II. NOirVBLLE DÉLIMITATION DES GOACMUNIS
Sur les vingt-cinq communes de plein exercice actuellement .existantes dans le département de Gonstantine, dix-neuf verront leurs circonscriptions remaniées.
Ces dix-neuf communes s'accroissent presque toutes et se répartissent entre les cinq arrondissements administratifs ainsi qu'il suit :
Ammdisiement de ConstanUne.
Soperficie Superficie
ancienne, nouvelle.
Gonstantine 14,161 17,940
LeHamma 5,979 30,863
GoDdé 8»299 17,602
Khpoub 45,432 69,224 *
Arrondistement de PhilippeviUe.
Pbilippeville 10,959 16,854
Saint-Charles 1,321 5,398
Roberlville ,. 3,332 3,656
ElArrouch 8,753 14,439
Jemmapes ••• 6,000 7,562
Djidjelli 1,247 1,333
ArrondUeemefU de Guelma.
Guelma 18,734 19,594
Arrondissement de Bône.
Bône 6,986 9,WÎ
Bugeaud 177 959
• DuaervIUe 4,644 15,612
Mondoti 8,655 9,705
Buvivitr . . . . , '2 , 636 4 ,904
Souk Âhras, réduite de la section de
Medjez Sfaqui passe à DuYlvier. . . » 4,638
Penthièvrt 4,266 11 ,384
La Galle 8,563 9,24è
Arrondissement de Sélif.
Les anciennes communes de cet arrondissement ne subissent aucune modification.
m. COMMUNES NOUVELLES.
Les onzd communes nouvelles dont la création est prqL>0f4e emprunteraient leurs noms aux centres principaux da popula« tion ou d'exploitation qui existent dans leur territoire. Le gou- VAfneur général propose de donner à l'une d'elles, formée, aux environs de Bône, de la circonscription des Béni Urgine et de l'azel Besbès, le nom du maréchal Randon, ancien gouverneur général de TÂlgérie, qui a pendant longtemps commandé la subdivision de Bdne, et dont le souvenir est resté cher aux populations de la contrée.
Ces onee communes se répartissent ainsi qu'il suit entre les arrondissements du département, pour la superficie, la population et les revenus locaux qui alimenteront leurs budgets :
AIiOltRIE.
Bizot
L'Oued Zenati V!«»-i*-*î«*
L'Oued Atménia partMitine
AXd BeMa Kebiia J
Randon .«^
AïnMokhra P^ne.
Bnètr.
HéUopolis / 16,443
Millesimo (Gu#ima i 7 ,575
EnchirSaîd ' ) 2,232
Gastu
Saint-Arnaud.
Philippeville Sélif
liab.
tr.
En résumé, le territoîrf des onze comiBunes nouvelles com« prend, eu chiffres ronds, une superficie de 210 000 hectares où se trouvent établis 2900 Européns et environ 22 000 indigènes , en grande partie kbammès ou propriétaires de melk.
Toutes ces communes, à Texception de deux, celle d'Enchir Saîd et de Gastu, trouveront largement dans leurs revenus ordinaires les moyens de pourvoir aux nécessités administratives de la vie communale. Le budget provincial viendra au secours des deux communes moins favorisées, jusqu*à ce que le développement normal de leurs ressources leur permette de se suffire à elles-mêmes.
Telles sont, Sire, les propositions du gouverneur général de l'Algérie pour la constitution nouvelle du département de Constantine. Elles me paraissent sagement conçues; elles établissent, en effet, Forganisation du territoire civil sur des bases mieux en rapport avec la topographie du sol, les besoins et les habitudes des populations, les ressources financières dont elles pourront disposer et les progrès nouveaux qui sont le but des efforts de l'administration. Par Textension de la juridiction adnunistrative civile, elles contribueront au rapprochement des deux races en facilitant leurs relatio: s, et donneront ainsi un
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nouvel et éclatant témoignage de la haute sollicitude de Votre Majesté pour les intérêts de TAlgérie. A ces divers titres, je ne puis que les appuyer auprès de pËmpereur.
Un travail de même nature, mais de moindre importance, est en voie de préparation pour les provinces d* Alger et d'Oran, et j'aurai rhonneur de le soumettre incessamment à Votre Majesté.
