L'équivalent de douze départements français
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tribuer la primauté sur le Kir', parmi les grandes rivières dont se Forme le Nil supérieur.
Meschéra-el-Rek, qui devint alors le quartier-général da voyageur, est situé dans le pays des Dinka. Ceux-ci, de même que les Nouèrs et les Chiilouks, deux peuples qui habitent les terres basses, forment un remarquable contraste avec leurs voisins du sud et de l'ouest, les Bongo, les Mitou, les Nyam-Nyam et lesKredj, peuples qui vivent dans les terres hautes, sur nn plateau de grès rouge abondant en fer. Ces derniers ont une certaine nuance rouge sur leur peau noire ; ils sont plus trapus et moins grands que les Nègres du plat pays. Les Bongo, que les Diuka nomment Dor, furent la peuplade que le voyageur apprit d'abord k connaître ; ils sont agriculteurs, et la traite des esclaves en a fort diminué le nombre '.
M. Schweinfurth fit ensuite connaissance avec une autre peuplade agricole, les Mitou, qu'il rencontra dans une excursion à l'est, sur la rivière Roi, et à Mvolo, lieu déjà visité par Pelherick. Sur ces entrefaites, il fut invité par Aboû-Sammat, Tun des traitants du bassin du Bahr el- Ghazal, à accompagner une expédition dans le pays des Nyam-Nyam. Il accepta avec empressement, et Ton partit à la lin du mois de janvier 1870. L'explorateur a dû à cette excursion de très-intéressantes découvertes.
c  peine eut-on traversé le Tondj, un des affluents du Diour, que Ton rencontra les premiers Sandé, — c'est le nom que se donnent les Nyam-Nyam. Dans son extérieur et ses habitudes, ce peuple a une physionomie très-caractérisée. Il porte des tresses de cheveux descendant jusqu'à mi-corps; ses grands yeux en amande sont très-écartés l'un
1. Nom indii^àiie du ticuvc Blanc au-dessus du conflucDt du Bahr
el-Ghazal.
2. M. Schweinft;rth, dans sa communicatiun, a donué des détails étendus sur la physionomie el les mœurs de ces peuples.
de l'autre, le nez est large mais long, la taille est moyenne, le buste est assez long, bien que la plus grande stature ne dépasse pas 1 mètre 80 centimètres. Ils s'aiguisent les canines en pointe, afin de s'en servir comme d'une arme dans les combats ; ils s'habillent de peaux et gardent la tête nue, à l'exception des chefs qui ont seuls le droit de s'orner le front d'une coiffure en peau de bé.te. Ils se servent peu de l'arc et de la flèche ; leurs armes habituelles sont la lance, et une espèce de couteau en forme de faucille. Ils chassent et ils pèchent, mais à peine s'ils grattent le sol, qui leur fournit sans travail une foide de plantes nourricières. Ils n'ont pas de bestiaux ; ils entretiennent des chiens et des poules, et sont grands amateurs de chair humaine. J'ai rapporté à Berlin plusieurs crânes d'hommes servis dans leurs repas d'anthropophages. Les Nyam-Nyam obéissent à des chefs nombreux ; rien que dans la portion orientale du territoire, j'en ai compté une vingtaine, tous investis d une grande autorîté sur le menu peuple. Le premier-né hérite du pouvoir, et ses frères sont établis comme vassaux sur les divers districts. Il y a là, naturellement, une cause de fréquentes guerres civiles. Le territoire des Nyam-Nyam , qui s'étend très-loin dans l'ouest, représente certainement plus de 160 000 kilomètres carrés.
« Au sud des Nyam-Nyam, à partir du quatrième degré de latitude N., habite la tribu des Mombouttou, qu'un peuple mixte cantonné au nord de l'Ouêllé sépare des Nyam-Nyam. L'Ouëllé est un puissant fleuve de huit cents pieds de largeur, et de 20 pieds de profondeur là où je l'ai traversé ; il coule dans la direction de l'ouest, et ce ne peut guère être que le Ghâri qui va déboucher dans le lac Tchad. Au sud du Ouêllé, on est chez les Mombouttou.
