M. GUSTAVE LAMBERT
jet de M. Lambert est dans l'intervalle de reprendre s( s conférences. Seront-elles fructneuses, suffisamment fructueuses au moins? Franchement, à voir les choses sans illusion, il est difficile de beaucoup Tespérér.
Mon intention n'est pas, à Dieu ne plaise, en mettant la situation à nu, d'afTaiblir le courage dont M. I^ambert a plus que jamais besoin. Mais la vérité doit passer avant tout. Les illusions n'ont jamais remédié à une situation difficile.
Et puis, faut-il le dire? tout en déplorant que Timpatience de M. Gustave Lambert lui ait fait abandonner une position qui faisait sa force, l'ajournement ou Tavortement de sa grande et noble entreprise, d'une entreprise qui se présentait, il y a deux ans, sous un si bel aspect, n'est pas ici la seule chose qui me touche. Lorsque la Société de géographie, s'associant à la pensée de M. Lambert, a provoqué une souscription publique pour couvrir les frais d'un voyage au pôle, elle a ouvert une voie qui peut et doit avoir un incalculable avenir. Je l'ai dit déjà et je me plais à le répéter, car je voudrais que cette règle se gravât d'une manière ineffaçable dans la pensée de tous : « Aujourd'hui que les peuples tendent à sortir de tutelle, il est bien que dans les entreprises utiles l'initiative individuelle se substitue à l'action officielle. C'est surtout dans les grandes conceptions scientifiques, comme notre époque en réclame encore un si grand nombre, qu'une nation doit prouver qu'elle peut se suffire à elle-même. Que les deux ou trois millions d'hommes qui représentent chez nous dans toute sa plénitude le côté intellectuel du pays se montrent les patrons-nés de toute idée noblement utile, et une offrande de quelques centimes apportée par chacun permettra de réaliser toutes les grandes choses que peut concevoir l'esprit humain. » Quoique la souscription ouverte en 1867 dans toute l'étendue de la France — et il faut reconnaître que
U (oi ardente et la parole chftleuifev^sQ de M* Qu^tavô Iaixx^
Vannée géogb. v^^i,
210 AHéBIQUE DU NORD. (N^ 21N223)
bert y a puissamment secondé rinitiatiye de la Société, — quoique cette souscription, dis-je^ n'ait pas fourni tout ce qu'on lui demandait et ce qu'on attendait d'elle, il n'en est pas moins vrai- que comme premier essai 250 000 fr. sont un magnifique résultat. Entraînement ou raisonnement, c'est une leçon fructueuse que le présent donne à l'avenir, c'est un précédent d'une importance bien supérieure à la somme qu'il a produite. Eh bien ! ce que l'on pourrait craindre si cet appel éclatant devait aboutir à une déception, c'est que ce précédent même ne compromît la cause qu'il doit servir. M. Lambert a contracté envers le pays, envers la science, envers lui-môme, une dette qu'il doit acquitter : il faut qu'à tout prix il dégage sa parole. Et c'est pourquoi le Comité central avait fait acte de haute sagesse, en empêchant, autant qu'il était en lui, le chef de l'expédition de s'engager dans une impasse ob l'on ne— voyait pas d'issue.
M. Lambert a la foi, l'enthousiasme, le dévouement^ mais pour arriver il faut partir, et c'est pour cela que no déplorons la résolution précipitée qui lui a fait préférer non pas l'ombre à la redite, mais tout au moins le mirage d'une expédition grandiose à l'organisation plus deste, mais sûre, qu'il avait sous la main.
OCEANIE.
GÉmËRAUTÉS.
i!24. Reise der œsterr. Fregatte Novara um die Erde, 1857-59. Anthropologischer Theil, 3ter Abtheilung. Ethnographie, bearbeitet von Prof. F. Mdller. Wierif 1869, in-V, 254 pages. 30 fr. (Gerold).
— Zoologischer Theil. 1 Band : Sâugetbiere. Bearbeitet i, Zelëbor. lhid,f 1869, in-4% 42 p. avec 3 pi. 3 fr.
:25. Ed. DuLAURiER. Recherches sur la législation des peuples océaniens. Revue ethnographique, t. I, 1869, p. 51, 199.
Ji
POLYNÉSIE
!26. Hawaiian Club Papers. Edited by a Coramittee of the Club. October 1868. Boston, 1868, in-8, 119 pages.