Je suis avec le plus profond respect, Sire,
De Votre Majesté Le trës*obéi8sant, très-dévoué serviteur et très-fidèle sujet,
Le maréchal de France^ ministre de la guerre^
NiEL.
(Suit un décret conforme aux propositions du rapport qui précède, signé à Gompiègne le 10 décembre 1868.)
S 3. Archéologie.
Voici la Note du commandant Dewulf surKhamissa, dont il est question plus haut (au n^ 208) :
Avant les fouilles ordonnées par M. le général Périgot, commandant la province, et dont les résultats ont été insérés dans le Recueil de la Société de Gonstantine en 1866, remplacement de Thvhursicum Numidarum n'était fixé que par les indications assez vagues des géographes anciens. L'orthographe du nom de cette ville était aussi incertaine. Ptolémée écrit : Thubur^ $icca; Ethicus, Tuburcicum^ et Honorius, Tubursicu. Etbicus cite Thuburdcum Numidarum parmi les villes de Tocéan méridional; Ptolémée donne sa latitude et sa longitude. Quant à Honorius, voici comment il fixe la position géographique de ce point :
« Le fleuve Vagrada prend sa source à Tuftursicu^ dans la « Nunûdie ; il traverse le pays de Zeugi, et après avoir arrosé c cette province, il se jette dans la mer Tyrrhênienne, près des c villes d'Utique, en formant plusieurs bras. >
La belle dédicace à Claude II, découverte l'année dernière par M. Ghabassière, lève tous les doutes, Thubursicum Numidarum se trouvait sur l'emplacement de Khamissa, au point de partage des eaux de deux grandes rivières, la Seybouse et la Medjerda.
Le nom de Tubumcum n'a point disparu avec Toccupation romaine; il loi a survécu pendant huit siècles au moins. Ibnecb-Chemaâ racdhte, dans sa Chronique, que sous le règne d'Abou-Farès Abd-el-Aziz (1297-1337), une guerre éclata entré ce prince et Témir de Boue Abou-Abd-Allah. Abou Farès sortit de Tunis, se porta à la rencontre de son ennemi : « Il vainquit Abou-Abd-Allah et le poursuivit depuis Teboursek jusqu'à la Seybouse, en lui faisant éprouver de grandes pertes. Teboursek est situé dans le pays des Hanencha, à la source de l'Oued Medjerda. » Il résulte de ce passage qu'au temps où écrivait Ibn ech-Ghemaâ Khamissa portait encore son nom ancien.
Le même officier écrit an président de la Société de Gonstantine : * •
Je vous annonce une bonne, ou plutôt deux bonnes nouvelles archéologiques : V la découverte de la position de Vatari, intersection de cinq grandes voies romaines, conduisant de Vatari à Carthage, à Hippone-la-Royale, à Cirta, à Lambessa et à Theveste. Cette découverte entraine celle de la voie directe de Carthage à Lambessa. De plus, elle détermine remplacement du champ de bataille où Stozns fut vaincu par Germain ; 2* la fin de la discussion entre MM. Renier et Creiily, par la découverte de la position de Gazauphah^ intersection des quatre voies de Certa, d'Announa ou Tibilis, de Tifech ou Tipaza et de Vatari. Elle détermine aussi remplacement du champ de bataille où Marcellus, gouverneur de la Numidie, fut vaincu par Stozas.
Mais le morceau le plus important que nous envoie cette année Térudiiion archéologique de nos sociétés savantes de rAlgérie, est celui de M. Cherbonneau, aujourd'hui directeur du collège arabe d'Alger, sur sa tournée épigraphique de i863 (n° 199). t De toutes les explorations que j'ai faites dans la province de Gonstantine pendant un séjour de dix-sept ans, aucune, dit-il, n'a produit des résultats aussi variés et en même temps aussi utiles poui la connaissance des établissements romains qui environnent Tancienne capitale de la Numidie. Deux colonies de second
l'année GÉOGR. VII. 1.')
