‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 190 sur 337 · STANLEY ET LIVINGSTONE · texte numérisé non relu

STANLEY ET LIVINGSTONE

côtoierions le pourtour, où peut-être nous pourrions rencontrer sir Samuel Baker.

« Nous trouvâmes enfin la bouche de la rivière. Elle est au fond d'une petite baie d'un mille de large environ, et elle est masquée par une épaisse forêt de roseaux. L'entrée n'en était pas visible; nous nous mîmes à la suite de quelques canots qui disparaissaient mystérieusement à travers d'étroites ouvertures au milieu des rojseaux. C'est ainsi que nous trouvâmes l'entrée centrale.

« Ici tous les doutes sur cette question si la rivière sortait du lac ou si elle y entrait, s'évanouirent bientôt, car un fort courant d'eau brunâtre vint nous assaillir, et ce courant avait une telle violence qu'il nous fallut de grands efforts pour le surmonter. Plus haut, la rivière s'élargit en lagunes à droite et à gauche. La plaine alluviale à travers laquelle le Rousizi s'écoule dans le lac a au commencement une largeur d'environ 12 milles (une vingtaine de kilomètres), sur 15 milles de longueur; elle se rétrécit graduellement et se termine en pointe. Les chaînes de montagnes des deux côtés se rapprochent alors de manière à ne laisser entre elles qu'un intervalle de 2 milles, la chaîne de l'est dépassant le point où celle de l'ouest se termine. Plus loin dans le N. 0., on n'aperçoit plus qu'un véritable chaos de montagnes.

ff Le ^chef Roubinga, dont la résidence est voisine du Rousizi, et qui est un grand voyageur, discutait volontiers avec nous les questions de géographie; il nous dit que le Rousizi sortait du lac Kivo, nappe d'eau d'une journée de longueur sur une demi-journée de large, d'où la rivière s'échappait par une ouverture dans la montagne. A une vingtaine de milles au-dessus de son embouchure (30 kilomètres environ), le Rousizi reçoit le Louanda, ou Rouanda^ rivière qui vient du N. 0. ; on compte en outre dix-sept autres tributaires. Roubinga avait été jusqu'à six journées

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vers le nord^, et il n'avait pas entendu parler d'une grande nappe d'eau telle que TAlhert Nyanza. Ce lac ne peut donc avoir du côté du sud Textension considérable qne Baker lui attribue.

A notre retour vers Oudjidji, nous suivîmes la côte occidentale du Tanganika. Nous relâchâmes & Ouvira, où l'on nous montra la plage oh les canots de Burton et Speke s'étaient ensablés. Non loin vers le sud se dresse le pic de Sumbourizi, à une hauteur de près de 1400 mètres au-' dessus du niveau du lac. >

S 5 . Inrormations transmises par le D' Livingstone lai-même. Le système hydrographique de la région da Tanganika.

M. Stanley a rapporté un journal de la main du ly Livingstone, et en même temps toute une série de dépêches et de lettres adressées au ministre des affaires étrangères à Londres, au Président de la Société de Géographie, à ses parents, à ses amis, et enfin au directeur du journal américain qui lui a dépêché l'inappréciable secours de M. Stanley. Du journal de l'explorateur, rien encore n'a transpiré au dehors, pas même uoe indication des documents qui peuvent y être contenus; mais plusieurs lettres livrées aux journaux renferment des aperçus d'un grand intérêt, aperçus d'une nature tout à fait générale, à la vérité, mais cependant suffisants pour calmer la première impatience. En attendant que des points astronomiques permettent de fixer sur la carte les données assez vagues fournies par les communications actuelles, il faut les recueillir cepen* dant, et les grouper de manière à en faire ressortir la liaison.

L'attention s'y concentre sur deux points dominants : la

1. Ce qui nous porte bien près du 1" [degré au sud de Téquateur, et confirme ce que j'ai dit plus haut au sujet du tracé hypothétique de TAlbert Nyanza sur nos cartes.

ligne de partage qui sépare les eaux appartenant au bassin du Zambézi de celles qui s'écoulent (là du moins où elles sont connues) dans la direction du nord et de Touest, à l'occident du Tanganlka; et, en second lieu, ce que Tezpiorateur a pu observer ou apprendre de ce dernier système d'eaux.

