‹ L'Année géographique (volume 3)Chapitre 35 sur 249 · SINAÏ · texte numérisé non relu

SINAÏ

son attente, des sourdes anx environs des montagnes principaleSy et dans \mi^ hantes vallées une belle végétation qui persiste même après de longues sécheresses. Il fut témoin, dans une ocoasion, de l'effet terrible des orages de la montagne. Il vit, après une heure seulement d'une pluie dilu- . vienne, le lit desséché d'un oùftdi chaugé en un torrent furieux de 500 mètres de largeur et de 8 pieds de profondeur. L'objet principal que M. HoUand s'était proposé était d'étudier sur les localités mêmes la marche des Hébreux après leur sortie d'Egypte; et quoique cette étude ait été faite bien des fois déjà y et par des hommes fort habiles, ses longues explorations, ses recherches répétées, ses courses, ses comparaisons, lui ont laissé bien des doutes sur nombre d'identifications admises. Il a dressé une carte détaillée. Un pic situé au nord-est du Djébel-Moûsa, TOum-Alouî, paraît avoir une importance pour le moins égale au Djébel-Moûsa, où l'on s'accorde k placer le Sinaï de Moïse. M. Holland a donné aussi beaucoup d'attention aux inscriptions dont quelques rochers sont couverts -, il les croit d'origine nabathéenne.

Ainsi qu'il est habituel dans la Société de géographie de Londres, la lecture de M. Holland a donné lieu à une intéressante discussion, à laquelle ont pris part plusieurs membres de la Société qui connaissent la Palestine et le désert pour les avoir visités. M. Cyril Graham, à qui la science doit de curieuses découvertes dans les parties orientales du Haourân (voir le !*• vol. de l'Année géographique^ p. 191), est porté à croire que certaines traditions relatives à d'anciennes forêts, aujourd'hui à pea près disparues, dans les hautes vallées du Sinaï, ne seraient pas dénuées de tout fondement. L'intérieur de TArabie a malheureusement éprouvé un changement analogue ^ M. Holland se range

1. Qu'il nous soit permis de rappeler à ce sujet quelques considé- ;t' râlions que nous a précédemment suggérées la relation de M. Pal-

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volontiers sur ce point au sentiment de M. Graham ; mais si le climat de la presqu'île sinaïtique a éprouvé un changement notable, il ne croit pas que ce changement ait été jusqu'à modifier les traits essentiels de la constitution du pays. Des restes égyptiens qui remontent pour le moins au siècle de Moïse prouvent que les grandes vallées de la presqu'île sont aujourd'hui exactement ce qu'elles étaient il y a 3000 ans. — M. Samuel Baker, l'énergique explorateur des grands lacs de l'équateur, avec la verdeur de langage qui lui est propre, voudrait que les jeunes lords doués de bonnes jambes et d'une bonne tête prissent exemple sur M. Holland dont les courses pédestres ont eu de si fructueux résultats, au lieu d'employer leurs vacances à gravir pour la centième fois les étemelles montagnes des Alpes.

La conmiunication de M. Holland a ravivé un projet qui s'était produit en Angleterre il y a dix -huit mois. Un capitaine, Henry Butler, mort en Crimée il y a quinze ans, avait fait, lui aussi, des courses intéressantes dans le Sinaî, et ses notes, restées entre les mains du Bév. Pierce Builer, son frère, avaient paru assez importantes pour justifier une expédition spéciale sur ce terrain consacré. Le président de la Société de géographie avait approuvé ce projet, qu'appuyait aussi le colonel sir Henry James, directeur du corps royal des ingénieurs. Déjà une somme importante avait été réunie par^souscription, lorsque M. Butler mourut. Le plan d'une exploration sinaïtique a été repris sur de plus larges bases. L'expédition doit se composer, outre M. Holland, de deux ingénieurs, de quatre aides dont un photographe, et d'une personne familiarisée avec l'usage de la langue arabe. On doit lever la carte de la péninsule sur une grande

graie (voir le t. IV da V Année géographique j p. 121 et suiv.]) considérations auxquelles se rattache un difficile problème de géographie biblique.

