AFRIQUE TROPICALE DU NORD
LIVINGSTONB
Ik Letters aod despatches of D' Livingstonb , November 1871 to July 1872, published in London Times and others journals, etc.
2. LiviNGSTONE^s Despatches. Parlementary Papers. Lond. 1872. 3 d. 1/2.
3. Livingstone Search and relief expédition. Varions (communications. Proceedings of the Rcy. Geogr, soc. toI. XVI, n" 3, july 1872, p. 145, 158, 184, 203, 225, 241.
4. M. Stanley's communications to the British Association. Brighton, Aug. 1872 ; Athenœumj n*» 2339, p. 24G.
6. Discussions, Notes and Hemoirs of D*" Cb. T. Bekr on Livingstone's Letters and Stanley's communications, Times, Aihe» nxumj and private letters.
l'année GLOGR. XI. 1
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6 c finding of Ifivingstone by H. M. Stanley. Lond. 1872, in-8« 139 p. 1 sh. (Holten).
Réimpression des lettres adressées par M. Stanley au New York Herald.
7. H. M. Stanley. Hûw I found Livinu:sione; inchiding travnls and ad vent lires in Ceiilrul Africa, hiid four Munlli's rcsidcnce with D' livingstone. Lond. 187:2, in-8".
8 Keith Jodnston. A Sketch map of tlie Lake région of Easlern Africa, showing D' Livingstone's disooveries and routes from I8r>(; lo 1872. Edimb, (and Lond.), 1872, 1 f»'« 1 ih. G d.
9. E. Behm. D' Livingstone's Erforschung der oberen Congo. MittheiL de Petermann, 1872, n- 11, p. A05-412.
M. Bchni, dans ce mémoire de géographie physique, a parraitement établi que le système deaux du Loualaba, reconnu par le D"* Livingstone à ro. et au S. 0. du Tanganika, ne peut appartenir au bassin du Nil ; mais je ne sais s'il est permis encore d'af/irmer qu'il appartient au bassin du Zaïre, biun qu'il y ait de grandes probabilités. Je doute que les notions acquises autoiisenl à mettre dès à présent Lors de cause rOgovaï et surtout le Zambé/i. il me parait sagu de suspendre son jugement.
10. H. G. Adams. Livingstouc^s Life anJ Advenlures; Z,o?wi. 1872, in- 12. :i sh. (i d.;
S l***. Les courses et les itinéraires de Livingstone dans la région de Tanganlka^ depuis le commencement de rexpéditiou actuelle en iSGti. Aper^'u rétrospectif.
Les vives appréhensions qne le manque absolu de nouvelles directes de Livingstone durant près de quatre années avait l'ait naître, sont enfin dissipées. On a depuis quelques mois des lettres écrites de la main du voyageur. Il ne semble pas, jusqu'à présent du moins, que les investigations du grand explorateur aient embrassé, à beaucoup près, le cercle qu'il voulait parcourir, ni que ces investigations aient beaucoup avaucé la solution des grands problèmes qui se rattachent à la région centrale de l'Afrique : les communitions que Ton vient de recevoir, dispensées d'une main un peu avare, contiennent trop peu de notions positives nettes et précises. Lsur tracé sur la carte n'y remplirait pas jusqu'à présent de bien grands vides. On ne saurait dissimu-
1er qu'il y a de ce c&té de sérieuses déceptions. Mw epfip ' les amis du voyageur sont rassurés, «si les amis de lasqence éprouvent plus d'un regret; et peut-être, d'aillçurs, les documents que Ton tient en réserve nous ménagent-ils quelque surprise. On se fait difficilement à l'idée que sept années de courses dans une région inexplorée n'aient pas dQnné à un voyageur tel que Livingstone de résultats plus décisifs et d'une plus haute importance.
M&is procédons par ordre.
Et d'abord rappelons sommairement les antécédents du Wyage.
