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LE CAPITAINE HALL

Outre quatre canots de baldîniers, le Polaris emporte deut embarcations plus petites, qui se démontent et peuvent être aisément empaquetées et chargées sut un traîneau. Elles sont construites de manière à pouroir porter à leur tour l'équipage et les traîneaux, lorsqu'elles sont agencées et matées, de sorte que dans Ibs excursions la glace et Feau libre seront traversées avec la même facilité, et sans que leur rencontre occasionne un retard sensible. Il se trouve d'ailleurs à bord, en dehors, des traîneaux tout construits, et dont quelques-uns sont armés de patins de fer, une provision de bois considérable pour les réparer ou leK remplacer : scies et couteaux à couper la glace, appareil de chauffage pouvant brûler de l'huile en cas de disette de charbon, provision d'enveloppes isolantes de feutre^ destinées à recouvrir la chaudière afin d'en ralentir le refroidissement, rien n'a été oublié de ce qui pouvait assurer le succès de l'expédition ou protéger la vie de l'équipage. Le département de la marine a fourni les instruments nautiques, ceux destinés aux observations scientifiques, les cartes et des instructions détaillées qui ne forment pas moins de 36 pages. Les Sociétés savantes et les particuliers ont envoyé des dons de toute nature : une collection complète d'ouvrages sur les régions arctiques, des provisions de bouche, jusqu'à un orgue et des instruments de musique pour les représentations théâtrales, qni pendant la saison d'hiver aideront à distraire l'équipage. On pense bien que l'article des provisions n'a pas été négligé.

L'équipage se compose de vingt officiers et matelots, tous choisis avec le plus grand soin. Le capitaine, M. S. 0. Bndington, bien qu'âgé seulement de quarante-quatre ans, est déjà un vieux marin. Il a navigué dans toutes les mers du globe et a passé treize années, comme baleinier, dans le golfe de Baffin. Le plus connu de tous est le second pilote, M. William Morton, le compagnon de Kane, qui a découvert la mer libre du pôle à l'extrémité du canal

Kennedy. C'est un Irlandais, depuis trente ans au service de la marine des États-Unis. Eane avait en très-baute es-, time son caractère et son talent, et il a prouvé dans sa fameuse excursion qu'il était capable de rendre de précieux services. Les observations <|u*il a recueillies, les positions qu'il a relevées étaient généralement fort exactes. Le docdeur Hayes Ta constaté par la suite. Le docteur Emile l^essel, chargé de la direction des travaux scientifiques, a déjà navigué dans les mers du Nord. U n'est pas jusqu'à l'Es* quiman Joé, embarqué sur le Polaris avec sa femme Hannah et sa petite fille Sylvie, une enfant de sept ans, qui ne doive se rendre utile. C'est un chasseur fort habile, et l'on compte sur lui pour approvisionner l'équipage de vianda firaldie.

La mer de Baffin est la route choisie par le capitaine Hall. Au fond de ce large golfe, deux grandes voies s'ouvrent à l'ouest : le détroit de Lancastre et l'entrée de Jones. C'est dans cette dernière, la plus septentrionale, que Is Polaris doit s'engager. Le capitaine Inglefield, le seul explorateur qui s'y soit encore aventuré, a reconnu en 1852 qu'à 75 milles de son embouchure dans la mer de Baffin ce détroit s'infléchit vers le nord, et qu'il devient parallèle au détroit de Smith, dont il est alors séparé par la terre de Grinnell. Hall espère, en suivant cette route inexplorée, s'élever avec son navire jusqu'au 80* de latitude nord; puia hiverner dans une baie de la côte, et de ce point partir en traîneau, pendant la saison chaude, pour atteindre le pôle. S'il rencontrait des obstacles insurmontables, il reviendrait sur ses pas et prendrait alors la route de Kane et de Hayes, celle du détroit de Smith. Mais il sa croit assuré d'arriver à la hauteur nécessaire sur la côte occidentale de la terre de Grrinnell. Il ne pense pas, du reste, qu'un navire puisse parvenir jusqu'à la mer libre, et c'est pour ce motif qu'il a surtout fait ses préparatifs en vue de longues excursions en traîneau. Il doit acheter plusieurs équipages

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de chiens à Upernavik, sur la côte groenlandaise; il penee en trouver ansii à la terre de Grinnell, Lors de son précédent ? ayage, il a ea de fréquentes relations avec les £s(|ui« manx venus de ces contrées, et il coimpte bien y retrouver ses anciens amis, les attirer même autour de sa station d'iiiver» Gonmie chasseurs et comme guides, les indigènes ne peuvent être que fort utiles.

