STANLEY ET LIVINGSTONE
S 4. M. Stanley près de Livingstone : suite. Leur excursion jusqu'à l'extrémité nord du Tanganîka. La question du grand lac et de son écoulement est réglée.
M. Stanley est resté quatre mois et quatre jours près da D' Livingstone y du 10 novembre 1871 au 14 mars 1872. Ces quatre mois, selon les récits de l'heureux reporter, ont été des mieux employés. Des courses fructueuses ont été faites de compagnie, et même le monde savant n'apprendra peut-être pas sans quelque surprise que c'est à l'instigation du journaliste américain que Livingstone doit d'avoir enfin compris l'importance d'une complète reconnaissance du Tanganîka dans sa partie du nord, et d'avoir résolu cette grande question depuis si longtemps en suspens. Il faut entendre là-dessus M. Stanley : c'est à Brighton que cette révélation assez inattendue a été faite, c Lorsque je proposai à M. Livingstone une course en commun à la tète du lac, le docteur ne doutait pas que le Tanganîka communiquait avec l'Albert Nyanza. D avait aperçu, pensait-il, un courant constant des eaux du Tanganîka vers le nord, et tous les Arabes, ainsi que les nègres, persistaient à déclarer que la rivière Rousizi sortait de l'extrémité nord du lac. Dès que je lui eus montré de quel intérêt et de quelle importance était la solution définitive de cette question, il se prépara au voyage sans perdre un instant. Jusque-là, me disait-il, il n'avait attaché aucune importance à cet objet {he had not regarded the subject as of any importance)^ la ligne centrale de drainage (c'est-à-dire le Loualaba) ayant absorbé tout son temps et toute son attention.... » Il est à croire que la relation du D' Livingstone ne présentera pas les choses absolument sous le même jour; mais au fond le sujet est d'un sérieux intérêt. Continuons le récit.
« Partis d'Oudjidji sur un bateau (c'était le 20 novemvembre), et nous dirigeant au nord, nous continuâmes de serrer la côte d'Oudjidji et d'Urandi, explorant soigneu-
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sèment du regard chaque crique, chaque enfoncement, afin que rissue que Ton disait être par là quelque part ne pût nous échapper. Nous faisions de 15 à 20 milles par jour. Nous passâmes en vue de montagnes ayant jusqu'à 2 et 3000 pieds au-dessus du niveau du lac, et chaque soir nous fûmes en danger d'être attaqués par les naturels; mes hommes faisaient bonne garde toute la nuit pour éviter les surprises. U nous fallut dix jours pour atteindre Textrémité du lac. Sur la côte opposée, des montagnes très-hautes et très-escarpées limitaient la vue et semblaient impénétrables. Le lac est d*une très-grande profondeur; je jetai la sonde à 2 milles de la côte, et je ne trouvai pas le fond avec 190 mètres de ligne. Plus au sud, le docteur Livingstone, dans une traversée, n'avait pas trouvé fond avec une sonde de 550 mètres. Les montagnes qui enveloppent l'extrémité nord du Tangantka le serrent de si près, sans aucune ouverture pour laisser échapper les eaux, sauf les ravins et les gorges étroites par lesquelles descendent les courants tributaires, que l'eau vînt-elle à s'élever de 150 mètres au-dessus de son niveau actuel, le contour du lac n'en éprouverait pas de changement notable. La veille encore de notre arrivée au Rousizi, un Noir affranchi de Zanzibar nous affirmait, en réponse à nos questions, qu'il avait été sur la rivière la veille même, et qu'elle sortait du lac. Sur cette affirmation si positive nous délibérâmes, le D^ Livingstone et moi, sur ce que nous aurions à faire dans le cas oii nous trouverions là un canal naturel conduisant à l'Albert Nyanza'; et nous décidâmes que le cas échéant nous descendrions jusqu'à ce dernier lac et qne nous en>
1. D'après le tracé plus ou moins hypothétique de nos cartes, l'AU bert Nyanza, ou lac de Baker, qui se trouve à peu près sous le même méridien que le Tanganika, n'en serait séparé que par une assez faible distance; mais U est bien probable que TÂlbert Nyanza, quelle que soit sa forme encore ignorée dans cette direction , descend beaucoup moins au sud qu'on ne Ta supposé*