échelle, on copiera de nouveau toutes les inscriptions, on fera des observations physiques et astronomiques, sans négliger rbistoire naturelle. Nous souhaitons que l'expédition donne de plus prompts et de plus sérieux résultats que la commission anglaise organisée il y a deui ans pour l'exploration et la carte de la Palestine. Les capitaines Wilson et Palmer, qui ont la direction de l'expédition du Sinai, sont ar/îvés à Suez le 8 novembre 1868.

$ 2. Sar la situation politique de l'Arabie.

La péninsule arabe, comme on le voit par ce qui précède et par notre bibliographie, a été l'objet de travaux savants d'un sérieux intérêt; mais -nous avons à y noter aussi les informations d'une nature plus pratique et plus actuelle fournies par le volume de M. Adolphe d'Avril, actuellement consul général de France en Roumanie.

Nous trouvons aussi, parmi les excellentes correspondances extérieures du Moniteur y une lettre écrite tout récemment de Djeddah, qui mérite d'être conservée comme document de géographie politique.

A la suite d'une excursion entreprise de Djeddah à Talf, je suis en mesure, dit le correspondant, de vous adresser quelques informations sur ce pays et sur la situation du grand chérif de la Mekke, dont Talf est la résidence. La distance qui sépare Djeddah de Talf est d'environ six jours; la route traverse (jusqu'à la Mekke) un des déserts les pluç désolés de l'Arabie, et la chaleur est telle, que parfois les mules et les dromadaires succombent, à cette époque, à la fatigue d'une longue marche au milieu des;sables, sous un soleil torride.

Au sortir dé Djeddah, le désert commence, et il présente tous les caractères des solitudes de l'Arabie Pétrée. On s'avance dans des plaines qui paraissent sans limites, parsemées de rocs calcaires pu granitiques, et où l'on ne rencontre sur toute la longueur du parcouA que trois oasis. Les marches à fournir

sont nécessairement très-étendues, faute d'abri et surtout faute de puits, et Ton ne trouve point d'eaux fraîches avant d'attei^> drd le plateatt dtl Hedjaz. La route est augmentée eticore par la ndeessité de tourner la ville de la Mekke» où les chrétiens ne peuvent pénétrer, et ce fut après plusieurs journées reudueë bien pénibles par une chaleur de 55<> et surtout par les exha» laisQns salines du désert, que jious pûmes arriver en vue des maisons de (fampagne qui entourent Talf.

Cette ville est à la fois la résidence du grand chérif et du gouverneur général de rHedjas. Ce dernier est un des principaux fonctionnaires du gouvernement ottoman, et d'ordinaire cette place, d'une haute importance politique eu égard au caractère spécial de la province où sont sittiées les villes saintes, est confiée à un homme ct^uti mérite et de sentiments religieux éprouvés. Le personnage investi aujourd'hui de ces fonctions, Mohammed Pacha » occupait autrefois à Gonstantinople le poste de membre du conseil privé. Jadis le gouverneur général résidait à Djeddah; mais depuis environ dix ans il habite Talf» où il représente l'autorité de la Porte dans ces contrées.

Le girand chérif de la Mekke est en possession, outre son autorité spirituelle, d'un pouvoir temporel assez considérable en Arabie. Son influence est grande auprès du gouvernement gé* néral du Hedjaz, aussi bien qu'à Constantinople. Abdallah beiv- Oun, actuellement revêtu de ce titre, a été élevé dans la capitale de l'empire; jeune encore, il est entouré du respect et du dévouement des populations arabes.

Il reçoit de la Porte 250 000 francs environ par an, somme à peu près équivalente au chiffre de son revenu personnel ; mais la plus grande partie de son revenu provient des présents qui lui sont offerts à l'époque des pèlerinages, et dont la valeur s'élève, dit-oui à un million et demi environ. Û mène d'ailleurs le train d'un véritable prince, et cette représentation extérieure est indispensable au prestige qui doit s'attacher à la haute dignité dont il est revêtu. Il a la réputation d*étre de bon conseil dans les affaires politiques, et lors de l'insurrection arabe des Açlrs, il a prêté franchement le concours le plus énergique au gouvernement turc pour la réprimer, contrairement aux traditions de ses prédécesseurs, qui n'avaient, en des circonstances analogues, accordé qu'un appui douteux à l'action du pouvoir central. Tranquille d'ailleurs dans son palajs de Ghoubra, il jouit d'une autorité morale incontestée. ^

