F. notre précédent volume, p
jugée aussi incommode qu'inefficace. On lui en substitua une autre sortie des ateliers de Cold Spring dans PÉtat de New York, et dont le poids n'était que de trois tonneaux.
La construction des voies ferrées marcha avec une rapidité telW qu'en 1835 les États-Unis comptaient 1098 milles de chemins de fer en pleine activité. Les bénéfices réalisés excitant Tardeur des entrepreneurs, de toutes parts les capitaux surgirent pour s'engager dans cette industrie; 183^ vit construire 175 milles de routes ; 1837 en compta 224, et 1838, 416. La compagnie de Gambden et Amboy, reliant Philadelphie à New York, inaugurait sa route en 1837 ; celle de Boston et Albany livrait la sienne en 1841 ; celle d'Âlbany au lac Érié, en 1842. A la môme époque Philadelphie s'enrichit d'une autre ligne, celle du Reading, qui lui amenait les charbons de terre de l'intérieur de la Pensylvanie.
Malgré cette remarquable activité, les États-Unis ne comptaient en 1848 que 6196 milles d'étendue de chemins de fer; la découverte de l'or en Californie vint donner une impulsion nouvelle à la construction des routes. Le pays tout entier devait ressentir les effets de ce grand é>vénement : la Californie, en mettant chaque année 50 000 000 de dollars de numéraire dans la circulation, changeait en effet le système économique, industriel et mercantile de l'Union. C'est par milliers de kilomètres que les chemins de fer se construisent désormais, et c'est par centaines que les compagnies nouvelles s'organisent chaque année. La concurrence s'établit entre les différents Étati de l'Union; chacun veut avoir son réseau.
En 1849, 7565 milles sont livrés à la circulation ; 1369 ont été construits dans le courant de l'année.
En 1867, la quantité de milles exploités est.de 39 444; 3227 milles sont construits annuellement. Cet immense réseau est la propriété de 559 compagnies différentes.
Les chiffres que l'on publie sur le produit des lignes et U 9omme des marchandises transportées, en faisant ressortir la richesse des États-Unis, encouragent l'esprit d'entreprise propre à la race américaine : le développement de son réaeau de communication intérieure est un but que l'Union a poursuivi de tous ses efforts et de toute son activité, et qu'elle n'a môme pis perdu de vue au milieu des plus sérieuses épreuves. C'est pendant la guerre civile, et alors que le pays sUmposait les plus lourds sacrifices, que le gouvernement fédéral décrétait, aux applaudissements de tous, la construction du chemin de fer in
Pacifique, Cette œuvre, hérissée de difficultés, fut entreprise avec ardeur et conduite avec non moins d'énergie; elle est aujourd'hui en ycie d'achèvement, et sera probablement avant dix«huit mois livrée à la circulation.
Aux États-Unis, les lignes tiennent leurs chartes des législa* tures provinciales sur le territoire desquelles elles se sont établies. La compagnie du Pacifique fait seule exception à cette règle. £n raison des obstacles qu'elle avait à surmonter, le gooveniemeBt fédéral a cru devoir se départir en sa faveur de la neutralité dans laquelle il s'était renfermé à l'égard des autres entreprises de même nature. Par une loi du 1«' juillet 1862, le congrès a décidé que 16000 dollars seraient comptés à la compagnie concessionnaire pour chaque mille de route ferrée ooDstniite en terrain plat, tant à l'est qu'à l'ouest des montagnes Rocheuses et de la Sierra Nevada; que ce chiffre serait porté à 48 000 dollars pour chaque mille de la portion de la voie traversant ces deux chaînes de montagnes, soit pour 150 milles, et à 32 000 dollars par mille de route intermédiaire, entre la plaine et la montagne ; le total de la subvention devant être de 49453130 dollars et portant seulement sur l'espace compris entre le Missouri et le Sacramento.
La distance totale de New York à San Francisco par le tracé de la ligne est de 3257 milles. De New York à Omaha, point de départ de la ligne du Pacifique proprement dite, on compte, en passant par Chicago» 1450 milles. D'Omaha à Sacramento il y a 1657 milles, et de Sacramento à San Francisco 150 milles. Le temps nécessaire pour traverser le continent, quand la route sera finie, avec une vitesse de 20 milles à l'heure, sera de sept jours. Au 31 décembre dernier, la route était terminée d'Omaha au sommet des montagnes Rocheuses, c'est-à-dire sur un parcours de 550 milles; 53 locomotives, et 1063 wagons composaient le matériel roulant employé provisoirement par la compagnie pour l'exploitation de cette partie de la ligDe. De son côté, la Californie ne reste point inactive ; les travaux exécutés par elle pour aller rejoindre ceux de l'Est avancent avec la même rapidité. Au 31 décembre ils arrivaient à la frontière californienne, au sommet de la Sierra Nevada, à 138 milles de Sacramento; enfin à cette époque on estimait à 969 milles la distance à construire encore pour achever cette grande tâche.
