‹ L'Année géographique (volume 3)Chapitre 95 sur 249 · BAS DANUBE · texte numérisé non relu

BAS DANUBE

mesures anciennes et les textes des historiens et des géographes comparés aux vestiges subsistants et à la disposition physique des pays qu'il a visités, lui ont fourni un ensemble de documents à Paide desquels il espère pouvoir faire une restitution complète de la province de Scythie, et de la partie riveraine des deux Mésies. C'est ce qui fera l'objet d'un mémoire particulier, avec cartes, plans et inscriptions. Parmi ces inscriptions, il en est qui ont un intérêt géographique du premier ordre, comme celle d'Hodnitza, trouvée en place, et qui peut aider à déterminer des limites exactes attribuées, sous Hadrien, à la Mésie et à la Thrace ; — comme une autre inscription, également inédite, en vers grecs (dialecte ionien) qui attribue à Tomts la qualification de Métropole de VEuxin. D'autres monuments, dont l'intérêt est plutôt historique, donnent des dates consulaires et révèlent des faits importants de l'histoire de ce pays. Deux villes anciennes ont été reconnues : l'une grecque, et non identifiée jusqu'à présent, entre le lac Halmyris et Tomts, et au sud d^htropolis ; l'autre romaine, découverte au milieu des bois de la Dobroudja septentrionale, entre Isaktcha et Matchin, et d'où M. Desjardins rapporte deux inscriptions consulaires et impériales du troisième siècle. Sa moisson épigraphique de monuments inédits s'élève à cent cinq, dont plusieurs proviennent de ses fouilles personnelles. Il a acquis pour la France les plus intéressants de ces monuments.

Parmi les stations de la table de Peutinger dont l'emplacement a pu être rigoureusement déterminé, figure, sur les bords du Danube, celle qui portait le nom significatif de Ad stoma (à l'embouchure). Rapprochant cette précieuse indication de celles qui sont fournies par les géographes anciens relativement aux étangs situés au nord et au sud des bouches du fleuve , et calculant la surface des apports provenant du travail de l'alluvion fluviale depuis le quatrième siècle , époque de la rédaction de l'itinéraire, notre confrère est parvenu à déterminer l'étendue de cette surface ; or il a trouvé que le Danube avait apporté, depuis quatorze siècles, une quantité de terre donl^ le cubage n'est peut-être pas impossible à calculer, mais dont la surface apparente est'de 2000 kilomètres carrés. Il a complété ensuite, par un examen plus complet et des observations plus détaillées qu'il ne l'avait fait lorsqu'il avait eu l'honneur d'adresser à M. le Président la lettre relative à son projet de canalisation maritime du Danube, et il s'est confirmé dans l'opinion quil avait alors exposée. Il a fait ces observations aux trois embou-

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chureSy et il a constaté que les sondages acousés sur les belles cartes de la Commission européenne, faites il y a si peu de temps, sont déjà loin d^ôtre exacts aujourd'hui. En ce qui regarde le bras et la bouche de Saint-Georges, il a pu reconnaître, de concert avec M. le commandant de la Richerie, qui a fait partout exécuter de nouveaux sondages sur un parcours de plus de cent cinquante lieues, mais en particulier aux embouchures, qu'à la sortie du Dunavatz, par exemple (émissaire naturel du bras de Saint-Georges, vers Tétang de Rasehn), là où les cartes portent dix et onze pieds anglais de fond, le Magicien^ qui en tirait neuf, ne pouvait passer et n*en trouvait que quatre et cinq avec les canots sondeurs. À Tembouchure môme, là où les cartes portent dix pieds, dans le prétendu chenal qui sépare rile d'Olinka supérieure de la côte, il y a un pied et demi et deux pieds ; enfin, dans la passe signalée comme ouverte à la petite navigation, la baleinière du l/a^icttfn, dont le tirant d'0au e^t de 30 centimètres, s'est échouée. On ne peut s'étonner de changements aussi complets survenus à Pembouchure des fleuves méditerranéens en moins de dix ans, quand on a étudié la question et qu'on est parvenu à déterminer annuellement la mobilité des passes et la cause de ces mouvements incessants ; mais il n'en est pas de même pour l'inexactitude signalée à la sortie du Dunavatz. Elle ne saurait être expliquée, selon l'opinion de notre confrère.