On a vu que le D' Livingstone serait très-disposé à affirmer, — si même il n'affirme positivement, — que ces eaux, qui forment une suite de lacs, ou qui s'écoulent en rivières considérables au sud et à l'ouest du Tanganlka, représentent la tête du bassin du Nil ; mais c'est là, nous le répétons, une pure hypothèse que rien de positif ne justifie, que de fortes raisons repoussent, au contraire. Il faut donc écarter ce qui n'est que conjecture et spéculation, et s'en tenir aux faits observés par l'explorateur.

Après une vue générale des hautes terres, pleines d'une quantité innombrable de sources et d'eaux courantes^ qui forment la ligne de partage entre le bassin fermé du grand lac central et les eaux allant au Zambézi, Livingstone ajoute que sur les 700 milles de longueur de cette ligne de partage il en a reconnu 600; mais il n'abandonnera pas la tâche, dit-il, qu'il n'ait vu les derniers 100 milles de cette région, qui doivent en être la portion la plus intéressante. Et l'explorateur développe son opinion dans un long paragraphe consacré aux Montagnes de la Lune de Ptolémée, marquées par le Géographe alexandrin « précisément au douzième parallèle de latitude sud », paragraphe où nous no suivrons pas le courageux explorateur, car au point de vue de la géographie critique il renferme plus d'erreurs que de mots. Ces erreurs purement théoriques ne touchent en rien, heureusement, h, l'excellence des investigations de l'observateur. Que Liviugstone s'égare dans de fausses notions sur la géographie classique, ou dans des théories pour le' moins très-hasardées sur les sources du Nil, peu importe : il en sera de ses recherches

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comme de celles des astrologues et des alchimistes, qui, tout en poursuivant leurs théories chimériques, n'en ont pas moins travaillé à ravancenieut de la chimie et de la science des as Ires.

Voici maintenant ce que Livingstone rapporte du cours de la grande rivière qui se forme de celte multitude de courants descendus de la li^^ne de partage, ' — le Loualaba central, comme il l'apjjelle. Entré dans le lac liangouéolo sous le nom de Tchmnhèzé (entre le li« et le 12* de^ré de latitude australe), le grand courant central en ressort sous le nom de Louapoula, pour aller directement au nord, à la distance de plus de 2 degrés, se jeter dans le lac Moéro après avoir patsé non loin de la ville de Cazembé. « Bientôt après avoir quitté le lac Moéro, continue Livingstone (déprche au comte de Clarendon, écrite le 1" novembre 1871), la grande rivière, appelée ici Loualaba, décrit vers l'ouest un large circuit d'au moins 180 milles; puis, après avoir couru au nord pendant un certain espace, elle décrit de nouveau une large courbe à l'ouest d'environ 120 milles, en inclioant quelque peu au sud, après quoi q\\% tourne au N. K., et reçoit le Lomamé, ou LA'ki, grande rivière qui traverse le lac Lincoln. Api es le confluent, la rivière rencontre un grand lac qui renFenne des îles nombreuses. C'est le quiitiième lac du drainage central, et ce ne peut être le lac Albert; car en admettant comme passablement exacte la longitude que Speke assigne à Oudjidji \ et supposant que mon t-stiuie n'est pas énormément fautive, la grande rivière lacustre centrale est à cinq degrés environ à l'ouest du Tanganika ^

^- La moyenne des nombreuses observations comparées î'aites sur le haut Tan^anîka d'après le baromètre et le

1 . A i-fi i-r'". :^^" K. 'lo (ircc^nwich, 'iT"!'»' K. (ic* Paris.

