Brésil. Statistique générale. Ibid., p
105. Will. Hadfibld. Brazil and the river Platain 1868, showing the progress of those countries since his former visit in 1853. Lond, 1868, in-8, 270 pages (Bâtes).
106. Reinhold Hensel. Die Goroados der Brasialischen Provins Rio Grande do Sul. Zeitschrift fur Ethnologie de Bastiàn et Hartmann, n» 2, 1869, p. 124-135.
Sauf qaelques restes épars de rancienne population aborigène de la province de Rio Grande do Sol, la seole tribu qui t*en soit conservée est celle des Coroados, ainsi nommés par les Portagais de l'espèce de tonsure qui leur forme comme one couronne. L'auteor décrit leurs mœurs et leur genre de vie. C'est an rameau de la race Ouarani. On devait déjà & M. Hensel une Notice instructive et circonstanciée sur Tensemble delà province. (F. le t. VI de l'Année géographiquey p. 320, n» 281.
107. M. l'abbé Duband. Excursion à la Serra de Caraça, province de Minas Geraes. Bulletin de la Soc. de géogr., janv. et févr. 1860, p. 46-61, 114-126.
Nous recommanderions volontiers la lecture de cet excellent morceau & M. UadHeldfdont nous avons noté tout à Theure un volume sur le Brésil (n" 106;. M. Hadfield y verrait que l'exactitude des ob*
servations scientifiques s'allie très bien .avec la pureté littéraire de la forme cl Fflrvation de la pensée en présence d'une Admirable nature.
108. Ern. Mouchez, capit. de vaisseau. Tableau des po^^ilions géographiques de la côte du Brésil. Annales hydrographiqueSf 1869. 2* trim., p. 227-2G1.
109. Rapport sur la longitude de Rio Janeiro, déduite des observations méridiennes de la lune faites par M. Éug. Penaud, lieuL de vaisseau. Connaissance des Temps pour 1870, AdditionSy p. 10-15.
110. Traité d*amitié, de frontières, de navigation et d'extradition entre le Brésil et la Bolivie. Archives diplomatiqueSy août.
111. Bd. José de MoRAES, navigaçâo interior do Brasil. Noticia dos projectos apresentados para a iunccâo de diversas bacias hydrographicas do Brasil, ou rapido esboço da futura rêde gérai de suas vias navegaveis. Rio de Janeiro ^ 1869, in-ft,248 pages^ avec une carte de l'hydrographie fluviale du Brésil.
112. Revista trimensal do instituto historico, geographico e ethnographico do Brasil. T. XXXI, 1-4 trim., et T. XXXII, !•» trim. jRto de Janeiro y 1868, 5 parties in-8.
113. Carte particulière de la côte du Brésil, partie comprise entre l'île Santa-Anna et Barra Veiha d'Iguaruçu. Paris 1868 (n* 2530), Public, du Dépôt de la Marine.
— Partie comprise entre le cap Santa-Martba et Itapacaroya (n* 2612).
— Partie comprise entre la Barra Iguaraçu et la Barra Ajrtca-
tiaçu (n- 2614).
— Partie comprise entre Tabatingua et Agua Mare (n* 2621).
— Partie comprise entre Aracatiaçu et le cap Iguapé (n* 2625).
— Partie comprise entre la rivière Iguapé et la pointe Itapaca* roya (n"2665).
— Partie comprise entre Tabatingua et Pernambuco (n* 2627).
— Partie comprise entre le cap Frio et Ilha Grande (n* 2653).
— Partie comprise entre Picimquaba et Tamandua (ProT. de San Paolo) (n°2738). *
— Partie comprise entre Maçeioet le rio Bariri (n* 2749).
— Partie comprise entre Bahia et Olivença (revue en 1868)' (n« 2045).
— Baie de Rio de Janeiro (revue en 1868). (n* 412).
Publications dti Dépôt de la marine.
BRÉS\L. 91
S i*' M. Âgassii ao Brésil. Étndes physiques, économiques et géographiques. L'Amazone.
L'expédition de M. Agassîz à l'Amazone — car cette grande exploration est plus qu^un simple voyage, c'est une véritable expédition — a maintenant sa place marquée parmi les plus èonsidérables que TAmérique ait vu s'accomplir depuis Alexandre de Humboldt. GeUe importance n'est pas seulement dans l'étendue des contrées parcourues, dans l'intérêt géographique et économique de Timmensd bassin de l'Amazone, dans le nombre et ladiversité des études que les explorateurs y ont poursuivies et dans les découvertes dont ils ont enrichi les sciences naturelles : elles est surtout dans la portée qu'un esprit puissamment philosophique, joint à nne science profonde chez l'illustre naturaliste, a su donner aux recherches en apparence lès plus spéciales ^ La traduction française de la relation historique qui parait à Paris (n"* 102), nous ramëâe à ce grand Voyage^, d'autant plus que ce qu'on a dit de cette relation, qu'elle était surtout composée des souvenirs personnels de Mme Agassiz, souvenirs principalement tournés verd les côtés pitioresques du voyage, est bien loin de lui rendre pleine justice. Ce ne sont pas seulement des récits et des impressions que l'oii trouve ici ; bien des pages sorties du portefeuille du chef de l'expédition, bien des observations précieuses pour la géographie naturelle et des considéra-* tions de l'ordre le plus élevé, se mêlent aux scènes d'inté-^ tieVLt tracées d'une main délicate. Au total, je ne me souviens pas d'avoir lu depuis longtemps un livre plus attachant
1. Nous rappellerons que M. Louis Agassiz est né à Orbe, dans le canton de Vaud (Suisse), en 1807 ; il est tixé en Amérique depuis 1846. (Voir Vapereau.)
% Voir notre précédent volume, p. 293, n«* 325 à 327.
92 AMÉRIQUE DU SUD. (n*" 102-113)
et plus instructif à la fois, — plus attachant sans frivolité, plus instructif sans sécheresse et sans lourdeur. Ajoutons — et ceci a son importance, — que Touvrage n'a rien perdu à passer dans notre langue. La traduction est d'une franchise, d'un coloris , d'une liberté d'allures auxquels le commun des traducteurs ne nous a guère accoutumés.
Dès les premières pages, le Gulf-Stream, que le vaisseau coupe dans sa largeur, fournit à M. Âgassiz l'occasion d'un intéressant épisode. Chaque jour des entretiens sur des sujets divers, relatifs aux recherches que l'on allait entreprendre, réunissaient autour de M. Âgassiz les auxiliaires de l'expédition ; par une pente naturelle, ces entretiens se changèrent bientôt en de véritables conférences. Une question scientifique, une recherche à faire, un pro* blême à résoudre en fournissaient le sujet. Dans un de ces entretiens, M. Agassiz avait pris pour thème « l'objet des explorations scientifiques dans les temps modernes; > et à ce propos il expose le plan même des travaux de Tex* pédition tel qu'il l'a conçu.
