Nachrichten von der deutschen Nordpol-Expedition
24 mai (départ de Bergen) -20 juin. Mittheilungen de Peter< mann, 1868, n<> 9, p. 332, aveo 2 cartes (tab. 16, 17).
21 }uin-19 juillet. Ibid,, n- 10, p. 368.
19 JuiUeVU octobre (retour à Br^q). Ibid-, H* \\, p. 426.
437. Die 9Chwedische Polar-Expedition, 1868; Bericht von dem Prof. A. B. NoaDBSKiÔLD. MiUheil. de Petermann, 1868, n* 8, p. 298-304.
Conp d'ail bistoriqua sqr les expéditions antéri^ares. Organisa^on etolget de Texpédition arctiqne de 1868.
— r Die swedische Expédition, 20 juli bis 14 sept. Idem, n» 11, p. 429-436. -^ 15 Sept, his 20 October. id. n» 12, p. 453-456 (retour).
488. Cb. Grad. Esquisse physique des tles Spiibergen et de la zone polaire. Ànnakt des Voyages, oct. 1868, p. 65-94.
Article complémentaire dn travail publié dans les Annales en 18Q§ (janvier à mai), travail dont il a anssi été fait an tirage à part.
439. Oscar Cokbttant. Gustave Lambert au Pôle Nord; ce qu'il y va faire. Versailles, 1868, in-8, 48 pages.
440. DSLOGBB, Note sur Texpédition au Pôle Nord projetée par M. Gustave Lambert, hydrographe français. Lyon, 1868, in-8, 16 pages.
441 . Pb. Pbtrohiœt. Les mers polaires et le Pôle Nord. Conférence faite à Agen, le 3 avril 1868. Agen, 1868, in-8, 40 pages.
443 f Opinion de M. le baron db ScmuiNO, de la marine impénale de Russie, sur la possibilité d'atteindre le Pôle Nord par la voie
du détroit de Bering. Annales des Voyages, févr. 1868, p. 209-
Dès le commencement de 1865, M- de Schilling, dans cet article qui n*a pas été assez remarqué, signalait, par d'excellentes considérations, les avantages particuliers et la très-grande possibilité d'un voyage au pôle par le détroit de Bering.
443. D' H. Helms. Die Eiswelt und der hohe Norden. Grœnland , Lappland, Finnland, Island, und deren Land und Leute. LeipX; 1868, in-8 en 4 parties. 1 thl. 20 gr. (Fritsch).
S 1. Les -projets d'expéditions polaires. [Coup d'oeil rétrospectif.
Une grande question s'est emparée depuis trois ans de l'attention du monde géographique, ou plutôt du monde scientifique tout entier : un voyaye au Pôle Nord. Cette question^ si éloignée de nos préoccupations quotidiennes, a pénétré dans le grand public; elle occupe les esprits et s'adresse aux intelligences ; on en comprend mieux chaque jour le caractère, l'intérêt et la portée. Elle mérite qae nous aussi nous en touchions aujourd'hui quelques points.
U y a quinze ans à peine qu'un problème posé depuis trois siècles et demi, — depuis les premiers temps de la découverte du Nouveau Monde, — le passage de TAtlantique aux mers de l'Asie par le nord de l'Amérique, est résolu. C'est de 1852 à 1853 que le capitaine anglais Mac Clure, entré dans la mer Polaire par le détroit de Bering, est revenu en Angleterre par le détroit de Davis et l'Atlantique, après avoir accompli le premier cette rude traversée où tant d'autres avaient échouée L'Amirauté britannique, depuis 1815 principalement, y a mis une persistance sans
1 . Le capitaine Mac Clure a reçu une récompense nationale et a été élevé au rang de baronnet. La relation de ce mémorable voyage a été publiée, en 1856, par le capitaine Sherard Osbom, qui faisait partie de l'expédition, sous le titre the Discovery of the N(»^We$t Pagiage 2>y H. jr. S, Investigator, capt. R. Mac Clure.
