‹ L'Année géographique (volume 3)Chapitre 146 sur 249 · PATAGONS · texte numérisé non relu

PATAGONS

ment, nous donnaient déjà sur les denx races du liétroit, les Patagons et les FnëgienSi nous en pouvons ajouter d'autres moins connus ou tout à fait nouveaux, que nous trouvons dans un très* intéressant rapport fait récemment à la Société de Géographie par M. Bené de Somalie, sur la relation du voyage d'en ingénieur chilien, don Guillermo Gox, dans le Nord de la Patagonie en 1862 et 63. On peut lire le rapport entier dans le Bulletin de laj^odétéy juillet 1869, page 57 à 62. La relation de M. Gox, que nous n'avons pas sous les yeux, est imprimée dans les Annales de l'Université du Ghili, excellent recueil dont V Année géographique a déjà eu occasion de parler.

Au point de vue de la géographie politique, la Patagonie se partage entre la république Argentine et le Ghili. Non pas que les aborigèoes errant dans ces vastes espaces se reconnaissent sujets de l'une ou de l'autre répubUque : ils sont par le fait indépendants, comme les restes des Peaux- Rouges du Nord vaguant en liberté dans les savanes, où la civilisation les traque et les enserre de plus en plus. Le Patagon(poiir employer l'appellation européenne)8e rend soit à Carmen, ville argentine sur l'Atlantique, soit à Yaldivia dans le Ghili, soit à la colonie chilienne de Punta Ârena sur le Détroit, pour s'y procurer de l'eau-de-vie quand il possède quelque moyen d'échange : ce sont là ses seuls rapports avec ses suzerains politiques. Mais les deux États ne s'en considèrent pas moins comme ayant la propriété virtuelle de la pointe extrême du continent jusqu'au Détroit.

Laissons la parole à M. de Somalie.

M. Gox partage les tribus patagones en cinq nations distinctes. Voici leurs noms et leurs situations géographiques :

1* Les Péhuenches qui parlent araucan et se subdivisent en Péhuenches du Nord ou Picun-PéhiAenches^ et Péhuenches du Sud ou Huilli' Péhuenches ; ils s'étendent depuis la province de Mendoza jusqu'à la rivière Limay, sur l'es bords de laquelle ils

touchent aux Téhuelches du nord. Leur nom vient du mot Péhuen^ qui signifie pin pignon, et che, nation, parce qu'ils vivaient autrefois dans les vallées des Cordillères oil croit cette espèce d'arbres.

2° Les Pampas ou Téhuelchês du nord commencent au Limay, sur les bords duquel ils vivent môles avec les Huilli-Péhuenches, et s'étendent au sud jusqu'à la rivière Ghupat. Ua des caciques de cette nation vit avec une tribu de 150 individus dans les alentours immédiats de la ville de Carmen. Cette nation parle un^ langue rude et qui n'a aucune ressemblanee avec le chilien.

3» De la rivière Ghupat jusqu'au cap Horn, vivent deux tribus de Téhuelches qui ne diffèrent entre elles que par l'idiome, mais ont les mômes coutumes et le môme genre de vie.

k"" Les Huaicurus, qui vivent sur la rive septentrionale du détroit de Magellan, paraissent descendre d'un mélange de Téhuelches et de Fuégiens. Leur idiome parait être d'origine téhuelche.

5° Les FuégienSy dont les Péhuenches en rapport avec don Guillermo Cox avaient entendu parler, mais qu'ils ne connaissaient pas de visu^ sont des peuplades vivant de leur pèche et naviguant en canots.

Nons reproduisons cette division telle qae la donne M. de Semallé d'après M. Cox^ sans nous prononcer sur Tidentité qu'il établit entre les Patagons et les ebëtifs indigènes de la Terre de Fen. La question d'ethnologie est réservée.

De toutes ces races, la nation des Péhuenches est celle qoi a le plus de propension à une vie sédentaire et fixe, et la plus errante est celle des Téhuelches voyageant perpétuellement et étant, dit notre auteur, les véritables Juifs errants de la Patagonie. Chasseurs et voleurs, ils accourent an rivage par les mauvais temps et pillent les navires que la tempête pousse à la côte. Voici les caractères physiques qui les distinguent des Péhuenches et des autres indigènes :

Ils ont les épaules larges, le corps robuste, les chairs en bon état, les formes massives et herculéennes, la tôte grande et un peu aplatie en arrière, la face large et oarrée, les pommettes peu saillantes, les yeui horizontauz, le front petit, les aottRûls

épais et les lèvres qui bordent une grande bouche si saillantes qu'une ligne perpendiculaire tracée du front aux lèvres toucherait à peine la pointe du nez qui est camard et à narines trèsouvertes. Ces Téhnelches ne doivent pas excéder le nombre de six mille.