Le club était le complément nécessaire de Tédacation anglo-américaine des îles Havaï, — les lies Sandwich du capitaine Cook, comme on sait, qui paya de sa yie l'honneur de les avoir découvertes. Les moreeaux les plus intéressants de ce l*'' fascicule sont : Voyages of the ancient Hawaiians, p. 4-7; — the Hawaiian islands, 19-38 ;•>-/« /an </« of the Norlh Facile. ^ 29-S7 ; — First printing at the Hawaiian iflanc^, p. 88; — the Hawaiian Voîcanos^ 40-45; the Hawaiian flora^ 45-48. Le cahier se termine par une bibliographie de l'archipel, p. 63-115.
Voir notre précédent volume, p. 289, n» 334.
2l2 OCÉANIE. (n*»' 224-227)
227. D' Th. Stalet, bishop of Honolulu. On the geography and récent volcanic éruption of the Sandwich islands. Proceedings of the Roy, Geogr. soc, vol. XII, n* 5, oct. 1868, pi 3Cy5-312.
Notice géographique et géologique.
La ligne de navigation établie dans ces derniers temps entre San Francisco et TAsie orientale, et le rapide accroissement que le nouveau chemin de fer américain ne peut manquer d'y apporter, agrandissent singulièrement Timportance des îles Sandwich, — ou, comme on s'accorde à les désigner maintenant en leur restituant leur nom indigène, des lies Havaï. Une lettre écrite à ce sujet par un agent français dans l'archipel sera lue avec intérêt.
Les lies Sandwich, situées dans Tocéan Pacifique au nord de Péquateur et à une distance presque égale de la côte d'Amérique et du Japon, semblent appelées à devenir une importante station navale. Ce groupe, découvert en 1778 par le célèbre capitaine Gook, qui y trouva la mort Tannée suivante, se compose de sept lies de diverses grandeurs, gisant entre les dixhuitième et vingt-deuxième degrés de latitude septentrionale, et couvrant de Pest à Pouest un espace d'environ cent cinquante lieues.
Havaï, la plus orientale et la plus grande, mesure une superficie de 4000 milles carrés et renferme plusieurs volcans en activité. Le sommet de Maoua-Loa s^élance à 4838 mètres au-dessus du niveau de la mer, dépassant ainsi Taltitude du mont Blanc, ce point culminant des Alpes, et la limite inférieure des neiges éternelles sous les tropiques. Certains cratères ont jusqu'à 700 mètres de profondeur et une circonférence de dix à quinze lieues. Cette constitution géologique de l'archipel amène des pluies de cendre, des éruptions de lave, et de fréquents tremblements de terre.
Le sol est d'ailleurs boisé, verdoyant et très-fertile, g^ceaux nombreux cours d'eau descendant des montagnes pour se jeter dans la mer, après avoir arrosé les versants et les plaines où l'on cultive avec succès le riz, le café, le coton, les palmiers, li^ oanne à sucre, les bananiers, les légumes de toute sorte et le mtiner à papier^ dont l'écorce et les fibres textiles serrant
POLYNÉSIE. 213
aux indigènes à fabriquer leurs vêtements. Dans les prairies, l'élève des bestiaux, et spécialement des bœufs et des moutons, a pris un notable développement, au grand avantage des navires venant du large, et qui se procurent aisément les vivres frais nécessaires à la santé de leurs équipages.
L'hydrographie des lies Sandwich a été faite, il y a quelques années, avec le soin le plus minutieux par les officiers de l'expédition scientifique envoyée par le gouvernement des États • Unis aux ordres du capitaine Wilkes, et il résulte des relevés que les meilleurs ports du groupe sont ceux de Karakakoa, à Touest, et la baie de Byron, au nord-est, dans Tîle d'Havaï; le port de Lahaïna, dans l'Ile Maoual, et celui d'Honolulu, dans rile d*Oahou. Cette dernière est située au milieu de Tarchipel; sa superficie n'est guère que de 500 milles carrés, et malgré son peu d'étendue, elle est la résidence du roi, du gouvernement et du corps consuIair3, et le principal point de relâche des bâtiments étrangers.
La ville d'Honolulu contient 10000 habitants, et sa position au bord de la mer est agréable et pittoresque. Son port intérieur n'admet que des navires calant vingt pieds ; les autres doiveut mouiller sur la rade, en évitant le banc de corail qui l'entoure, sauf au point de la passe dont des bouées marquent rentrée. Depuis deux ans, un service régulier et mensuel, fait par un steamer à hélice de 1100 tonneaux, relie le port d'Ho • nolulu à celui de San Francisco aux États-Unis, et, par extension, à l'Europe elle-même. En effet, l'achèvement du chemin de fer du Pacifique permet de traverser le continent américain en sept ou huit jours, et il n'en faut pas davantage pour aller des lies Sandwich en Californie.