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ordre^ SulfevQr et Sila^ ont reparu sur la carte ; la source de l'Amsaga a é\é retrouvée au sud de Girta, près d'uue inscription vDti?e où le mot Catu précède son qoo), conim# ailleurs le vocable Sam s'allie au nom de Milev. Cent cinquante-sept inscriptions latines, plusieurs tombeaux d'apparence celtique, et une vingtaine d*images apparlepfLUt au culte numidique, sont venus ajouter des éléments nouveaux au commentaire que prépare M. Léon Renier pour son précieux Recueil des inscriptions romaines de l'Algérie. Au mois de juin 1863, je m'étais promis de rechercher la position deSilaetd'Idicra ; il entrait aussi dans mon plan de fouiller le sol de Mila, afin d'y retrouver des documents relatifs à Tancienne administration du pays. C'est par cette dernière localité que je commençai une campagne qui devait rendre à la lumière une quantité notable de matériaux épigraphiques.... »
Les résultats, en effet, ont été d'une abondance remar^ quable, et ils fourniront sur plusieurs points d'importantes additions au précieux Recueil des inscriptions de l'Algérie de M. Léon Renieri dont l'achèvement, qui permettra de restituer à peu près complètement la géographie romaine de nos provinces algériennes, est attendu depuis longtemps avec tant d'impatience. Les fructueuses investigations de M. Gherbonneau ont porté, comme l'indique le titre de son mémoire, sur les sites de Milvum, de Sufevar^ de Sila et de Sigy^. Il a recueilli sur ces différents points une ample moisson de pierres écrites, tumulaires en général, mais dont quelques-unes apportent des éclaircissements nouveaux sur des points de géographie et sur la nomenclature des anciennes divinités locales. A l'occasion des restes auxquels l'heureux explorateur, malgré leur peu d'apparence, croit pouvoir appliquer le nom de Sila^ M. Gherbonneau fait une remarque fort juste. < Quelques savants exagèrent la grandeur et la population des villes des Romains, de même qu'ils vantent beaucoup trop la bonté de leurs colonies.
Sons le rapport de Iji i^goliirité, de la largeur des rnes et de la grandeur des Afifieeif publics, les villes anciennes le cedaiept aux TîUe^ ]]ffl4(9n^e8. Ce qvi fait croire à lenr inagnific0pce, ce spfft ]99 rçstes d^ leurs théâtres, de leurs cirques, de leurs tlm^^, ^0 |eors tepiples et de leurs citadelles. C'est con^na |i Vcm prétendait juger des cités du moyen fige, presque toi^tea Htîes en bois et formant un labyrinthe de rue^ édites ^t tprt^eiises, par le luie architectural, de leurs cathédrales, de U^rs halles et de leurs hAtels de ville. Chez les peuples daasigi^es de Tantiquité, comme dans. TEurope an xnQjfiii âge; les édifices publics constituaient en qudque ^orte' le (eul ornement des villes, et Ton semble avoir attaché peu d'importai^ce ^ Télégance des rues, k rextérieur des constructions particulières. »
Dn des points notables qui résultent des découvertes de IVL Cherbonneau est la découverte de la véritable source de VàV(Wga des anc|eps.
fi'étude des tombes et des appareils dits ^né^alithiques, à raison de la grandeur habituelle des pierres plates dont ils 80|)t formés, a pris depuis quelques années une importance toute nouvelle ; depuis qu'il a été constaté que les constructions de cette nature (s'il est permis de leur appliquer ce terme) se trouvent en grand nombre dans une partie de l'Asie méridionale, dans le Sud de l'Inde, dans le centré de l'Arabie, dans la Syrie orientale, et aussi en Afrique dans l'ancienne Numidie, on ne peut plus leur appliquer exclusivement, comme on l'a fait longtemps, le nom de monuments celtiquesetde monuments druidiques. En Algérie, un champ tout entier de ces tombes en pierres dressées, qui se trouve dans une localité de la province de Gonstanline, a été examiné et décrit par le général Faidberbe.
Dans la partie orientale de la province de Constantine^ à trois ou quatre lieues de Guelma vers l'ouest-nord-ouest, sur le versant occidental du Djebel Debagh, une localité
connue sous le nom local de Rohnia (nom que reçoit une partie du cours supérieur de TOued-M'zïèt et que vous chercheriez en vain sur la carte officielle en six feuilles de l'Algérie, 1854, qui avait tant besoin d*être refaite de fond en comble), dans cette localité de Roknia, disons-nous, une immense métropole aborigène, composée de plus de trois mille tombes en pierres dressées, présente une des antiquités les plus singulières de l'Algérie, et jusqu'à présent les moins connues. C'est ce site mortuaire que le général Faidherbe a exploré au mois d'octobre 1867, et dont il donne une curieuse notice. Déjà M. Calinet, en 1860, et M. Bourguignat, au mois de juin 1867, avaient vu cette grande nécropole et en avaient signalé l'importance.