EWÉDinONS ARCTIQUES. 353
exemple dans l'histoire des découvertes. Elle y a consacré presque sans interruption trente -huit années d'efforts inouïs^ d*énergie surhumaine. Elle y a donné les meilleurs vaisseaux de ses ports ; elle y a envoyé ses meilleurs marins; elle y a dépensé cinquante millions de son or. Elle savait cependant depuis longtemps que la question pratique qui avait inspiré les premières recherches, la question d'application commerciale, était hors de cause. Ces archipels et leurs nombreux canaux, fermés par les glaces durant une grande partie de l'année et semés d'obstacles de toute nature, n'offriront jamais une route praticable aux navires de commerce; mais la marine anglaise était en quelque sorte engagée d'honneur. Elle avait attaqué le problème : elle ne Ta pas lâché qu'elle n'en ait eu la solution.
Voici maintenant qu'après quinze années de repos une nouvelle question est soulevée qui tient de près au problème du passage du Nord- Ouest, mais avec un caractère plus général et une plus grande portée scienlifîque. Il ne s'agit plus seulement de reconnaître un quartier de la région polaire : c'est le pôle même qu'il faut atteindre. C'est à ce point où ahoutit l'axe terrestre, à ce point du repos absolu où l'on aura l'étoile polaire au zénith, qu'il faut porter le drapeau européen. Ce n'est pas que déjà plus d'une tentative n'ait été faite dans cette direction. Hudson, dès 1607, atteignit une très-haute latitude. Scoresby et d'autres se sont avancés très-loin aussi dans cette direction. En 1827, sir Edward Parry essaya de pousser vers le pôle en partant du Spitzberg, et il s'avança jusqu'au 82® 45', la plus haute latitude que l'on eût encore atteinte, au moins d'une manière authentique. Le D*" Kane, de la mariue des États- Unis, s'est porté dans la même direction par une autre rente, par la baie de BafGn à l'ouest du Groenland. De 1853 à 54, et de 1854 à 55, il hiverna dans la baie de Rmisselaer par 78^ 37' de latitude : c'est le point le plus septentrional qu'une expédition arctique eût pris.iùsqué-là
L'ANNfiS âÊOGR. VII. 23
pour quartier d'hiver. Il poussa ses découvertes, entre le Groenland et Tarchipel polaire, jusqu'au 81" degré; mais le résultat le plus considérable de son voyage est d'avoir constaté qu'au delà du canal Kennedy (au nord du 81* parallèle), aussi loin que la vue peut s'étendre, on ne voit qu'une mer ouverte, « dont les vaguçs roulent à l'horizon avec le mouvement d'un océan sans limites. » Le même fait a été constaté en 1861 par un autre navigateur américain, le D' Hayes, qui s'est porté en traîneau jusqu'au 81* 45' environ, et qui a pu, d'un point élevé de la terre de Grinnell (qui borde à l'ouest le canal Kennedy, vis-à-vis du Groenland), reconnaître la côle plus au nord sur une étendue de près d'un degré. Ici encore, les reconnaissances ne laissent donc plus guère qu'un intervalle de 7 degrés jusqu*au pôle. N'oublions pas le capitaine de Wrangell, de . la marine russe, qui dans ses courses en traîneau sur les glaces de' la mer Arctique, de 1821 à i823,8'avança à 2 degrés l au nord de la côte sibérienne, et fut arrêté, lui aussi, par la mer ouverte. Ces diverses tentatives semblent s'accorder en un fait capital : c'est que les glaces fixes n'existent qu'au voisinage immédiat des terres. Et en ceci le fait confirme la théorie. La calotte polaire est-elle une terre, ou une plaine de glaces, ou une mer libre? — C'est une mer libre, répond la science, s'appuyant à la fois sur les faits signalés par les navigateurs et sur les lois de la physique terrestre. Cette proposition a été puissamment développée par M. Plana, direct3ur de l'Observatoire de Turin, dans un savant mémoire qui est la dernière œuvra de cet illustre physicien *.