Mes compagnons et moi, nous nous sommes si soudainement et si inopinément réunis, que nous n'avons guère eu le temps d'organiser le travail de la mission.... «Le temps des grandes découvertes est passé , » dit-il. Les curieux de la nature ne se mettent plus maintenant en route pour trouver un nouveau monde, pas plus qu'ils n'étudient le ciel pour chercher une nouvelle théorie du système solaire. La tâche du naturaliste de nos jours est d'explorer des mondes dont l'existence est déjà connue, d'approfondir et non de découvrir. Les premiers explorateurs, au sens moderne du mot, ont été Humboldt dans le monde physique, Guvier en histoire naturelle, Lavoisier en chimie, La Place en astronomie. Ils ont été les pionniers de la voie nouvelle où le travail scientifique de ce siècle doit se maintenir.... » Ce que M. Âgassiz dit ici des sciences physiques et astronomiques est également vrai de
Texploration géographique et des études d'ethnographie En géographie non plus, sauf quelques lacunes à remplir, il n'y a plus à faire de grandes découvertes; mais presque tout est à revoir, à vérifier, à préciser. De même en ethnographie. Le temps n'est plus aux systèmes, aux vues a priori j aux discussions sans issue scientifique sur le Monogénisme et Polygénisme, par exemple , non plus qu'aux classifications absolues : mais partout des observations à recueillir, des faits particuliers à constater, des expériences à aborder ou à poursuivre. Les grandes lois, les faits généraux, les classifications, les questions de races et d'ori- ^ne, toutes les synthèses, en un mot, s'accuseront d'ellesmêmes quand Theure sera venue.
Dans une autre occasion, le grand naturaliste arrive à cette objection souvent adressée aux recherches dont l'ap* plioation immédiate ne frappe pas tous les esprits : à quoi
bon?
A quoi bon? à quoi peut mener telle ou telle vérification? Je réponds qull n'est donné à aucun honune de prédire quel sera le résultat d'une découverte faite dans le domaine de la nature. Quand l'étincelle électrique fut découverte, qu'était-ce? une curiosité. Quand on inventa la première machine électrique, à quoi servit-elle? à faire danser des pantins pour amuser les enfants. Et maintenant l'électricité est la force la plus puissante dont la civilisation dispose. Mais d'ailleurs, quand une pareille étude n'aurait d'autres résultats que celui-ci : savoir que certains faits dans la nature se passent ainsi, et non autrement, qu'ils ont telles causes et non d'autres, le résultat serait en lui-même assez bon, il serait assez grand, car la fin de l'homme, son but, sa gloire, c'est la vÂRni!...
Cependant le bâtiment qui porte la mission est arrivé en vue de Rio de Janeiro ; le spectacle grandiose de la baie, l'aspect extérieur de la ville auquel l'intérieur ne répond pas complètement, puis les enchantements du pays environnant, et le mouvement qui s'y manifeste pour la création
des voies de communication, un des grands besoins de cet immense empire que le gouvernement travaille de toutes ses forces à faire entrer dans la voie féconde des améliorations matérielles et morales : tout cela est touché en traits rapides, mais vifs et saisissants. Puis rexpédition rer prend la mer pour revenir à TAmazone, théâtre principal de ses travaux. Ici de nouvelles scènes se déploient , tu milieu d'ane nature gigantesque et encore à demi-sauvage. M. Âgassiz, ou la maiu qui souvent tient pour loi la plume, nous initie à ses savantes investigations, non par leur côté technique, mais par de fréquentes échappées philosophiques. La distribution de la vie animale dans le fleuve, les forêts vierges qui en couvrent les rives, la population native qui les habite, ]es centres de population blanche qui s'y Tonnent de loin en loin, et l'avenir économique qui attend cette immense artère de TAmérique équatoriale, sont autant de sujets qui fixent tour à tour TiUtention et la pensée de Téminent explorateur, secondé par de nombreux et dévoués auxiliaires. Nous ne pouvons entrer dans le détail de leurs recherches, qui ont pour objet prin* cipal l'histoire naturelle du grand fleuve et l'étude de 8on bassin ; il faut nous borner à quelques passages qui touchent plus particulièrement à notre cadre géographique. Nous signalerons (p. 379) une lettre adressée à l'Empereur Don Pedro, où M. Agassiz résume les travaux qui ont marqué le cours de l'expédition, et leurs principaux résultats. Sur le côté ethnographique de ses investigations, M. Agassiz s'exprime ainsi :
L'étude du mélange des races humaines qui se croisent dans ces régions m'a aussi beaucoup occupé, et je me suis procuré de nombreuses photographies de tous les types que j'ai pu observer. Le principal résultat auquel je suis arrivé est que les races se comportent les unes vis-à-vis des autres comme des espèces distinctes ; c'est-à-dire que les hybrides qui naissent du croisement d'hommes de race diUérente sont toujours un mé-
lange des deux types primitifs, et jamais la simple reproduction des caractères de l'an ou de Pautre des progénitures, comme c'est le cas pour les races d'animaux domestiques.
Cette remarque est d'une grande importance ; elle rend bien compte de la permanence des races négroïdes qui se sont formées en Afrique et y tiennent une si grande place, partout où la race nègre pure s'est trouvée en contact intime avec la race blanche africaine, dont les deux foyers principaux sont le plateau abyssin (les Gallas) et le massif atlantique (les Berbers).
Dans la lettre que nous venons de citer, le chef de la mission africaine se plaît à reconnaître Tétendue dea 9e* cours qu'il a trouvés dans le savoir d'un gëolo^e distingué du Brésil, le major Don Silva Coutinho. La Sodjté de Géographie de Paris, qui eut en 1867, àTëpoquede l'Exposition universelle, la bonne fortune de recevoir et d'entendre dans son sein M. Coutinho, put apprécier l'expérience profonde qu'un long séjour lui a donnée de cette vaste région (V. le t. VI de lArifiée Géographique^ p. 320 et 33^, etlet.Yir,p. 293, n« 327). «De toutes les faveurs dont Votre Majesté m'a comblé pour ce voyage, dit M. Agassiz, la plus précieuse a été la présence du major Coutinho, dont la familiarité avec tout ce qui regarde l'Amazone a été une source intarissable de renseignements importants et de directions utiles, ponr éviter des coufses oiseuses et la perte d'un temps précieux. L'étendue des connaissances de Coutinho, en ce qui touche l'Amazone, est vraiment encyclopédique, et je crois que ce serait un grand service à rendre à la science que de lui fournir l'occasion de rédiger et de publier tout ce qn'il a observé pendant ses visites répétées et prolongées dans cette partie de l'empire. Sa coopération pendant ce dernier voyage a été des plus laborieuse ; il s'est mis à la zoologie comme si les sciences physiques n'avaient pas élé l'objet »pécial de ses études, en même temps qu'il
a fait par devers lui de nombreuses observations thermométriques, barométriques et astronomiques, qui ajouteront de bons jalons à ce que Ton possède déjà sur la météorologie et la topographie de ces provinces. C'est ainsi que nous avons les premiers porté le baromètre au milieu des collines d'Almeyrim, de Monte-Alegre et d'Ereré, et mesuré leurs sommets les plus élevés. »
Parmi les légendes que la mission a recueillies, chez les Indiens de l'Amazone , dans le cours de ses investigations ethnographiques, il en est une assez bizarre sur le commencement de la race humaine tel que le conçoivent ces pauvres sauvages. Tous les peuples, même les plus incultes, ont porté leur pensée sur l'insondable mystère de Torigine des choses el des hommes. La légende mundurucii a du moins le mérite de garder son pur cachet aborigène.