Dans le rapport motivé qu'il doit adresser au ministre des travaux publics, il se propose d'examiner à fond , pour le Danube, la question de l'eodiguement en regard du système de la canalisation maritime.

}1 ne lui parait pas, après le^ longues études aui quelles il s'est livré sur cette question; que la théorie de l'endiguement soit encore soutenue par un seul ingénieur en France comme préférable à la canalisation maritime ; mais si Texpérienca n'est pas faite aux bouchas du Danube, si l'endiguement parait suffire aux besoins de la navigation, comme on l'a un peu téméri^rement avancé, si ce système a pour lui surtout la grande raison qu'il existe seul, il n'est pas malaisé de démontrer son insuffisance. C'est à l'embouchure de la branche de Soulina que Tendiguement, comme on sait, a été exécuté et qu'il sa continue, car le propre de ces travaux est de n'être jamaûs acdavés at de devoir être renouvelés et prolongés à mesure que le fleuve apporte ses alluvions, et il en apporte 60 miUions de mètres cubes par an. Or la branche de Soulina porta tei

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%J%1^ des eaia du flfittvfi, Kilia les 17/37^ e\ Saint-Oaprges l^s 8/27*. Soulina Qst doq(s une rigole 4 c^té des deux autres bras.

S 2. Les réformes en Turquie.

Nous n'avons garde d'entrer dans le champ passablement épjnei^ dd ç(9 qu'on nomme la « question 4'Orieqt, b bien qUQ pftr C(irtaip« oôtés cett^ qne^^Ipii npDS 9ppartifa[^e à titra de géographie politique; les effort^ W»tâs ponr la transformation d'une race et d'un empire, même en dehors des grands intérêts d équilibre européen, méritent bien mie étude purement scientifique. (Y. pi-dessi;s les n"** 505 k 507^) Aujourd'hui, néanmoins, nous nou^ liorp^rpns à mettre en regard les deux opinions extrêmes, ef -comme les deux pèles opposés de la question, l'une énoncée du haut de la tribune par un ministre de l'Empereur, l'autre développée avec une logique vigoureuse pi^r une plum^ dés plus autorisées. Voici les paroles que prononçait, le 9 juiU let, M. du Moustier, alors ministre des affaires étrangères ; c'est la vue de Yhomme politique :

L'empire ottoman ne peut être considéré, en effet, comme un Ét^t dans lequel des masses éclairées, instruites, aptes à s'administrer, à se gouverner, seraient opprimées par une race ignorante et incapable. Ce serait une chimère de croire qu'il suffirait d'un coup de théâtre pour les faire arriver au niveau de la civilisation et du progrès, tels que nous les comprenons. Les chrétiens de l'empire, tout en ayant fait de grands progrès en instruction et en civilisation , sont cependant d'une inexpérience complète, et si demain, par une circonstance imprévue, ils étaient appelés à s'administrer eux-mêmes, nous assisterions, on peut le craindre du moins, à des violences, des injustices et des désordres dont le spectacle ferait tomber bien des illusions Ig^énéreuses.

Il y a aujourd'hui dans l'empire ottoman un élément sérieux d'ordre et de gouvernement ; c'est l'élément musulman , l'élément turc, qui seul sait maintenir la paix et l'ordre au milieu

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de toutes les populations diverses, et qui est disposé aujourd'hui à les traiter sur le pied d'une juste et équitable égalité.