De ses quatre frères, Tun, qui est le plus jeune, habite God-

stantînople ; les tf dis axttréif vitètt au Tàlf . Ils acendilldiit atëc une couttoina pirfidte les étrangers qui letif rèfiâdlit visite. On affirme qu'ils se préoceapent d« tr&tfltix littéraires du scientifiquesy et que Tdn d'eni a fait en partidnlier de notre latfgne l'objet d'une étnde approfondie.

Nous ayons pu être regas par le grand chérif ufi soir, pdli après notre arrivée an Talf. Ce fut à cheval, escortés de nègfës portant des torches et qui nous précédaient en courant, que nous nous rendîmes à son palais. L'aspect de cet édifice, éclairé de l'tetlfietif, et dont l'élégante architecture ainsi illuminée ressortait dans Fobsourité de la nuit avec Ses formes légères, produisait une de ees impressions vives dont on gai'de le souvenir. Le grand chérif était assis sur un divan disposé comme on trôné, les jambes croisées à l'orientale ; il portait une robe cdtddQf olive et un large turban blanc. Son visage, encadré dans tille btrbe trëS-ùoife, déprime beâdédup dlbtélligdnce et d« bonse grâce.' Il parait être au courant des événements politiques qui ont eu lieu récemment en Europe, et connaît nonseulement l'histoire arabe, mais encore celle des nations étrangireà; Û itlânifeste ses sympathies pour la France, et témoigne de la fitd rddotinaissance que lui inspirent les sentiments de Tempereur Napoléon pour les Arabes de l'Algérie, aussi bien que les sacrifices faits pour la défense de l'empire ottoman.

L'influence spirituelle de ce personnage se fait sentir sur les populations musulmanes depuis le Maroc jusqu'à la Chine. Placé au sommet de la hiérarchie de l'islamisme, le grand chérif n'administre pas sans doute les intérêts religieux des diverses contrées soumises à la loi du Coran, mais il est l'objet d'une vénération ezceptionnelley et son action est certainement très-considérable partout où le mahométisme a conservé son empire sur les croyants. Les pèlerinages à la Mekke surtout entretiennent sa puissance morale, la renouvellent chaque année, et lui donnent, pendant leur durée, de nouveaux moyens d'action sur les âmes de ces multitudes d'hommes accourus des divers pays de l'Orient pour vénérer le tombeau du Prophète.

Notre retour à Djeddah, après cette visite à la résidence du grand chérif, s'effectua par une route plus courte, mais encore plus rude, qui coupe en droite ligne le djebel Kara. Nous vîmes en passant le mont A'rafat, où se célèbre chaque année la cérémonie finale du pèlerinage ; et laissant à notre droite la ville sainte, dont noua pouvions apercevoir de loin les dômes et les

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minarets, nous arrivâmes au bord de )a mer Ronge, dans cette ville de Djeddah naguère signalée par les fureurs du fanatisme, mais où le gouvernement ottdman s'est efforcé, par des mesures de fermeté et^de prudence, de rétablir le calme dans les esprits, et d'inspirer à l'égard des étrangers des sentiments plus en harmonie avec les rapports qui l'unissent aux diverses puissances européennes!

Nous apprenons aussi, par une lettre de la côte orientale d'Afrique du mois d'août dernier^ qu'un envoyé du sultan de Zanzibar venait de partir pour l'Angleterre , chargé d'obtenir du gouvernement britannique le retrait de l'arbitrage rendu par les autorités de Bombay lors de la succession du dernier imam de Maskât, et de la séparation de Maskftt et de Zanzibar en deux souverainetés distinctes. En vertu de la décision arbitrale dont il s'agit, le sultan de Zanzibar est tenu de payer une redevance annuelle de quarante mille piastres à celui de Maskât. C'est sur cette dauso que porte la réclamation.

ASIB OTTOMANE.

IRAK. KOURDISTAN. ANATOLIB.

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