c Le premier homme, Caro Sacaïbou, était aussi dieu; son pouvoir était partagé par son fils , et par un être inférieur nommé Raïrou. Bien que celui-ci fût son premier mi* nistre et Texécuteur de ^es commandements, Garo Sacaïbou détestait Haïrou. Pour s'en défaire, entre autres stratagèmes il eut recours à celui-ci : Il fabriqua une figure , celle du tatou ', et l'enterra presque en entier dans le sol, ne laissant passer au dehors qiie la queue, en ayant soin de l'enduire d'une sorte de glu huileuse qui adhère fortement aux mains lorsqu'on y touche. Gela fait, il ordonna à Raïrou de retirer l'animal du trou où il était à moitié enfoui, et de le lui apporter. Raïrou saisit l'effigie par la queue, mais il ne put en détacher sa main ; et le tatou, soudainement doué de vie par le dieu , s'enfonça dans la terre entraînant avec lui Raïrou. L'histoire ne dit pas comment ce dernier trouva
1 . Le Tatou est un mammifère terrier de TAmérique du Sud, de la grosseur du lapin et revêtu d'une forte carapace.
moyen de revenir dans la région supérieure ; mais c'était un esprit d'une grande fertilité d'invention , et il reparut sur la terre. A son retour, il informa Caro Sacaïbou qu'il avait découvert dans les profondeurs une foule d'hommes et de femmes, ajoutant que ce serait une excellente chose de les en faire sortir pour cultiver la terre et tirer les produits du sol. Cet avis 9 parait-il, trouva faveur auprès de Garo Sacaïbou. Il planta une graine, de cette graine sortit le cotonnier, et c'est là l'origine du coton. L'arbuste grandit, se développa; des filaments contenus dans son fruit, Garo Sacaïbou fit un long fil, à l'extrémité duquel Raïroa fut attaché, puis il descendit de nouveau dans les profondeurs souterraines par le même trou où déjà une fois il s'était enfoncé. Arrivé-là, Raïrou rassembla les hommes, qui furent hissés à la surface au moyen du fil. Le premier qui sortit du trou était petit et laid ; ce ne fut que peu à peu que des hommes de mieux en mieux faits apparurent. Enfin commencèrent à se montrer des êtres aux belles formes et des femmes douées de beauté. Par malheur, quand on en fut là, le fil était usé; il cassa, et le plus grand nombre des êtres humains beaux et bien faits , hommes et femmes, retombèrent au fond du trou et y restèrent. G'est pour cela, dit la légende, que la beauté est chez nous chose si rare. Garo Sacaïbou tria la population qu'il avait tirée des entrailles de la terre ; il la divisa en différentes tribus, marquées chacune d'une couleur et d'un dessin différents qu'elles ont toujours conservés depuis, et il leur assigna des occupations diverses. A la fin il ne resta qu'un rebut composé des plus laids , des plus chétifs, des plus misérables représentants de la race humaine. A ceux-là le dieu dit en leur traçant sur le nez une ligne rouge : Vous n'êtes pas dignes d'être des hommes et des femmes; allez, et soyez des animaux I Ils furent changés en oiseaux, et depuis ce temps-là les moutoums au bec rouge errent dans les grands bois avec un cri plaintif.... >
l'année GÉOGR VlII. 7
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Nous sommes bien loin, je ne dirai pas de la révélation mosaïque, avec laquelle je ne fais aucun rapprochement, mais des gracieuses légendes que la Grèce nous a léguées; et cependant supposez que l'imagination d'un Homère ou d'un Hésiode, d'un Virgile ou d'nn Ovide, ait paré ces naïves absurdités d'une riche broderie d'ornements poétiques, y aura-t-il une si grande diôérenoe avec les cdilloui de Deucalion et de Pyrrha repeuplant la terre après le déluge thessalien? Dans leur premier jet, toutes les concept tiens primitives se ressemblent : mais au génie seul ctes races bien douées il est donné de dépouiller l'enveloppe grossière, et de polir le diamant caché sous la gangue.
Sept mois ont été passes sur V Amazone , sept mois dont pas uti jour n'a été perdu pour la science parmi les actifs collaborateurs que M. Agassiz animait de son exemple. Il faut quitter ces parages auxquels déjà se rattachaient tant de souvenirs, c Nous ne voulions pas croire qu'il Sedlût dire adieu à l'Amazone. Nos voyages pleins d'enchantements sur ses eaux jaunâtres, nos excursions en canot sur les lacs pittoresques et les igarapés, nos séjours sous les toits de palmier^ tout cela appartient au passé. Un souvenir 1 voilà tout ce qui reste de nos pérégrinations sur le plus grand des fleuves. Quand nous entrâmes dans ses eaux, quelles vagues prévisions^ quels rêves d'une vie nouvelle et pleine d'intérêt flottaient devant nousl Les inquiétudes, l'idée de dangers inconnus s'y mêlaient, dn le pense bien. On sait si peu de chose, même au Brésil, sur cette région, qu'à peine avious-nous pu obtenir quelques renseignements incomplets, découràgean s presque toujours. A Rio de Janeiro, si vous annoncez que lous allez remonter le grand Heuve, vos amis brésiliens vous regardent aveo une adlniratioD compatissante. On vous menace de la fièvre, de la chaleur accablante, de la famine, du manqué de gîte, deè moustiques^ des jacarés et des Indiens sauvageit. Parleivous à un médecin, il vous conseille une bonne provision
de quinine et il vous engage fortement à en prendre une dose chaque jour pour prévenir la fièvre intermittente et les frissons. En sorte que si vous échappez au fléau vous avez du moins la certitude d'être empoisonné par un remède, qui, administré sans précaution, cause une maladie pire que celle qu'il aurait pu être appelé à combattre. En raison de l'attrait que peut offrir la nouveauté d'un voyage dans l'Amazone^- on ne sera sans doute pas fâché d'apprendre qu'on va de Para à Tabatinga aussi commodément que tout voyageur raisonnable peut le souhaiter ; non pas peutêtre absolument sans privations, mais certainement sans être plus exposé aux maladies que dans n'importe quel pays chaud. Les périls et les aventures qui signalèrent les voyages de Spix et de Martius, ou même ceux d'explorateurs plus récents comme Gastelnau, Bâtes et Wallace, sont désormais chose impossible tout le long de l'Amazone propre, quoiqu'ils attendent encore le voyageur presque à chaque pas sur les grands affluents. Sur le Tocantins, sur le Madeira, sur le Purus, sur le Rio Negro, sur le Trombetas ou tout autre des grands tributaires, le voyageur doit encore naviguer lentement sur un canot ; brûlé par le soleil ou trempé par la pluie, il lui faut, le soir, coucher sur la plage, avoir le sommeil troublé par les cris des animaux sauvages errant dans les bois qui l'entourent, et s'attendre à trouver, le matin à son réveil, les traces du tigre à une proximité de son hamac peu rassurante. Mais, le long du cours principal de l'Amazone, le temps des aventures romanesques et des dangers émouvants est passé. Les animaux féroces de la forêt ont fui devant le sifflet de la machine à vapeur ; le canot et le campement sur la plage ont fait place aux prosaïques accommodations du paquebot. Il est sans doute vrai qu'ici comme dans les autres régions tropicales une longue résidence peut affaiblir la vigueur de la constitution, et peut-être même prédisposer à certaines maladies. Mais, durant un séjour de huit mois.