Les Péhuenches ont un type qui rappelle plus celui des Araucans : face aplatie, pommettes saillantes, teint cuivré, aspect féroce, ne? court, bouche proéminente, barbe nulle, chevelure épaisse qu^ils coupent à la hauteur de l'épaule.

caïu.

131. Gat. Sur une collection de livres envoyée à rAcadémie des 8cienc<*s de Paris par le gouvernement chilien. Comptes rendus de V Académie, 22 mars.

132. Capit. AuBB. Notes sur l'Amériqut du Sud. Le Chili* MêV%êe VMmlime et eolonialey sept. 1869, p. 199-217.

Tableao économique^ et politfqti*.

133. P. Chah. Conquête du Chili. Le Glohet jourwU de la Société de géoçr, de Genève, juillet-aoûi 1868, p. 61-107-

M. Ghaix a publié en 18S3 U !'• partie 4'iftBe Histoire da Péroo, trayail qui sans avoir Timportance magistrale de l'ouvrage de Prescott, n'en est pas moins un résumé très>sub8tantiel, très-savant et d'un três-graDd intérêt. Le morceao dont nous TeRons de transcrire le titre •B est une sotte natorelle. M. Chaix y présente, d'après toutes les sources authentiques, espagnoles et étrangères, ui^ aperçu ciroonstancié de la conquête espagnole. Les notices ethnographiques et géographiques y tiennent une grande place.

134. VAraueanùy poém« épique espa^ol , par don Alonto de Ercilla y Zuniga; traduit complètement pour la première fois en français, avec une intioduction, des notes et un catalogue raisonné des poésies narratives en Espagne, pat JC. A. Nicolas. Paru, 1869, in-12 (t. !•'.)

M. Claude Ûay, à roccasion d'une collection de livres nationaux envoyée à rAcadémie des sciencôs (n^ 131), a

fait à rAcadémie un rapport qui est une véritable histoire du développement intellectuel et moral de cet intéressant pays depuis l'allianchissement. Nous regrettons de ne pouvoir reproduire ce morceau dans toute son étendue.

Il y a une soixantaine d'années, le Chili se trouvait encore plongé dans une ignorance à peu près aveugle. Regardé comme une simple colonie espagnole , les habitants étaient privés de tout droit politique et vivaient dans le plus grand isolement, séquestrés par des lois sévères et brutales qui leur interdisaient tout rapport avec les nations étrangères. Par cette espèce de blocus intelleciuel, aucune idée nouvelle, hors celles très-réservées de la mère patrie, ne pouvait y pénétrer, et la société, impuissante à se développer, restait dans un état tellement stationnaire, qu'en 1810 le principal agent civilisateur, l'unprimerie, n'avait pas encore pu y être introduit.

Ce fut à cette époque que, par un mouvement spontané de quelques illustres familles, ce pays voulut s'affranchir de ce honteux et stérile vasselage, et conquérir une nationalité digne de sa riche position. Rien ne coûta à ces généreux Chiliens pour y arriver : ni sacrifices d'argent, ni économie de sang, mér prisant tout, et entraînant par leur exemple le dévouement général et ce sentiment d'abnégation que le patriotisme seul sait inspirer.

Cette violente conquête avait ruiné le pays et détraqué entièrement la machine sociale. La perturbation était générale et devint bien plus grande encore lorsqu'il fallut le réorganiser en voulant mettre en pratique ces principes républicains proclamés lors de la déclaration de l'Indépendance. Tout était contraire à cette forme de gouvernement : mœurs, habitudes, et tous ces préjugés nationaux que l'absolutisme avait inoculés dans la vie de ce peuple livré depuis trois siècles à des autorités presque toujours étrangères. D'un autre côté, les législateurs chaigés de cette réorganisation, à part l'insuffisance de leurs connaissances en politique et en économie, étaient à tout moment arrêtés par les utopistes toujours si nombreux dans une rénovation sociale, et plus souvent encore par l'esprit de faction ou par l'impatience irréfléchie des républicains avancés. Pour ces derniers, le triomphe de la nouvelle civilisation devait être IV néantissement absolu de la civilisation coloniale, et alors» an lieu de chercher à améliorer les institutions sans secousse et

par des lois prudentes et cadencées, ils voulurent tout détruire et tout renouveler. De cet ordre d'idées naquit cette anarchie politique, qui, pendant un bon nombre d'années, était devenue, dans les faits comme dans les idées, la vie publique de ce nouveau peuple. Comme il arrive toujours, une main puissante, armée de la dictature, pouvait seule détruire cette anarchie, et don Diego Portales fut Thoiïime prédestiné pour remplir cette délicate et difficile mission.