Si à ces quinze jours on ajoute les dix jours du trajet de New- York à Brest ou à Liverpool, on voit qu'Honolulu ne se trouve plus séparé de l'ancien monde que par un intervalle parcouru en trente jours environ. Le gouvernement de Washington accorde à la compagnie desservant le groupé une subvention annuelle de 375 000 francs, primitivement refusée par la Société de la malle du Pacifique, qui envoie tous les mois un bâtiment à vapeur de San Franôisco à Yokohama, à Changhaï et à Hong-kong.
Les motifs du refus de cette compagnie sont parfaitement explicables. Elle n'emploie que d'immenses steamers de 4000 tonneaux, pouvant porter jusqu'à 1500 personnes avec les vivres et le charbon nécessaires pour accomplir directement
â 1 4 OCJANIB. (n"^ 228-239)
le trajet entre leur port d'armement et le Japon, et il est aisé de comprendre quels ifrais et quelle perte de temps ces navires auraient encourus en descendant, au sud, près de vingt degrés en latitude, c'est-à-dire quatre cents lieues marines, pour venir faire escale devant nos ports, où ils n'eussent point trouvé la profondeur qui leur est nécessaire.
En 1867, nous avons reçu 134 bâtiments marchands, jaugeant plus de 60 000 tonnes, et la valeur des importations et des exportations réunies a atteint le chiffre de 20 millions de francs. Deux de ces navires venaient de Tahiti, sous le pavillon du protectorat français. Plus de la moitié de notre conmierce a lieu par bâtiments américains. En Europe, c'est avec Brème que nous avons le plus de relations, et elles ont lieu sous les couleurs havaïennes.
Quant aux baleiniers, leur nombre a considérablement diminué. Il était de 275 en 1852, et il n'a été que de 75, dont 66 américains, Tannée dernière. Les baleines, poursuivies sans cesse dans les zones tempérées du grand Océan, semblent avoir franchi le détroit de Bering et s'être réfugiées dans les régions polaires. Aussi attendons-nous avec impatience le résultat des explorations des navigateurs et des savants, français, danois, anglais et allemands, qui amèneront peut-être la découverte d'un vaste champ de pêche dans la mer libre de glaces que Ton espère trouver auprès du pôle arctique.
Cette perspective ne saurait qu'attirer dans notre archipel les marines et l'immigration étrangères. Le gouvernement a déjà fait venir mille cultivateurs chinois. Le nombre des Européens et des Américains dépasse 4000, et il est bien à désirer qu'il s'accroisse pour compenser les pertes de la population in* digène, qui ne compte guère plus que 58 000 âmes.
238, Annales du Commerce extérieur. N* 1824. Novembre 1869. Australie et Océanie, gr. in-S, 40 p.
Numéro plein de faite et de renseignements. Voir ci-après.
329. Grenz Berichtfgung zwischen den Australîschen Coloni^n Sud- Australien, Victoria, Neu-Sûd-Wales und Queensland. Zeitschr, der Gesellsch. fur Erdk, zu Berlin^ 1869 (n* 19), p. 67-69.
La ligne frontière entre la colonie de Soath Aastralia, d'ane part, et de l'antre les colonies de Yietoria, New South Wales et Qneensland qui lui confinent à Test, était restée jasqa'à présent indéterminée dans une eertaine mesure. Les quatre colonies se sont entendues pour mettre fin à cet état de choses. Une commission mixte a été formée, composée de trois astronomes sous la conduite de M. Ch. Todd, directeur de robsenratoire d'Adélaïde. D'après le règlement originaire, la limite entre South Australia et Victoria est marquée par le !%!• méridien à l'est de Greenwich; mais le tracé de cette ligne astronomique sur le terrain, aussi bien que sa prolongation au nord sur les confins de New South Wales et de Queensland, n'avaient pas été faits d'une manière rigoureuse. C'est cette opération que la Commission astronomique vient d'accomplir, et elle a constaté en effet une rectification de 15 000 mètres environ dans le tracé de la ligne frontière par rapport au méridien de Sydney.
Les observations de la Commission ont fixé entre le méridien de Sydney et le méridien de Melboame nne difiérence en temps de 24 minutes SS 3/4.
230. D' G. Neumayer. Scientific exploration of central Australia. Proceedings ofthe Roy. Soc, n» 102, vol. XVI, p. 347-364.