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aucun de nos nombreux compagnons n'a souffert d'une in« disposition sérieuse attribuable au climat, et nous n'aYons pas vu dans nos pérégrinations autant de cas de fièvre intermittente qu'on en rencontre infailliblement lorsqu'on navigue sur nos grandes rivières de TOuest. Le parcours de l'Amazone propre est devenu désormais chose facile à quiconque voudra se résigner à endurer la chaleur et les môustiqueSy pour jouir de la vue du plus grand fleuve du monde et de la splendide végétation tropicale qui croit sur ses bords. La meilleure saison pour cela est de la fin de juin à la mi-novembre. Juillet, août, septembre et octobre sont, dans cette région, les quatre mois les plus secs et les plus salubres.
De retour à Rio de Janeiro où la mission fait une nouvelle pause avant de reprendre le chemin de New York, M. Agassiz fut engagé par l'empereur à exposer k Taméricaine, dans quelques conférences publiques, un aperçu de ses recherches et de ses découvertes*. Ces conférences eurent un grand succès ; pour beaucoup d'auditeurs, une partie lointaine de leur immense patrie apparaissait sous un jour inconnu. Mme Agassiz est amenée par là à quelques remarques intéressantes sur les usages de la société brésilienne et sur M. Agassiz lui-même, c Si nous en croyons les Brésiliens eux-mêmes, ces conférences furent pour eux une nouveauté inconnue, et jusqu'à un certain point une révolution dans leurs habitudes. Si quelque travail scientifique ou littéraire est présenté au public de Rio, c'est dans ces conditions spéciales et devant un auditoire d'élite, en présence de l'empereur, que l'auteur en fait solennellement ' lecture. L'enseignement populaire, qui consiste à admettre librement tous ceux qui veulent écouter et apprendre, a été jusqu'ici chose inconnue. L'idée fut suggérée par le docteur Pacheco, directeur du collège B. Pedro II, homme
d'une culture d'esprit vraiment libérale et d'une grande intelligence, auquel l'instruction publique à Rio doit plus d'un progrès. Elle trouva faveur auprès de l'empereur, toujours bien disposé pour ce qui peut stimuler le goût de l'étude parmi son peuple. A sa demande, M. Agassiz fit en français une série de leçons familières sur divers sujets scientifiques* Il s'estima très-heureux de pouvoir ainsi introduire dans ce pays un moyen d'éducation populaire dont il croit que Tinfluence a été des plus salutaires pour nous* Tout d'abord la présence des dames fut jugée impossible, comme une innovation trop grande dans les mœurs nationales; mais ce préjugé fut bientôt vaincu et les portes furent ouvertes à tous, à la vraie mode de la Nouvelle-Angleterre. Si l'attention la plus soutenue est de la part d'im auditoire une preuve d'intelligence, il est vrai de dire qu'aucun orateur n'en peut souhaiter un plus intelligent ou mieux doué que celui auquel M. Agassiz a eu le plaisir de s'adresser à Rio de Janeiro. Ce fut d'ailleurs une jouissance pour lui, après un enseignement de plus de vingt années dans la langue anglaise, de se débarrasser des entraves d'un idiome étranger et de parler de nouveau le français. Après tout, sauf de rares exceptions, la langue maternelle d'un homme reste toujours pour lui l'idiome préférable ; comme l'air à l'oiseau, l'eau au poisson, c'est l'élément dans lequel il se meut à l'aise. L'empereur et la famille impériale ont assisté à ces réunions, et, chose digne de remarque et qui témoigne bien de la simplicité de ses habitudes, au lieu d'occuper l'estrade qui avait été préparée pour Lui, l'Impératrice et les Princesses, D. Pedro fit placer leurs fauteuils au même niveau que tous les autres, comme s'il eût voulu montrer que, devant la science au moins, tous les rangs s'effacent, n
En s'éloignant d'un pays où venait de s'écouler si rapidement une année mémorable de sa vie d'homme et de savant, M. Agassiz dépose dans quelques pages dignes
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d'attention les réflexions qiie lui a inspirées le travail social qui s'accomplit en ce moment, au milieu de difficnltës de plus d'une sorte, pour la transformation économique de l'Empire. Nous aussi, de ce côté de l'Atlantique, nous assistons avec un grand et sympathique intérêt aux heureux efforts d'amélioration inspirés et secondés par un gouvernement libéral : c'est un frappant contraste avec les stériles agitations et les convulsions sanglantes dans lesquelles se consument d'une manière si déplorable, à travers de misérables luttes d'ambitions personnelles, les républiques qui se sont formées du déchirement de l'empire espagnol*. M. Agassiz fait d'ailleurs remarquer avec raison qu'un des grands obstacles que rencontrent les sérieuses améliorations dans les conditions économiques du Brésil, est l'extrême insuffisance de la population par rapport à l'étendue du territoire.
« Tani que sa population ne sera pas plus dense, les efforts que fait le Brésil pour accroître sa prospérité ne donneront qu'un résultat lent à se produire et peu efficace. Il ne faut donc pas s'étonner si D. Pedro I, immédiatement après la déclaration d'indépendance , essaya d'attirer les émigrants allemands dans son nouvel empire. C'est de cette période de l'histoire brésilienne que date la colonie da San- Leopoldo, près de Porto-Alegre, dans la province de Rio Grande do Sul. Toutefois, ce ne fut que vers l'année 1850, après que la traite des nègres eut été réellement abolie et lorsqu'il fut devenu impossible d'importer des bras de l'Afrique, que les essais de colonisation furent entrepris sérieusement et avec une certaine énergie. Mais, par cette tentative, le gouvernement et les planteurs poursuivaient un objet très-différent. Le premier voulait, avec la plus entière bonne foi, créer une population de travailleurs et
1. Le Chili seul, nous aimons à le reconnaître, fait exception dans ce triste tableau des républiques hispano-américaines.
