‹ L'Année géographique (volume 3)Chapitre 133 sur 249 · V. notre précédent vol., p. 212, n · texte numérisé non relu

V. notre précédent vol., p. 212, n

88. Fréd. Lacroix. Afrique ancienne. Revue africaine, !!•• 72 à 77, noY. 1868, — sept. 1869-

Ce iont 4^8 notes recueillies de çà et de là par feo Frédéric Lacroix, ponr un Tablean géognq>hique, économique et militaire de la Nunidie. Ces notes se rapportent à peu près exclusivement à la flore et aux cultures.

89. D' GiLLEBEFT dUercoubt. Études anthropologiques sur soixante-seize indii:ènes de T Algérie. Mémoires de la Soc. d^ArUhropal. t. 111, 1" fascic. p. 1-23, 1868.

Les observations du D** d'Hercourt portent sur l'ensemble de la constitution physique, sur la taille, la forme du crâne, les traits da visage et la couleur des cheveux et des yeux. Elles s'appliquent aux Kabyles aussi bien qu'aux Arabes. La généralité des Kabyles a, comme les Arabes, les yeux bruns, mais à teinte plus claire que ces derniers. Chez ceux-ci, la nuance est le plus habituellement représentée par le n* 8 du tableau chromatique du D' Broca. Sur le marché de Soak-el- Arbah, l'auteur a remarqué plusieurs Kabyles ayant les yeux gris, la peau relativement très-blanche et les cheveux roux. Ailleurs, quelques Kabyles et quelques Arabes lui ont offert des cheveux chAtain-clair. Les Arabes algériens étant disti igués en Arabes des viUesou Maure», et en Arabes des tribus, M. d'Hercourt remarque que les Maures ont la peau blanche, et les Arabes la peau bronzée, parfois presque noire, ce qu'il attribue avec pleine raison aux conditions tout à fait différentes de vie et d'habitation.

90. Recueil des Notices et Mémoires de la Société Archéologique de la province de Constantine, 2* série, t. II. ConstarUiney 1868, in-8, xix-522 pages, et 8 pi.

Cet important volume, tout à fait digne de la !'• série du recueil, comprend les morceaux suivants :

I. L. Feraud. Kitab el-Adouani, ou le Sahara de Constantine et de Tunis, p. 1-208.

Le Kitab el-Adouani est une composition arabe de date moderne, où ont été réunies les traditions locales relatives aux oasis du Saharah de Tunis et de Constantine. C'est un curieux spécimen de l'histoire des tribus. Il n'y faut chercher ni critique dans le récit des faits, ni données certaines sur les origines et les choses anciennes; mais ce qu'on trouve d'une manière saisissanie, ce sont les mœurs, les habiludes, la vie intime, l'esprit à la fois sauvage et chevaleresque de ces hommes du désert, qui n'ont, comme le lion et le chacal, qu'une passion constante,

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la Tie matérielle, «t dont reziatenoo tMt eatière n'ast qn'ona Ivtts jBtnira la force et la rose. Le tradpotear, ^, Féraod, a*eit bori^ à soq rôle d'interprète, sans entrer dans les investigations historiques; il a cependant ajouté à son travail d'intéressants appendices sur les prin cipaox oasis du Sahara algérien.

n. £. Dewolp. Lettres sur des inscriptions recueillies dans le cercle d'Aïn Beïda, p. 209.

« Pendanjt les premiers mois de l'année 1867, Tai trouvé» dans le cercle d'Aïn Beïiia, ait le capitaine Dewulf, des Inscriptions qui me permettent 4fi fixer, d'une façon presque certaine, tous let pointa de la voie romaine 4<S Cartilage à Sétif compris entre Vatari et St^tM, c'est^-dire^ d'âpres la taille de t>eutinger .- V'e/m, ad P<fct'na<, RuS' Itct, Magriy Fonte Potamiano, Gazauphula^ ad Rubroê, ad Centmarium, Ttienebreste et Thigisi, et aussi cella de ad Lapidem Baïum. » Le capit. Dewulf se propose de rédiger un mémoire sur ce point de l'ancienne géographie romaine de la Numidie; en attendant, il regarde comme hors de doute que de l'inscription actuelle on peut induire avec certitude la position de Vatari,

m. Lieut. J. Pont. Ëtudes historiques sur les Amamra, p. 217-

Henseignements sur deux points de la géographie romaine jusqu'à présent indéterminés, Matcuta et Ba/rah

IV. Ë. Mebcibr. Une page de Thistoire de Tinvaston arabe. La Kabéna, p, 241-254. — t. E. Vatssbttes. Histoire de Constantine sous la domination t^rq^e (suite). %* période, 1647- 1792, p. 255-392. — vi. Cherbonnead. Excursion dans les ruines de Jfifa, Sufevar, SQa et SiguSj pendant l'été de 1863, p. 393-456. (Voir notrQ précédent volume^ p. 225.) — vn. Seriziat. Ruines et inscriptions de Morsot (cercle dQ Tebessa); p. 457-471. — vm. Du même. La basilique de Teoessa, 'p. 473-477. — IX. Chehbonneau. ObserTations sur Tinscription administrative de LamJS)èa9, p, 479^^, — z. Çol. Bonvj^.et. Notices sur les mines de Tildat {^Tubusuptus), p. 497-514. — zi. E. Mercier, t^otice nécrologique sur M. Aucapitaine, p. 515-517. (Voir notre précédent voL p. 462).