'2. Ceci iiudMic c jTî.'.idrr.iliioMii.iJl l'i.'S iiii>.-," du M. Au;;. Petenuann un vûl. (lo 18Î0 Uc.-. MUiluiluiujen (caile ir «j, déjà Citée). Mais it convient d'uMciidrc lu publitMtioii des juurnaux ui^ulu^» du voyageur.

LIVINGSTONE. lÔ

point d'ébullitioD de Teau, est de 2880 pieds anglais (878 mètres) ; mais j'ai plus de confiance dans les baromètres que dans Taatre procédé, et ils indiquent un peu plus de 3000 pieds (à peu près 915 mètres). Il y a un pouce de moins sur la partie inférieure du Loualaba central, ce qui revient à peu près à l'altitude attribuée à Gondokoro (près de 2000 pieds, environ 600 mètres). »

En tout ceci, on ne voit pas bien clairement ce qui appartient à l'explorateur, et ce qui provient seulement d'informations. Le journal seul pourra donner à chaque chose sa valeur réelle.

$ 6. Informations transmises par Livingstone. Suite. Quelques notes

ethnographiques.

Voici maintenant une note d'une autre nature, dont Tiatérèt est purement ethnographique. Le pays de Manyéma, auquel la note se rapporte, est à l'ouest du Tanganîka, aux environs du lac Oulenghé. Non-seulement aucun Européen n'avait jamais visité le peuple du Manyéma avant Livingstone, mais les traitants arabes eux-mêmes ne se sont jamais avancés jusque-là. Aussi la valeur de Tivoire y est-elle tout à fait inconnue. Les défenses des éléphants sont abandonnées dans les forêts avec les animaux tués.

i< Beaucoup de femmes du Manyéma sont très-jolies, dit Livingstone; leur teint n'est pas très- foncé, et leur physionomie est d'un aspect agréable. Les hommes et les femmes sont d'une condition très-supérieure à celle de leurs esclaves, qui paraissent avoir conscience de leur infériorité. La plupart des hommes sont d'une taille élevée, et n'ont rien des caractères que nous croyons appartenir a la race nègre. »

On voit (juu si les communications du D' Livingstone laissent à désirer jusqu'à prcsi^nt bien des indications pré<«

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cises, iDdispensables à la géographie positive aussi bien qu'à la cartographie, elles ouvrent déjk de vastes horizons sur les parties lu connues du plateau de l'Afrique australe. M. Stanley quitta Lîvingstone le 14 mars 1872, et regagna heureusement la côte, d où il est revenu en Europe. Le 24 juillet, il débarquait à Marseille.

La première impression, il faut le dire, ne lui a pas été favorable. L'étonnant succès d'une mission où tant d'autres avaient échoué, et que l'on^s'était h:ibitué& regarder comme entourée de difficultés insurmontables; quelques détails singuliers, qui semblaient contraires au caractère, à la physionomie, en quelque sorte, du D*^ Livingstone ; certaines particularités de mise en scène, la qualité même et la profession de M. Stanley, le souvenir de supercheries restées fameuses dans l'histoire des voyages africains, et aussi quelques réticences dans les communications qui effaçaient en quelque sorte la figure austère du grand explorateur derrière le personnage nouveau qui venait s'imposer inopinément à l'attention publique : tout, dans le premier moment, souleva une défiance universelle. La Société de Géographie de Londres elle-même partagea cette défiance, et Texprima sans beaucoup de ménagement dans une lettre de son président au plus important des journaux de Lon* dres.li.lle était pourtant injuste, il faut maintenant le reconnaître ; la masse de documents que Ton a aujourd'hui sous les yeux ne laisse plus place au moindre doute. Il faut reconnaître aussi que dans l'accomplissement de sa hasardeuse entreprise, M. Stanley a déployé une énergie, une résolution, un san^'-iroid et une intelligence que peut-être bien peu d'hommes, à sa place, auraient eus au même de- {Cré.