BRÉSIL. lOa
nne classe de petits propriétaires. Les fazmdHroSj au contraire, accoutumés à exploiter le travail servile et forcé, ne songeaient guère qu'i compléter leurs ateliers en substituant les Européens aux Africains. De terribles abus en résultèrent ; sou^ prétexte d'avances faites pour payer leur passage, de pauvres émigrants, et principalemept des Portugais ignprants des Açores, devenaient yîrtuellement )a propriété dq^ fazendeirps, en vertu d'un contrat qu'il leur était ensuite presque impossible de rompre. Ces abus jetèrent le discrédit sur les tentatives faites p^r le gquyernement pour coloniser Tintérieur ; mais les iniquités pratiquées sous prétexte d'immigration ne peuvent plus (léspr^ mais se produire. De fait, les colonies établies directement par rÉtat sur les terres du domaine public n^qnt ûmais été le théâtre jde pçs ^bus; au contraire, les colpi^ip^ allemandes de SaQta-Catharina, sur le Rio San-Francisco do Sul, et celle de la province de Rio Grande do Snl sont très-prospères. •
M. Agassiz note ai^ssi quelques-unes des difficultés inhérentes aux habitudes ptimes et à l'éducation des classes supérieures ; n^ais repoussant toi^te idée dâ critique k l'égard d'une nation pour laquelle il éprouve une sympathie chaleureuse, il termine ainsi : « Je reconnais chez les Rré^ silîens l'impressionnalité aux mouveI^e^ts élevés q\ aux émotions généreuses, l'amour théorique da la liberté, la générosité naturelle, l'aptitude à apprendre, l'éloquence facile. Si je n'ai pas trouvé chez eux quelque chose de Téhergie et de la ténacité des races du Nord, je n'oublie pas que c'jBSt là une distinction aussi ancienne qup pjsUe de la lone tempérée et de la zone torride elles-mêmes. »
i 2. Nouveaux documents sur TaYenir politique et commercial
du bassin de TÂmazone*
Un rapport du chargé d'affaires de France à Rio de Janeiro transmet de nouveaux renseignements sur l'Amazone et ses grands affluents au point de vue du rôle commercial — et par conséquent de Tinfluence civilisatrice — auquel ils sont appelés (n^ 103). Nous extrayons ce qui suit de ce document .
La route suivie jusqu'à présent par les navires |)0ur entrer dans le fleuve et ses affluents, a été celle de la bouche du Para; c'est à la ville de Para que se trouvait la douane à laquelle devaient s'arrêter tous les navires qui passaient devant ce port. Maintenant que la navigation de PAmazone est ouverte aux pavillons de toutes les Dations, l'entrée nord-ouest sera de beaucoup la plus directe et la plus facile. 11 serait à désirer, toutefois, que Pon établit un port à l'entrée de cette branche du fleuve, et Pon croit que l'intention du gouvernement brésilien est de faire à Macapa les travaux nécessaires pour arriver à ce but. Si ce projet est réalisé, bien peu de navires passeront par la branche du sud-est, excepté ceux chargés pour la ville de Para ou celle de Gameta sur la rivière du Tocantins, que le décret de décembre a ouverte également à la navigation étrangère. La profondeur de la branche nord-ouest à Pentrée du fleuve est en moyenne de 45 pieds.
Les principaux affluents de l'Amazone sont :
Le Trombetas, qui, avec le Rio Branco , unit la province de Para aux Guyanes;
Le Rio Negro, qui coule du Venezuela, et le Iça, qui descend de la Nouvelle-Grenade ;
Le Morena, le Pustaza et le Napo, qui mettent en communication les provinces nord du Pérou , la Nouvelle-Grenade et PÉquateur.
Les principaux affluents de la rive droite sont :
Le Tocantins, le Hingu et le Tapajos, sur le territoire de l'Empire ;
Le Madeira, traversant la province de Matto Grosso et la Bolivie.
Le PuruB, le Jurua et le Javari, descendant dans la Bolivie et dans le Pérou.
Le Ucayale et le Huallaga, dans le Pérou.
A 8 milles environ du confluent du Rio Negro et de l'Amazone est située Manaos, capitale de la province du Haut-Amazone. De ce point jusqu'à Santa Isabel, située k 377 milles en remontant la rivière, la navigation est facile pour les bâtiments à vapeur d'un faible tirant d'eau, et c'est seulement dans la saison sèche que l'on rencontre un ou deux endroits où la rivière n'a pas plus de 3 à 4 pieds de profondeur. Cette ligne était autrefois desservie par la compagnie des vapeurs brésilii^'î», et allait de Manaos à Santa Isabel ; mais on dut abandoBûer ce service dont le produit était loin d'égaler les dépenses.
Au-dessus de Santa Isabel on rencontre des rapides qui ne présentent à franchir aucune sérieuse difficulté, et l'on prétend que des travaux de peu d'importance rendraient dans cet endroit même la rivière praticable aux navires d'un faible tirant d'eau. Dans Tétat actuel, de grands bateaux plats descendent, chargés de marchandises, de San Carlos, dans la république de Venezuela, à Santa Isabel.
A environ 170 milles au-dessus de Manaos , le Rio Branco vient se jeter dans le Rio Negro. Cette rivière offre pendant la plus grande partie de l'année une navigation facile aux steamers calant peu d'eau , jusqu'au fort de San Joachim, non loin de la frontière de la Guyane anglaise.
Il n'est pas douteux que l'on pourrait établir une communication plus facile et plus rapide entre l'Europe et l'intérieur du Venezuela , en remontant l'Amazone , le Rio Negro et le Rio Branco , qu'en suivant le cours de rOrénoque ; les bateaux à vapeur pourraient franchir la distance qui sépare la ville de Para de la frontière du Venezuela sur le Rio Negro en vingtr sept jours, et accomplir le même trajet en redescendant les fleuves en quinze jours.
La rivière Napo présente, dit-on, un volume d*eau considérable, et sa navigation est praticable pour des paquebots pendant 340 milles jusqu'à un point appelé Puerto dei Napo, d'où on peut se rendre à Quito en six ou sept jours. Le Napo parcourt la province de Ganello, dont la propriété est contestée au Brésil par le Pérou et la République de l'Equateur.
Le Tocantins, ouvert à la navigation universelle, coule dans tout son parcours sur le territoire brésilien. Il a près de
30 milles de largeur à son embouchure, et près de 5 milles devant la ville de Gameta. Bien que parsemé d'Iles, il est facilement navigable pour des bâtiments tirant moins de 14 pieds d'eau. Le cacao et la noix du Brésil sont les principaux produits de ce district. Cameta, située à 35 milles environ du confluent de cette rivière avec l'Amazone , est le point où se centralisent sur ce fleuve les transactions commerciales. La rivière s'enfonce ensuite dans des pays presque inhabités et à peu près inconnus.