Ce fut en 1830 que ce grand patriote se dévoua à la cause de son pays.

Portales parvint k organiser le Chili sur une base solide, à le consohder et à y conserver une stabilité rarement troublée par ces émeutes si communes dans les gouvernements électifs, surtout lorsque la société est en voie dé transformation. La constitution de 1833, qui fonctionne encore dans toute sa plénitude, est un argument éclatant et péremptoire de cette grande stabilité.

Les pays d'Amérique, si privilégiés par la nature fécondante de ses terres et la grande variété de ses produits, ne demandent que la tranquillité pour arriver au développement et à l'accroissement de leurs inépuisables richesses. Le Chili en offre un exemple frappant par l'essor qu'il a pris aussitôt qu'il fut solidement constitué, conquérant, dans sa modeste position, une importance considérable qu'aucune république espagnole ne pourrait moralement lui disputer. Depuis cette époque, le progrès s'y est manifesté sous toutes les formes, dans le moral comme dans le matériel, et a pris un élan progressif dont il serait difficile de tracer les limites. Sa population a plus que doublé; le commerce s'est élevé à un chiffre extraordinaire, l'exportation, dans la période quinquennale de 1857 à 1861, ayani été beaucoup plus forte que l'importation ; et cependant pour celle-ci chaque habitant y contribuait pour cent cinquantesix francs lorsque la part proportionnelle dans les États-Unis n'était que de cent vingt et un francs, et ses riches mines, travaillées avec plus de science et de méthode, donnent lieu à des exploitations extrêmement considérables. Une seule mine d'argent, celle de Chagnarcillo, a produit depuis trente-cinq ans seulement plus d'un demi-milliard de francs, et celles de cuivre sont tellement abondantes, que si le prix était plus rémunérateur, elles pourraient suffire à la consommation industrielle de tous les pays. Dans ces derniers temps elle en fournissait encore trente-six mille tonnes, c'est-à-dire plus de la

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moitié du cuivre exploité sur tout le globe. L'industrie agricole s'est élevée aussi à la hauteur scientifique, grftce au grand établissement d'acclimatation et aux cours qui s'y font. A part les nombreux végétaux qu'on y cultive et que l'on distribne libéralement dans les provinces, on y élève les meilleures races anglaises et françaises, malgré les grandes dépenses que les transports occasionnent, et probablement en pure perte, car je vm convaincu qu'il est très-difficile de conserver dans toute leur perfection, et dans des localités distinctes, des races donMstiques qui demandent avant tout un climat et un genre d'édaeation et de nourriture absolument conformes à ce qui a 616 fait lors de leur création. Avec ce développement donné à l'a^eolture, et par l'importance et Texportation de ses prodaits, les cultures en grand se multiplient d'une manière extraordinaire. L'année passée, un seul propriétaire a récolté soixante- dôme mille hectolitres de blé, sans compter la quantité immense d'autres produits et les milliers de bœufs qu'il fait tuer tous les ans pour la préparation de la viande sèche si généralement usitée dans le pays sous le nom de charqui.

L'instruction publique a été encore plus favorisée. On a ouvert de nombreuses écoles primaires sous radministration du général Prieto, lesquelles se multiplièrent dans tous les ooins de la République sous le ministère de l'illustre don Man. Montt, surtout lors de sa période présidentielle.

En 1864 on comptait 1070 de ces écoles privées ou publiques avec 50 747 élèves, et le gouvernement y dépensait jusqu'à 1 766 175 francs.

L'instruction secondaire n'a pas été moins enoeurag6e et a pns depuis quelque temps un développement extrônMment remarquable, comme le prouve la grande quantité de livres de science, de législation, etc., qui se publient. Toutes les pro^ vinces, et même des départements, possèdent des lyeées publics ou privés que ne désavoueraient certainement pas los grandes villes d'Europe .

Pour donner plus de force et de méthode à ce mourement intellectuel et provoquer en même temps l'esprit de rnrhsrobes, on pensa à lui donner une organisation supérieure et olfieîelle en renouvelant Tancienne Université.

Gdtte belle institution ne fut, pendant longtemps, qu'un simple ornement pour le Chili. Privés d'imprimerie, les membres ne pouvaient publier aucune de leurs productions, et m6me ées travaux de grande importance, tels que histoires, annatei

chroniques, descriptions géographiques, etc., restaient inédits tu n'étaient quQ très-rarement imprimés dans des pays étrangers. Comme du temps du moyen âge, c'était principalement le clergé qui avait le privilège de la haute instruction, et cependant, parmi ces manuscrits, on trouve souvent pour auteurs des militaires qui n'avaient pas dédaigné ce genre d'occupation. Tous ces vénérables manuscrits ont été, dans ces derniers temps , réunis et puhliés sous le titre de Coleccion de hisloriadores de Chile y documentos relativos a la historia nacional.