Parmi les lettres de réhabilitation publicjue — l'expression n'est pas trop forte — qui ont été adressées de trèshaut lieu h M. Stanley, je citerai seulement celle du fils du D' Livingstone, revenu do Zanzibar en Europe avec 1ère-

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« Voulant faire mon entrée avec tout l'éclat possible, je disposai ma petite troupe de manière à lui donner une apparence respectable. En tête flottait le drapeau américain; ensuite venait l'escorte armée, qui reçut Tordre de faire une décharge de mousqueterie. Venaient ensuite les bagages, lés chevaux et les ânes; enfin je marchais moi-même à la tête de Tarrière-garde. Le bruit des armes à feu amena au-devant de la caravane tous les habitants, qui firent retentir l'air de leurs acclamations et de leurs instruments de musique.

« Quand le cortège entra dans la ville, je remarquai, & ma droite, un groupe d'Arabes au centre duquel se tenait un homme de race blanche, pâle, à barbe grise, et dont Taspect contrastait avec les visages brûlés par le soleil des personnes qui l'entouraient. Il portait une jaquette de laine rouge et une casquette galonnée d*or de marin ; je reconnus à l'instant le D' Livingstone.

« Mon premier mouvement fut de me précipiter vers lui et de l'embrasser ; mais j'étais en présence des Arabes, qui, habitués à cacher leurs sentiments, devaient être disposés à m'estimer moi-même suivant que je saurais maîtriser les miens. De plus, un chef arabe d'un ordre élevé se tenait à côté de moi, et me confirma dans la résolution de ne manifester aucun signe de joie ou d'émotion. Je m'avançai donc lentement vers le grand voyageurje le saluai et lui dis: «Le docteur Livingstone, je suppose? » A quoi celui-ci se borna à répondie : « Oui. » Ce ne fut que quelques heures plus tard que seuls ensemble, assis sur une peau de chèvre, nous pûmes échanger nos félicitations et nous raconter nos aventures. »

M. Stanley put constater que le D'' Livingstone était très- bien portant, plein de force, inébranlé par les épreuves qu'il avait traversées, et bien résolu à terminer la tâche qu'il s'est imposée.

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S 4. M. Stanley près de Livingstone : suite. Leur excursion jusqu'à l'eztrémité nord du Tanganlka. La question du grand lac et de son écoulement est réglée.

M. Stanley est resté quatre mois et quatre jours près da D' Livingstone , du 10 novembre 1871 au 14 mars 1872. Ces quatre mois, selon les récits de l'heureux reporter, ont été des mieux employés. Des courses fructueuses ont été faites de compagnie, et même le monde savant n'apprendra peut-être pas sans quelque surprise que c'est à l'instigation du journaliste américain que Livingstone doit d'avoir enfin compris Timportance d*une complète reconnaissance du Tanganlka dans sa partie du nord, et d'avoir résolu cette grande question depuis si longtemps en suspens. U faut entendre là-dessus M. Stanley : c'est à Brighton que cette révélation assez inattendue a été faite, c Lorsque je proposai à M. Livingstone une course en commun à la tète du lac, le docteur ne doutait pas que le Tanganlka communiquait avec l'Albert Nyanza. D avait aperçu, pensait-il, un courant constant des eaux du Tanganlka vers le nord, et tous les Arabes, ainsi que les nègres, persistaient à déclarer que la rivière Rousizi sortait de l'extrémité nord du lac. Dès que je lui eus montré de quel intérêt et de quelle importance était la solution définitive de cette question, il se prépara au voyage sans perdre un instant. Jusque-là, me disait-il, il n'avait attaché aucune importance à cet objet {he had not regarded the subject as of any importance)^ la ligne centrale de drainage (c'est-à-dire le Loualaba) ayant absorbé tout son temps et toute son attention.... » Il est à croire que la relation du D' Livingstone ne présentera pas les choses absolument sous le même jour; mais au fond le sujet est d'un sérieux intérêt. Continuons le récit.