{ia plupart de nos lecteurs n'ignorent pas sans doute que l'expédition actuelle est la troisième i laquelle Livingstone s'est dévoué dans les régions australes de l'Afrique, — sans compter ses travaux antérieurs, comme missionnaire depuis 1840, dans les contrées situées entre la colonie du CapetleZambézi.Ges premières courses apostoliques furent pour lui une excellente préparation ; elles l'habituèrent au climat tropical, et elles lui rendirent familières les mœurs et les habitudes des populations natives. Les études médi-. cales de sa jeunesse (il est né en Ecosse en 1815) étaient d'ailleurs pour lui le meilleur des passe-ports au milieu des Noirs; et de plus il avait acquis la pratique des observations scientifiques, et en particulier des relevés astronomiques. Jeune, instruit, énergique, vigoureux et plein d'ardeur, Livingstone était dans les meilleures conditions qui se puissent imaginer, lorsqu'on 1852 il entreprit son premier voyage d'exploration, qui est encore son grand titre d'honneur. Cette première expédition, qui ne dura pas moins de quatre années, de 1853 à 1856, le couduisit du centre du continent, où il était arrivé par le sud, à Loanda sur la cOte du Congo, et le ramena du Congo à Quilimané, 8ur la côte de Mozambique, lui faisant accomplir ainsi, le premier et jusqu'à présent le seul des voyageurs européens, la traversée entière du continent d'une côte à rautre, et
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enrichissant la carte presque vide de cette région de l'Afrique du tracé du Zambézi sur une partie très-considérable du cours de ce grand fleuve.
La deuxième expédition, de 1858 à 1861, a eu pour résultat une reconnaissaDce plus précise du Zambézi inférieur, l'exploration complète du Chiré, affluent extrêmement remarquable du grand fleuve un peu au-dessus du Delta, et la découverte — car on peut la qualifier ainsi — du vaste lac auquel le Chiré sert de déversoir. Les Portugais du seizième siècle avaient eu quelque notion de ce lac. que d'Anville , d'après leurs mémoires, inscrivit sur sa grande carte de 1749, sous le nom de Maravi; mais ces anciennes notions portugaises étaient tellement vagues et flottantes, que les géographes de la première moitié du siècle actuel l'avaient eiïacé de leurs cartes. 11 figure actuellement sur les nôtres sous le nom de Nyassa, — nom qui n'est qu'une appellation générique désignant une « grande eau, > et qui se retrouve à Téquateur sous la forme Nyanza. Il est tout à fait convenable de lui conserver le nom consacré de Maravi, qui est celui de la plus puissante des tribus riveraines.
C'est en 1865 que Livingstone a entrepiis son expédition actuelle, qui est la troisième. Indépendamment des vues philanthropiques qui l'inspirèrent en partie, — Livingstone n'ayant jamais cessé de travailler de tout son pouvoir à la complète extinction du trafic des esclaves dans le Sud de l'Afrique, — les investigations purement scientifiques y devaient avoir une grande part. L'explorateur s'y proposait quatre objets principaux : remplir le vide qui existait encore sur nus cartes entre le Nyassa du sud (le Maravi) et le Tanganîka; achever la reconnaissance de ce dernier lac, dont Burton et Speke, qui le virent les premiers en 1858, n'ont pu donner qu'un aperçu très-incomplet; étendre les reconnaissances aussi loin que possible dans la contrée absolument vierge qui est à l'ouest du Tanganîka, dans la di-
rectionde l'Atlantiqae ; enfin, porteries explorations anssi avant que possible an nord du Tanganîka, dans la direction de l'ëquateur, où se pressent, non résolues, tant de questions complexes qui tiennent à l'origine du Nil. Ce plan, avec ses ramifications nombreuses, est bien en effet celui qui s'impose à tout explorateur scientifique de cette région centrale ; c'est à la nature et à l'étendue des réponses positives que ces questions auront reçues, que se mesurera, en définitive, la valeur du voyage.