Sur le même sujet, le rapport du secrétaire d'État à Tintérienr, publié au commencemeut de janvier 1868, conte-
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nait d'intéressants détails, et de plus ce document touchait aux rapports nouveaux — qui sont Joind'être toujours pacifiques — provoqués avec les tribus aborigènes par ces grandes lignes de voies ferrées jetées à travers les immenses prairies de l'Ouest,
Nos relations avec les tribus indiennes, dit M. Browning, tendent à prendre un aspect nouveau et intéressant. Jusqu'ici la race blanche avait pu former des établissements sans trop empiéter sur les domaines où de temps immémorial les Peaux- Rouges avaient vécu du produit de la chasse et de la pêche ; mais aujourd'hui le mouvement continu de Témigration vers ces contrées, et la rapide extension des voies ferrées destinées à relier le Pacifique au littoral de notre Océan, semblent devoir refouler de plus en plus les indigènes dans l'intérieur du pays.
On estime à 300 000 environ le nombre des Indiens qui errent sur la vaste étendue comprise entre le lac Supérieur et l'océan Pacifique. Ceux qui sont établis à Test du Mississipi vivent en cantonnements réglés, système que le gouvernement leur applique avec avantage chaque fois qu'il en trouve l'occasion. Des traités ont même été passés avec certaines tribus du Kansas, qui, si elles comprennent leur véritables intérêts, se trouveront avant peu en possession d'un domicile, en état de se suffire à elle-mêmes, et initiées aux arts de l'agriculture et à l'industrie européenne.
Quant aux moyens qui peuvent être employés à l'égard des sauvages proprement dits, c'est là un problème dont la solution est d'autant plus difficile, croyons-nous, qu'ils ne paraissent pas vouloir abandonner les habitudes nomades, et défendent avec une jalouse énergie contre l'envahissement de la race blanche les territoires qu'ils occupent.
Par compensation, les tribus voisines de nos établissements semblent très-accessibles à la civilisation, et le passé nous offire des exemples encourageants de résultats obtenus par les efforts persévérants d'une administration intelligente. Toutefois, cette réforme ne pourrait s'effectuer que graduellement. La première mesure à prendre serait de donner aux Peaux-Rouges une résidence fixe, en évitant de rapprocher les peuplades entre lesquelles il existe des inimitiés héréditaires ou traditionnelles, et en prenant soin de grouper les unes près des autres les tribus qui , déjà partiellement sorties de la vie errante, s'humanise-
raient bientôt si elles étaient soumises à une législation homogène.
Mais de tels procédés ne sauraient s'appliquer à l'Indien des forêts; pour la libre expansion de son activité, il a besoin de contrées bien plus vastes, et ne peut être maintenu que s'il est établi sur des terres propres à la vie pastorale et amplement fournies de bétail de toute sorte. C'est en lui créant cette existence, la seule qu'il puisse supporter, que peu à peu nous ferons comprendre à l'Indien combien elle est préférable à la vie précaire du chasseur. Bientôt se développera en lui Tinstinct de la propriété ; alors le moment sera venu de lui octroyer des concessions individuelles de terres propres à la culture, et avec l'aide de maîtres éclairés, et surtout de missionnaires dévoués, nous réussirons sans doute à réaliser une utile transformation.
S 3. Un voyageur dans le Far-West, M. Simonin.
Un de nos compatriotes, ingénieur et géologue, qui serait digne d'être Américain par son humeur voyageuse et son mépris des distances, mais qui reste Français par la tournure de son esprit tout gaulois, nous dépeint avec une originalité piquante la vie nouvelle qui se développe dans ces immenses régions si bien nommées par les Américains le Par- West, « TOuest lointain. » Nous avons nomme M. Simonin {û? 402). M. Simonin ne se pique pas le moins du monde des spéculations philanthropiques de M. Browning; il voit les choses comme elles sont en effet, et il les dit crûment comme il les voit. « C'est une curieuse contrée que le Grand Ouest américain (nous citons une de ses lettres). Les pionniers conquièrent peu à peu le terrain sur le Peau-Rouge, et Omaha ne doit son nom qu'aux Indiens de la tribu des Omahas, qui naguère encore campaient aux lieux mêmes où s'est élevée cette ville. Où sont aujourd'hui les Oraahas? Cantonnés dans quelque réserve que leur ont imposée les blancs. Là ils meurent peu à peu de la petite vérole, d'ivrognerie provoquée par Veau de feu, le
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whisky dont ils abusent, et d'autres maladies encore plus déplorables. C'est ainsi que tant de tribus ont dispara et qu'elles disparaîtront toutes.