Cette nouvelle Université, constituée sur une base différente de l'ancienne , s'ouvrit en 1843. Ses tendances, plus scientifiques que littéraires , se manifestent dans les Annales que cette Université publie tous les mois.

Indépendamment de ces Annales, et conformément à un article du règlement, tous les ans un des membres est chargé de lire en séance publique un mémoire relatif à l'histoire nationale.

Les dépenses qu'occasionnent toutes ces publications ne sont pas supportées seulement par l'Université ; le gouvernement lui vient en aide malgré qu'il publie à ses frais ou qu'il favorise par de généreuses souscriptions un grand nombre d'autres ouvrages, et qu'il fournisse à toutes les écoles fiscales les livres aux écoliers, dont les exemplaires s'impriment par centaines de mille.

A ces pi^ications vient s'ajouter le recensement de la Répul)lique, qui se fait tous les dix ans, et dont celui exécuté en 1865 élève la population à 1819 223 Imes, avec une augmentation de 26,0^ pour 100 sur celui de 1854.

Ce recensement, quoique fait avec le plus grand soin, ne représente certainement pas le chidre exact de ses habitants. On sait la difficulté extrême qu'offre ce genre de recherches, môme en Europe, et à plus forte raison dans le Chili, où la défiance a encore un si grand empire. Mais, en adoptant ce chiffre et l'extension du pays, évaluée à 343 358 kilomètres, on voit qu'il est relativement plus peuplé que les autres contrées de l'Amérique, et qu'il contient 5,30 habitants par kilomètre carré, et 23,5 si on ne prend que la partie cultivable, qui est de 78912 kilomètres. Ce recensement est présenté en tableaux méthodiques, où tous les habitants y sont classés sous le triple point de vue de leur position morale, physique et industrielle.

Toutes ces notions et beaucoup d'autres sont résumées dans le mémoire que, par une loi, chaque ministre est obligé de

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présenter tous les ans à Pouverture des chambres; ces mémoires volumineux, et accompagnésjde nombreux documents et môme de rapports très-détaillés des intendants, gouverneurs et administrateurs , sont extrêmement importants et présentent des éléments très-précieux pour la connaissance d'un règne présidentiel.

Un autre grand travail qui s'exécute dans ce moment, c'est la carte topographique et géologique sous la direction de M. Pissis. Ce travail commencé en 1848 est à peu près terminé, et quoique les cartes reçues ne signalent que la position des villes et le cours des rivières, il est à croire que le graveur, M. Desmadril, terminera bientôt les montagnes, ouvrage long et compliqué à cause du grand mouvement des terrains. Gomme complément de cette carte, le gouvernement en a envoyé un grand nombre d'autres, levées par les officiers de la marine nationale, tant dans l'intérieur du pays que sur les côtes et dans ce grand archipel de Ghiloe, peu ou point visité par les expéditions scientifiques des capitaines King et Fitz-Roy. On ne peut trop louer la haute prévoyance du président actuel d'avoir pensé à mettre à profit la science et le loisir de ces jeunes et distingués officiers, en les occupant à des travaux qui intéressent autant les sciences géographiques en général que Tart de la navigation en particulier.

Tous les autres établissements 'scientifiques et littéraires se ressentent non moins de cette bienveillance constante et éclairée des hommes d'État. Les bibliothèques s'enrichissent tous les ans d'un très-grand nombre de livres et de revues. L'Observatoire astronomique prend une importance toujours croissante. Pendant l'absence du directeur, M. Mœsta, toutes les études si bien commencées par ce laborieux astronome sur les étoiles antarctiques et sur plusieurs phénomènes célestes de cet héoiisphère, sont continuées avec assiduité par don J. Ign. Vergara, jeune savant de beaucoup de mérite à qui on doit de bonnes observations sur l'éclipsé totale du soleil qui eut lieu le 25 avril 1865 dans le sud du Chili. Les nombreuses observations déjà publiées, et les excellents instruments que l'on possède, témoignent de l'intérêt qu'on ne cesse de prendre à ces sortes de recherches, et des services qu'elles vont rendre à l'astronomie de ces régions encore si peu connues avant les beaux travaux de sir John Herschel. Le Cabinet d'histoire naturelle , créé seulement en 1840, peut déjà passer pour un musée digne d'un grand pays. A côté de tous les produits nationaux, accompagnés

