BOUCHES DU DANUBE
sances. En 1826, le tzar se fit assurer la possession de l'embouchure de Soulina par le traité d'Âkerman; et enfin par la paix d'Andnnople, signée en 1829, le cabinet de Saint-Pétersbourg s'appropria le troisième bras, celui de Saint-Georges.
Mise ainsi en possession des trois emboucbures du Danube, la Russie, si elle avait obéi aux conventions dont elle était signataire, aurait dû s^attacher à améliorer leur navigation et à les rendre praticables; mais loin d'y satisfaire, le but de ses efforts constants semble avoir été de rendre de plus en plus difficile l'accès de la mer Noire par ce fleuve. Elle laissa les sables s'accumaler à l'extrémité des bras de Kilia, de Saint- Georges et de Soulina, de telle manière que la navigation y devint à peu près impossible; les petits navires d'un trèsfaible tonnage pouvaient seuls les pratiquer ; et encore, pour la plupart d'entre eux, les cargaisons devaient être rompues et transportées au moyen d'allégés jusqu'à la pleine mer.
Les choses étaient en cet état , lorsque les mémorables succès de nos armes amenèrent la réunion du congrès d^ Paris.
Le traité de paix qui en fut la conséquence consacra la neutralité de la mer Noire, en môme temps qu'il affranchissait légalement et matériellement la navigation de son principal affluent dans tout son cours....
Tel a été l'objet des articles 15 à 19 du traité de Paris, qui ont appliqué, en les élargissant évidemment par certains de leurs termes, les principes des traités de Vienne sur la navigation des fleuves internationaux, et qui ont pourvu à l'amélioratien matérielle des embouchures du Danube en préposant une Commission européenne composée des délégués de la France, de rAutriche, du royaume-uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, de la Prusse , de l'Italie , de la Russie et de la Turquie, à la direction des travaux destinés à faciliter le libre parcours du bas Danube en aval d'Isaktcha.
La Commission, dans une note insérée au journal officiel, a exposé ainsi Tensemble de ses travaux :
Le premier point qui fut l'objet des discussions de la Commission internationale, une fois sa constitution intérieure établie, devait être le choix de la branche du Danube qui serait transformée par les travaux qu'il s'agissait d'exécuter. Le fleuve, en effet, se jette dans la mer par trois grandes issues :
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renibotlchare dé là JTt/ûi, celle de Saint-George» f et celle de la SouKfia, La première est la branche du nord, la seconde est la branche du sud, la troisième est la branche du centre. Chacun de ces embranchements fut Tobjet d'études approfondies; la Commission en fit lever les plans, en ordonna les sondages, recueillit toutes les observations de nature à éclairer sa délibération définitive, apprécia les avantages et les inconvénients que présentaient soit la hauteur des eaux, soit le nombre et la disposition des bancs de sable, soit la largeur des rives, soit la rapidité des courants, soit la direction des vents, et se trouta enfin à même de fixer ses idées en pleine connaissanoe de cause.
La branche de Kilia fut dès Tabord écartée : le fleuVe, eii effet, se divise de ce côté en un certain nombre de éanaui étroits qui eussent exigé de grandes dépenses d'appropriation, et le terrain marécageux des rivages pouvait faire braindre d'ailleurs que les eaux resserrées par des travaux dans leur parcours ne rencontrassent des issues nouvelles à travers ces lïiarais. Il était plus malaisé de choisir entre le Saiht-O^rges et la Soulina. Le Saint- Georges offrait deux avantages itleontestables, sa largeur et sa configuration tnoins etposée à Taotion des vents de la mer Noire ; mais deux considérations gravés faisaient hésiter les commissaires : il fallait, en effet, si Ton adoptait le Saint-Georges, se décider soit pour soft systètne d'ouvrages, les digues longitudinales, qui exigeait des dépenses et un temps extrêmement considérables, soit pour un eanal hidépendant des embouchures naturelles et fermé par des écluses. Cette dernière combinaison, recommandée par une commission technique réunie à Paris sur Pinitiative dtt gouvernement anglais, rencontra une forte opposition de la part doS commerçants des Principautés, des marins de tous les pays et des officiers des stations navales. La Commission européenne, qui Pavait d'abord accueillie, crut devoir revenir sur sa décision et se refuser à conserver définitivement l'établissement d'écluses que le moindre accident aurait pu fermer à la navigation, et dont la possession aux mains des riverains aurait pu former un privilège plus dangereux peut-être que les abus du régime antérieur. La branche de Soulina fut décidément préférée ; elle est moins large sans doute et moins abritée que le Sàitit- Georges; mais les travaux, évalués à ime somme beaucoup moins élevée, devaient amener des résultats plus pràoi^te. Le traité de Paris ayant décidé que les droits perçus seur la
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natigàtion tembotmieMent les frais des oûTrages entrepris, il était indispensable de se préoccuper de cette question financière, et de ne pas g^eter en ce moment là marine marchande d^une dépense qui atténuerait sensiblement pour elle les avantages de rœuvre Coiifiée à la Commission européenne.