Le Tapajos, également sur le territoire brésilien dans tout son parcours, met en communication l'Amazone et la province de Matto Grosso. Le décret de décembre 1866 a ouvert au commerce européen la ville de Santarem située sur le Tapajos à environ 20 milles de son embouchure. Les habitants de Matto Grosso et ceux des bords du Tapajos font , depuis de longues années, le commerce avec Santarem au moyen de bateaux du pays. Ces embarcations primitives rendent les communications et les transports lents et pénibles ; mais si un service régulier venait à s'établir, les communications entre Matto Grosso et l'Europe, aussi bien qu'avec le reste du Brésil, seraient beaucoup plus promptes et plus directes que par la rivière de la Plata, le Parana et le Paraguay, et elles ne présenteraient pas, en outre, le désavantage de traverser des Etats étrangers. Des bateaux à vapeur peuvent parcourir le Tapajos jusqu'à environ 170 milles au-dessus de Santarem, où se rencontrent des rapides infranchissables. Toutefois, des canots peuvent remonter jusqu'à une courte distance de Diamantina, située à 100 milles au nord de Guyaba, capitale du Matto Qrosso.
Le Madeira est Taffluent le plus important de l'Amazone ; il est désormais ouvert au commerce étranger jusqu'àla ville de Borba, située sur la rive droite du Madeira à environ 120 milles audessus de son embouchure. Pendant 570 milles, la navigation de cette rivière est de la plus grande facilité pour des navires tirant jusqu'à 6 pieds d'eau. En général ce fleuve est trèsprofond, et le courant n'acquiert pas une vitesse de plus de 1 mille à 1 mille et demi par heure. Ce long parcours franchi, on arrive à Santo Antonio o\x commence une série de rapides infranchissables sur une distance de 270 milles. Pour obvier à cette difficulté, il serait nécessaire de construire une route sur une longueur de 170 milles, allant de Santo Antonio à Guajara. Un peu au-dessus de ce point, le Madeira se sépare en deuxy la branche sud-est et la branche sud-ouest. La première prend
le nom de Guaporé, et la seconde celui de Mamoré. La dernière est de beaucoup la plus importante. De Guajara sur le Mamoré la navigation est facile ; le courant n'a pas plus de vitesse que celui de Madeira, et la profondeur de Peau est telle que des navires tirant 12 pieds d*eau peuvent aisément naviguer.
Vincheta, sur le Mamoré et en Bolivie, est à 500 milles de Guajara. Ce point se trouve à 1^0 milles environ de Cochabamba et de Santa Cruz de la Sierra, et à 120 milles de Trinidad, capitale de la province bolivienne de Mojos. De Cochabamba à Chuquisaca, capitale de la Bolivie, la distance est d'environ 140 railles.
En supposant terminée, à frais communs par le Brésil et la Bolivie, cette route de Santo Antonio à Guajara, les marchandises pourraient être aisément transportées de Pembouchure de l'Amazone à Cochabamba au centre de la Bolivie en trente et un jours, tandis que depuis le Para, en faisant le tour du cap Horn, débarquant à Avica, port le plus voisin de Cochabamba, sur la côte du Pacifique, et arrivant à cette dernière ville en traversant les Andes, il faut compter un voyage de cent jours au moins. Cette route serait, pour un autre motif encore, de la plus haute importance pour le Brésil, car alors des navires à vapeur d'un très-petit tonnage pourraient descendre la branche du Guaporé jusqu'à Villa Bella de Matto Grosso, et mettre ainsi la province de Matto Grosso tout entière en rapport direct avec l'Empire.
Jusqu*à l'embouchure du Huallaga, terme de la navigation régulière à vapeur à la ville de Yurimaguas, T Amazone contient assez d'eau pour des navires d'une assez grande capacité ; et lorsque des rapports plus fréquents auront familiarisé les navigateurs avec des parages encore bien peu connus, il n'est pas à douter que beaucoup d'avantages ne résultent de l'emploi de cette voie de communication dont les bienfaits s'étendront jusqu'aux nombreuses populations des provinces du Pérou à Test des Andes. Le nombre des habitants de l'Amérique intéressés au plus haut degré à la navigation de l'Amazone et de ses affluents peut se décomposer ainsi :
Habitante.
^ . , . ... (duPara 215223
Provmces brésiliennes | ^^ Haut- Amazone 46 443
Pérou (Est des Andes)..*.. 2090000
Provinces boliviennes de Béni, de Santa Cruz et Cochabamba i 622 000
Province de Venezuela et Varinas 16000
Total 2989666
Ces popnlatioDs communiqueront probablement dans quelques années avec TËurope par la voie de TAmazone. En effet, si Ton prend pour exemple la ville péruvienne de Magro, située par le 10<> degré de latitude sud et sur la rivière Pachitea, qui se jette dans PUcayali (un des derniers affluents de rAmazone), et qui n'est qu'à sept jours de Lima, on trouve qu'en descendant les rivières Pachitea et Ucayali, la distance de Magro à Iquitos, sur l'Amazone, peut être parcourue en deux jours, d'Iquitos au Para en quinze jours, et du Para en France, au moyen d'un service à vapeur direct et régulier entre Marseille et les ports du nord du Brésil, on n'aura qu'à augmenter le temps de la navigation de la moyenne de la durée du trajet qui sépare le Brésil de nos ports, soit vingt jours. Les produits pourraient donc venir à la rigueur de Lima à Marseille, par la yoie de l'Amazone, en trente-sept jours.
L'attention de M. Agassiz, pendant sa longue exploration du grand fleuve, n'a pu manquer de se porter sur le côté économique de l'avenir de l'Amazone. Les réflexions que lui inspire le rapprochement de ce que cette grande région de l'Amérique équinoxiale peut et doit être un jour, et de ce qu'elle est aujourd'hui, méritent d'être citées. « Bien que çà et là un établissement indien ou un village brésilien apparaissent et coupent la distance, il n'y a qu'une poignée d'hommes sur cet immense territoire. Le temps viendra nécessairement où l'humanité en aura pris possession ; où, sur ces mêmes eaux dans lesquelles nous n'avons pas croisé trois canots en six jours, les bateaux k vapeur et les navires de toute classe monteront et descendront; où la vie enfin et l'activité animeront ces rivages. Mais ce jourlà n'est pas encore venu I Quand je me rappelle combien de gens misérables j'ai vas en Suisse, courbés sur une boîte de montre ou sur un métier à dentelles, osant à peine lever les yeux de dessus leur ouvrage, et cela du lever du soleil jusqu'avant dans la nuit, sans parvenir, même à ce prix, à gagner de quoi suffire à leurs besoins, et quand je songe combien facilement tout pousse ici, sur une terre qu'on aurait pour rien, je me demande par quelle fatalité
étrange une moitié du monde regorge tellement d'habitants qu'il n'y a pas de pain pour tous, tandis que dans l'autre moitié la population est si rare que les bras ne peuvent suffire à la moisson I L'émigration ne devrait-elle pas affluer à larges flots en cette région si favorisée de la nature et si vide d'hommes I... Par malheur, les choses vont lentement sous cette latitude, et les grandes cités ne s'y improvisent pas en un demi-siècle, comme chez nous. Humboldt, dans le récit de i^on voyage à l'Amérique du Sud, écrivait : c Depuis que j'ai quitté les rives de TOrénoque et de l'Amazone, une ère nouvelle a commencé pour le développement social des États de l'occident. A la furie des dissensions intestines ont succédé les bénédictions de la paix et la liberté des arts et de l'industrie. Les bifurcations de rOrénoque, l'isthme de Tuamini si facile à percer par un canal artificiel, fixeront avant peu l'attention du commerce européen. Le Gassiquiare, aussi large que le Rhin, cessera d'être un inutile canal navigable sur une longueur de 180 milles (290 kilom.), entre deux bassins dont la superficie mesure 1 90 mille lieues carrées. Les grains de la Nouvelle-Grenade seront transportés sur les rives du Rio Negro ; des bateaux, partis des sources du Napd ou de TUcayale, des Audes de Quitd ou du haut Pérou, viendront s'arrêter aux bouches de TOréneque, après avoir franchi une distance égale ^ celle qui sépare Marseille de Tombouctou. » Telles étaient les prévisions de ce grand esprit. Il y a plus de soixante ans de cela ; et aujourd'hui les rives du Rio Negro et du Gassiquiare sont aussi luxuriantes et aussi désolées, aussi fécondes et aussi désertes!... »
Rien que par ses forêts, l'Amazone appelle de grandes exploitations. « Ses bois seuls (nous rapportons encore ici les appréciations de M. Agassiz) constituent une richesse inestimable. Nulle part au monde il n'y a de plus admirables essences, soit pour la construction, soit pour l'ébénis-
terie de luxe ; cependant à peine s'en sert-on dans les constructions locales, et l'exportation en est nulle. M* Agassiz rappelle que dans une exposition préparatoire qui avait été faite à Para avant la grande Exposition Universelle de I867| il avait remarqué entre autres une collection de 117 espèces difïérentes de bois précieux, coupée sur une superficie de moins de 75 hectares. Il y avait une grande variété d'huiles végétales, notables toutes par leur limpidité et leur pureté, quantité d'objets fabriqués avec les fibres du palmier, et une infinie variété de fruits.