91. 1 IVevue Africaine, journal des travauz de la ;B0c^té algérienne. 13* année, 1869. Alger, 1869, in-8, 6can. (un w tous le? deuz mois, formant un volume annuel, 14 fr. — Paris, Challamel).

Géographie, histoire, archéologie, ethnographie, linguistique. — Outre les notes posthumes de Fréd. Lacroioc, que nous avons déjà inentionnées n* 88), les six n»* de 1869 renferment, parmi beaucoup d'autres travaux purement historiques ou archéologiques, une Notiee de M. Çhaboêsièr^ sur el*Akhd^r et ses ruines; une autre Notice du U^éine sur les ruines de Sour-Djouab -, des Observations de M. C^erhùnneim sur le dialecte arabe de rÀIgérie; la suite d^un travail considérable de M. Mercitr sur lés Almoravides et les Almohades, d'àpVQS les historiens arabes, etc.

92. Carte de la cOte septentrionale d'Afrique. Partie comprise entre Alger et les Iles Zafarines. Revue en 1869. (n« 841.)

Publications da Dëpât de la marine.

93. Paul Lambfrt. Notice sur la ville de Maroc. Bulletin de la Soc. de Géogr., nov. 1869, p. 430-447.

Pour le voyage de M. de Maltzan au Maroc, V. ci-dessus, n* 79.

94. Côte occidentale d'Afrique. Partie comprise entre le détroit de Gibraltar et le cap Ghir. Rade de Mogador. Corrigée en 1867 fn* 1165).

Dépôt de la marine.

S 1. Histoire économique de la colonie.

L'année 1869 est une de celles qui marqueront dans Thistoire économique de TÂlgérie. L'attention des publi* cistes, des colons et du gouvernement ^ fortement excitée sur les grandes questions qui touchent au présent et à l'avenir de nos provinces trans-iùéditerranéennes, notamment à la transition du régime encore en partie militaire à une administration purement civile, a provoqué une discussion approfondie au sein du Corps Législatif (14 avril), et amené de la part du gouvernemejit plusieurs actes importants. Au mois de janvier précédent, l'Exposé de la situation de l'Empire s'exprimait ainsi au sujet de la Colonie :

L^esprit libéral qui anime le Gouvernement, et son désir de faciliter le développement des institutions civiles et de la colonisation, se sont manifestés hautement pendant l'année 1868. On s'est appliqué, par une extension donnée aux départements, à faire cesser les difficultés d'administration qui résultaient du morcellement de leur territoire, et on y a fortifié le régime municipal, soit en élargissant les anciennes communes , soit en constituant des communes nouvelles. C'est ainsi que par des décrets récents, 300 000 hectares environ ont été ajoutés dans les trois provinces à la zone civile, et que 18 communes nouvelles ont été créées : 11 dans le département de Gonstantînei

3 dans le département d'Alger, 4 dans le département d'Oran. Là ne s'arrêteront pas ces accroissements, qui suivront le progrès successif du peuplement et de Teiploitation du sol.

Le degré d'avancement obtenu dans l'application du sénàtusconsulte sur la propriété, l'achèvement prochain des premières lignes de chemins de fer, les facilités de communications assurées par Texécution des routes, ont permis de songer à étendre le champ de la colonisation. L'administration, venant en aide à rinitiative individuelle, se propose de jalonner, par des centres, les grandes voies récemment ouvertes, ainsi que les points plus particulièrement indiqués pour l'assiette d'une population européenne. Déjà un village vient d'être installé à 79 kilomètres d'Alger, au pont de Beni-Hini, sur la route d'Alger à Gonstantine, et cinq autres seront établis sur le parcours de la même route. En même temps, des études se poursuivent pour la création de 4 centres sur la ligne du chemin de fer d'Alger à Oran, et de plusieurs autrçs sur les routes qui pénètrent du littoral dans le Tell. Enfin, indépendamment du village que la Société algérienne va fonder sur ses terres de l'Oued-Besbès, dans la commune de Randon, un périmètre de colonisation comprenant 6500 hectares vient d'être ouvert dans la vallée de l'Oued- Cherf, sur la route de Bone à Guelma. 11 y a lieu d'espérer que ces créations nouvelles activeront l'émigration, qui sera d'ailleurs encouragée par le bas prix des terres et par les avantages offerts aux émigrants.

Sur les crédits constitués à l'État au moyen de l'emprunt de 100 millions contracté avec la Société générale algérienne, une somme de 23 millions a été affectée, pour l'exercice 1868, à Texécution des grands travaux d'utilité publique. Au nombre des ouvrages qui ont été dotés sur cet emprunt, il faut mentionner particulièrement : le prolongement de la jetée nord du port d'Alger, qui doit compléter cette vaste création ; les ports d'Oran, de Bone et de Philippeville , dont la construction est déjà fort avancée; les phares, dont 9 sur 12 sont entièrement terminés ; les routes, qui ont été améliorées ou prolongées sur un parcours considérable ; les dessèchements, et enfin les barrages, sur lesquels l'administration ne cesse pas d'appeler l'attention de l'industrie privée, qu'elle aidera par de larges subventions.