PéROU. Vk\

souvent de squelettes, on y trouve d'autres collections étrangères acquises par achat ou à titre d'échanges, et, dans un autre département, on a réuni tous les objets qui appartiennent à l'ethnographie des Araucaniens, Patagons et autres Indiens. Avec ce musée et les ouvrages déjà publiés, le goût des sciences naturelles se développe tous les jours avec une nouvelle inclination. De tous côtés, du nord, du sud, et jusque de la colonie du détroit de Magellan, on envoie à ce musée de nombreuses collections que viennent encore augmenter celles que font les personnes employées à la carte géographique et les préparateurs du musée, chargés tous les ans de faire quelques excursions rendues aujourd'hui faciles par le grand nombre de chemins de fer qui sillonnent cette République. Grâce à ce grand concours de collecteurs et à toutes ces collections étudiées et décrites au Chili ou en Allemagne, en Angleterre, etc., l'histoire naturelle descriptive de cette contrée sera bientôt connue dans tous ses détails, et beaucoup mieux que la plus grande partie des royaumes de l'Europe savante.

Lorsqu'on réfléchit à ce qu'était cette belle contrée il y a trente ans, époque oti presque rien n'était fait, on est vraiment émerveillé qu'un nombre si prodigieux d'éléments de civilisation se soit si vite répandu sur sa surface. Dans ce grand développement de progrès, on ne peut méconnaître l'initiative puissante et persévérante du gouvernement, qui dépense à l'instruction publique le dix-huitième de son budget, quantité proportionnelle quatre fois plus grande que ce qui se dépense en France pour le même service.

135. Mariano Felipe Paz Soldan. Historia del Perù independiénte. Primer Periodo, 1819-1822. Lima, 1868, gr. in-8, x-468-iv-116. (Paris, Bractiet.)

Après un coup d*Œil général sur Toi^anisation politiqne et administrative et sur les conditions économiques de sa patrie, M. Paz Soldan déroule en 24 chapitres l'histoire de la première période de l'indépendance à laquelle son ouvrage est consacré ; puis, dans un appendice considérable, il dresse un vaste (catalogue des matériaux imprimés ou

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manaBcriU qaMl a mis à eontribation. Dans son patriotisme de eitoyea péroTien, M. Paz Soldai a mis en regard l'état dn Péron sons Tadmi* nistration espagnole et les progrès qui s'y sont accomplis depuis liadépendance. £n yoici le tableau tel que l'auteur le présente :

PÉROU. Sous l'Espagne. Indépendant.

Population 1076123^ 2S5S(NH»^

1 Importation 4 602189<^^' 15 319 323^1'

commerce j ExporUtion 5 939 437*»' 16 715 678*»»

MouTement maritime. Navires il S 592

\ Recettes 4 379 BOO'*' 30 95% tOO'l'

Fmances {Dépenses 3890900*»' 308870OO'i'

i^tractto» pubiiq. I Xv.-.v.v.v: : î ' U

Publications périodiques. i * 60

136. Du môme. Atlas gèographico de la republica del Perù, por Mar. Fel. Paz SoldaO) director gênerai de Obras pùblicas. Nutra edioioD. Paris y 1869, gr. in-folio.

Ce bel Atlas est le complément de la Géographie du Pérou, publiée i Paris en 1863 par M. Mateo Pax Soldan, frère de M. Felipe Çànné§ géographiquêy t. II, 1863, p. 157). L'Atlas se compose de 83 pages de texte, une grande carte générale du Pérou, 51 cartes des provinces, plans de villes, coupes, etc., et 20 planches de vues et de types.

137. Ant* Raimondi. On the confluence of the rivera Mantaro and Apurimac, in the Huanta mountains. Joum, of the Roy, Geogr, soc, vol. XXXVllI^ 1868, p. 413-429. Map.

Résultat d'une reconnaissance particulière, en vue d'étudier les points les plos favorables par lesquels les communications du Péroa peuvent se rattacher à l'Amazone brésilien.

138. F. F. Seable. Peruvian explorations and settlements on the Upper Amazons. Communication faite à l'Association Britannique pour l'avancement de la science, réunion d'Exeter, sept. 1869.

S 1*' Reconnaissances poursuivies dans le bassin péruvien

de l'Amazone.

Depuis plusieurs années, une commission hydrographique a été instituée par le gouvernement péruvien pour l'exploration des rivières qui forment la tête de TAmazone; cette commission a déployé une grande activité , et ses travaux contribueront considérablement à perfectionner la carte des contrées encore si peu connues cpii sont compri-

ses entre les Andes et la frontière Jbrésilienne. Un rapport récent fait connaître les résultatsj'de l'exploration de l'Ucayali, qui par son volume et son étendue a beaucoup plus de droits que le Maranon à être regardé . comme la tête de l'Amazone. L'Ucayali a été remonté depuis son confluent avec le MjEiranon jusqu'au point où il se forme par la réunion du Tambo et de l'Urubamba, ce qui représente un développement de près de 1250 kilomètres. Le pays qu'il arrose est représenté comme fertile et salubre ; la population native est relativement nombreuse, et elle fait un commerce d'échange assez important.