Cette question du choix définitif à faire entre le système d'endignement et le système dé canalisation n'en continue pas moins d'être l'objet d'assez vives controverses ; notre compatriote Ernest Desjardins, qui sait faire marcher de front, dans ses fructueuses études, la géographie des textes et les applications pratiques habituellement réservées aux ingénieurs de ptdfeâsion (Y. notre volume précédent, p. 487), soutient avec une conviction chaleureuse la supériorité de la canalisation. Il ne nous appartient pas d'entrer dans cette discussion technique (V. particulièrement, cidessus, la n« 499 de la bibliographie); mais ce qui nous tduchë de pi'ès dans k mission de M. Desjàrdins, ce sont les recherches de géographie romaine qu'il y a poursuivies, las résultats épigraphiques qu'il en a rapportés, et les beaux mémoires que nous promet sa plume savante (Y. ci-^ déllèus, ti^ 496). Au sti^plus la communication suivante qu'il a faite à la Société de géographie (n° 497) suffira pour mettre nos lecteurs au courant des questions agitées:
M. DeSjardinâ, éil tendant compte à la Commission centrale des principaux résultats de la mission qui Ta retenu six nlois dans la région du bas Danube et surtout dans la Dobfdudja, regrette dé ne pouvoir s'étendre sur le double objet dtt travail auquel il s'est livré, et se contente, quant à présent, del rappeler que pour le Danube, comme pour le Nil et le Rhôiië, comme pour tous les grands fleuves des iners intérieures, les conditions physîqtaes générales qui régissent la loi de leur écoulement et la distribution dé leurs apports étant les niêmes à ses yeux, et léS éinbouchures de ces fleuves étant soumises k des changethents pert)étù6ls, il en résulte que cette
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question des variations des embouchures appartient à la géographie historique aussi bien qu'à la géographie physique. Expliquer la géographie des embouchures du Danube, c^est donc faire leur histoire, et cette histoire est étroitement liée à celle des pays riverains du cours inférieur. Le voyageur s^est donc occupé d'une manière toute particulière de restituer la géographie ancienne des provinces romaines de la Mésie et de la Scythie.
Il a pu, grâce aux facilités qu'il a trouvées auprès de notre confrère M. de la Richerie, capitaine de frégate, commandant la station du Danube, remonter le fleuve jusqu'à Vid!n et le descendre ensuite jusqu'aux embouchures, en s'arrêtant, sur la côte turque de Bulgarie , partout oi!i il le jugeait à propos pour ses recherches. Sa bonne fortune lui a permis de rencontrer à Routchouk son confrère et ami M. Guillaume Lejean, qui a bien voulu s*associer à ses recherches pour toute la côte danubienne de Bulgarie, entre Vidin et Routchouk.
Il a été possible, grâce à ces facilités et à cette active et. précieuse collaboration , de reconnaître toutes les stations romaines des itinéraires anciens entre ces deux points, d'en lever des plans, d'y estamper des inscriptions inédites, et de proposer des identifications avec les positions modernes. Continuant seul les mêmes opérations au-dessous de Routchouk jusqu'à Silistrie (l'ancienne Durostorum), M. Desjardins a envoyé à PAcadémie des inscriptions et belles-lettres un mémoire détaillé qui a été lu aux dernières séances de la savante Compagnie.
S'occupant ensuite plus spécialement de la géographie ro* maine de la province de Scythie, correspondante, à peu près, à la Dobroudja moderne, il a exploré ce pays dans toutes les directions, prenant pour point de départ de ses excursions les deux positions anciennes de Troesmis et de Tomtt, identifiées déjà avec certitude, la première avec Iglitza, la seconde avec Kostendjé, qui représente môme le nom de Gofuton/ta, appellation ancienne de Tomis à partir du quatrième siècle. Il chercha à retrouver les stations mentionnées dans les itinéraires entre ces deux points et entre Troesmis et Dwrostorum. Il croit pouvoir les déterminer toutes, et rétablir ainsi la série des positions romaines mentionnées dans les itinéraires depuis Yidln jusqu'à Kustendjé , c'est-à-dire sur une longueur de plus de deux cents lieues. Des inscriptions inédites, provenant en partie des fouilles qu'il a faites à Troesmis ^ les