C'est encore du sein de l'Angleterre qu'est parti, il y a quatre ans, le premier appel à une expédition polaire ; non plus à une entreprise accidentelle, en quelque sorte secondaire et subordonnée à des circonstances accessoires;
1 . Au t. ZXllI, 1866, des Memorie délia R. Acaitmia di ToHno,
mais à une expédition spécialement organisée en vue d'atteindre le Pôle Nord y comme tant d'autres l'ont été pour trouver le passage du Nord- Ouest. Cette grande entreprise a eu pour promoteur un homme qui a conquis dans une longue pratique la profonde expérience des mers Arctiques, le capitaine Sherard Osborn, qui fut un des compagnons du capitaine Mac Clure dans la découverte du passage Nord- Ouest en 1853, et qui en a publié la relation. La proposition du capitaine Osborn fut développée dans une séance de la Société de géographie de Londres. le 23 janvier 1865. Elle rencontra un assentiment unanime chez tous les officiers de la marine anglaise'; néanmoins l'Amirauté, par des raisons sans doute bien fortes, a cru devoir sinon Técarter d'une manière ab.^olue, du moins en ajourner la réalisation. Mais ridée, dans le même temps, germait et se mûrissait ailleurs ; malgré l'abstention de l'Angleterre, elle ii'en a pas moins fait son chemin, et un chemin rapide.
S 2. Première tentative. Expédition allemande de la Germania,
Insaccès. Retour.
Presque en même temps que le capitaine Osborn, le D' Augustus Petermann de Gotha prenait aussi l'initiative d'une proposition de voyage au Pôle. L'éminent directeur des Mittheilungen n'apporte pas seulement ici l'autorité d'un géographe profondément versé dans tout ce qui touche à l'investigation du globe ; une longue étude des navigations du Nord l'a rendu particulièrement familier avec les questions polaires. Aussi sa voix a-t-elle eu en Allemagne un grand retentissement. Les gouvernements d'Autriche et de Prusse se sont montrés favorables à l'entreprise. Le public
1 . Nous oous sommes étendu sur ce sujet au t. IV de V Annie gé<h ffraphique, 1865, p. 351 et suiv.
en général et les villes maritimes du Nord, particulièrement la puissante cité de Hambourg, y ont apporté un concours effectif. Dès le mois d'août 1865, le Comité de Gotha était en mesure d'équiper un petit vapeur acheté en Angleterre. Mais à peine en mer, un accident arrivé à la machine obligea de rentrer au port Ce lut une saison perdue, et les événements qui éclatèrent Tannée suivante en Allemagne tournèrent les esprits vers de tout autres pensées. Le D'' Petermann, cependant, ne s*est pas découragé. Sa persistance énergique s'est de nouveau adressée k l'esprit public et aux régions officielles. Quinze mille thalers, environ 60000 francs, furent réunis, et avec cette modique somme l'entreprise fut jugée possible. Et ce n*était pas une simple reconnaissance, une navigation d'essai comme quelques-uns l'ont cru; le problème était attaqué par sa base, avec la pensée et l'espoir d'en trouver le dernier mot.
Un autre bâtiment, un navire à voiles de petites dimensions (80 tonneaux), mais bien membre et renforcé pour porter Teffort des glaces, avait été acheté à Berghen en Norvège; on lui donna le nom heureusement choisi de Germania. Un équipage de douze hommes, associés de cœur et d'âme à l'entreprise, fut .placé sous les ordres du capitaine Charles Koldewey et de M. Hildebrandt, capitaine en second, l'un et l'autre bien préparés par leurs études astronomiques et nautiques à la direction d'un pareil voyage. Les instructions avaient été tracées par le D' Petermann.