L'intéressante communication de M. Searle aux réu-> nions d'Exeter (n** 138) fournit à ce sujet de plus grands détails. La petite ville d'Iquitos, sur le haut Amazone, a été désignée par le gouvernement péruvien pour être le siège d'une station de la navigation, et, par suite, elle a pris de l'importance dans ces derniers temps. Elle est située sur la rive gauche du Maranon, au-dessous de la jonction de TUcayali, au confluent d'une petite rivière appelée lltaia. Cette place fut choisie en 1862 comme la plus favorablement située pour l'établissement d'une factorerie avec dock .flottant; deux steamers, le Moronaei le Pastaza, de 500 tonneaux chacun, partirent d'Angleterre au mois de septembre de cette année 1862, pour aller installer ces travaux. Meis une difficulté se présenta. Les autorités brésiliennes contestèrent à des bâtiments étrangers portant cargaison et arborant le pavillon de navires de guerre, de remonter l'Amazone. Le Morana^ qui voulut passer outre, reçut le feu du fort d'Obydos; il s'échoua, et l'équipage fut déclaré prisonnier de guerre. Le droit de passage, néanmoins, fut reconnu un peu plus tard, et deux autres steamers furent envoyés d'Angleterre en 1865, avec un dock flottant et les matériaux nécessaires pour la construction de deux petits vapeurs appropriés aux explorations fluviales. L'auteur de la communication faisait partie de cette

expédition. Un des deux navires, jeaugeant.750 tonneaux, put remonter sans danger jusqu'à Iquitos, à 2400 milles (3850 kilomètres) de la bouche de TAmazone. D'autres navires et de nombreux ouvriers avec les appareils nécessaires arrivèrent bientôt d'Angleterre, et en peu de temps les travaux de l'établissement furent sur pied. Les plus grands steamers furent alors employés comme navires de transport pour les marchandises et les passage^, et firent un service mensuel entre Tabatinga, sur la frontière brésilienne, et la petite ville de Yurimaguas, sur le Huallaga; en même temps les steamers de moindres dimensions furent chargés de remonter les différents tributaires, dont jusqu'alors on ne connaissait guère que le nom, et d'examiner les facilités qti*ils pouvaient offrir pour la navigation et le commerce.

Un des principaux objets du gouvernement péruvien était de faire reconnaître jusqu'à quel point la navigation de PUcayali et de ses afffuents serait praticable en remontant à une distance modérée de Lima, afin d'y établir un port sur un point où une route partant de Lima pourrait aboutir, en vue d'en faire un dépôt pour le commerce des riches provinces du Pérou central et méridional avec l'Atlantique. C'est dans cette pensée qu'au mois de juin 1866, le steamer Putomayo eut mission de remonter l'Ucayali. Après avoir remonté sans difficulté cette puissante artère, ainsi qu'un de ses tributaires de l'Ouest, le Pachitea, l'expédition rencontra une tribu féroce d'Indiens appelés Gachibos, et deux des officiers, Tavara et West, attirés à terre, furent traîtreusement massacrés. On dut temporairement ajourner l'entreprise. Le bâtiment revint à Iquitos, mais une expédition plus nombreuse fut renvoyée au mois de décembre de la même année 1866, sur trois steamers. En arrivant à Tile Tchunta, sur la Pachitea, théâtre de l'odieuse trahison des Gachibos, une leçon sévère fut donnée aux sauvages. Une troupe de soldats fut mise à terre

ses entre les Andes et la frontière brésilienne. Un rapport récent fait connaître les résultats];de l'exploration de l'Ucayali, qui par son volume et son étendue a beaucoup plus de droits que le Maranon à être regardé . comme la tête de l'Amazone. L'Ucayali a été remonté depuis son confluent avec le Maranon jusqu'au point oti il se forme par la réunion dn Tambo et de l'Urubamba, ce qui représente un développement de près de 1250 kilomètres. Le pays qu'il arrose est représenté comme fertile et salubre ; la population native est relativement nombreuse, et elle fait un commerce d'échange assez important.

