‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 104 sur 337 · BASSIN DU 'FLEUTE BLANC. S · texte numérisé non relu

BASSIN DU 'FLEUTE BLANC. S

en démontant les roues, nous parvînmes à remorquer les steamers, et avec des peines infinies nous réussîmes à amener la flottille jusqu'à une chaîne de petits lacs séparés les uns des autres par des intervalles de marais. Nous avançâmes ainsi, en partie à travers les lacs, en partie à travers nos 8 milles de tranchées, d^une distance de 30 milles (une cinquantaine de kilomètres). De temps à autre la vue de Peau à ciel ouvert venait réconforter nos hommes épuisés et découragés. Enfin nous retrouvâmes la rivière I la rivière libre d'herbages^ la terre sèche sur les deux rives, les forêts à une demi- lieue devant nous ! Des troupeaux d'antilopes et de buffles couvraient la plaine, et nos fusils nous procurèrent un renouvellement de viande fraîche dont nous avions grand besoin. Toute l'armée salua avec joie le moment où nous allions retrouver le grand fleuve, et la flottille tout entière, composée de trente-quatre barques, poussa en avant.

c Hélas I notre joie ne fut pas longue. Tout à coup les steamers, qui tenaient la tête, éprouvent une secousse: on venait de toucher le fond I L'un après l'autre tous les bâtiments touchèrent à leur tour. L'eau manquait I

c Ma dahabièh, qui est construite en fer et qui a un trèsfaible tirant d'eau , put encore avancer de 5 kilomètres environ, en sondant très-attentivement le canal. La profondeur en général n'était que de 3 pieds; les steamers et les plus grandes barques tirent 4 pieds | (1™,40). La dahabièh elle-même finit par toucher par 75 centimètres de fond. Moi et mon neveu le lieutenant Baker nous avançâmes encore dans une chaloupe, espérant retrouver plus loin le canal plus profond. Nous fûmes promptement déçus. Le canal se partageait en trois branches, qui allaient se perdre de nouveau dans de vastes marécages. La chaloupe elle-même toucha sur un lit de sable. Décidément la rivière était impraticable. Elle ne livre passage qu'au temps des grandes eaux.

c La saison des pluies approchait. Déjà nous avions éprouvé plusieurs orages. Nos provisions avaient soufi'ert, 160 hommes étaient atteints de la fièvre des marais, plusieurs étaient morts. Le complément de ma flottille, parti après moi de Khartoum, allait peut-être arriver d'un moment à l'autre, et nous pouvions nous trouver tous pris dans cette impasse sans issue. Il n'y avait pas à hésiter : il fallait revenir sur nos pas.... »

C'est alors que M. Baker, prenant Tavance sur la flot- •tille^ vint s'établir dans la station d'où sa lettre est écrite.

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et où l'expédition a dû attendre le moment opportun pour reprendre la campagne.

M. Baker nous rapporte un incident caractéristique. A son retour du Bahr el-Giraf, il rencontra sur le Nil deux bâtiments qui venaient d'opérer leur chargement d'esclaves après une razzia chez les Chillouks ; et celte razzia avait pour instigateur le gouverneur égyptien lui-même d'une station établie sur le fleuve il y a six ans, dans un lieu nommé Fachôda, 9° 5^' 25''' de latitude. Les deux chargements furent libérés, et le gouverneur de la station signalé au Caire ; mais on peut juger par là quelle tâche le voyageur anglais a entreprise. Appuyé (ostensiblement du moins) par le Khédive, il a contre lui toute la haute et moyenne société égyptienne, et peut être même, dans une certaine mesure, une partie au moins des esclaves dont il prend la cause en main. Car il faut bien le dire, il n'y a ;.ucune comparaison à faire entre l'esclavage de nos colonies, à nous si fiers de notre double titre de peuples chrétiens et de nations civilisées, et l'esclavage des pays musulmans. Les esclaves sont là ce que sont chez nous, dans nos villes et dans nos maisons, les domestiques, les serviteurs à gages, rien de plus, sauf le droit de propriété du maître qui finit toujours par un affranchissement. Supprimer complètement l'arrivée des esclaves noirs sur les marchés de l'Orient, c'est désorganiser de fond en comble la vie intérieure de la société. Sir Samuel Baker sait du reste à quoi s'en tenir à cet égard ; aussi a-t«il dit lui-même: < Aussi longtemps que l'esclavage consistera simplement à amener sans violence en Egypte des individus qui y gagneront leur vie, je ne m'en mêle pas; mais tant que l'esclavage impliquera que toutes les contrées contigués au sud de l'Egypte seront maintenues dans l'état de guerre le plus abominable, qu'elles seront exposées à d'incessantes incursions dont le but est d'alimenter les marchés de l'Egypte, il est impossible que ces populations reçoivent

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