Mémoire original du D' Neumayer, transmis à la Société royale (l'Académie des sciences de Londres), le 20 avril 1868. On a ici, outre l'exposé du plan tracé par le D' Neumayer, plan que VAnnée géographique a déjà fait connaître d'après l'exposé et la carte insérés aux Mittheilungen (voir notre précédent volume, p. 286), d'importants aperçus sur la configuration physique et les conditions climatolugiques de l'intérieur de l'Australie. — Le même sujet est traité d'une manière plus sommaire dans la Note suivante :
— On a Project for the scientific exploration of Central Australia . Proceedings of the Roy. Geogr. Soc.^ vol. XII, n* 5 (octob. 1868), p. 286-295.
231 . W. Landshorough. Exploration in the neighbourhood of the Norman river settlement^ in the gulf of CUirpentaria (febr.marsh 1868). Ibid. Vol. XIII, n" 1 (févr. 1869), p. 52-56.
232. Le comte de Beauvoir. Australie, Java, Siam, Canton. Voyage autour du Monde. Pam, 1869, 2 vol. gr. in-18. 8 fr. (Pion).
233. H. Perron d'Abc. AventuKs d'un voyageur en Australien; neuf mois de séjour chez les Nagarnooks. Paris, 1869, gr. in-18, 355 pages, avec illustr. 2 fr. (Hachette).
234. R. Brough Smyth. The Gold-Fields minerai districts of Victoria. Melbourne j 1869, in-8.
235. John Forrest's. Expédition im Inneren von West-Australien^
21C OCÉANIE. (n**' 228-239)
Apr.-Aug. 1869, und Stand der geographischen ErroschuDg dièses Gebiets. Mittheilungen de Petermann, 1869, n» 12, p. 467- 469. Carte.
236. Ch. H. Allen. A visit to Queensland and her goldfîelds. Lond,j 1869, iQ-8. 8 sh. (Chapman).
237. E. B. Kbnnedï. Four years in Queensland. lond., 1869, gr. in.l6, avec une grande carte. 5 sh. 6 d. (B. Stanford).
238. J. BoNwiCK. The last of the Tasmanians; or, the Black War of Van Diemen's Land. Lond., 1869, in-8, with illustr. (Low).
239. Carte du Détroit de Torrès, 3* feuille, comprenant une partie des récifs de la Grande-Barrière. Paris, Dépôt de la marine, 1869. 2 fr.
L'Australie et ses progrès.
Nous avons, Tan dernier, dit quelques mots da projet formulé par le docteur Neumayer, de Melbourne, pour une exploration scientifique du continent australien dans toute £on étendue de l'Est à l'Ouest. L* Australie est une terre deshéritée, où d'hier seulement l'Europe a jeté un reflet de sa propre civilisation ; elle n'offre par elle-même, en regard des splendeurs de la création tropicale, qu'une image de désolation et d'aridité. L'Australie n'a ni passé ni souvenirs; elle n'a que son étendue. Mais cette étendue recèle encore d'immenses espaces inconnus, qui semblent défier les forces de l'homme et Ténergie des explorateurs. Ce défi a été relevé I Un homme de science, le docteur Neumayer, qui a occupé longtemps le poste de directeur du Muséum d'histoire naturelle à Melbourne, se propose de conduire une grande expédition scientifique de l'Est à l'Ouest, qui couperait par le centre le continent australien dans toute sa longueur. Le plan du docteur Neumayer estsimple, bien conçu et présente toutes les chances possibles de réussite* L'Australie, du moins dans ses parties centrales, n'a guère eu jusqu'à présent que des pionniers médiocrement préoc-
cupés d'observations scientifiques; elle aurait enfin son explorateur. L'astronomie, la physique, Thistoire naturelle, l'ethnographie doivent être représentées dans l'expédition. Il y a là, après tout, de nombreuses questions à étudier et des inconnus à résoudre : le géographe, de même que le naturaliste, ne mesure pas son intérêt seulement à la richesse du sol, à la beauté du climat et des productions, ni même au développement intellectuel des races. Cependant le plan développé par le docteur Neumayer (b? 230) ne paraît pas être entré jusqu'à présent dans la voie pratique d'une prochaine réalisation, entravé sans doute par l'hésitation ou la lenteur des colonies australiennes à fournir l'argent nécessaire. Il y a là pourtant un intérêt scientifique de premier ordre ; mais apparemment cet intérêt touche moins les colons australiens que les simples reconnaissances qui promettent à courte échéance de nouvelles terres à portée des troupeaux.