Le mode d'administration de la Colonie est d'une trèsgrande importance, assurément ; mais les grands travaux

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d'utilité publique ont une influence non moins considérable et encore plus directe sur le développement matériel du pays. Au surplus, à celui qui voudra aller au fond de cette question très-compleie et très-débattue de la valeur relative de Tadministration civile et de Tadministration militaire, très-débattue, disous-nous, au moins quantàTheure et à l'opportunité, il nous suffit d'indiquer la brochure de MM. Duval et Warnier (n® 77), deux hommes dont nul ne contestera la foi sincère et la parfaite compétence. M. le comte Léopold Le Hon a été aussi un éloquent avocat de la cause de Tadministration civile, dans la séance législative du 14 avril *. Toute cette discussion a été singulièrement instructive par les faits qu'elle a mis en lumièrOi en ce qui touche aux conditions actuelles de la société arabe et aux exigences géographiques de l'établissement colonial.

Je voudrais en citer un ou deux parmi les circonstances fondamentales, fort peu connues en France où renseignement est si borné sur les choses extérieures.

M. Le Hon, voulant établir la nécessité de ohanger, d'europaniser, si l'on peut dire, les habitudes de la culture arabe, et rappelant les terribles désastres de Tannée 1868, qui, par suite d'une sécheresse exceptionnelle, suivie d'une disette et du typhus , a fait périr plus de 200 000 Arabes et 4 millions et demi de têtes de bétail, M. Le Hon, dis-je, rappelant cette épreuve désastreuse dont il attribue la terrible intensité en partie aux conditions actuelles de la vie arabe dans nos provinces algériennes, en retrace l'historique. « Il faut regarder près de soi, dit-il , s'il n'y a pas à ce désastre une cause spéciale, locale, qui a fatalement amené des résultats que dans une certaine mesure on aurait pu empêcher. »

Qu'est- il arrivé et qu'arrive -t-il aux Arabes? Leur constitu- 1. Journal officiel, p. 531.

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t^QQ d'^tr»fpi^ e^VtQut à fiut changée, complétemeBt modifiée. Ai;itrefoi§, ^u mbmf|nl> 4.e h conquête, qu'étaient-ils? Un peu- ]^e guerrier et un peuple de pasteurs. Tout chez eux était organisé pour la guerre ; il y avait des guerres de tribu à tribu ; U y avait des guerres contre les Turcs ; il y avait des guerres incessantes contre tons les dominateurs. Cette organisation réclamait de' 1^ part du chef une sollicitude extrême pour tout ce qui l'entourait^ —, De plus, d'après cette organisation sociale, ils devaient être sans cesse prêts à la lutte. Quand il leur fallut entrer ça campagne , femmes, tentes, bétail étaient mis derrière les colonnes. Les blés , seule production du pays avec Forge, étaient renfermés dans des silos dont ils avaient seuls le secret; leurs richesses restaient donc à Fabri , et ils partaient. Telle a été la première organisation des Arabes. Ils étaient nomades, pasteurs, par le seul fait qu'ils ne pouvaient se fixer au sqI, qu'ils n'avaient rien k perdre le jour où ils entraient en campagne, puisqu'ils emportaient tout avec eux et qu'ils avaient enfoui dans la terre la richesse qu'ils possédaient.

La conquête est venue. La lutte a été longue. Et puis, petit à petit, ils SQ sont pacifiés ; ils ont compris que nous avions pour nous la force brutale que nous leur avons l^ien des fois et cruellement fait sentir, Ils ont compris aussi peu à peu que nous avions un autre mode de domination, la domination du progrès, de la civilisation , la domination des intérêts ' qu'on développe, et qui, créant des besoins, sait aussi donner les moyens de les satisfaire. £t alors ils ont commencé, sinon à changer leur vie nomade, tout au moins à laisser se développer chez eux les principes de l'épargne avec le développement même de la prospérité du pays. N'ayant plus besoin d'être sans cesse prêts à partir pour entrer en campagne , ils se sont un peu plus fixés au sol, ils ont cherché à cultiver une étendue plus considérable que celle qu'ils cultivaient autrefois.

Ces cultures leur ont procuré certaines ressources, qu'ils ont placées en bétail. Et puis alors ils se sont mis à cultiver, d'après le système que nécessite la constitution de la propriété dans les tribus.

Le^ terres y sont de deux natures, quant au mode de propriété et de culture. Elles sont meUc, c'est-à-dire possédées à titre privé par les individus ou les familles; ou bien elles sont orcfe, c'est-à-dire communes, collectives. Celles-ci sont réparties entre un certain nombre de fellahy comme disent les Ara-

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bes, espèces de métayers qui mettent bur leur portion de terre les bestiaux nécessaires, et rendent à la communauté une portion déterminée du produit , ayant eux-mêmes des journaUera agricoles, des khammès, qui sont bien les plus misérables créatures qui se puissent imaginer. Eh bien ! c'est à cette constitution de la propriété, dit M. Le Hon, qu'il faut apporter de profonds changements, car elle ne laisse place à aucune idée d'amélioration, outre que par le retour constant des mêmes cultures, et par Tincomplet travail de ]a terre au moyen d'un outillage primitif, elle appauvrit, elle épuise le sol, et donne des produits qui vont toujours diminuant....

Est venu le sénatus-consulte de 1863, qui est aujourd'hui la base de la constitution de la propriété en Algérie.

Autrefois et pendant longtemps, les Arabes ont été incertains sur la possession des terres dont ils jouissaient ; on ne les a fixés qu'en 1863, le jour où l'Empereur, ne voulant pas que le peuple français apparût en Algérie comme un dominateui^ spoliateur, a résolu de consacrer le droit de cexii qui détenaient le sol antérieurement, et a rendu aux tribus la plus grande partie de ce qu'elles possédaient.