Voici maintenant l'opinion du publiciste^ :

L*empire ottoman tombe. Sa chute est irrémédiable. Elle est lente, mais continue; rien ne Tarrôte, les réformes mêmes la précipitent, et ce qui devrait sauver le Croissant achève de le perdre. Il y a deux siècles à peine, les Turcs faisaient trembler l'Europe , et lançaient leurs janissaires jusqu'au cœur de notre continent; aujourd'hui, sans Tappui de certaines puissances chrétiennes, ils n'auraient qu'à reprendre le chemin de l'Asie. Leur territoire diminue sans cesse ; ils ont perdu successivement la Hongrie, la Transylvanie, la Grèce, la Moldavie, la Valachie, la Serbie. Ce qui est bien plus grave, leur nombre décroit plus rapidement encore que leur territoire. Combien reste-t-il de Turcs en Europe? une poignée , peut-on dire , 1 million et demi en 1861, suivant la Société géographique de Vienne, 1 million suivant d'autres calculs. En Bosnie, il n'y a d'autres Turcs que les fonctionnaires. Les mahométans, qu'on rencontre au nombre de 400 000, sont des Slaves qui ont embrassé autrefois l'islamisme pour échapper aux persécutions des vainqueurs; mais ils n^ont cessé de détester ceux-ci, et ils sont toujours les premiers à se révolter contre eux. Dans la Dobroudja, il y a un groupe compacte d'Osmanlis ; il s'en trouve aussi dans quelques villes de la Roumélie et de la Bulgarie : mais ils fondent avec une rapidité qui étonne. Le lieutenantcolonel Peale, consul d'Angleterre en Bulgarie, affirmait en 1864 que dans la partie de cette province au nord du Balkan leur nombre avait diminué de plus de 100 000 en dix ans. A ce compte, avant un demi-siècle, il n'en restera plus du tout. Le Turc ne manque pas cle certaines qualités, et beaucoup de voyageurs le préfèrent au Grec ; toutefois il n'a point du tout celles qui font la force des États modernes. Il ne travaille pas et se multiplie peu. C'est tout le contraire de l'Anglo-SazfMi, qui couvre le globe entier de sa progéniture et remue les eaux et la terre sous toutes les latitudes. Le Turc a horreur du changement et n'aime que le repos ; l'Américain ne rêve que prog^s et ne se plaît que dans le mouvement l l'immobilité,

i. Em. de Laveleye, Bévue dei Deux-Mondes, 1*' août.

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qui fût le bonheur du premier, tuerait le seoond. Un Yankee a gagné 1 million de dollars : c'est pour lui non le moyen de bien vivre, mais une première mise de fonds pour en gagner d'autres. Pourra que le Turc ait son plat de pilau, il passera la journée à (aire le kief. Je ne déciderai pas lequel des deux est le plus sage ; néanmoins il est certain que Tun conquerra l'Occident la ^oche à la main, tandis que l'autre achèvera de perdre FÛrient le tchibouc aux lèvres. Ce résultat sera amené non par suite dinsurrections années , mais par l'effet irrésistible des lois économiques.

S s. La SMsimda méridien eentral de l*Xarope prolongée & trtfen laTorqnit.

La giodéiie de la Thraee orientale.

Yraci la lettre de M. Strave à M. Le Verrier que nous avrais mentionnëe (n« 517) ; cW un document qui mérite à Urne égards d'être conservé.

Mon cher collègue, je me rappelle avec plaisir les sentiments de satisfaction et de sympathie que vous ïn^aves témoignés, lorsque Tété dernier, pendant mon bref séjour chez vous, j'ai reçu de Poulkova l'agréable nouvelle que le gouvernement ottoman avait consenti à la continuation, à travers la Turquie, de notre grand arc du méridien russo-scandinave, et que TObservatoire de Poulkova était invité à prendre la direction scientifique de ce travail. C'était l'ancienne idée chérie de feu mon père, qui enfin promettait de trouver sa réalisation.