En attendant, nous trouvons toujours à enregistrer une série de relations partielles, d'études, d'impressions, de documents. Voici deux volumes de M. le comte de Beauvoir (n"* 232), qui sortent du ton habituel des relations courantes. M. de Beauvoir est jeune, — charmant défaut dont nous ne nous corrigeons tous que trop vite, hélas I — et il a l'entrain, la chaleur, l'enthousiasme de ses vingt ans, avec le bien-dire précoce d'une nature heureusement douée. Il a l'œil observateur, et il s'intéresse à l'occasion même aux choses sérieuses. Compagnon de voyage de M. le duc de Penthièvre, fils du prince de Joinville, il a fait son tour du monde dans les meilleures conditions. Ce qui Ta frappé plus que tout le reste dans le panorama que pendant deux ans il a vu se dérouler devant lui, c'est le développement si prodigieusement rapide de la nationalité australienne. II a vu là une nature nue et sauvage il y a quarante ans à peina, aujourd'hui remplacée, sous la puissante impulsion de la colonisation anglaise, par une société en traio de de-
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venir un des États les plus riches, les plus acti&, las plus tigoureusement organisés du monde politique, un État qui a déjà pris sa place, et une large place, dans la balance économique et commerciale du globe. C'est surtout par ses côtés matériels que la société australienne étonne las regards. Les villes qui sortent de terre comme les plantes dans un sol vierge, et qui croissent avec une incroyable rapidité; les établissements qui se forment, les institutions qui se fondent, les routes qui s'ouvrent, les ports qui se créent, le confort de la métropole, les clubs, les journaux, les associations qui s'intronisent et se développent; et, plus loin, les savanes incultes qui se transforment en riches pâturages où les troupeaux se multiplient par centaines de mille, et l'or qui se trouve dans le sol avec une abondance que la Californie égale à peine : tout ce bruit, ce mouvement, cette activité fiévreuse, cette rapide opulence, sont bien faits pour exciter et justifier Tenthousiasme.
Et ce n'est pas là un mirage de l'imagination séduite; il n'y a rien d'exagéré dans le tableau de ce merveilleux dSveloppement. Nous avons sous les yeux un document purement statistique (n° 228), qui va encore au delà, s'il est possible, des appréciations du voyageur. Dans ses quarante pages de notices et de chiffres officiels, fondés sur les rapports de nos agents consulaires, la publication du Ministère du commerce présente un tableau tout à fait complet des cinq colonies australiennes ^ La plus ancienne est, comme on sait, la Nouvelle-Galles du Sud (New South Wales], où se trouve le port de Sydney. La population de cette colonie était en 1867 de 447 600 âmes, son revenu public, y compris la vente des terres, de 57 478 000 francs, le nombre de têtes de bétail de plus de 16 millions, les laines ezpoi^ tées de près de 10 millions de kilos^ le commerce général,
1. New South Wales, Victoria, South Australia, West Australia, Queensland. Le document renferme aussi le tableau statistique de la Tasmanie, de la Nouvelle-Zélande et des lies Sandwich.
àustralib. 219
exportations et importations, concentré dans le port de Sydney, de 337 millions de francs. < II résulte de ces rapprochementS) en ce qui concerne le développement du commerce extérieur de la Nouvelle -Galles du Sud, dit le document, que d'une valeur de 10 millions de francs seulement qu'il atteignait en 1825, il est monté en 1 867 , c'est-à-dire dans une période de 42 ans, à 337 millions, ou qu'il a augmenté de plus de 33 p. 1. Ce remarquable accroissement est dû principalement à l'extension de l'élevage des moutons et de la production de la laine, et à la découverte d'abondantes mines d'or, qui, depuis dix ans, ont versé plus d'un demi-milliard dans la circulation. Les progrès de la colonisation en Australie tiennent aussi à des causes plus générales, qu'un observateur intelligent de ce pays a appréciées dans les termes suivants :
< La politique qui prévaut depuis bientôt vingt ans, dans les conseils de la Grande-Bretagne à l'égard de ses colonies, consiste à intervenir le moins possible dans leurs affaires. Quand l'état des choses a exigé la concentration du pouvoir, les instructions du Gouverneur lui prescrivaient néanmoins de consulter les habitants notables, et de tenir grand compte de leurs avis. Plus tard, lorsque les circonstances ont paru favorables, les colons ont été invités à rédiger eux-mêmes une Constitution modelée sur la Constitution anglaise, sauf les modifications réclamées par l'état de la société locale et les vœux des habitants. Après adoption de cette Constitution par le Parlement, elle est sanctionnée par la Reine, et le Gouverneur colonial se renferme scrupuleusement dans son rôle de chef d'État constitutionnel, n'agissant que sur l'avis de son Cabinet.