Ce sénatus-consulte a donc posé les bases de la propriété, il l'a rendue incommutable, il lui a donné ce qu'elle n'avait pas auparavant. En outre, il a organisé dans les termes suivants les moyens de j)rocéder à l'organisation de cette propriété.

Voici le sénatus-consulte :

€ Article !•'. Les tribus de TAlgérie sont déclarées propriétaires des terrains dont elles ont la jouissance permanente et traditionoelle à quelque titre que ce soit.

« Tous actes, partages ou distractions intervenues entre TËtat et les indigènes relativement à la propriété du sol, sont et demeurent confirmés.

« Art. 2. Il sera procédé administrât! vement et dans le plus bref délai.

« lo.A la délimitation des territoires des tribus.

« 2» A leur répartition entre les différents douars de chaque tribu du Tell et des autres pays de culture, avec réser<re des terres qui devront conserver le caractère de biens communaux.

« 3o A l'établissement de la propriété individuelle entre les membres de ces douars, partout où cette mesure sera reconnue possible et opportune.

« Des décrets impériaux fixeront Tordre et les délais dans lesquels cette propriété individuelle devra être instituée dans chaque douar. »

Voilà comment on sortait de la situation défectueuse de la propriété ; voilà comment on cherchait à désagréger les tribus, et comment on voulait arriver à mobiliser la propriété, afin de permettre à ceux qui en détenaient une étendue trop considérable pour leurs moyens de pouvoir la vendre, et en même temps parvenir à opérer le partage entre ceux qui alors cultivant copame propriétaires auraient un véritable mtérôt de propriétaire, c'est-à-dire seraient directement intéressés au progrès.

C'est là le but final auquel il faut tendre avec énergie, c Les petits propriétaires apprenant à travailler sur leur propre champ, a dit la Chambre consultative d'agriculture d'Alger, et l'extension, irrésistible d'ailleurs , mais hautement avouée de la colonisation européenne, qui doit — elle a assez fait ses preuves — initier les indigènes à nos méthodes agricoles , leur apporter le capital qui leur manque, leur apprendre à honorer le travail et leur en fournir, sont les deux ancres de salut, les bases inébranlables de la nouvelle société que la France a pour mission de fonder, b

Ces améliorations nécessaires, également commandées par la politique et par l'humanité, Tautorité militaire y est infiniment moins propre que n'y serait l'autorité civile.

Telle est la thèse développée par M. Le Hon avec une connaissance approfondie des faits, avec une grande autorité de parole.

Le maréchal Niêl, ministre de la guerre — l'orateur du Gouvernement dans cette discussion — y apportait aussi une longue expérience pratique.

Toutes les améliorations que l'on demande pour l'Algérie, l'administration les poursuit également; mais elle doit se plier à des nécessités dont les théories les plus généreuses ne tiennent pas assez compte.

Le peuple arabe, tel qu'il est, a bien des siècles derrière lui ; il en a encore devant lui. C'est une société organisée et solidement organisée. Que vous puissiez réunir à vous le peuple arabe, fusionner la race européenne et la race arabe, non ; mais nous pouvons espérer établir entre ces

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deux races la fusion des intérêts. De grands pas ont été déjà faits dans ce sens.

La disposition physique dn pays joue un grand rôle dans toutes ces Questions.

Nous avons mille kilomètres de côtes avec de beaux ports ; un peu en arrière de ces côtes se trouve un terrain accidenté, montueux, et, sur cette zone intérieure, passent les brises de la mer qui rafraîchissent l'atmosphère, à tel poiht que la température est plus douce, plus agréable que celle de la côte ftiiaçaise ; la différence de latitude est loin de compenser la diff^ fence des deux températures.

Maintenant comment est délimitée l'Algérie? quelles sont nos frontières? Elles sont purement nominales. Il b'y a aucun obstacle ; aucune délimitation quelconque; elles sont tracéesstur les cartes, mais, sur le terrain, on ne les reconnaît pas.

Qu'y a-t-il du côté de Touest? Un grand royaume arabe, le Maroc ; de Pautre côté, Tunis et Tripoli, c'est-à-dire que voui êtes enveloppés d'Arabes, d'Arabes voyageurs, toujours en communication les uns avec les autres.

Il y a le littoral dont j'ai parlé tout à l'heure, — ces distinctions ^ont essentielles. — Il y a ensuite le Tell, où le blé pousse, oi!i les tribus se déplacent périodiquement; elles cultivent la terre, puis elles s'en vont avec leurs troupeaux et reviennent faire la récolte.

Au delà du Tell se trouvent les plateaux, où existent des tribus tout à fait nomades; elles ne peuvent pas avoir de blé et voyagent avec leurs troupeaux.

Enfin se trouvent les oasis, où près des sources croit le dattier et où l'Arabe culiive des jardins.

Que trouve-t-on quand on a passé la première chaîne de montagnes ? On arrive dans des espaces immenses. Si vous lea parcourez à une époque où le soleil a déjà régné un certain temps, aux mois de juillet, d'août, de septembre, vous ne trouvez que de la poussière, vous faites 50 lieues sans voir un arbre, et, quand le vent soulève cette poussière, vous vous croyez dans le désert.

Mais si vous y ^passez à l'époque des pluies, une végétation herbacée inimaginable par sa splendeur s'y est développée, les troupeaux qu'on y amène s'y nourrissent avec une facilité extrême, ils engraissent, ils pullulent ; et quand revient le sd^

leil, dont la chaleur réduit de nouvean toutes ces pkntes en poussière, il faut alors que les troupeaux cherchent ailleurs leur pâture.