Le navire quitta Berghen le 24 mai 1868, poussé au N. * 0. par un vent favorable dans la direction de l'Ile Jan Mayen que l'on eut en vue le sixième jour (71* degré de lat.]. Les instructions prescrivaient de gagner les parages orientaux du Groenland à la hauteur de l'Ile du Pendule, par 74 degrés et demi de latitude, comptant que Ton pourrait s'élever de là dans le Nord en suivant la côte groen- ' landaise qui doit continuer dans cette directiob' jHîndhmfi
EXPÉDITIONS AACTIQUfiS. 357
plusieurs degrés encore. Le 8 juin, la Germania dépassa le 75' parallèle; mais là les glaces lui barrèrent le passage, et pendant douze jours entiers le navire, entraîné à la dérive, fut ramené de plus de 120 milles au sud. Une dépêche remise à un baleinier, le 16, dépeint laconiquement cette situation. « 16 juin, ïà^ 20' N., 16° 18' 0. (Greenw.). Arrêtés depuis dix jours dans les glaces, et poussés ici depuis le 76* degré N. Avons vu la côie (île Pendulum). Avons en beaucoup de tempêtes qui nous ont engagés dans les glaces. Masses de glaces terribles, en quantité extraordinaire Espoir de sortir de notre captivité aujourd'hui. îSommes obligés de retourner au Nord. Ne pourrons atteindre la côte qu'aux prix d'efforts et de risques énormes. Tué déjà six ours blancs. Tout va bien h bord. Espoir de bons résultats. En grande hâte. »
Cet espoir de bons résultats ne devait pas se réaliser. Ce fut le 20 juin que l'on put remonter au Nord. Pendant trois semaines et plus on fit inutilement des efforts inouïs pour s'approcher de la côte groenlandaise que Ton a parfois vue libre dans ces latitudes ; mais une épaisse barrière de glaces fixes, une plaine uuie aussi loin que la vue pouvait s'étendre, en couvrait les approches. On dut se porter vers le Spilzberg, dans la direction du N. E.; le 14 septembre, on avait dépassé le groupe, et Ton se trouvait en latitude par 81* 5', sous le 16" degré de longitude. C'est le point le plus élevé qu'il a été possible d'atteindre. Il a fallu se résoudre au retour. Le 30 septembre, la Germanja toucbait à Berghen; le 10 octobre elle rentrait au port de Brème, vaincue, mais non découragée. « Cette année, dit le capitaine Koldenwey dans un rapport sommaire, a été évidemment la plus mauvaise qu'il fût possible de trouver. Tous les habitués de la côte du Groenland avec lesquels je me suis rencontré s'accordent à dire que depuis bien des années on n'avait pas vu de telles accumulations déglaces. Vous pouvez vous figurer combien il m'a
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été pénible, avec la plus ferme volonté et les efforts les plus persévérants, de ne pouvoir arriver à rien ou à peu de chose, et de voir s'évanouir une à une les belles espérances que j'avais mises en ce voyage.... » Cependant M. Eoldenwey ajoute : < Je n*ai nullement perdu courage. Loin de là : je n'en suis que plus impatient de reprendre la lutte. Je place maintenant mon espoir dans la nouvelle expédition que nous reprendrons, je l'espère bien, l'année prochaine.... Je compte bien voir le jour où notre pavillon allemand flottera au Pôle Nord. Remonter la côte orientale du Groenland me paraît toujours le vrai chemin. »
S s. L*ezpédition suédoise.
Quoique l'objet principal de l'expédition qui s*est organisée cette année à Gôtheborg, en partie à l'aide de souscriptions particulières, en partie avec le large concours de TËtat, fût de compléter les études physiques, naturelles et hydrographiques poursuivies au Spitzberg dans les deux expéditions précédentes de 1857 et 1861, et que le voyage au Pôle n'y vint que d'une manière secondaire, les résultats obtenus même sous ce dernier rapport paraissent avoir été fort remarquables (n^" 436). On n'en a pas encore le rapport circonstancié ; mais les lettres du professeur Nordenskiôld, qui était k la tête de la commission scientifique, en fournissent un premier aperçu. Indépendamment d'une riche moisson pour l'histoire naturelle et la géologie, aussi bien que pour l'étude spéciale des parties de la mer Glaciale qui enveloppent le Spitzberg, le steamer Sofia^ qui portait la Commission, a pu faire vers le Nord une percée plus étendue que celle de l'expédition allemande. A la fin d'aoftt la Sofia s'était avancée jusqu'au 81' degré 9'; là elle fut arrêtée par les glaces, comme la Germaniaj deux semaines plus tard, fut arrêtée dans la même région à 81* 5'.