«Il est à remarquer que la métropole se montre très-empressée à encourager les idées de self Government et de fédération, ne redoutant pas de les suggérer à l'occasion, bien que ces idées concluent fatalement à Tindépendance* Cette conduite semble être un indice du projet qu'aurait le
220 OCÉANIE. (n*»- 228-239)
gouvernement britannique de se dégager de ses colonies dans un délai plus ou moins étendu. Une colonie n*esi, en définitive, autre chose pour les hommes d'État anglais, à quelque parti qu'ils appartiennent, qu'une issue ouverte à Texubérance dé population des îles Britanniqnes, et on marché pour leurs manufactures. Or, l'expérience a démontré que ce double caractère se développe plus facilement, à l'aide de l'indépendance qui stimule l'activité individuelle, que par la soumission absolue à la mère patrie, dont les ordonnances amortissent parfois tout élan et entravent tout effort, même en voulant les seconder. »
Nous n'avons pas besoin de faire ressortir l'importance de ces considérations. Le document ajoute, en ce qui touche à l'industrie : « L'industrie coloniale se limite, à peu de chose près, aux diverses manipulations indispensables à toute population agglomérée. Il ne serait pas rémunérateur de fonder des manufactures dans un pays où la maind'œuvre, bien que très-réduite déjà, vaut encore 9 à 15 francs par journée de 8 heures. On a cherché vainement à exploiter une diminution temporaire du travail, due aux difficultés commerciales et financières dont la crise anglaise a été l'occasion.
« La première industrie du pays, celle qui mériterait tous les encouragements et qui n'en demande aucun, c'est l'élève du bétail et la production de la laine. A ce sujet, il est bon de faire observer qye le nombre des moutons est supérieur de beaucoup aux déclarations sur lesquelles on se base pour la rédaction des tableaux statistiques, n
La colonie détachée de la Nouvelle-Galles du Sud en 1835, et qui a formé un État séparé sous le nom de Victoria, présente dans son développement des chiffres bien autrement formidables. La colonie se composait en 1840 de 12 000 habitants; en 1866 elle en comptait 633 000. Melbourne, fondée en 1837, est aujourd'hui une ville de pins de 150 000 ftmes. Son bilan en bétail est au moins de
10 000 000 de téteB d'animaax. En 1861 le mouvement des entrées et des sorties maritimes n'était encore que de 62 000 000 de francs ; il a été en 1865 (date des derniers états) de 660 000 000, et en certaines années il avait dépassé 800 millions. L'exportation de Tor avait été en 1865 de 175 000 000 de francs (valeurs déclarées), et l'exportation de la laine représente une somme de 83 millions. De 1861 à 1865 iaclusivcment, la quantité totale d'or nalif, extraite et exportée de Victoria,, est officiellement estimée à 32 272 292 onces ; et, si Ton y ajoute celle de 2 863247 onces, qui, d'après les courtiers de Melbourne, est sortie dans le même intervalle en échappant au contrôle de la douane, plus ce qui peut en exister dans les banques locales et dans le Trésor public, les mines de la colonie auraient produit, durant cette période de 15 ans, 35 286 040 onces d'or, qui, à raison de 100 francs Tonce, représenceraient 3 milliards 600 millions de francs.
C'est par une autre sorte d'iutérêt que se recommande la relation de M. Perron d'Arc (n*" 233). Le livre de M. de Beauvoir et les documents que nous venons d'extraire nous mettent en face de la colonisation européenne, et nous en montrent les merveilleux développements : M. Perron d'Arc nous transporte, lui, au milieu de la vie indigène. Tour à tour chasseur et chercheur d'or, ayant vécu de la vie quasi primitive du bush et de la vie fiévreuse des mines, il dépeint avec une vérité saisissante, parfois même un peu brutale, mais toujours singulièrement pittoresque, le3 incidents vertigineux de cette double existence. Ce n'est certes pas une vie à l'eau de rose, comme l'auteur appelle quelque part les courses des chasseurs en Europe, et les habitudes des aborigènes n'ont rien do bien attrayant pour notre délicatesse de gens civilisés ; mais l'auteur en parle avec un enthousiasme qui anime singulièrement les tableaux sans trop les embellir. Ajoutons que l'histqire