L'intéressante communication de M. Searle aux réu-* nions d'Exeter (n° 138) fournit à ce sujet de plus grands détails. La petite ville d'Iqiritos, sur le haut Amazone, a été désignée par le gouvernement péruvien pour être le siège d'une station de la navigation, et, par suite, elle a pris de l'importance dans ces derniers temps. Elle est si«tuée sur la rive gauche du Maranon, au-dessous de la jonction de TUcayali, au confluent d'une petite rivière appelée l*Itaia. Cette place fut choisie en 1862 comme la plus favorablement située pour l'établissement d'une factorerie avec dock .flottant; deux steamers, Je Morona et le Pastaza, de 500 tonneaux chacun, partirent d'Angleterre au mois de septembre de celte année 186'2, pour aller installer ces travaux. Meis une difficulté se présenta. Les autorités brésiliennes contestèrent à des bâtiments étrangers portant cargaison et arborant le pavillon de navires de guerre, de remonter l'Amazone. Le Moranay qui voulut passer outre, reçut le feu du fort d'Obydos; il s'échoua, et l'équipage fut déclaré prisonnier de guerre. Le droit de passage, néanmoins, fut reconnu un peu plus tard, et deux autres steamers furent envoyés d'Angleterre en 1865, avec un dock flottant et les matériaux nécessaires pour la construction de deux petits vapeurs appropriés aux explorations fluviales. L'auteur de la communication faisait partie de cette

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ses efforts personnels à Texpleration des grands affluents du haut Âiaazoae, M. W. GhasiUess, y a de swob o6té pomrsuivi avec succès le cours de ses redMrohesw Apre» avoir essaya iautilement de vemontoir Im Benii, i)ranofae wr péiAmfe dui Madeira,. U s'est povté. vecs le Jtuma^ quii wtfc des épiaisses fogrëts de la rive droite! du haut Uoayalii eft va se réunir à l' Amazone^ au-des&nia du eonfluenb ia- ¥apora, entrer l^Uoayali ^ le Purûs. G», demier affluent,, auisl qfett d'a^trre» mein» (lonsidérable^ a déjà ét4 reeooAu préeé»deni0Qieflt par M. Ghandiless, qoit a partout appuya- se» leiRéesur de Doaaibreuses détermiiittlMinA astKoaomîqitee^. Daa» ses dernièree opévatioos sur lie JtuuruAy Vezploratenr n'a pat relevé mpins de 60 positions afitronomiques. Non» en aa^ roa» sârement les résultats et la carte dans le prochain vor lixvm du joiunal de; k Société de géo^aphie de Londres.

S 2. Le déTeloppement iodastriel et économique.

Une exposition industrielle a eu lieu, à Lima dans la. première quinzaine d'août 1869 ; une lettre écrite par un de nos compatriotes donne k ce sujet d'intéressants détails»

Le Pérou peut à bon droit se fStiiciter de l^heureuz succës dece piremier essai. Il fait à la fois et Téloge du gouvernement qui a su patronner cette grande idée, et celui des organisa** teurs habiles qui ont su la réaliser. Cette exposition des résultats du travail et de Tindustrie nationale aurait pu être encore plus complète ; mais on doit tenir compte de la résistance qu'une pareille innovation a dû nécessairement rencontrer danr certaines classes de la population et du peu de temps qui a été laissé pour son organisation : car on tenait à faire cc^ooider le jour de l'inauguration avec le jour anniversaire de Tindépeadance.

Dans le cercle relativement restreint dès produits véritablie-

1. Voir le t. VI de VÀnnée géogr., 1861, p. 321, n** 286 et 287, et p. aâfk

lîoiMtaK ch» Mrow, on peut eiter le sucre de eanne, les ^ s eaai-<i<e-vie, BotanEHuent reau-de-vie^ oottmie sous le taUa de Piseo^y et l«s vins^ doux de Moquehaura ; ces I produitâB sont le» plus reiioHunés, bieH' qu'inférieurs à gnac et à nos vins sucrés du Midi, matières preflnève» de k plu» Isaute impertamcd^ se I a» Mrou r le eoHmï et la soie. Le cotoHy enewe trop Éré, rappeHepar la longuecHT et la ténacité de ses fibres luit» SMBàftire9 àe' Savamiaè et dte Sea Mvnd. La pro« âe la seié es€ en- ee^ moment l'objet êtétiiém sérieuses^, é^ences récentes ayant démontré en Europe que la prodes vers péruviens est d'une valeur très -supérieure à s meilleurs vers japonais, un certain nombre de capita- ', dt'industriels du pays se proposent, dit-on, de donner à ion des vers h soie indigènes un développement oe&si<-

ouve élément au* Pérofu^ en assez g^nde quantité', h jà connu au Japon, qui produit la soie sans avoir bel'alimentation coûteuse' et difOeilis de la feuiUe de mû<-