c Un empire pourrait se dire riche s'il possédait seulement une seule des sources d'industrie qui abondent dans cette vallée! Et cependant, la plus grande partie de ces richesses merveilleuses pourrit sur le sol, va former un peu de limon ou teint les eaux sur le bord desquelles ces produits sans nombre se perdent et se décomposent ! Mais ce qui m'a le plus surpris, c'est de voir qu'une grande étendue de la région se prête parfaitement à l'élevage du bétail. De beaux moutons paissent dans les herbages des plaines ou sur les collines qui s'étendent entre ObydosetAImeyrimi et j'ai rarement mangé de meilleure viande de cette espèce qu'à Ereréi au milieu de ces serras. Avec cela, les habitants d'une région aussi fertile souffrent de la faim ; l'insuffisance des denrées alimentaires est évidente, mais elle provient uniquement de l'incapacité des gens du pays à profiter eux-mêmes des productions naturelles du sol. Gomme exemple, je citerai ce fait, que vivant sur les rives de fleuves qui abondent en poissons délicats, ils font grand usage de morue salée importée de l'étranger. »
Nous ne pouvons mieux compléter les renseignements qui précèdent, que par quelques extraits d'un document inséré par le traducteur dans l'appendice qui suit la relation de M. Agassiz. Ce document est tiré d'un livre publié en 1867 à Rio de Janeiro par M. Tavares Bastos, sous le titre de o valle de Amazonas.
L'Amazone forme la yoie de communication la plus naturelle et la plus directe pour une population d'environ 353000 habitants, disséminés sur un territoire immense et qui se répartit, approximativement, de la manière suivante :
Hax)itants.
Brésil, la province du Para iib 600 »
— — de rAmazonas 40 800
Pérou, le déparlement de Loreto 51 000
Bolivie, — Béni 30000
Venezuela, le district de TAmazoDas J 6 000
Mais la navigation de ce grand fleuve aujourd'hui ouvert , dans sa partie brésilienne, à la marine marchande de toutes les nations du globe, peut se relier à celle de diverses rivières navigables et intéresse en outre, par conséquent, au Pérou :
Habitants.
Le département de Amazonas, par le Maranon 28 000
— Huancavellica, par l'Ucayali 76 700
— Ayacucho , par le départ, de Loreto. 130000
— Cuzco, par TUrubamba 800 000
— Cajamarca, par le Maranon 120 000
■— Libertad , par le Huallagà 80 000
— Ancahs, — 190000
— Junin, par le Huallagà et l'Ucayali. . 210000
— Puno, par diverses rivières 246 000
En Bolivie : par le Mamoré et le Madeira, les provinces de Santa Gruz et de Cochabamba dont la population est évaluée à 600 000 habitants.
Dans le Venezuela : les districts de Barinas et Apure et tout le bassin de rOrénoque.
C'est au total une population de plus de trois millions d'hommes.
C'est en 1852 que commença, sous les auspices d'une compagnie brésilienne, la navigation à vapeur entra Para et Tabatinga. Aujourd'hui TAmazone est régulièrement parcouru par des paquebots à vapeur, depuis son embouchure jusqu'à Yurimaguas, sur le Rio Huallagua, dans un trajet de 450 myriamètres. La plus grande partie de ce parcours est effectuée par les paquebots de la Compagnie brésilienne qui possède une flottille de 8 bâtiments, disposant d'une force totale de 976 chevailx-
1. Aujourd'hui^ d'après le tableau de la population de l'empire, que nous rapportons ci-après^ la population du Para est de 250 000 âmes.
A la montée.
A la deaceate
vapeur et jaugeant 4200 tonDeauz. Les bateaux brésiliens font le service des ports suivants, distants de Para :
Myriain.
Gurupa /|6 6
Santarem 86 2
Obydos 99 0
Serpa 140 0
Manaôs 159 4
Teffé 228 8
Tabatinga 318 4
Une Compagnie péruvienne possédant quatre petits vapeurs dessert les localités suivantes, distantes de Tabatinga :
Myriam.
Loreto 5 9 4h. >m.
Maucallacta 26 2 17 20
Pevas 32 8 24 50
Iquitos 53 5 35 50
Nauta 63 3 45 50
S. Rejes 72 7 50 5
Paranari 80 1 55 5
Uraninas 96 3 66 h
Laguna 108 8 74 3à
Santa Cruz 117 6 80 35
Yurimaguas (Huallagâ) 128 9 88 15
Commerce. — Diaprés les états de douane le mouvement des marchandises dans la ville de Para peut être représenté par une valeur de :
Importation 19748000 francs (1864-65).
Exportation 19902350 — —
Dans cette somme les nations suivantes prennent une part de :
Importation. Exportation.
Angleterre 5378970 francs. 4824287 francs.
États-Unis 2157 955 — 4 082942 —
France 1127805 — 3414122 —
Portugal 1837392 — 1441.577 —
Allemagne 370 465 — 1 85 350 —
S 3. Les chemins de fer au Brésil. La colonisation.