Voilà quels sont le ciel, le climat, les mœurs de l'Algérie. On veut importer dans ce pays la législation, les coutumes et les usages de TEurope, on veut diviser le territoire, on veut le cultiver comme chez nous.

Permettez-moi de vous dire que c'est là une faute.

Môme en France, il y a plusieurs espèces de cultures: n'avez-vouspas la culture du Nord, qui n'est pas la culture du Midi, pas plus que les intérêts d'une partie de la France ne sont les intérêts de la partie opposée ?

En Algérie, où il ne pleut que deux fois par an, on île peut, à aucun degré, penser à cultiver la terre comme enFràiice, et l'on a beau prodiguer dans ces terres des engrais chimiques ou des engrais de ferme, si la pluie vient à manquer, vous restez quelquefois deux ans sans récolte ; et, dhin autre côté, tout en laissant la terre dans son état naturel, sans la fumer, si la saison est favorable on obtient des résultats magnifiques.

Ceci est bien important, car à ceux qui veulent introduire l'agriculture européenne en Algérie, je dirai une cho:^e, qui, sans doute, va les surprendre, c'est que quand notre colonie sera prospère, quand notre territoire se sera étendu, ou verra ce singulier spectacle : nos colons deviendront pasteurs, parce que c'est la la meilleure manière ou plutôt la seule manière d'utiliser une grande partie de l'Algérie. Vous voulez par le partage du sol immobiliser des tribus qui sont nomades, qui ne peuvent être que nomades parce qu'il faut bien qu'elles aillent chercher l'herbe où elle est.

Nous arriverons certainement à notre but, qui est la communauté d'intérêts entre Européens et indigènes.

11 faut organiser le territoire civil de telle sorte qu'il soit pour ainsi dire le type de la colonie; il faut que les colons européens y vivent de la loi française avec toutes les garanties qu'elle peut leur présenter, et qu'à côté d'eux les Arabes placés sous notre domination, sous notre législation, se trouvent dans une situation assez prospère pour que tous leurs coreligionnaires puissent se dire : c Quand on vit à côté des Français et avec les Français, on est heureux, on apprend à résister à toutes ces catastro. hes qui, par la force des choses et les effets du climat, peuvent affliger les populations. > On a parlé du territoire arc/i, et on a dit qu'il fallait le di-

viser rapidement, y établir la propriété individuelle. Certainement c^est le but qu'il faut se proposer ; mais il y a là des difficultés toutes locales.

£n Algérie, la famille est extrêmement nombreuse; les hommes se marient à quatorze ans et les femmes à douze ; de sorte qu'on voit un chef de famille qui a quelquefois quatre ou cinq générations autour de lui. Et vous voulez diviser la propriété dans de pareilles conditions? Vous savez qu'une famille vit au moyen d'un certain nombre de têtes de bétail et de charrues mises en commun. Qu'arrivera-t-il si vous partagez la terre et par suite les moyens d'exploitation ?

On arrivera à ce résultat qu'il ne restera souvent à on homme que deux ou trois ares, le vingtième d'un bœuf et le quarantième d'une charrue. Il y a donc là une difficulté que nous ne pourrions oublier sans arriver à la destruction immédiate de la famille....

Par suite de cette discussion toutefois, et sur un rapport du maréchal Niel, un arrêté impérial, à la date du 5 mai, a décrété la formation d'une commission spéciale chargée d'examiner toutes les questions fondamentales toachant à la constitution de l'Algérie ; le travail de cette commission doit être soumis au Sénat dans la session actuelle.

Un sénatus-consulte du Ik juillet 1865, dit le Rapport du Mi» nistre, a déclaré Français les indigènes musulmans, les a admis à servir dans les armées de terre et de mer, ou dans les fonctions civiles en Algérie, et leur a facilité, ainsi qu'aux étrangers fixés dans la colonie, les moyens d'être investis par la naturalisation de tous les droits de citoyen français.

Le moment semble venu de poursuivre l'œuvre constitutionnelle ainsi commencée, et de donner des garanties nouvelles aux populations européennes attachées désormais au sol, comme à celles que doit y amener un mouvement plus prononcé de l'émigration. Il faut, en effet, qu'en arrivant sur une terre nouvelle, le colon trouve autour de lui des institutions qui ne laissent planer aucun doute sur Tavenir, et lui permettent de se livrer en toute sécurité aux labeurs et à l'exploitation du présent. Si des circonstances spéciales à l'Algérie s'opposent en • core à ce que toutes les immunités de la métropole soient ac-

cordées à ses habitants; si, en ce qui concerne les indigènes, notamment, il n'est pas possible de leur appliquer dès à présent le droit commun de notre société, du nr.oins est-il permis de rechercher comment on pourrait essayer chez eux la transformation des mœurs par une association plus intime à la pratique de nos institutions.

De nouvelles &cilitë8 ont en même temps été assurées aux émigrants français, aux termes d*iine circulaire du ministre de l'intérieur, dans le but « de détourner, au profit de TAlgérie, une certaine partie du courant de Ténodgration française qui se dirige chaque année sur les États-Unis ou vers les contrées de l'Amérique du Sud. »

S 2. Une courae militaire dans le sahara d*0ran.

M. Bernard d'Harcourt, dans l'intéressant récit qu'il a donné c d'une course dans le désert, » esqpisse d'abord un aperçu de nos rapports avec les tribus du Sud; il ne sera probablement pas inutile de mettre ce morceau sous les yeux de nos lecteurs.