Quelque impatient que je fusse dans le temps de faire à ce siqet une communication préalable à l'Académie de Paris, au sein de laquelle cette question a déjà été discotée en 1857, j'ai voulu différer toute commumcatiou jusqu'à ce que je pusse parler de l'entreprise dans des termes plus précis et avec la conviction que les conditions locales ne s'opposaient pas à la continuation projetée de l'arc jusqu'à l'extrémité la plus méridionale de rinrope. Ce moment étant arrivé, je m'empresse de vous adresser les détails suivants, en vous priant de les porter à la connaissance de TAcadémie, qui, par ses antécédents historiques, ne peut guère manquer d'accueillir avec intérêt toute information coDcemant des travaux qui permettent de contribuer

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essentiellement à une connaissance plus complète de la fi^re de la Terre.

En Russie, les travaux de haute géodésie, à peu d'exceptions près, sont exécutés ou dirigés par des officiers, qui, après avoir fait à Poulkava un cours complet d'astronomie pratique, entrent au service de TÉtat-Major impérial. L'organisation scientifique de ces travaux et leur contrôle par rapport à l'exactitude sont confiés à notre Observatoire. Pour faciliter les fréquentes relations qui nous unissent ainsi avec le Dépôt de la guerre, nous avons jugé utile, dans les derniers temps, d'attacher toujours un de ses officiers à TObservatoire central, en qualité d'astronome géographe. A l'époque actuelle, cet emploi est occupé depuis deux ans par le capitaine Kartazzi, officier qui s'est distingué entre autres dans les opérations du levé trigonométrique du Caucase. C'est pourquoi , lorsque chez vous je reçus la nouvelle mentionnée, l'idée se présenta tout de suite qu'il serait avantageux de charger cçt officier de la direction des travaux projetés, et sans perte de temps, je lui adressai de Paris l'invitation de procéder sans délai à une reconnaissance préalable du terrain par lequel notre réseau de triangles devait passer, ou plutôt de rechercher, dans l'intérieur encore très-peu connu de la Turquie, la direction la plus favorable à donner h ce réseau. Au commencement de septembre, M- Kartazzi se rendit à Constantinople, accompagné de quatre aides-géodésistes, auxquels se joignirent six officiers de l'état-major turc, que leur gouvernement avait chargés de prêter assistance aux travaux géodésiques de nos voyageurs, en leur facilitant en môme temps les voyages dans l'intérieur des pays oti les moyens de communication laissent encore beaucoup à désirer.

I^ar suite de ces arrangements bienveillants , nos voyageurs ^^ louent beaucoup de l'accueil prévenant dont ils ont été l'objet de la part des autorités turques. Après un séjour de quelqi^es semaines à Constantinople, ils se séparèrent pour traverser ep difiérentes directions le territoire eq question. Depuis un mois, M. Kartazzi est de retour de son voyage, et ses aides l'ont suivi à peu d'intervalle. C'est du rapport qu'il m*a 2^4r§ssé dans les derniers jours que j'extrais les détails suivants.

Le point ej^trémQ méridional de l'arc russo-scandinave, d40S son étendue actuelle, est au village de Staro-ne'](.rassoYka,p^ d'Ismaîl. I^iotre dernière base est celle de Tachbounar, à quelques lieues au nor4 d'Ismaîl, sur la frontière du terrain cédé