On sait que Franklin n*a péri que parce qu'on n'a pas été informé k temp$ de son naufrage, parce que surtout on ne savait de quel côté diriger les secours. Pour éviter un sort pareil en cas de désastre, Hall doit chaque jour jeter i la mer, dans un cylindre en cuivre, une feuille de papier sur laquelle il indiquera la position exacte du navire et la situation de l'équipage. Sur ces feuilles se trouve imprimée en anglais, en français, en allemand,. en espagnol, en da* nois et en portugais, une invitation pressante de remettre cet avis au secrétaire de la marine, à Washington, ou au consul américain du port le plus voisin. En outre, Hall en* fouira, k l'entrée du détroit de Jones, sous un cairn ou monticule de grosses pierres, des renseignements détaillés et précis sur la route qu'il doit définitivement suivre, soit dans ce détroit, soit dans celui de Smith.

Cest le 1*' avril 1872 qu'il compte partir de sa station d'hiver pour son excursion au pôle« Il s'organisera de la manière suivante : cinq traîneaux, attelés chacun de douze k quinze chiens et conduits par deux personnes, seront chûgés de toutes les provisions qu'ils pourront contenir ; puis le voyage sera divisé en cinq grandes étapes. Pendant la première» les voyageurs consommeront uniquement les provisions d'un de ces véhicules. Lorsque ces provisions seront réduites au double de la quantité nécessaire pour nourrir l'équipage jusqu'à son retour au navire, on fera deux parts : l'une sera enterrée dans un endroit facilement reconnaissable, l'autre sera réservée pour l'équipage, qui regagnera sur-le-champ la station d'hiver avec son traîneau

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désormais mutile. Le reste de rezpédition poursuivra sa route, consommant de la sorte le contenu de chaque tratneau l'un après l'autre, mais en ayant soin chaque fois de réserver, outre la quantité de vivres nécessaires au retour de l'équipage, une portion égale destinée à former un dépôt. De cette façon, le dernier traîneau arrivera seul au terme du voyage avec les deux hommes qui le monteront, et le retour sera d'ailleurs assuré par les quatre dépôts précédemment enfouis. Hall pense que ses véhicules con* tiendront suffisamment de vivres pour le conduire jusqu'au p61e; puis, bien qu'il ne fiisse pas entrer en ligne de compte les produits accidentels de la chasse et de la pèche, il es-* père cependant qu'ils allongeront les étapes.

Le but unique de l'expédition en traîneau étant d'attein*> dre le p61e, Hall a l'ordre, aussitôt qu'il aura terminé son voyage en traîneau et quel qu'en soit le résultat, de regagner les États-Unis. Si donc rien ne l'entrave, il pourrait être de retour à New- York au mois d'août 1872. Mais comme il est peu probable que le voyage s'exécute dans des conditions aussi favorables, le Polaris a été approvisionné pour cinq années.

Le 26 juin dernier, le capitaine Hall a quitté New- York. Lorsque, à la fête d'adieu célébrée en son honneur, on lui a remis le drapeau que Morton et Hayes ont arboré deux fois sur le rivage de la mer polaire, il a promis de le faire flotter sur le pôle. Tiendra -t-il sa promesse ? On ne peut rien conjecturer à cet égard, car les régions où il va s'engager sont absolument inexplorées. Ce qu'on peut affirmer, c'est que sous le rapport matériel aucune expédition n'avait encore été organisée avec autant de soin et d'intelligence. Les dernières nouvelles qu'on a reçnes de l'expédition sont de Good-Haven, Groenland, 17 août. On partait pour le Nord. Tout allait bien.

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