Depuis la soumission de la Kabylie par le maréchal Randon en 1857, la conquête du sol algérien est terminée, le Tell entier obéit à nos lois. Nous possédons aussi dans les oasis du Sahara quelques postes avancés qui nous servent, comme les grandegardes d'un camp, à protéger ce précieux territoire. C'est par conséquent hors de la ligne de ces postes, c'est-à-dire dans le désert, qu'ont dû se réfugier les quelques tribus insoumises qui refusent encore de reconnaître notre domination. La plus importante d'entre elles, celle des Oulad-sidi-Gheik, habite le désert depuis plusieurs siècles; elle prétend descendre de Si-bou- Becker, beau-frère du prophète. Si-Cheik, le fondateur de sa puissance, fut le premier d'une série de marabouts vénérés dans tout le Sahara. L'un des plus connus, Si-Mohamed-ben- Hamza» est mort à Alger en 1861, après avoir loyalement servi la France pendant dix ans; mais au moment de l'insurrection générale de 186^ on retrouva de nouveau cette tribu à la tête

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de nos ennemis. Autour de la tribu des Oulad-sidi-Cheik sont venues se grouper toutes celles que le fanatisme religieux a soulevées contre nous. Poussant devant elles quelques maigres troupeaux, elles errent sans cesse dans des plaines stérilet. Le manque de vivres et de munitions, la rareté de l'eau, U surveillance attentive de nos colonnes, semblent devoir rendre leur vie bien misérable ; leur temps se passe à courir de la Tunisie au Maroc à la recherche des pâturages les moins brûlés et des sources les moins taries. Cependant ils aiment cette ingrate patrie qui ne fait rien pour enx. Le Sahara leur appartient; & sont libres, et ils préfèrent cette liberté à la civilisation que la la France leur apporte.

Si les Oulad-sidi-Gheik ont de la peine à vivre dans le désert, nos troupes en ont bien davantage à les y poursuivre. Us connaissent des puits dont nous ne soupçonnons pas Templaeement. La ration quotidienne de Pun de nos soldats suffirait à nourrir chacun d'eux pendant huit jours. Leurs juments, maigres et d'une sobriété incroyable, leurs « buveuses d'air, i comme ils disent, les entraînent rapidement hors de l'atteinte de nos meilleurs chevaux. Ils savent se diriger et retrouver leur chemin dans des plaines oii nous ne distinguons pas le moindre point de repère. Ils vivent enfin naturelleipent là ^ nous sommes obligés de nous faire à grand'peine une vie factice. Tous ces avantages qu'ils ont sûr nous rendent la lutte contre eux excessivement Isiborieuse.

Suit une vue générale du pays dans lequel cette poursuite nous entraine.

L'eau est un élément si conmiun en Europe, on est si habitué à la trouver partout en abondance sous ses pas, qu'on a peine à se^ figurer un pays qui en est dépourvu. C'est cependant l'absence de l'eau qui rend cette contrée si peu praticable et si dangereuse. Dans les expéditions du sud, ce n'est pas ^ennemi qui joue le principal rôle, c'est l'eau ; la connaissance des puits doit servir de base à notre tactique et diriger nos colonnes. Si l'on considère sur la cartp la vaste région qui, sous le nom de Sahara algérien, s'étend au sud de notre colonie africaine, on la voit sillonnée par un nombre assez respectable de ces lignes noires et sinueuses par lesquelles on est convenu de représenter les cours d'eau. La dimension de ces lignés peut faire croire à l'existence de larges fleuves; il ne faut cependant

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jpas s'y tromper : les lits existent, c'est vrai ; mais on n*y trouve jdfô )'eau que quelques jours chaque année, jiorsqu une pluie abondante est tombée sur les montagnes* Ces rivières coulent, si j'ose employer ce^e expression rarement exacte, parallèlement du nord avi sud; elles naissent dans les derniers contre* forts de la chaîne de montagnes dont la partie orieiftaie porte le nom de Djebel-Ainour, et \iennent se perdre soit dans de^ lacs intérieurs, soit dans des bas-fonds qui prennent le nom de datas, soit enHiQ dans les sables, qui unissent leurs efforts à ceux du soleil pour en absorber jusqu'à la dernière goutte.

La violence des eaux qui s'y pressent au moment des grandes pluies leur a donné en certains endroits un caractère tout particulier. Le torrent semble s'être creusé violemment un lit entre deux rives horizontales. Si les berges n'étaient irrégulièrement fouillées et déchiquetées par le flot, en les voyant si hautes et si escarpées on croirait plutôt à un fossé fait de main d'homme qu'à une œuvre de la nature. Dans les terres sablonneuses, au contraire, le lit se répand souvent sur une largeur de quelques centaines de mètres, et, se divisant en plusieurs bras, forme de petits ilôts où croissent quelques rares tamarins, des lauriers-roses plus rares encore, et enfin une herbe 4'un vert jaunâtre (mi est une ressource pifécieuse pour les animaux. On y ti'ouvè aussi de loin en, loin |ji^ r'e^i'r, .^çrte de mare oti croupit un reste d'eau. Quelque saumàtre que soit d'ordinaire le liquide qu'il contient, la rencontre d'un de ces abreuvoirs est une bonne fortune pour le voyageur. Encore l'attente est-elle souvent trompée : un r'edir qui déborde aujourd'hui peut demain être vidé par une tribu en voya^ge ou par une caravane de chameaux. Parfois la rivière, cherchant à fuir les rayons desséchants du soleil, coule sous le sable à peu de distance de la surface. H est facile alors de creuser des puits où l'eau arrive fraîche et abondante. C'est pour nos soldats une occasion de déployer leur esprit inventif en suppléant par leur adresse au manque de matériaux et d'outils. Une caisse à biscuit défoncée sert le plus souvent à soutenir les parois de l'excavation; on enlève le sable avec des gamelles de campement. Du reste il n'y a pas trop à compter sur l'existence de ces rivières souterraines dans un pays encore mal connu, et dont l'hydrographie est entièrement à f tire. Les seuls points oh l'on ait la certitude de trouver de l'eau sout les puits qui ont été reconnus et indiqués snr les cartes. Le nombre en est fort restreint, et les distances qui les séparent sont considérables. U y