par le traité do }856 à la Moldavie. Suivant l'idée primitive de mon père, les triangles, en passant par cette base, devaient passer par la Dobroudja, longer les bords de la mer Noire, et ensuite, après avoir traversé la péninsule thracienne, s^ con* tinuer en partie sur le littoral de l'Asie Mineure, en partie sur les lies de PArchipel jusqu'à File de Crète. Par suite de la reconnaissance effectuée, la première partie de ce programme a dd être modifiée. Les plaines marécageuses de la Dobroudja offrent de très-grands obstacles à Pexéoution des opérations géodésiques, en n'admettant que des triangles de très-petites dimensions. En outre, si Ton voulait braver ces difficultés, et an môme temps le climat extrêmement malsain de ce pays, de nouveaux obstacles se présenteraient dans le passage du Balkhan, lequel, en se divisant dans le voisinage de la mer Noire en plusieurs chaînes parallèles de petite distance entre elles et couvertes de bois épais, n'offre nulle part des vues étendues. Par ces raisons, nos gôodésistes proposent de diriger les triangles en partant de la base de Tachbounar, par Brallov, le long de la rive gauche du Danube, sur Silistrin, de passer le Danube entre cette ville et Routchouk, et de traverser ensuite le Balkhan un peu à l'ouest de Ghoumla, oi!i les conditions topographiques sont beaucoup plus favorables aux opérations géodésiques. Plus loin, le réseau se dirigera par Andrinople sur les Dardanelles, et longera ensuite le^ côtes de l'Asie Mineure, ayant toujours au moins un sommet sur Tune des îles de l'Avchipel. Dans cette dernière partie, les conditions géodésiques sont des plus favorables ; les triangles choisis y sont tous de dimensions bien considérables et d'une forme très-avantageuse. Quoique l'état turbulent de l'Ile de Crète n'ait pas permis 4 nos voyageurs de s'y rendre personnellement, du moins on s'en est approché suffisamment pour acquérir la conviction que la jone- (ion géodésique pourra s'effectuer avec facilité en différents endroits, entre cette lie et les stations voisines choisies ^^T les Sporades et les Cyclades.

Par la raison indiquée, on n'a pas pu encore gagner la cer^itodft que sur l'Ile de Crète môme il'sera possible de mesurer line base convenable d'assez grande étendue ; mais le^ renseignements obtenus par des gens suffisanunent instruits qui £^u- U^fois ont visité cette Ue, permettent bien de l'espérer. Dans peUe pensée, on a projeté de mesurer sur Tare de Turquie, iSOmpreniMEit 10® \b' entre les points extrêmes, près d'Ismall et aur Vtle 49 («rète, quatre bases, lesquelles, avec notre base de

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sortie, diviseront cet arc en quatre parties approximativement égales. Dans les trois autres localités choisies, on s'est déjà convaincu que la mesure des bases et leur jonction avec les triangles principaux, n'offriront aucune difficulté. Â partir du N., la première base devra être mesurée sur la pente boréale du Balkhan entre Silistrîa et Choumla; la seconde, au S. d'Andrinople sur la rive gauche de la Maritza ; la troisième, dans la vallée de la rivière Boulouk-Mendérè, et la quatrième, enfin, dans Pile de Crète. Si cette dernière mesure présente trop d'inconvénients, on transportera Pavant-dernière base au N. de Smyme dans les environs de la ville de Manissa , et on mesurera la dernière sur Pile de Gos, dont la topographie a déjà été examinée sous ce point de vue.

Le détroit des Dardanelles divise notre arc en deux sections approximativement égales. Du côté S., le nombre des triangles choisis ne s'élève qu'à dix-huit, tandis que du côté N. il. faudra mesurer au moins vingt-cinq à trente triangles, sans compter les triangles supplémentaires qui joindront les bases avec le réseau principal. Du côté N., le nombre nécessaire de triangles n'a pas encore pu être fixé exactement. La saison ayant été trop avancée, nos géodésistes n'ont pu monter, pour choisir les stations les plus favorables , sur les cimes du Balkhan, qui toutes étaient déjà couvertes d'une neige profonde ; mais au moins on a pu s'approcher d'elles suffisamment pour se convaincre que la jonction géodésique n'offrait nulle part de trèsfortes difficultés.