[ues magnifiques échantillons métallurgiques reportaient le sur les richesses que les' montagnes du Pérou doivent

dans- leuj» flanos-; malheureusement, Ja plus grande* ie ces mines restent inexploitées, faute de voies de com* tion ouvertes au transport des produits. leaux-arts étaient représentés par l'es œuvres peu impord'un petit nombre û'artistes. Quelques toiles attiraient mi l'attention : ce sont celles de M Mi. Merino et Mon^ie dernier a malheureusement succombé à la fièvre lors de la dernière épidémie. Ces deux peintres ont, du )ris part plusieurs fois à des expositions en France. 5 août a eu heu, en grande solennité, la distribution ompenses. L^événement de la séance a été un discours ce par M. Pardo, alcade de Lima, qui portait la parole i de la municipalité de la ville. M. Pardo, qui appartient des familles les plus considérables du Pérou, a été mides finances sous l'administration du colonel Prado. Il

un grand talent d'élocution un savoir réel ; il a su prédans son discours une sorte de résumé de la situation aclu Pérou, et tracer aussi le programme à suivre pour r ses progrès futurs.

érou, a dit M. Pardo, doit ^'attacher surtout à produire

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des matières premières ; il possède dans la canne à sucre, le coton, la vigne et le salpêtre, des sources actuelles de richesses, auxquelles viendront s*ajouter, dès que l'intérieur du pays aura été relié au littoral par des chemins de fer, les nomhreuz produits de ses mines.

La culture et Texploitation des richesses minérales lui ofiï«nt des ressources à peu près inépuisables. Il s'engagerait dans une fausse voie s'il en négligeait le développement pour construire des usines et s'adonner à Tindustrie manufacturière. La fabrication indigène ne pourrait, en effet, grandir au Pérou qu'à l'aide de tarifs protecteurs, qui entraveraient les progrès du commerce extérieur.

La culture du mûrier et l'élève des vers à soie pourraient, suivant M. Pardo, fournir un utile emploi à beaucoup de personnes actuellement sans ouvrage. Le climat du Pérou se prête merveilleusement en effet, par la -douceur constante de sa température, à la culture du mûrier; et l'atmosphère, qui esta peine chargée d'électricité, convient parfaitement aux vers à soie, pour lesquels les orages et les variations thermométriques qui en résultent sont surtout à craindre.

Quelques notions sur le guano, cet engrais énergique dont rexploitation n'est pas encore très -généralement connue.

C'est sur les plateaux escarpés des îles Chinchas, situées dans l'océan Pacifique, que sont amoncelées des masses de guano, dont la quantité est évaluée approximativement à 10 millions de tonnes (là tonne de 1000 kilogrammed).

Ce sont des Indiens qui extraient cette substance et qui la chargent à bord des navires anglais et français.

Les bâtiments sont amenés au mouillage, au pied des roches à pic très-élevées sur lesquelles sont les amias de guano. Sur une arête de rocher en saillie, on a placé un énorme entonnoir incliné, par où doit glisser le guano. Cet entonnoir plonge dans une large manche en toile qui se développe jusqu'aux écoutilles. Le guano, précipité dans cet entonnoir par masses de plusieurs tonnes à la fois, tombe directement dans la cale.

Tant que dure le chargement, il s'élève une poussière

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tellement ftcre et qui prend si fort à la gorge, que les ma^ telots placés dans la cale pour arrimer le guano ne peuvent y séjourner plus de vingt minutes. Ils se succèdent par escouades jusqu'à la fin du travail. Le dégagement des composés ammoniacaux est tel , qu'à distance il provoque le larmoiement.

On enlève chaque année 500 000 tonnes de guano; mais les masses enlevées se recomposent immédiatement. Les myriades d'oiseaux de mer qui séjournent dans ces îles reconstituent périodiquement cette substance.

Leur nombre est tel, que les rochers des îles Ghinchas disparaissent sous leur plumage gris-blanc.

M. de Humboldt apporta en Europe, en 1804, des échantillons dé guano. On regarda cette substance comme peu profitable à l'agriculture, et elle fut mise de côté. Trente-six ans plus tard, quelques tonneaux furent apportés en Europe et utilisés. On reconnut alors dans le guano un engrais des plus précieux.

On ne s'étonnera pas de l'importance qui s'attache à l'exploitation de cette substance animale, lorsqu'on saura que la somme qu'elle fait entrer chaque année dans le Trésor péruvien représente plus des deux tiers du revenu de l'État, lequel s'élève, dans le budget de 1869, à la somme de 112 millions de francs.

ECUADOR ET VENEZUELA.

139. J. Orton. Geological Notes on the Andes of Ecuador. SUliman's American journal of Science ^ mars 1869, p. 242-251.

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