (le Zaïre) en môme temps que celles du Nil. Il me reste à descendre à l'Est la ligne d'écoulement des eaux jusqu'au point de retour de Baker. Le Tanganlka et l'Albert- Nyanza de Baker sont un seul et môme bassin, qui a son point d'origine à 300 milles d'ici. L^s lignes de drainage de l'ouest et du centre convergent dans un lac inexploré situé à l'ouest ou au sud-ouest de celui-ci.

c Quant au canal d'écoulement de ce lac, j'aurai à m'assurer si c'est le Nil ou le Congo.

c Les riverains de ce lac sont des cannibales, s'il faut en croire les Arabes. Je dois d'abord aller là, puis revenir au Tanganlka retrouver la nouvelle escorte que j'attends de Zanzibar, si je puis revenir sain et sauf. >

Le docteur Kirk ajoute qu'il a déjà expédié à Oudjidji les objets que demandait Livingstone dans sa lettre reçue au mois de septembre, et qu'il allait lui envoyer immédiatement ce qu'il demandait de nouveau.

11 y a en tout ceci deux choses bien distinctes : les circonstaiices géographiques directement reconnues par Tezplorateur, c'est-à-dire la chaîne de lacs ou de lagunes reliés par un réseau de rivières , et les conjectures sur les communications ultérieures et l'écoulement final de ce système d'eaux observé dans la plaine centrale de Cazembé.

Que ces eaux du 1 2** degré de latitude australe communiquent avec le haut Nil, sqit par le Tanganlka, soit par d'autres grands lacs "voisins de Téquateur, c'est ce que nul ne peut assurer d'après la nature des informations recueillies, telles que M. Kirk lui-même les constate. L'exemple de Speke nous enseigne la réserve ; il faut se défendre de ces entraînements qui devancent les faits et faussent l'opinion. 11 est regrettable que les lettres du D'' Livingstone ne soient pas déjà publiées en entier. Si ces nouvelles étaient arrivées par rAUemagne, elles seraient déjà imprimées in

extenso dans le précieux journal de Petermanni et répandues datis toute l'Europe. A Londres, il faut le dire, on se préoccupe davantage des coups de théâtre et beaucoup moins des purs intérêts de la science.

Livingstone, dans une autre lettre, se félicite d'avoir trouvé ce qu'il croit être, dit- il, les sources du Nil entre les 10' et le 12' degrés de latitude sud, « c'est-à-dire vers la position que Ptolémée leur assigne. > Ce rapprochement est tout k fait illusoire. Ceux qui ont étudié de près les bases sur lesquelles reposent les notations astronomiques de la Géographie de Ptolémée, savent quel cas il faut faire de ces positions absolues , et même bien souvent relatives, faussées par des combinaisons sans critique. Il n'y a de vraiment précieux dans Tœuvre géographique de Ptolémée que sa riche nomenclature.

Il faut donc attendre, et attendre avec confiance, les résultats de l'exploration complète du bassin du Tangantka, qui est toujours, évidemment, dans la pensée du voyageur. Il faut aussi hâter de tous nos vœux le jour qui le ramènera en Europe ; car qu'elle qu'ait pu être la limite que la force des choses ait posée à ses investigations, nous pouyons'étre assurés que la moisson aura été immense.

$ 3. Zanzibar.

La communication de M. Adrien Germain sur Zanzibar (n®49) renferme des détails à recueillir. Ces informations tirent leur valeur de la source d'où elles proviennent. < L'étude de l'île et de la partie de la côte d'Afrique qui relève du sultan, dit M. Germain, m'était rendue intéressante et facile par un homme qui connaît mieux Zanzibar que le sultan lui-même, et qui mit à ma disposition le fruit de ses études personnelles, sa connaissance de la langue du ^ pays, ses conseils et sa longue expérience pour les excur-

Page 1