En quittant TAngleterre dans les derniers mois de 1865, Livingstone s'était rendu directement à Bombay; c'est de là, après avoir terminé les derniers préparatifs de son voyage, qu'il gagna la côte orientale d'Afrique au mois de mars 1866. (Voir V Année géographique^ t. VI, 1867, p. 40 et suiv.)
Après avoir touché à Zanzibar et tenté sans succès de pénétrer dans l'intérieur par la Rovouma (rivière qui débouche à la mer des Indes vers 1 0° et demi de latitude sud, et dont les sources sont dans les montagnes qui couvrent à l'est lelacMaravi), Livingstone rétrograda de 25 milles dans la direction de Zanzibar, jusqu'à la baie de Makindani. C'est de ce point qu'il s'enfonça décidément dans l'intérieur et gagna la Rovouma. On reçutàZanzibardes lettres datées de cette rivière le 18 mai 1866 : bien des mois devaient s'écouler avant qu'on n'eût d'autres nouvelles.
Livingstone avait franchi les montagnes et gagné le lac, dont il contourna, lui et son escorte, l'extrémité méridionale. Mais de l'autre côté du lac , une partie de ses hommes, refusant d'aller plus loin, Tabandonna; et revenus à Zanzibar (au commencement de décembre 1866) oiî les rappelait l'appât d'une rémunération promise, ils imaginèrent, pour justifier leur retour, une histoire sinistre qui fit croire pendant longtemps à la mort violente de l'explorateur.
Livingstone, cependant, poursuivant sa route successive-
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ment à Tonést, an nord et au nol'd-oueat, arriva lé 28 janvier 1867y neuf mois après sob départ de la cOte, b un Uëtl appelé Bemba, dont il détermina là position k 10*10' dé latitude australe; ce lieu est au nord-ouest du lac M&ravi, dans la direction du Tangan)ka. Une caravane qui se rendait à la côte lui donna l'occasion de faire parvëtiif de ses nouvelles à Zanzibar, et par Zanzibar à ses aiiiis de Londres. ISes lettres de BetUba, où il séjourna dent mois, tracent un bon itinéraire de la route qu'il avait parcourue, et font bien connaître la nature des pays traversés. Ces lettres ont été rapportées au t. VU (18B8), dé VAnnée (jèograghique, p. 259 ôl stiiv.; et M. Habenicht» dans les Mittheilungen de Petermann (année 1870, c&rtd n° 9), a construit fort habilement sur ces données la routé du voyageur.
Après les dépêches du 3 février 1867, uti long silence se fait de nouveau; la difficulté des communications isole en* core une fois le voyageur. Cependant un an plus tard| presque jour pour jour (le 5 février 1868), on avait à Zaû* zibar de nouvelles informations apportées par un marchand arabe qui arrivait du Grand Lac, c'est-k-dire du Tangantka $ CCS nouvelles lettres étaient datées de la ville dé Gazembé) et elles allaient jusqu'au 14 décembre 1867. La ville de Gazembé, dont le vrai nom est Lunda, ou plutôt Luoenda^ (Gazembé est le titre du chef nègre qui y a sa résidence^ et le nom du royaume), la ville de Gazembé, disons-nous, est une place considérable et un centre important; elle avait déjà été vue, depuis la fin du dernier siècle, par plusieurs Portugais, par Lacerda, notamment, en 1 798, et par lé major Montciro en 1831.Livingstone y aura sûrement fait des observations, mais il n'en est pas question de ns ses lettres; les données approximatives déduites des itinéraires la mettent par 8° { environ de lalit. S., vers le 26* degré de longitude à TE. du méridien de Paris. Les aperças transmis par Livingstone sur la configaration générale et
