XXIV NOTE SUPPLEMENTAIRE
sont encore nécessaires avant qu'il soit permis de rien formuler de précis et de définitif; mais déjà on peut entrevoir quel chapitre considérable va s'ajouter ici à l'ethnologie du globe. C'est à ce point de vue que j'ai dû insister sur cette partie aussi neuve qu'importante de la relation.
Il faut ajouter que les montagnards sauvages du Laos se distinguent des Laociens proprement dits, autant par la langue que par les traits. Leurs idiomes, dont M. de Lagrée et M. Francis Gamier ont recueilli quelques spécimens, ont tous une affinité commune, en même temps qu'ils diffèrent absolument du Laocien ; ils se rapprochent de la langue du Kambodj. On sait que la langue du Laos est une branche de la famille Thaï, dont le siamois est le spécimen le plus cultivé et le plus connu, grâce aux travaux de M. Tévêque Pallegoix; le kambodgien, selon M. Gamier qui s'appuie des études de M. Janneau, diffère radicalement du laocien et du siamois.
Quant à la configuration physique et à la physionomie, les Laociens proprement dits, ceux qui habitent les villes et les villages échelonnés dans la vallée du Mékong, et qui nous sont indiqués comme la partie policée de la nation, ne présentent plus du tout, comme les tribus sauvages des montagnes, la pureté originale d'un type nettement accusé. Leurs traits rappellent ceux des Chinois et des Tibétains, maisàdemi effacés par un contact étranger. Tandis que les Siamois, leurs frères par la langue, ont le type pur de la race jaune, les Laociens ont les traits indécis et mêlés des populations mixtes. L'histoire, ou pour mieux dire les traditions qui se sont transmises depuis des siècles, expliquent cette différence des deux rameaux de la même race. II est dit que la branche laocienne de la nation Thaï, lorsqu'elle vint s'établir sur le Mékong, y trouva une population antérieure qu'elle soumit ou qu'elle expulsa. Cette population antérieure, ce ne peut être que les ancêtres des tribus sauvages refoulées dans les montagnes ; et Ton se