EXPâ>ITIONS ARCTIQUES. 359
Mais huit jours plas tard, c'est-à-dire Ters le 8 septembre, la mer s'était d^gëe, et du point où se trouvaient les Suédois on ne voyait plus trace de glaces, que beaucoup plus haut vers le nord. Il s'était apparemment formé sur ce point un de ces golfes profonds qui parfois s'ouvrent au milieu des banquises. Quoi qu*il en soit, cet état se maintint; et au milieu de septembre la Sofia se décida à tenter une excursion sur cette route ouverte, bien que la mer fût assez grosse. On avança ainsi jusqu'au 81* degré 42' ; mais là il fallat s'arrêter. On avait trouvé de nouveau la plaine de glaces fixes s'étendant à perte de vue. Les Suédois en côtoyèrent le bord pendant plusieurs jours; et ils firent cette remarque que par places la glace était mélangée de terre, d'où ils crurent pouvoir inférer qu'il existe des îles dans la direction du pôle. Ils regardèrent alors la campagne comme terminée, et reprirent le chemin de la Suède. Le 19 octobre l'expédition touchait à Tromsœ, à l'extrémité nord de la Norvège.
Une lettre adressée par le D' Nordenskiôld à la Société royale de Londres fait connaître les particularités qui précèdent, et indique la série d'observations recueillies par la Gonmiission sur les courants, sur les glaces, sur la pro* fondeur et la température de la mer, sur la géologie et l'histoire naturelle. Les journaux étrangers qui mentionnent cette communication du chef de l'expédition suédoise ne manquent pas d'enregistrer l'opinion rapportée par M. Nordenskiôld, que « l'idée d'un bassin polaire ouvert et relativement tempéré est tout à &it chimérique. »
S 4. Les baleiniers américains dans la mer de Sibérie. Le capitaine Long.
La terre de Wrangell.
Au milieu de ce mouvement des entreprises polaires, un incident s'est produit qui a causé au premier moment une
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certaine sensation, tant ]e mot de découverte frappe aisément les imaginations, et qui garde encore son intérêt même dans les proportions plus modestes où l'ont ramené les faits mieux connus. Au commencement de 1868, tons les journaux du monde maritime, américains, anglais et fraiçais, annoncèrent qu'une grande terre venait d'être découverte dans la mer Arctique, au delà du détroit de Bering. Le capitaine qui avait fait cette découverte se nommait le capitaine Long; c'est un baleinier américain. Les circonstances étaient a&sez vaguement indiquées pour que l'annonce se prêtât sans peine à toutes les interprétations. La vérité est que vers la place indiquée, à 6 ou 7 degrés vers le N. 0. du détroit de Bering et à une centaine de milles (nautiques) de la côte sibérienne, toutes nos cartes marines, russes, anglaises et françaises, marquent depuis longtemps l'existence d'une ou de plusieurs iles, avec des montagnes assez hautes pour qu'on les puisse apercevoir de la côte sibMenne la plus voisine. En 1821, le capitaine russe de Wrangell reçut de l'Amirauté de St-Pétersbouig la mission spéciale de relever cette terre dont l'existence était signalée depuis longtemps; malgré ses efforts et des prodiges d'énergie il ne put s'en approcher assez pour la reconnaître, quoique de nouveaux témoignages lui en eussent contirmé l'existence de la manière la plus positive. Le capitaine Long y apporte une confirmation nouvelle, avec des circonstances plus précises et des relèvements astronomiques (F. ci-dessus, à la bibliographie, n^* 423 à 426). Là est le mérite de la rencontre annoncée par le capitaine américain, et il suffit pour lui donner date dans l'histoire des explorations arctiques.
Au surplus, le fait, avec toutes ses circonstances géographiques, est relaté dans une lettre adressée par le capitaine Long à M. le marquis de Chasseloup-Laubat ; c'est un document plus authentique et plus sûr que les récits donnés par les journaux. Voici cette pièce (n"* 426) :
Monsieur le Président, Tannée dernière, en commandant le navire baleinier américain Nile, de New London, et en croisant dans Tocéan Arctique pendant les mois d'été, j'ai découvert, le Id août, une terre qui n'est marquée sur aucune des cartes que j'ai vues', et qui porte nord- nord-est du cap Yakan, à environ 70 milles de distance.
J'ai trouvé par Tobservation que la pointe sud- ouest de cette terre (nommée par moi cap Thomas) est par 70** k6' de latitude nord et 178* 30' de longitude est.