Dans un pays aussi peu connu que l'est l'intérieur de la Turquie, l'établissement même d'un projet convenable pour des réseaux géodésiques qui doivent satisfaire à certaines conditions données, réclame naturellement des travaux additionnels dont on peut se dispenser dans lés autres pays. Mais les efforts enxployés à cette tâche trouvent en eux-mêmes une riche compensation par l'accroissement de nos connaissances dans la géographie générale du pays visité. Ce point de vue n'a pas été négligé par nos voyageurs. Étant munis de cercles prismatiques de Pistor et d'un nombre suffisant de chronomètres, M. Kartazzi et son aide principal M. Artamonov ont déjà pu fixer, dans leurs excursions de l'hiver passé, les positions géographiques de trente et un différents endroits situés dans les provinces de Bulgarie et de Roumélie , en s'appuyant pour les longitudes sur les positions de Routchouk, Varna, Slivno, Bourgas et Andrinople, données par mon père dans son mé-

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^oire de 18^5 : OrUHmtimmungm in der Twrkeif KUm-Atien ^énd Caucasien*.

A ces- déterminations, s'ajoute une foule de notices topogral)hiques rassemblées sur les lieux, qui changeront en forte I)roportion l'aq^ect des meilleures cartes géographiques qu'on possède aujourd'hui de ces provinces. C'est ainsi, par exemple, cjue la rivière, en apparence très-notable, indiquée sur la carte «le M. Kiepert entre les villes d'Ândrinople et d'Eski-Saghra, sous le nom de Slufu on Jauê Dèré^ n'existe pas en nature, ou, si elle existe sous ce nom, elle ne tombe pas dans la direction O. £. dans la Tundja, mais en direction N. S. dans la Maritza; ^ous les autres affluents de la Tundja indiqués dans la même carte doivent subir des corrections analogues*. En relation avec cette faute, la carte de M. Kiepert indique ici une faible <shalne de montagnes en direction N. S., et qui suit de trèsprès le cours de la Tundja jusqu'à son embouchure dans la Bftaritsa. ^

Un autre de nos voyageurs étant chargé d'examiner s'il était XK>ssib]e, au cas que les opérations géodésiques le long du littoral de l'Asie Mineure fussent trouvées impraticables, de mener le réseau à travers la Grèce jusqu'en Crète, se dirigea de Routchouk par Sofia en Macédoine et en ThessaÛe. Les renseignements obtenus par lui sur les lieux concernant l'objet pindp&i de son voyage n*ont pas été assez favorables pour nous engager à abandonner le projet primitif ; mais en revanche il nous a apporté une foule de données géographiques qui prouvent que dans toute l'étendue de son voyage la confusion existante dans les cartes modernes du pays est presque incroyable.

Mais retournons à notre projet de travail futur. Nous espérons pouvoir commencer dans peu de mois les mesures trigo- Qométriques proprement dites. Dans ce moment on s'occupe de la préparation des instruments destinés à ce travail, et je

1. Ce Mémoire de feu M. Struve présente les résultats, vérifiés et calculés, des nombreuses déterminations astronomiques rapportées de la Moldavie, de la Valakhie , de la Bulgarie , de la Servie et de la Roumélie (Thrace), par les ingénieurs et les astronomes attachés à l'expédition russe de 1829. (V. S. M.)

2. Ces modifications dans cette partie du bassin de la Maritza se trouvent déjà indiquées, au moins en partie, sur la carte en 20 feuilles de M. Hàntsche. (V. S. M.)

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question des variatioDS des embouchures appartient à la géographie historique aussi bien qu^à la géographie physique. Expliquer la géographie des embouchures du Danube, c'est donc faire leur histoire, et cette histoire est étroitement liée à celle des pays riverains du cours inférieur. Le voyageur s* est donc occupé d'une manière toute particulière de restituer la géographie ancienne des provinces romaines de la Mésie et de la Scythie.

Il a pu, grâce aux facilités qu'il a trouvées auprès de notre confrère M. de la Richerie, capitaine de frégate, commandant la station du Danube, remonter le fleuve jusqu'à Vidin et le descendre ensuite jusqu'aux embouchures, en s'arrôtant, sur la côte turque de Bulgarie , partout où il le jugeait à propos pour ses recherches. Sa bonne fortune lui a permis de rencontrer à Routchouk son confrère et ami M. Guillaume Lejean, qui a bien voulu s'associer à ses recherches pour toute la côte danubienne de Bulgarie, entre Vidïn et Routchouk.