Les tombes se ressemblent toutes : c'est un carré long généralement de l"»,10'à 1",30 sur 0",60 à 0'",80. Les pierres sont brutes, souvent plates en forme de dalles dressées de champ et assemblées sans mortier, et recouvertes d'une pierre plate qui déborde les parois. La profondeur est souvent de près d'un mètre, et le tiers inférieur est rempli de terre tassée «qui contient les ossements. Ce qui frappe surtout l'observateur européen, c'est le cercle de pierres levées, de véritables cromlechs, dont quelquesunes des tombes sont entourées. Celles qui sont ainsi distinguées sont généralement remarquables par la grande dimension de la pierre plate qui les recouvre. M. Faidherbe suppose que ce sont des tombeaux de chefs.
Cette curieuse nécropole représente sans doute une longue suite de générations. A quelle antiquité peut-on en re porter l'origine? Nul ne peut le dire, au moins dans l'état actuel des investigations. Dans tous les cas, il est certain que quelques-unes au moins des tombes sont postérieures à la conquête romaine, car on a trouvé dans l'une d'elles une médaille de Faustine, et une autre (dans le djebel Aurès, il est vrai) a été construite avec un fût de colonnes et d*autre8 pierres romaines.
Une remarque qui a son importance, c'est qu'aux environs de la nécropole de Roknia les rochers sont percés d'une multitude de grottes, trois ou quatre cents au moins, qui ont dû, à ce qu'il semble, servir d'habitations, — une véritable ville de Troglodytes. C'est un second terme du problème que présente aux archéologues cette curieuse localité de Roknia.
c On admettra avec nous, dit le général Faidherbe, qu'il est impossible d'attribuer aux Arabes, ou aux Phéniciens, ou aux Romains, ces sépultures et ces habitations, puisqu'il ne s'y trouve de traces ni d'inscriptions, ni d'usages latins, ou phéniciens, ou arabes, et qu'aucun de ces trois peuples n'habitait des cavernes ; ce sont des tombeaux libyens, des tombeaux de Libyens troglodytes. »
Dans le but de rechercher si les crftnes qui se trouvent dans les tombes de Roknia, comparés à ceux des Kabyles, apporteraient une confirmation directe de l'origine berbère de la nécropole, le général s'est livré à une longue suite d'observations et de mesures crâniologiques chez les tribus de l'Algérie orientale. Cette recherche n'a pas donné de résultat positif, parce que l'investigateur n'y a pas trouvé et sûrement n'y pouvait trouver cette unité mathématique qui seule aurait la valeur d'une démonstration absolue en un pareil sujet. C'est bien moins sur le mort que sur les types vivants, avec leur cachet physionomique, qu'il est possible d'établir les classifications de races. Cette partie du consciencieux travail du général Faidherbe n'en apporte pas moins d'utiles données à l'étude physique de la race berbère. Ainsi, pour la question des cheveux blonds que l'on a signalés depuis longtemps çà et là chez toutes ces tribus de la race, et dont on a donné des explications plus ou moins admissibles, le général nous apprend que sur quatre cents tirailleurs de la garnison de Bone, presque tous Berbers de race, il n'a trouvé que cinq blonds et viogt châtains, c'est-à-dire un blond sur quatre-vingts et un châtain
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sur vingt. Le commandant du cercle de Guelma, en plein pays kabyle, a fourni des chiffres peu différents.
On a du reste signalé des tombeaux mégalithiques dans bien d'autres localités de l'Algérie. Le seul cercle de Souk- Ahras ne compte pas moins de cinquante-ci oq localités où Ton en a trouvé. Il y en a plusieurs centaines près de Tébessa. On parle de c 10 000 pierres levées » dans la Medjana. On en a reconnu beaucoup sur différents points du cercle de Guelma.
Il y en a aussi une grande quantité dans la Tunisie, cet autre centre de la race berbère ; on en a reconnu à Bbba, à El-Zouarin, à Thoual el-Zamel, à Médina, à Ëdja, à Touboursouk, à Tbouméga, à Dougga, à Haldra, à Sbéthla, etc.