Je croisai le long de la côte sud de celte terre, en allant vers Test pendant les deux jours suivants, avec temps clair et agréable, et je pris de son aspect un croquis que je joins à cette communication.
De la glace brisée s^étendait jusqu'au rivage éloigné de 15 à 18 milles, et comme j'étais à la recherche des baleines et que je n'en voyais aucune trace dans le voisinage, je ne crus pas prudent d'embarrasser mon navire dans cette glace en essayant de débarquer.
Les parties basses de cette terre avaient une apparence de verdure, comme si elles étaient couvertes de végétation ; il y avait un grand nombre de morses et de phoques sur la glace, et au milieu de celle-ci beaucoup de bois flotté. Je ne vois pas de raison pour que cette terre ne soit pas habitée , et, d'après son apparence comme d'après les traditions des indigènes de la côte opposée, je suis convaincu qu'elle l'est.
J'ai trouvé que la pointe sud-est de cette terre (nommée par moi cap Hawaii) se trouve par 70° 40' de latitude nord et 178° 51 de longitude est'.
* I. Il esta remarquer, dit avec raison une note de la icdaction du Bulletin j que toutes les cartes hydrographiques russes, françaises, anglaises signalent l'existence d*une terre vue en 1843 par le Herald et ie Ploter, à 2 degrés à l'ouest de l'île Plover. Cetie terre est portée sur les cartes anglaises avec l'indication « Extensive laml with high peaks. » D'autres montagnes visibles du cap Yakan semblent indiquer que cette terre court est et ouest depuis 178® ôC (E. de Paris) jusqu'à 173»4(y, sous le parallèle de 70® 50' nord environ. Le capitaine Long 86 serait donc, le premier, assez approché de cette terre pour en prendre un croquis. La position qu'il assigne à la pointe orientale est sensiblement la même que la position donnée par les capitaines du Herald et du Plover.
2. On trouve des chiffres sensiblement diiïérents dans les ray>ports d^autres baleiniers qui ont vu la terre de Wren^ell à peu près dans le
Je pus faire de bonnes observations de latitude et de longitude, et je crois que les positions que j'ai assignées à ces caps seront reconnues correctes.
J'ai nommé ce pays Terre Wrangell, comme un juste tribut de respect à celui qui passa quatre ans de sa vie à la recherche d'une terre dans ces parages. Quoiqu'il ne réussit pas à Patteindre, il vit, il y a près de quarante-cinq ans, une mer ituverte au mois de mars, à 60 milles seulement à Touest de cette terre.
La dernière saison a été des plus favorables pour des explorations ar tiques, parce que la mer près du rivage, depuis le détroit de Bering en allant vers Touest, a été entièrement lit re de glace. Je suivis cette cdte depuis le cap Nord jusqu'au cap Ghelagskoi, et à l'exception d'un espace peu étendu auprès du cap Yakan, où il y avait quelques courants de glace, assez ouverts cependant pour permettre aux navires de passer sans danger, on ne voyait que peu de glace.
Du cap Yakan au cap Ghelagskoi, la mer était tout à fait libre de glace, et, à un point situé à 40 milles au nord de ce dernier cap, par 70** 42' de latitude nord et 170° 10' de longitude est, on n'apercevait, du haut mât du navire, aucune glace dans aucune direction, depuis le nord jusqu'à l'ouest.
Le temps était clair et beau à cette époque, et le ciel dans cette direction avait l'apparence d'une eau foncée et sans trace de glace. L'absence de traces de baleines dans ces parages, et le dire des indigènes de la côte que l'on voit rarement des baleines à l'ouest du cap Ghelagskoi , ne m'engageant pas à m'avancer dans cette direction, je revins de ce point vers l'est, et je passai à moins de 10 milles de la position (70° 51' de latitude nord et 175° 27' de longitude est), oii Wrangell trouva une mer libre le 23 mars 1823.