« La guerre a aussi largement aidé & Textermination des Peaux-Rouges. Ou senties Hurons, les Iroquois, lesNatchez, qui avaient étonné nos pères ? Les Algonquins, qui ne connaissaient pas même les limites de leur puissant empire, où et combien sont-ils maintenant?
< Je n'ai rencontré à Omaha que quelques Pftnis, ces ennemis acharnés des Sioux. Ils sont aujourd'hui cantonnés dans le territoire de Nebraska, au voisinage du chemin de fer du Pacifique. Us viennent souvent k Omaha pour acheter des provisions, des vêtements. Us vont flânant par les rues en groupes de deux ou trois. Une couverture de laine ou une peau de buffle jetée sur le dos compose parfois tout leur habillement. Le pantalon, auquel se recon-t naissent particulièrement les nations civilisées^ leur semble gênant, et volontiers ils le scalpent ou le privent de son siège; il leur parait ainsi plus commode à porter. Aux pieds, ils ont les mocassins ou sandales de peau ornées de dessins; autour du cou, un collier de perles ou de verroteries; dans les cheveux, s'ils ont droit au titre de chef, une plume d'aigle ou... de poule. Habituellement ils portent avec eux le carquois^ l'arc et les flèches^ et souvent le calumet, la pipe au long tuyau orné de clous de laiton et au fourneau de terre rouge. »
JiO voyageur ne se complaît pas moins à l'étude de l'homme qu'à l'étude du pays et du sol. Il a rapporté de ses courses répétées une collection de portraits d'indiens dignea de rivaliser avec cçlle de Gatlin. Ces types, d*une vérité àaisissante, sont un des grands attraits des récits qu'il a donnés au tour du monde. U dépeint ainsi le portrait des Pànis, qu'il vient de nommer :
Les Pànis, comme tous les Indiens des Prairies, ont la
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figure ovale , les cheyenx noirs, longs et roides , le nez aquilin, la bouche fine, les extrémités des membres délicates ; souvent les pommettes saillantes, les yeux légèrement bridés. La peau est bistrée, un peu rougeâtre. Il y a là évidemment une race spéciale, soit indigène, soit émigrée : c'est la race rouge ou cuivrée. Mais Ce n'est pas ici le cas d^entamer une disgression ethnologique....
Il faut Tentenclre raconter renfantement des villes nouvelles qui surgissent du sol à chaque temps d'arrêt de Témigrant américain. Nous sommes à Ghayennes, la capitale fraîche éclose du territoire de Dacota :
J'entends partout, dit-il, le bruit de la scie et du marteau ; partout s'élèvent des maisons de bois, partout s'alignent les rues, qui se coupent d'équerre et non sous des angles obliques, à l'européenne. Ces rues, on n'a pas le temps de leur chercher des noms. Ce sont les rues n^^ 1, 2, 3, 4, ou Â, B, C, D, etc.
Que Fénelon serait content si son ombre passait par ici ! il a rêvé une ville idéale, Salante : la voilà. Voilà Ghayennes, la cité magique, la merveille du désert, comme l'appellent déjà les pionniers, et non la ville venteuse, comme disait ce matin un des voyageurs qui nous ont quittés, et qui est reparti pour les États de Test.
Voilà Ghayennes. Elle n'existait pas au mois de juillet dernier, et les Indiens dont elle a pris le nom campaient dans le voisinage. Ils y scalpaient encore les blancs, témoin deux soldats du fort Russell, situé à deux milles de là, qu'ils ont un jour trouvés seuls et sans défense et qu'ils ont impitoyablement tués.
 la fin du mois de juillet, une compagnie se fonde pour Tédifîcation de la ville. Tout aussitôt un maire, un conseil municipal est nommé. Quel nom donnera-t-on à la cité qui va naître ? Eh, mon Dieu, le nom des Indiens de l'endroit : ne sera-ce pas dans quelque temps tout ce qui restera de ces Peaux-Rouges dans les prairies colonisées ?