l'hydrographie de la région qui enveloppe au sud et k l'ouest le Tanganîka, sont tf ès-importants et entièrement nouveaux. Le caractère général de toute cette contrée est celui d'une grande région lacustre. Le voyageur y a vu trois lacs d'une étendue considérable (beaucoup moins, cependant, que le Tanganika), et on lui en a mentionné d'autres. L'un de ces lacs, appelé Liembay que le voyageur a contourné en partie, paraît avoir son écoulement dans le sud du Tanganîkà. Trois autres grands lacs, le BangouéolOy hMoiro etVOuler^ ghèy se suivent dans cet ordre du sud au nord ou au nordouest, le troisième de ces lacs étant situé, par approximation, à deux degrés à TO. du méridien central du Tanganîka, c'est-à-dire à 200 kilomètres, un peu plus ou moins. Le lac le plus méridional, le Bangouéolo, doit être à peu près sous le 12* degré de lalit. S. Il paraît que ces trois derniers lacs sont ruliés entre eux par une suite continue d'eaux courantes. Le Ikngouéolo s'écoule dans le Moéro par une rivière appelée Louapoula; le Moéro va se déverser dans rOulenghé par le Loualaha; et TOulenghé, d'après les rapports, norte ses eaux au Lovfira, grande rivière qui coule à Touest des lacs et se dirige au nord. Une autre rivière considérable, le Tchambézp, — qu'il faut se garder de confondre avec le Zarabézi, quoique les noms soient au fond les mêmes, — le Tchambézé, disons-nous, coule de l'E. à rO. au sud du Tauganîka, et vient aboutir au Bangouéolo. Je tâche d'exposer clairement l'ensemble de ce système d'eaux; mais l'esquisse ci-contre que j*en ai tracée en donnera mieux encore une idée nette. Une grande question est de savoir où va le Loufira, qui reçoit, d'après les informations qui précèdent, les eaux de la chaîne de lacs commençant au Ikngoui'oio. Le D"" Livinp^slone est trèsdisposé à y voir la tête laplus méridionale du bassin du Nil, et cette hypothèse s'est même einjarée de son esprit d'une manière un peu exclusive. Elle a néanmoins contre elle de fortes raisons physiques. Il y aurait plus de proba-
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bilité à en faire la tête du bassin du Zaïre, ainsi que M. Behm de Gotha Ta montré, dans un récent mémoire, par de fortes raisons (ci-dessns, n^ 9) ; il n'y en aurait pas moins, sinon plus, à le regarder comme appartenant au bassin supérieur du Zambézi. C'est aux futurs explorateurs à vider d'une manière définitive ces questions capitales, sur lesquelles il pourrait être dangereux d'asseoir des spéculations anticipées.
Tous les noms qui viennent d'être mentionnés se représentent si souvent dans les dépêches récentes de Livingstone, auxquelles nous arriverons tout à Theure, qu'il était indispensable de les remettre sous les yeux du lecteur.
Nous reprenons la suite des marches de Livingstone.
Après les lettres écrites de Gazembé le 14 décembre 1867, on en reçoit d'autres encore, datées de la même ville, le 8 juillet 1868 : c'est dans celles-ci que se trouvent les détails physiques que nous venons de résumer (Voir le t. IX de VAnnéc gcograpliiquey p. 239;. Puis quatre années s'écoulent sans nouvelles directes. On n'a plus, durant ces quatre années, que çk et là des percées accidentelles sur les mouvements du voyageur. Il était arrivé à Oudjidji, sur le bord oriental du Tanganika, et il avait fait de là diverses excursions sur lesquelles nous n'avons pas de détails.
Le 10 mars 1871, le docteur Kirk reçut des lettres de deux voyageurs arabes, lui apprenant que « le voyageur chrétien >^ se trouvait, en octobre ou novembre 1870, dans une localité nommée Monakoso, à Ménama (Manyéma, probablement, canton à Touest du Tanganika), avec Mohammenebn Gharib,» sans secours, sans ressources, et accompagné d'un petit nombre de serviteurs » [helpless^ wUhout means^ loilh few fulloivers).
I)e trente-quatre lettres qu'il avait adressées en Angleterre jusqu'en juin 1869, aucune n'était parvenueà destination. A cette époque il était sur le point d'explorer le lac
à l'ouest du TaDganika, « dans l'espoir de rejoindre le NU.»