Une lettre du Brésil du mois d'août dernier (1869) ajoute des faits nouveaux et un très-intéressant aperçu de la situation actuelle des grands travaux publics, à ceux que M. Agassiz avait recueillis il y a deux ans. C'est la précieuse correspondance économique du Journal officiel, provenant sûrement de nos agents consulaires, qui nous fournit ce dor cument.
L'empereur du Brésil est, depuis quelques jours, de retour d'une excursion qu'il a entreprise dans l'intérieur du pays, afin de visiter les points sur lesquels s'est plus particulièrement portée la sollicitude du gouvernement impérial, et qui sont devenus, grâce aux efforts de l'administration, à la richesse du sol, à l'activité des émigrants, des centres de productions importants, contribuant pour une large part au développement de la richesse publique.
L'extrême étendue des provinces brésiliennes, étendue telle que l'on ne sait guère exactement, sur bien des points, ni ce qu'elles contiennent ni où elles s'arrêtent , constitue bien plutôt un obstacle au développement des forces nationales qu'elle ne leur vient en aide, puisqu'elle entraîne une grande raréfaction de la population, devenue très-clair-semée dans ces vastes espaces. 11 n'en est pas moins vrai que l'on est fondé à beaucoup espérer d'une région où la nature a si largement accumulé ses richesses, et où il dépend de l'activité humaine de mettre en valeur des ressources que Ton peut considérer comme incomparables.
Le gouvernement brésilien a compris la tâche et les devoirs qui lui sont échus, et si l'on tient compte du peu de temps qui s'est écoulé depuis sa naissance (puisque le Brésil, en tant qu'État indépendant, compte à peine quarante ans d'existence), du défaut de bras et de la cherté de la main-d'œuvre qui en est la conséquence, on ne saurait sans injustice méconnaître que ce gouvernement a fait tout ce que Ton était en droit d'attendre de son intelligence et de sa fermeté, pour placer le
l'année géogr. vm. 8
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Brésil au rang qui lui est dû parmi les nations civilisées du monde.
La question des chemins de fer est une de celles qui fixent le plus particulièrement aujourd'hui Fattention des administrateurs brésiliens. La première voie de ce genre qui ait été construite est de Rio Janeiro à Entre-Rios ; elle a vingt lieues de parcours. L'intention de la compagnie concessionnaire de cette ligne est de la prolonger jusqu'au Rio San Francisco; elle mettra ainsi en communication les unes avec les autres les six provinces de Rio de Janeiro, Minas Geraes, Bahia , Fernambouc, Alaghoras et Sergipe, et contribuera à attirer les populations, qui se groupperont ainsi sur son parcours. L'exemple de ce qui se passe dans l'Amérique du Nord, dans la Nouvelle- Ecosse et au Canada^ démontre qu'il existe peu d'agents de peuplement plus efficaces que les chemins de fer ainsi employés.
La région traversée par le chemin d'Entre-Rios est extrêmement mouvementée ; elle constitue un terrain de soulèvement dont les ondulations principales sont parallèles à la mer, mais constamment coupées par des vallées plus ou moins hantes qui donnent au panorama un aspect mamelonné dans de grandes proportions. Un tel relief du sol a eu pour résultat de rendre les travaux de la ligne assez compliqués, et de nécessiter la multiplication des tunnels et des pentes. Les ingénieurs ne sont parvenus à terminer leur œuvre qu'au prix d'efforts considérables et persistants; et si l'action directe de l'Empereur n'avait souvent soutenu l'ingénieur en chef, M. Ghristiano Ottoni, cette belle et si utile entreprise serait restée peut-être inachevée.
Le tronçon de route qui vient d'être décrit n'est pas le seul existant au Brésil; on y compte encore cinq autre^^ conunencements de lignes : La voie ouverte entre le port de Santos et Saint-Paul, capitale de la province de ce nom, jusqu'à Gampinas, vers le bassin de la Plata; celle de Bahia au San Francisco, et de Fernambouc dans la même direction; celle de Bahia à Paraguassu, aboutissant à des districts qui produiseat le dinmant ; celle de Mana à Reis de Gerra, menant à Pétropolis ; enfin l'embranchement qui d'Entre-Rios conduit, à travers les forêts vierges, à Ghiador, et va assurer un déboudié des plus importants à la production agricole de cette fertile partie du pays
£n quittant le chemin de fer à Entre-Rios, on trouva une
BRÉSIX.. 115
route qui mène à Juin de Tora : c'est une ville neuve, construite et habitée par les émigrants qui chaque année viennent en nombre croissant s-établir au Brésil. Juin de Tora contient environ 3000 habitants, parmi lesquels on compte beaucoup de Tyroliens ou d'Allemands , originaires pour la plupart des provinces rhénanes ; les rues sont larges, Taspect général de la ville est gai et annonce le bien-$tre. Les colons se livrent à la culture du café, du tabac, du coton, des plantes alimentaires, à l'élevage des bestiaux; ils trouvent un débouché facile et un placement assuré pour les produits de leur travail, grâce à une institution prévoyante autant qu'ingénieuse, qui est féconde en heureux résultats : c'est la société Uniâo et Industria, que préside le directeur du chemin de fer.
Il est à souhaiter que les émigrants allemands apprécient les avantages de cette colonisation brésilienne. Le climat de Juin de Tora est remarquablement tempéré par suite de l'élévation notable de ces hauteurs, dont l'aspect, si l'on fait un instant abstraction de la nature des végétaux, rappelle beaucoup la configuration des vallées du Jura bernois. Il est manifeste que cette région est particulièrement saine et favorable au développement de la race allemande, et, comme on vient de le voir, les meilleures conditions de travail et de rémunération s'y trouvent réunies. Aussi, depuis deux ans, les émigrants recommencent à se porter vers le Brésil ; la prospérité évidente de la colonie de Juin de Tora montre assez combien les faits justifient ce retour. On peut donc prévoir aujourd'hui que les courants de cette vaste émigration, qui transportent annuellement près d'un million d'hommes en Amérique , et qui avaient jusqu'ici principalement abouti à New York, à Montevideo et à Buenos Ayres, vont reprendre la route du Brésil, dont (juelques accidents fâcheux et quelques insuccès, dus à des influences regrettables mais temporaires, les avaient momentanément écartés. Un climat particulièrement favorable et qui se prête à toutes les entreprises agricoles, une fertilité exceptionnelle, un état politique très-libre et en même temps si stable, que depuis la constitution de l'empire il n'a pas subi de commotion grave ; le calme et la sécurité qui en sont les conséquences produisent déjà leurs effets nécessaires. Aussi, telle ligne de paquebot qui laissait à peine une vingtaine d'émigrants par mois au port de Rio de Janeiro, en amène aujourd'hui 120 à 130, et augmente encore cette porportion à chacun de ses voyages.
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$ 4. Tableau statistique de l^Empire.
Encore un document statistique; celui-ci embrasse l'ensemble de l'empire. Nous l'empruntons, comme qaeiquesuns de ceux qui précèdent, aux Annales du commerce extérieur publiées par l'administration française (ci-dessus, n° 104).