Il a été possible, grâce à ces facilités et à cette active et. précieuse collaboration , de reconnaître toutes les stations romaines des itinéraires anciens entre ces deux points, d'en lever des plans, d'y estamper des inscriptions inédites, et de proposer des identifications avec les positions modernes. Continuant seul les mômes opérations au-dessous de Routchouk jusqu'à Silistrie (l'ancienne Durostorum)^ M. Desjardins a envoyé à l'Académie des inscriptions et belles-lettres un mémoire détaillé qui a été lu aux dernières séances de la savante Compagnie.

S'occupant ensuite plus spécialement de la géographie ro* maine de la province de Scythie, correspondante, à peu près, à la Dobroudja moderne, il a exploré ce pays dans toutes les directions, prenant pour point de départ de ses excursions les deux positions anciennes de Troesmis et de 7omis, identifiées déjà avec certitude, la première avec Iglitza, la seconde avec Kostendjé, qui représente même le nom de Gtmitanlia^ appellation ancienne de Tomis à partir du quatrième siècle. Il chercha à retrouver les stations mentionnées dans les itinéraires entre ces deux points et entre Troesmis et Durostorum. Il croit pouvoir les déterminer toutes, et rétablir ainsi la série des positions romaines mentionnées dans les itinéraires depuis VidIn jusqu'à Kustendjé , c'est-à-dire sur une longueur de plus de deux cents lieues. Des inscriptions inédites, provenant en partie des fouilles qu'il a faites à Troesmis ^ les

tnsai de représenter à notre gouvernement, en temps favora- }le, combien il serait à délirer que le nombre des positions tstrODomiques sur notre grand arc de méridien fût encore conridërablement augmenié.

J'ai dit plus haut que l'arc de méridien turc comprendra 10* là' entre ses points extrâmes. En ajoutant cet arc à notre irc ruAso-scandinave, nous aurons un total de 35" 55' entra la mer Glaciale et l'Ile de Crète,, ou bien entre les latltDdes de ICfkO' et 35° 5'. La carte générale de l'Europe nous apprend da premier coup d œil que c'est effectivement le plus grand arc de méridien qu'on puisse mesurer en Europe , comme dans l'autre direction l'arc de latitude de 69° entre Valentia, en Irlande, et Orsk, sur la frontière des steppes des Kirghis, dont nouB venons de terminer la mesure a*ec la coopération d«s f éodésbtes allemands , belges et anglais , offre égale- DiBlit la plus grande ëtetidue qu'on puisse atteindre en Europe ■ous le mËme paiallàle. Pour gagner «noore de plu giandea

amplitudes, il faudra passer dans les autres continents. Par rapport à l'arc de latitude, il n'y a point d'obstacle naturel qui s'oppose à une continuation à travers la Sibérie, excepté les vastes steppes des Kirghiz entre Orsk et Semipalatinsk. Mais pour une continuation ultérieure ininterrompue de notre arc de méridien vers le sud, les cbances ne sont que très-faibles à cause de la distance d'environ 3 degrés qui sépare l'tle de Crète de la côte la plus procbe de l'Afrique. Sans doute, par rapport à une jonction directe des triangulations eufppéennes avec le continent africain, les conditions se présentent beaucoup plus favorablement pour l'arc de France. En considérant l'importance scientifique d'une telle opération, et en me souvenant de nos consultations de l'année passée, j'ose exprimer l'espoir que vous serez bientôt en état d'exécuter les projets que vous auriez conçus à ce sujet.

Recevez , mon cher collègue , les expressions de mon amitié et de mon dévouement. Otto Struve,

Directeur de TObservatoire de Poulkova.

EUROPE MÉRIDIOIf ALE.

(Deuxième Péninsule.)

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