en a quelques-uns dont la maçonnerie remonte à une époque évidemment très-ancienne, mais difficile à déterminer. Plusieurs ont jusqu'à quarante mètres de profondeur, et présentent ce phénomène remarquable que l^eau y est constamment à une température assez élevée pour qu'il soit nécessaire, avant de la boire, de la laisser exposée quelque temps à l'air. Les sources, les puits et les fedirs ne se trouvent guère que sur le cours des rivières, et c'est avec raison qu'on a nommé celles-ci les grandes routes du Sahara.

S 3. Les tombes mégalithiques de l'Algérie. Un mot d'avertissement.

Les monuments que naguère encore on s'accordait à qualifier de celtiques (cromlechs, pierres levées, tombelies, etc.}) et que la nouvelle Société d'archéologie préhistorique désigne maintenant sous Tépithète de mégalithi' queSy qui ne préjuge rien, en effet, sont très-communs sur certains points de l'Algérie. ( Voir notre voU précédent, p. 227.) On a beaucoup disserté déjà sur cette classe de monuments, et on a lancé à leur sujet plus d'une hypothèse hasardée. La note suivante est de nature à tempérer rimiagination des archéologues.

Cette remarque de M. Galles sur l'origine connue de certains cercles de pierre que Ton rencontre en Algérie et que l'on pourrait aisément identifier avec les cromlechs celtiques, a dans la question des origines une importance toute particulière ; elle montre une fois de plus, dans cette question comme dans bien d'autres, avec quelle réserve il faut s'abandonner à des généralisations vers lesquelles la pente est si facile, lorsqu'on veut conclure de Yanalogie à la dérivation, « Je tiens fort à consigner ici, dit M. Galles, un renseignement qui emprunte à la notoriété scientifique de celui de quijeTai reçu un caractère de précieuse authenticité. M. Letourneux m'a affirmé que c'était, en Kabylie, une antique coutume de consacrer, de la manière suivante, les résolutions importantes des clans confédérés : lors de la

réunion de l'assemblée délibérante , chaque tribu ayant droit au vote dressait une pierre levée, et Tensemble de ces pierres formait un cercle autour du lieu où avait siégé le conseil ; puis, en cas de manquement d'une des parties contractantes, le menhir qui la représentait était renversé. Ces symboliques archives, accompagnées chacune d'un^ tradition qui se perpétuait d'ftge en ftge, redisaient ainsi aux descendants les lois ou les traités de leurs pères, les fidélités comme les félonies de leur histoire. Cette coutume a duré jusqu'à nos âges, et, selon le récit de Si-Moula-Aït- Àmer, marabout des Beni-Raten, on s'y serait conformé pour la dernière fois il y a environ cent trente ans, lorsqu'il a été décidé que, contrairement aux prescriptions du Ûoran, les femmes seraient exclues des successions. »

ILES D'AFRIQUB.

95* Alfr. Grandidibr. Lettre au secrétaire général de la Commis-' sion centrale de la Société dejgéographie. BuUetin, nov. 1869, p. 508-510.

96. E. Perceval Wright, M. D. On the Seychelles islands. Report on the 38th. Meeting of the British Association for the adv, of science. Lond., 1869, in-8. Notices, p. 143-144.

97 . Benbdetti, consul de France. Les lies espagnoles du golfe de Guinée. Fernando Poo, Gorisco, Annobon. Ibid., janv. 1869,

98. Les tles Fortunées, ou archipel des Canaries. Brwtelles, 1869, 2 vol. in-8. 13 fr.

99* Carte des tles situées à TE. et au N. E. de Madagascar. Paris, Dépôt de la marine. Corrigée en 1868 (n" 876).

— Iles du Cap-Verd. Ihid.y corrigée en 1868 (n« 298).

100. Instructions nautiques sur Madère, les Canaries et les Salvages. Ibid. Revues en 1868, in-8 (n* 267).

101. SoDZT, capit. def régate. Observations sur les courants deTocéan Atlantique. Annales hydrographiques, 186^, f* trîm,, p. 197-213.

101 bis. Carte de Tocéan Atlantique septentrional. Corrigée^ 1867 (n* 1465). Public, du Dépôt dé la Manne.

S 1. Madagascar. Science et commerce.

M. Alfred Grandidier a été chargé, vers la fin de 1867, d'une seconde mission sur les côtes occidentales et méridionales de Tîle de Madagascar, ayant pour objet des explorations géographiques, anthropologiques et d'histoire naturelle. Sur ce dernier objet le voyageur a fait à rAcadémie des sciences plusieurs communications qui ont été récemment Tobjet d'un rapport spécial de M. Milne Edwards. Une autre communication qui nous touche plus directement est contenue dans une Tettré adressée au secrétaire général de la'Sociëté de géographie, à la date du 26 septembre 1868 (n** 95). Le navire ayant été obligé de rallier la terre dans le sud-est dô i^île, M. Ôrandidier a pu faire iek relevés géographiques.