S 2. Expédition organisée à Londres an commencement de 1872, poar aller à la recherche de Livingstone.
Ces informations, parvenues à Londres, excitèrent dans le public et au sein de la Société de géographie une légitime émotion. Sur la proposition de son président, sir Henri Rawlinson, la Société décida, à la fin de 1871, qu'une expédition serait envoyée à la recherche de Livingstone, pour lui porter l'assistance morale et au besoin le secours matériel qu'il attendait depuis longtemps. Un appel fut fait au sein de la Société, et une somme importante promptement réunie. La commission fut immédiatement désignée; eUe se composait du fils même de l'explorateur , M. Oswald Livingstone, et de deux officiers de la marine royale, le lieutenant Henn et le lieutenant Dawson. C'est ce dernier qui eut la direction de l'entreprise. L'expédition quitta l'Angleterre le 9 février; elle gagna promptement le Caire etde là Suez, où devait se trouver un paquebot en partance pour la côte orientale d'Afrique (Voir ci-dessus le n? 3 de la bibliographie).
Une caravane devait être organisée à Zanzibar, oil la commission était arrivée vers le milieu de mars. Mais là se rencontrèrent, à ce qu'il paraît, des difficultés de plus d'une sorte. La saison des pluies, l'insuffisance des moyens, peut-être le manque d'énergie ou le défaut d accord : on ne sait trop. Toujours est-il que l'expédition a complètement échoué, ou, pour mieux dire, qu'elle n'a même pas franchi le seuil africain. Les Anglais, qui n'appuient pas volontiers sur les petits mécomptes de l'orgueil national, ont entouré celui-ci d*un silence prudent. Il faut dire aussi que l'inaction du lieutenant Dawson et du fils de Livingstone a pu, jusqu'à un certain point, trouver son excuse dans ce que la
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commission apprît à Zanzibar de Texpédition individuelle d'an Américain^ qui depuis nn an avait fait, seul, ce qu'ellemême projetait de faire, c'est-à-dire s'était lancé résolument k la recherche du grand explorateur. Cet Américain est M. Stanley, dont nous avons maintenant à raconter 1 intrépide odyssée.
S 3. Un coup d'audace du journali&me américain. Le reporter H. Stanley. Sa mission, son voyage, son retour, ses récits.
Si la république Nord- Américaine n'a pas le monopole des choses extraordinaires, des entreprises marquées au coin d'une audacieuse énergie, elle en offre du moins des exemples qu'aucun peuple n'a surpassés. Le voyage de M. Stanley n'en est pas un des moins singuliers. M. Henry Stanley est un simple reporter attaché au principal journal de New York, ce que dans le journalisme français nous appelons un correspondant ; sa mission est de parcourir le continent européen, d'être présent partout oîi se produit quelque événement à sensation, et de faire en sorte que son journal devance, coûte que coûte, les informations des entreprises rivales. Dans le courant de 1870, on commençait h. se préoccuper d'une manière sérieuse du long silence de Livingstone; en Amérique, en Angleterre, et même en France où la guerre n'avait pas encore éclaté, de fréquents articles dans les journaux et les reviies surexcitaient déjà le sentiment public. Le directeur du ^ett? York Herald^ M. James Gordon Bennett , qui se trouvait alors à Paris, pensa qu'il y avait là un élément d'intérêt et de curiosité de premier ordre. « La recherche de Livingstone, » dût-elle même ne pas aboutir, devait éveiller vivement la curiosité générale. De la pensée à l'exécution, il n'y eut que l'intervalle d'un télégramme. Appeler M. Stanley, qui était en Espagne, et lui confier la périlleuse mission comme la chose du monde la plus naturelle, ce fut l'affaire
STANLEY. il
de deux jours : rëlectribîtë et la Tapeur ôUt supprimé les distances. Parti de Paris sans avoir pris le temps de déboucler sa malle, M. Stanley arrivait à Zanzibar vers la fin de décembre, et dès les premiers jours de 1871 il s'occupait activement de recruter ses portëuhs, d'organiser soii escorte, de disposer sa caravane, de tout préparer pour sa mise en route. Il s'informait près des indigènes et des Européens, notant avec soin les renseignements utiles, accueillant assez mal les observations dictées pat la prudebce. « Son plan paraissait arrêté, nous disait demièreinèiit un témoin oculaire ; M. Stanley recevait avec mauvaise humeur tout avis de nature à y apporter le moindre eiUpâchémeilt, le plus léger retard. » Son directeur lui avait dit ; Allez! — comme le serviteur oriental, il aurait volontiers t'épottdû : c Entendre, c'est obéir. » Il appoKait dans la mission qtt'il avait reçue sa ponctualité professiontielle, et c'est ainsi qu'il Ta remplie. Il est certain que sous cette impulsion vigoureuse, M. Stanley a fait ce que tous jugeaient impossible, ce que même après lui la piété filiale n'a pas cru pouvoir entreprendre.
