‹ L'Année géographique (volume 3)Chapitre 85 sur 249 · G. LAMBERT · texte numérisé non relu

G. LAMBERT

choses que peut concevoir l'esprit humain. La France a montré, par les listes ^e souscription qui ont longtemps rempli de longnts colonnes du Moniteur^ que du premier coup elle a compris ce noble rôle.

Il faut dire aussi que M. Gustave Lambert ne s'y est pas épargné. Infatigable missionnaire de la science, il a parcouru tous les grands centres, toutes les villes importantes de TEmpire, et sa parole, chaque jour renouvelée au milieu des foules sympathiques qui se pressaient pour Tentendre, répandait partout quelque chose de l'ardeur impatiente dont il est rempli. Applaudissons de toutes nos forces à ces utiles conférences; elles contribueront puissamment à l'éducation du pays.

On se trouve aujourd'hui, pour les expéditions arctiques, en présence de trois plans d'explorations et de trois routes différentes (K. ci-dessus, n® 429) : la route anglaise proposée par le capitaine Osborn ; la route allemande, soutenue par le D' Petermann ; la route française, choisie par M. Lambert. La première part de la baie de BafGn et se porte vers le bassin polaire par les détroits compris entre l'archipel Arctique et le Groenland ; la seconde, nous l'avons vu, part de la mer du Nord entre le Groenland et le Spitzberg ; la troisième, la route française, part du grand Océan et pousse au Pôle par le détroit de Bering. Chacune des trois routes a ses avantages et peut avoir ses inconvénients ; la meilleure sera celle qui conduira le plus sûrement et le plus vite au but. Du moins on peut dire que les deux premières ont été déjà plus d'une fois tentées, et que cette année encore la route du Spitzberg a opposé aux efforts de l'expédition allemande une impénétrable barrière, tandis que la troisième, celle du détroit de Héring que veut prendre M. Lambert, ne l'a pas encore été. Nous parlons toujours de la route anglaise (qui pourrait bien devenir aussi la route américaine), bien qu'elle paraisse être maintenant hors de cause; mais la pensée e^t loin d'en être

abandonnée chez nos voisins. « Ne se trouvera-t-il aucun marin anglais, un Hudson, un Fraqklin, un Ross, un Parry, qui essaye de devancer le courageux Français? s'écriait dernièrement un recueil britannique. Jusqu'à présent c'était à nous que des expéditions de ce genre appartenaient ; mais que la France arbore au Pôle le drapeau tricolore, et c'en est fait de nos lauriers ! > Je ne voudrais pas analyser de trop près le sentiment qui a inspiré «ce regret national; j'aime mieux le chaleureux élan du D' Petermann,<]ui, an milieu des préparatifs de sa propre expédition, applaudissait du fond du cœur à celle de M. Lambert, dans une lettre qui restera comme un modèle de sentiments généreux noblement exprimés ^

Notre rôle d'historien nous oblige à dire, cependant, qu'entre M. Lambert et le Conseil de la Société de géographie il s est produit naguère un regrettable dissentiment : hâtons-nous d'ajouter que ce dissentimeni porte tout entier sur la nature et la mesure des préparati&i non sur l'entreprise elle-même. Emporté par une impatience facile à comprendre, et qui peut-être est une des conditions du succès, M. Lambert avait cru pouvoir devancer dans ses préparatifs les ressources fournies jusqu'au conmiencement de novembre par la souscription publique. Le Comité de surveillance institué dès Torigine au sein de la Société, astreint à plus de réserve par son devoir et son institution même, n'a pas cru qu'il lui fût permis de suivre M. Lambert dans cette voie. Mais s'il a dû, dans cette position pénible, déposer publiquement son mandat, il n'a pas cessé, ni la Société tout entière, d'accompagner le futur explorateur de ses vœux les plus fervents pour la prompte exécution et la complète réussite de l'entreprise, dont le snccis sera, une gloire pour notre époque et un honneur pour le pays.

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