La voilà donc la moderne Salente! Déjà partout des magasins, surtout d'habits confectionnés, des restaurants, des buvettes, des hôtels : — Se vôtir, manger, boire et dormir, dit l'Américain, telles sont les quatre nécessités à satisfaire dans toute
colonisation naissante. Déjà deux imprimeries, deux journaux, des boutiques de librairie, des bureaux de banque, des diligences, puis la poste et le télégraphe, qui portent si loin et la vie et le mouvement. Et combien d'habitants a cette ville qui vient de sortir de terre ? Plus de 3000. Elle a gagné un millier d'habitants chaque mois, et le chemin de fer ne l'a pas encore rejointe. La dernière station du grand railroad du Pacifique est Hill's-Dale, à 20 milles à l'est de Chayennes; mais déjà les terrassiers, les pontonniers sont là. Chayennes n'a pas été oubliée; elle n'a fait qu'aller en avant, go ahead! précédant le chemin de fer pour que celui-ci ne l'oubliât pas au passage.
Des maisons, il en arrive par centaines de Chicago, toutes faites, j'allais dire toutes meublées, du style, des dimensions et des dispositions que l'on désire. A Chicago on confectionne des maisons comme à Paris, à la Belle Jardinière^ on confectionne des habits. Entrez I Voulez-vous un palais, une chaumière, maison de ville ou maison des champs? voulez- vous du dorique, du toscan ou du corinthien ? voulez-vous un ou deux étages, un attique, des combles à la Mansard ? voilà ! vous êtes servis !
Il n'y manque que les habitants, n'est-ce pas ? car ceux-là, on ne les vend point ; mais les habitants sont venus. Des États du Missouri et du Mississipi, du Colorado lui-même, ce jeune territoire, le grand exode a recommencé. Allons, pionniers de l'Ouest, encore un pas en avant, encore un pas avec le soleil I Dans tout le Colorado, nous avons rencontré le long des routes les convois des hardis émigrants. Hommes, femmes, enfants, avec tous les meubles, tousles outils du colon, arrivaient dans des fourgons traînés par les bœufs pesants ou les mules aux longues oreilles. Le convoi marchait lentement, et souvent suivait par derrière une charrette chargée de planches, embryon de la future maison. Chayennes a eu son excitement^ et un instant le Colorado a eu peur de se voir dépeuplé par cette ville aux allures envahissantes.
Qu'ils sont rudes et d'aspect grossier tous ces hommes de Pextrème Ouest, à la longue chevelure, au chapeau de feutre à larges bords, à la barbe mal peignée, aux h2d>its de couleur douteuse, aux grosses bottes de cuir dans lesquelles s'engouffre le pantalon I Mais aussi quels caractères virils, fiers, indomptables ! quelle austérité, quelle patience 1 Ici personne ne se plaint. Si l'on n'y est pas mieux, c'est que cela ne se peut pas, et personne n'y retrouve à redire.
Visitons cette ville âgée de trois mois, et déjà si vivante, si
animée. Voici des maisons qui changent de place, et se promènent par les rues, portées sur de lourds véhicules; mécontentes du premier emplacement qu'elles ont choisi, elles vont s'installer ailleurs. Les habitants n'ont pas quitté leur demeure, et Ton voit fumer la cheminée de lôle pendant que la niaison marche. Mais j'ai déjà été témoin de ce spectacle à New York, à San Francisco. Passons....
Quelque plaisir qu'il y ait à citer M. Simonin, il faut s'arrêter. Terminons par une indication de géographie naturelle :
Le niveau des prairies monte insensiblement des bords du Missouri aux montagnes Rocheuses. Omaha est à 300 mètres d'altitude au-dessus des eaux de l'Océan; Ghayennes, située à 515 mille d'Omaha, est à la cote de près de 2000 mètres. Le chemin de fer du Pacifique a très-heureusement profité de ces pentes naturelles.
Le climat de toutes ces régions est, pendant l'été, un des plus beaux de l'Amérique du Nord. L'élévation du sol au-dessus du niveau de la mer n'empêche pas cependant que les chaleurs ne soient à certains moments excessives ; mais les brises qui viennent des montagnes Rocheuses rafraîchissent bientôt l'atmosphère. Jamais il ne pleut. Sur la fin de l'automne, le climat est parfois rigoureux, je l'ai appris à mes dépens ; mais, après un ouragan de quelques jours, souvent le ciel redevient serein, saus un seul nuage qui le voile.