Malgré tout, M. Stanley ne put se mettre en route avant les premiers jours d'avril, se proposant de gagner Oudjidji, sur le Tauganika; deux mois après, aii commencement dé juin, il arrivait àOuhyâ-Nyeinbé, centre de là colonie ârâbô de l'intérieur. Là un incident imprévu l'arrêta. Le roi dô Mirambo, entre Ounyâ-N^embé et Oudjidji, avait déclaré qu'à l'avenir il ne laisserait passer aucune caravane sur son territoire. On en vint aux coups, il y eut des morts et des blessés. Échappé à la bagarre, mais affaibli par la fièvre, — dangereux tribut que l'Européen paye inévitablertient à ces climats, — M. Stanley dut s'arrêter deux mois à Ounyft- Nyembé. Obligé de contourner le territoire de Mirambo, ayant k lutter contre toutes sortes de difficultés, l'intrépide reporter n'en arriva pas moins le 3 novembre en vue d'Oudjidji. II faut ici lui laisser la parole :
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< Voulant faire mon entrée avec tout l'éclat possible, je disposai ma petite troupe de manière à lui donner une apparence respectable. En tête flottait le drapeau américain; ensuite venait l'escorte armée, qui reçut Tordre de faire une décharge de mousqueterie. Venaient ensuite les bagages, lés chevaux et les ânes; enfin je marchais moi-même à la tête de Tarrière-garde. Le bruit des armes à feu amena au-devant de la caravane tous les habitants, qui firent retentir l'air de leurs acclamations et de leurs instruments de musique.
« Quand le cortège entra dans la ville, je remarquai, & ma droite, un groupe d'Arabes au centre duquel se tenait un homme de race blanche, pâle, à barbe grise, et dont Paspect contrastait avec les visages brûlés par le soleil des personnes qui l'entouraient. Il portait une jaquette de laine rouge et une casquette galonnée d*or de marin ; je reconnus & l'instant le D' Livingstone.
« Mon premier mouvement fut de me précipiter vers lui et de l'embrasser ; mais j'étais en présence des Arabes, qui, habitués à cacher leurs sentiments, devaient être disposés à m'estimer moi-même suivant que je saurais maîtriser les miens. De plus, un chef arabe d'un ordre élevé se tenait à côté de moi, et me confirma dans la résolution de ne manifester aucun signe de joie ou d'émotion. Je m'avançai donc lentement vers le grand voyageur,jelesaluaietlui dis: c Le docteur Livingstone, je suppose? » A quoi celui-ci se borna à répondre : « Oui. » Ce ne fut que quelques heures plus tard que seuls ensemble, assis sur une peau de chèvre, nous pûmes échauger nos félicitalions et nous raconter nos aventures. »
M. Stanley put constater que le D" Livingstone était très- bien portant, plein de force, inébranlé par les épreuves qu'il avait traversées, et bien résolu à terminer la tâche qu'il s'est imposée.