J'ai pu, dit-il, constater ainsi les erreurs commises jusqu'à ce jour par les géographes. Je me suis assuré, par des observations faites sous voile, que :

1* La rivière marquée Fàrafangane (par 22® 39' de latitude S. environ, sur la carte de Kobiquet) n'est autre que délie d'Andrahambé ;

2* Que celle de Manaogara (22® 56' lat. S.) n'est au^re que celle de Fàrafangane;

3" Que celle de Massianak est le Ménanare (23® 12');

4" Que le Mananboum^re est le Massianak (23® 230;

b* Que le Sandervinangue est le Mananboundre (23® 35*) ;

6> Que le Mananbato est le Sandervinangue (24® 2^;

IfABÀGÂSâAR. B7

T Que le Rangataya est l'YavibouIe (24* 15');

8* Et, enfin, que lé' cours d'éaû sans nom è^é par 38® 30", est le Manaritègve.

Comment ces villages, qui ont une certaine importance commerciale, sont-ils dénommés d'une manière aussi erronée? On en tire cependant dû riz, et jadis on y faisait beaucouf) d^engagés.

De Ménanare jusqu'à la baie de Loukare, sur une côte de iprès d'un degré et demi, le pays est entièrement indépendant des Ovas. Ceux-ci ont, autrefois, fait la guerre aux Antavartses et les ont vaincus ; mais les indigènes n'ont pas tardé à se révolter et à reconquérir leur liberté.

M. Grandidier annonçait Tintention où il était, en quittant Tullear à la fin du mois de septembre, de traverser ' Madagascar de l'ouest à Test, c'est-à-^'âîre dé Saint-Augus* tin à Yariboule, en fixant les positions par des sériés au théodolite. Son intention était de revenir par le Fort-Dauphin, et de traverser le pays d'Androui et de Mahfale jusqu'à Tulléar. 11 se proposait de faire avec soin le ti^cé de toute la côte sud, si toutefois les idées superstitieuses des indigènes au sujet des blancs n'y mettait pas obstacle.

La bonne entente rétablie avec le gouvernement bova favorise d'ailleurs la reprise des études scientifiques dans la grande île, si tristement interrompues par la mort violente de Radama. Au mois de janvier 1869 l'Exposé de la sitiôn de r£mpire annonçait qu'un traité destiné à remplacer la convention de 1862 avait été signé le 8 août 1868 à Tananarive. « Les clauses qu'il contient sont plus favorables encore que celles qu'avaient obtenues les autres nations, dit le document officiel, et nous nous. plaisons à voir, dans les progrès rapides qu'a faits la négociation depuis l'avènement de la reine Ranavalo, une preuve des dispositions sympathiques de cette souveraine à l'égard de la France. Le département des affaires étrangère^ s'occupe d'organiser sur une base légale le pouvoir judiciaire de nos consuls à Madagascar, et lorsque l'échange des ratifications

aura eu lieu^nos nationaux pourront se livrer sans entraves, sous la juridiction de leur pays, en même temps qae sous la garantie d*un droit conventionnel incontesté, à ces entreprises pacifiques qui doivent, dans un avenir prochain sans doute, initier les populations malgaches aux bienfaits de la civilisation européeQne. »

Depuis lors le traité a été publié au journal officiel ; en voici les dispositions principales, en ce qui touche aux personnes :

Art. 2. Les sujets de chacun des deux pays pourront librement entrer, résider et circuler dans toutes les parties de l'autre pays placées sous Pautorité d^un gouverneur, en se confoi^ maut à ses lois; ils y jouiront de tous les privilèges, avantages et immunités accordés aux sujets de la nation la plus favorisée.

Art. S. Les sujets français, dans les États de S. M. la reine de Madagascar, auront la faculté de pratiquer librement et d'enseigner leur religion, et de construire des établissements destinés à l'exercice de leur culte, ainsi que des écoles et des hâpi« taux. Ces établissements religieux appartiendront à la reine de Madagascar, mais ils ne pourront jamais être détournés de leur destination.

Les Français jouiront, dans la profession, la pratique et l'enseignement de leur religion, de la protection de la reine et de ses fonctionnaires, comme les sujets de la nation la plus favorisée.

Nul Malgache ne pourra être inquiété au sujet de la religion quMl professera, pourvu qu'il se conforme aux lois du pays.

Art. 4. Les Français, à Madagascar, jouiront d'une complète protection pour leurs personnes et leurs propriétés. Ils pourront, comme les sujets de la nation la plus favorisée, et en, se conformant aux lois et règlements du pays, s'établir partout où ils le jugeront convenable, prendre à bail, acquérir toute espèce de biens meubles et immeubles, et se livrer à toutes les opérations commerciales et industrielles qui ne sont pas interdites par la législation intérieure.

102. Mad. et M. Louis âoâssiz. Voyage au Brésil^ trad. deTaDglais par F. Vogeli. Paris j 1869, gr. in-8 xii-532 pages^ ayec cartes et grav. dans le texte (Hachette) .

103. Nayigationj et commerce du fleuve des Amazones. Annales du commerce extérieur y déc. 1868. Brésil, n» 1787. p. 23-29.

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