L'hiver, les mômes alternatives de beau et de mauvais temps se représentent ; la neige tombe avec abondance, mais ne persiste pas. Le froid seul se fait sentir vivement, et le thermomètre se maintient quelquefois aux degrés de la Sibérie, 25 et 30 divisions sous zéro du thermomètre centigrade. £n été , il monte par moments aux degrés du Sénégal, et c'est ainsi que les deux extrêmes se touchent.
Toute l'année, l'atmosphère est d'une pureté, d'une sécheresse exceptionnelles, en môme temps que d'une grande légèreté. La viande de boucherie se conserve très-bien à l'air. Le bétail reste en liberté au dehors, sans aucun abri.
l\NNÉE OtOOR. VJl.
K 4. La limite aDglo-amériCfOne da Nord-Oaost,
AU moment où l'on annonce que les différept^s questions pendantes entre TAngleterre et les Ëtats-Uois vont recevoir une solution amiable, il n'est pas sans intérêt de rappeler en quelques mots l'origine de l'une d'elles, celle de l'île de San Juan, et d'en exposer l'état actuel, Au)( ter* mes de l'article l"' du traité de délimitation signé en 18^6 par lord Âshburton, la frontière des possessions britanniques situées dans le Nord-Ouest du continent américain se prolonge à l'occident en suivant le 49^ deigré de latitude jusqu'au canal qui sépare le eontineut de l'ile de 'YanoQU-r ver, et se dirige ensuite vers le sud, par le même CâBal et le détroit de Fuca, jusqu'à l'océan Pacifique. G'est sur l'interprétation de cet article, et par suite ^e squ défiiut de précision, que les deux gouvernements n'ont pu jusqu'ici réussir à s'entendre. Tandis que l'on prétend à Washiog«< ton que le canal dont il est question est celui de Naro, on affirme à Londres qu'il s'agit du canal de Rosario ; dans la première hypothèse, l'archipel de Naro, dont Tilo de San Juan fait partie, appartiendrait à l'Angleterre ; dans la seconde, au contraire, il reviendrait aux États-Unis. Aux yeux du gouvernement fédéral, Timportance de San Juan est exclusivement stratégique. La possession de cette U6| qui contient d'excellents ports et peut être aisément fortii? fiée, lui assurerait en cas de guerre des avantages équivalents k ceux que Vancouver offre à la Grande-Bretagne, yorigine du différend remonte {t l'année i855. A cette époque, le gouvernement de Washington prétendit Ujfut les propriétés de la compagnie de la baie d'Hudson aituétt dans l'île de San Jnan, qu'il regardait comme comjHriteB dans sa juridiction. La compagnie se refusa à payer l'impôt exigé, en se fondant sur l'interprétation du traité qui don-
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nerait h, l'Angleterre la souveraineté de l'archipel de Naro ; ses terres furent vendues en conséquence par autorité de justice, et le litige prit un caractère international. Sous l'administration du président Buchanan, afin d'éviter une collision qui semblait imminente, San Juan fut, en vertu d'un arrangement provisoire conclu en 1 859, occupé conjointement par les forces militaires des deux pays.
Tel est aujourd'hui encore Tétat de cette affaire, qui ne va pas tarder à recevoir une solution,
5 5. Un voyage dans la oi-devant Amérique russe. M. Frederick V^hymper,
L'acquisition récente que le gouvernement de Washington a faite de la ci-devant Amérique russe (qui s'appellera désormais Terre d'Aliaska*) ne changera pas Taffreux climat de ce pays de frimas, mais elle nous vaudra des notions nouvelles sur ces tristes parages. M. Frederick Whymper (frère du voyageur au Groenland) vient d'en donner une relation qui a tout l'intérêt que comporte une pareille région (n" 411). M. Whymper était attaché comme artiste, dans l'été de 1865, à l'expédition envoyée dans le Nord- Ouest par la Compagnie américaine qui s'était formée pour l'établissement d'une ligne télégraphique entre l'Ancien et le Nouveau Monde à travers le détroit de Bering, entreprise qui a perdu son importance depuis la création des câbles transatlantiques ; ce sont les études de cette Compagnie du Nord-Ouest qui conduisirent l'auteur dans la contrée dont il nous donne aujourd'hui la relation. De la baie de Norton, qui s'ouvre sur la mer de Bering, il remonta le fleuve Youkon et pénétra jusqu'à Nolat, le plus reculé des anciens postes russes. Le printemps venu il continua de remonter la rivière dans une bàidar (ou barque d'Esqui-