Dans le nord de cette position, il y avait quelques plaques de glaces très-éloignées Tune de l'autre ; le ciel avait cette couleur foncée qui indique de l'eau découverte, et je crois qu'un navire aurait pu s'avancer à une grande distance dans cette direction, sans être arrêté par la glace. Ayec un navire convenablement équipé, je n'aurais pas eu d'hésitation à tenter le passage à in*
même temps que le capitaine Long (F. les différents documents publiés au mois de juin dans le Bulletin de la Société de géograpÛe, ci-dessus, n" 425 de notre bibliographie); mais, outre qu'il peut y avoir des fautes dans les chiffres imprimés, il n'est nullement certain que les observations portent précisément sur les mêmes points.
vers la mer polaire vers le Spitzberg, et je crois que j^aurais réussi ; mais avec nn navire ordinaire non préparé à subir la pression des glaces, et avec seulement quatre mois de provisions à bord, la tentaltve eût été de la folle.
Il y a un terme qui revient souvent dans les notes ou relations relatives à la partie de la mer Arctique qui baigne les côtes orientales de la Sibérie : c'est le mot Polynia, Ce mot, qui est russe, a été introduit dans la langue maritime, et ceux qui chez nous s'en sont servis lui ont donné l'acception générale de < mer ouverte. » C'est une erreur, que rectifie suffisamment la lecture des relations russes. Le mot polyna (et non polynia) désigne seulement une « ouverture, un trou dans la glace ; » M. de Wrangell l'emploie à chaque instant, mais toujours avec cette acception, jamais dans le sens d'une mer libre de glaces.
Personne, d'ailleurs, n'a pu constater jusqu'à présent jusqu'où s'étend dans l'intérieur du bassin polaire la terre élevée à laquelle restera le nom de Wrangell. C'est une recherche fort importante, mais aussi fort difficile, autant qu'on en peut juger. C'est une des découvertes, il faut l'espérer, réservées à la future exploration arctique de M. Gustave Lambert.
S s. M. Gustaye Lambert et son projet d'exploration polaire.
M. Gustave Lambert : voilà le nom en qui, depuis dixhuit mois, se personnifie en France l'exploration polaire. Ancien élève de l'École polytechnique, jeté par les circonstances dans la carrière maritime, et ayant déjà, il y a trois ans, pratiqué la mer sibérienne, M. Gustave Lambert apporte dans l'élaboration de son plan la double lumière des déductions scientifiques et des vues pratiques. Aussi son projet a-t-il promptement obtenu l'assentiment général.
364 AMÉRIQUE DU NORD. (n'»* 422-443)
La Société de géographie l'a propagé de toute son influence; un grand nombre d'hommes considérables dans les sciences et dans les classes élevées de la société l'ont soutenu de leur actif patronage. Mais ce plan est conçu dans de grandes proportions, que M. Lambert regarde comme propres à en assurer la réussite, et par cela même il exige une mise de fonds assez élevée, — dix fois plus élevée au moins que celle qui a suffi à mettre sur pied l'expédition allemande. L'empereur Napoléon, qui apprécie vite et bien toute grande idée propre à honorer la nation, a montré la vive sympathie que celle-ci lui inspire, en s mscrivant pour une souscription personnelle de 50 000 francs.
Une souscription personnelle, ai-je dit : c'est qu'en effet ni M. Lambert ni la Société de géographie n'ont voulu s'adresser à l'État, comme l'ont fait jusqu'à présent toutes les grandes expéditions analogues. On a pensé qu'il était digne du pays de soutenir directement une entreprise désintéressée, dont l'honneur doit se répandre sur le pays tout entier. Aujourd'hui que les peuples tendent à sortir de tutelle, il est bien que l'initiative individuelle, dans de pareilles entreprises, se substitue à Taction officielle. C'est surtout dans les grandes conceptions scientifiques comme notre époque en réclame encore un si grand nombre, qu'une nation doit prouver qu'elle peut se suiBre à ellemême. Non pas que nous croyions qu'il faille se refuser de parli pris an concours de l'Ëtat, qui n'est, après tont^ qu une action collective sous une autre forme ; mais l'action indivi uelle, en témoignant d'une adhésion plus directe, a, dans sa virilité, quelque chose de plus honorable encore et de plus fortifiant. Que les deux ou trois millions d'hommes qui représentent chez nousdans toute sa plénitude le côté intellectuel du pays se montrent les patrons nés de toute idée noblement utile, et une offrande de quelques centimes apportée par chacun permettra de réaliser toutes les grandes