« Partis d'Oudjidji sur un bateau (c'était le 20 novemvembre), et nous dirigeant au nord, nous continuâmes de serrer la côte d'Oudjidji et d'Urandi, explorant soigneu-

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gîe, d'autres poursuivent le problème par le nord en remontant le fleuve Blanc, et ses branches supérieures. Parmi ceux-là, le D' Schweinfurth est maintenant au premier rang. M. Sclnveinfnrtli, sVcartant de la ligne ouverte parSpeke et qu'a si heureusement .suivie M.Baker, s'est jeté résolument à l'ouest du fleuve Blanc et de Gondokoro, dans une région que l'on regarde comme le domaine des fièvres et des cannibales. C'est Ik que coule le Diour, fréquenté par les traitants d'ivoire ; c'est de Ik que vient lé Bahr el-Ghazal, qui se réusit au fleuve Blanc sous le 9** degré de latitude, et qui prend aujourd'hui dans l'hydrographie du haut Nil une importance qu'on n'avait pas soupçonnée. Les courses du B' Schweinfurth se sont étendues très-loin dans cette direction de l'Ouest (à 100 lieues au moins de Gondokoro) ; tt il a remonté juf-iju'à près de trois degrés N. de l'équateur (voirie vol. précciientdc WUmix^ p. 250). Ses récoltes en ethnographie et en histoire naturelle paraissent avoir été d'une grnnde richesse, en même temps que ses relevés et ses itinéraires apportent à la carte de ces contrées encore si peu connues une quantité d'informations nouvelles.

Dans une communication verbale à la Société de Géographie de Berlin (V. ci-dessus, n«» 12), M. Schweinfurth a résumé l'ensemble de son voyage depuis l'origine; nous tirons de cette intéressante communication l'aperçu suivant, qui donne une haute idée de la somme d'acquisitions scientifiques qu'aura fournies cette laborieuse expédition.

Parti d'Europe au milieu d'août 1868, le D' Schweinfurth était h Khartoum à la fin du mois de novembre. Le gouverneur général du Soudan égyptien, Djaf èr Pacha, se montra très-favorable à l'entreprise, et usa de son influence pour mettre le voyageur en rapport avec Ghattas, un des principaux traitants d'ivoire dans la région du Diour, à l'ouest du haut fleuve Blanc. Sans l'appui et le concours d'un homme tel que ce Ghiilla^, qui jouit d'une grande prépondérance

près des chefs et des populations, il n'y aurait pas eu, dit le docteur, de réussite possible.

« Le commerce des esclaves et celui de l'ivoire sont les deux principaux aliments du trafic entre Khartoum et la région des sources du Nil. Le troque de l'ivoire aboutit à une exportation annuelle de la valeur de 500000 thalers; elle est dans les mains de six grandes maisons et d'une douzaine de petites qui leur sont associées. Pour tenir leur approvisionnement complet, les traitants sont obligés de pénétrer toujours plus avant dans Tin t(' rieur; ils y sont suivis par les explorateurs européens, et aussi par le marchand d'esclaves arabe, le fli»au de ces contrées. Chaque marchand d'ivoire exploite un district particulier où d'habitude il installe son sériba, c'est-à-dire un dépôt central que la population indigène est obligée de pourvoir de vivres, et d'où les agents européens rayonnent dans un cercle plus ou moins étendu. Une population mHSulraane d'environ 12 000 âmes s'est ainsi installée dans le pays, tenant en servage 200000 indigènes sur un territoire d'au moins 70000 kilomètres carrés ^ »

Le 5 janvier 1869, le D' Schweinfurth quittait Khartoum pour remonter le Nil. Le principal sériba de Ghattas, le grand traitant de Khartoum, est un village appelé Meschéra-el-Rek, composé de huttes en paille comme tous les centres d'habitation de cette région. Meschéra est près du Bahr el-Ghazal , fleuve considérable formé par la réunion du Bahr el-Arab et du Diour, le premier venant de l'ouest, le second du sud, tous deux alimentés par de nombreux affluents. De ces deux branches supérieures, le Bahr el-Arab est de beaucoup la plus considérable par sa profondeur et le volume de ses eaux; aussi le D*" Schweinfurth ne serait pas éloigné de lui at-

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