< Ce peuple et son pays firent sur moi une impression de nouveauté plus grande encore que les Nyam-Nyam.
Une végétation splendide, des palmiers oléifères, des cannes à sucre, des bananiers, d'autres plantes tropicales ; des hommes d'un teint encore plus clair que les habitants du plateau de grès rouge, qui d'ailleurs se prolonge ici ; des gens couleur de café moulu, des hommes vêtus d'ëcorces de figuier, des femmes presque nues, des chignons cylindriques sur toutes les têtes : voilà ce qui me frappa tout d*abord chez les Mombouttou. L'anthropophagie eçt ici plus enracinée encore que chez les Nyam-Nyam ; et cependant les Mombouttou sont loin de manquer d'intelligence. Ils ont un état social réglé, ils counaissent plusieurs arts, et s'entendent mieux que les Nyam-Nyam et les Bongo à la fabrication du fer et du cuivre. Lear roi Mounsa, plus puissant que ses voisins, nous accueillit amicalement ; il donna même des fêtes en notre honneur, où figurèrent des Akka,
c La nation naiue des Akka réside au sud des Mombouttou, et leur est en partie soumise. Les Akka n'atteignent jamais plus d'un mètre et demi. Leur prognathisme est très -prononcé ; ils ont de petites mains, de petits pieds. Très-agiles de leur nature, ils se servent fort habilement de la lance et de Tare pour chasser l'éléphant. Je voulais emmener un de ces nains en Europe ; mais TAkka que j^avais choisi est mort eu Nubie, dans le cours du voyage de retour.
« En revenant, dans le pays des Nyam-Nyam, la caravane eut à repousser une attaque, et son chef, Aboû-Sammat, fut grièvement blessé. Pendant l'arrêt nécessité par la guérison de cette blessure, je fis un petit voyage aux sources du Diour. Au mois de juillet, je rentrais enfin dans le sériba de Ghattas.
« De courtes excursions remplirent les mois suivants. J'entrepris ensuite une seconde exploration dans le pays des Nyam-Nyam, à la suite d'une expédition pour laquelle tous les possesseurs de sériba avaient réuni leurs forces.
Mais là je vis pâlir ma bonne étoile : le 1*' décembre 1871, un incendie détruisit le sériba de Ghattas et anéantit une grande partie de mes collections et de mes provisions ; en même temps nous recevions la nouvelle d'une défaite com* plète de l'avant-garde de l'armée des traitants.
« Il fallut songer au retour ; mais, avant de reprendre le chemin de l'Europe, j'utilisai les six mois pendant lesquels je dus encore rester dans le bassin du Ikhr el-6hazal. Je poussai une pointe à l'ouest, dans le pays des Kredj; je dépassai de quatre fortes journées de marche l'endroit le plus occidental atteint précédemment par M. de Heuglin*. Les Kredj, les Oolo et les Séré ont été réduits par la traite d'une manière terrible ; l'année dernière il y avait encore 2700 marchands d'esclaves chez ces misérables peuplades. La plupart de ces marchands sont de petits trafiquants qui arrivent dans ces pays avec des ânes chargés de coton ; ils échangent leur coton contre quatre ou cinq têtes noires, puis repartent pour le Nord. Le commerce de l'ivoire sauve jusqu'à un certain point de ce fléau les territoires situés plus à l'Est. »
Le 8 juin 1871, M. Schweinfurth s'embarquait en canot pour descendre le Nil; le 27 juillet, il était à Khartoum; le S6 septembre, il partait de Souakim. Le 2 novembre, il touchait le sol européen, à Messine, après trois ans et quatre mois d'absence.
1. M. de Heuglin accompagnait en 18GI les dames de Tinné dans leur pénible voyage.
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