BASSIN DU FLEUVE BLANC
expérience que le fait, si extraordinaire qu*il pût paraître, n'avait rien d'exagéré.
C'est au-dessus de la jonction du Fleuve Blanc et du Bahr el-Ghazal, entre ce grand confluent et celui du Bahr el-Giraf qui en est éloigné d'une quinzaine de lieues ou environ 70 kilomètres, à peu près sous le 9* degré 1/3 de latitude, que fat rencontré ce singulier obstacle, « banc impénétrable de noml)re de milles d'étendue, dit M. Baker, sous lequel la rivière coule par un canal souterrain. > Le Fleuve Blanc est ainsi littéralement fermé à la navigation. Mais les marchands d'esclaves, trouvant leurs communications interrompues avec les parties plus méridionales où se fait actuellement la principale récolte de leur denrée humaine, ont découvert un passage vers Gondokoro par le Bahr-el-Giraf. Il a été ainsi reconnu que ce dernier courant n'est pas un affluent du Fleuve Blanc, comme on Tavait cru jusqu'alors, mais une branche même du fleuve, une dérivation orientale' qui s'en détache, parait-il, un peu au nord du '6* parallèle, et qui rejoint la branche principale au delà du 9* degré après un cours d'au moins 80 lieues.
M. Baker se décida à jprendre cette voie latérale.
Ici nous laisserons la parole au voyageur, dont le récit devient des plus émouvants.
c Je franchis, le 17 février, la bouche du Bahr el Giraf, par 90 26' de latitude.
« La rivière avait 19 pieds d'eau (5™,80), le courant environ 5 kilom. i à Pheure, et la largeur d^une rive à l'autre de 50 à 60 mètres *. Le niveau de la rivière était d'un mètre } au-
1. Il n'est pourtant pas impossible que le Bahr el-Giraf soit tout à la fois un affluent et une dérivation du Fleuve Blanc, je veux dire un affluent qui, dans une certaine partie de son cours,serait relié au fleuve par une branche transversale.
2. Je réduis les mesures anglaises à la langue métrique, aujourd'hui universelle.
l'année géogr. IX. n
dessus de la marque des plus hautes eaux. La direction générale du courant était au N. E.
c Sur une étendue de 50 kilomètres environ» la rivière est bordée de belles forêts, que diversifient des plaines d'un sol extrêmement fertile ; plus loin, le bois devient rare, et les forêts ne se montrent plus qu'à des intervalles de 100 à 120 kilomètres. Plus loin encore, le boîs disparut tout à fait, et pour leur combustible nos steamers eurent Îl recourir aux approvisionnements dont je les fais suivre.
c  la distance d'à peu près 300 kilomètres du confluent, la terre sèche disparut, et nous navîgâmes à travers des marais sans fin où la rivière se rétrécit d'un bon tiers. Dans cet étroit et profond canal, nous fûmes attaqués par un hippopotame qui se rua sur nous et fît au steamer, surtout à ma dahabièh, des avaries telles^ que sans le prompt secours de l'équipage du steamer et des ingénieurs, je coulais à fond.
t Bientôt la vitesse du courant diminua, et la rivière se rétrécit au point qu'il restait à peine assez de place pour le passage des steamers là où il y avait à franchir un coude un peu brusque. Peu à peu le canal môme disparut, et la flotte se trouva immobile dans une mer de hautes herbes dont on ne voyait pas la limite. Nous étions par 7® 47' 46" de latitude N. par observation, et, selon ma supputation, à 272 milles (438 kilom.) du confluent de la rivière avec le Nil*.
c Nos guides, cependant, déclarèrent qu'on pouvait arriver au Fleuve Blanc par cette route, en s'ouvrant un passage à la hache à travers les marais flottants. L'œuvre semblait à peu près impossible, car la masse de végétation décomposée qui nous enveloppait pouvait se comparer à un indescriptible fouillis de cordes, de boue, de détritus de toute sorte, de lianes et de roseaux , liés, emmêlés, serrés en un réseau spongieux de 5 à 6 pieds d'épaisseur au-dessous duquell'eaù avait une profondeur de 10 à 12 pieds, et dont la surface, vers tous les points de l'horizon, était couverte d'herbes croissant à une hauteur au moins de 8 pieds.
« Nous nous mimes à l'œuvre. Pendant trente-deux jours entiers, un millier d'hommes se livrèrent à un labeur inouï. Au bout de ce temps nous avions fait dans la masse à peu près 8 milles (13 kilomètres) de tranchée. A travers cette tranchée,
1. Ce chiffre indique que le Bahr el-Giraf est extrêmement sinueux; car la distance directe n'est que de 1 degré ^, c'est-à-dire à peu près 116 milles anglais ou 186 kilomètres.