‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 207 sur 337 · LES ÉTUDES SCIENTIFIQUES EN ALGÉRIE · texte numérisé non relu

LES ÉTUDES SCIENTIFIQUES EN ALGÉRIE

vers, et de perdre 1 500000 habitaots, il serait temps enfin de penser à mettre en œuvre tous les moyens proDres h aider à la colonisation de TAlgérie. Les idées les plus erronées, dit Fauteur, ont encore cours en France sur celte magnifique contrée, où plusieurs millions de Français vivraient à l'aise et offriraient à la mère patrie, à quelques pas d'elle, uiie source inépuisable de richesse et de puissance. Les hommes intelligents et instruits y sont nombreux; ils pourraient former rapidement un corps savant capable de rendre les plus grands services pour une investigation active de la colonie.

Dès 1838, le gouvernement, pénétré des avantages qu'on pourrait retirer d'une création de ce genre, avait formé une commission scientifique ; le zèle et le courage de nos savants durent échouer, en partie du moins, devant les difficultés de la conquête. Depuis, il s'i^st constitué un certain nombre de sociétés pour l'agriculture, les sciences physiques et naturelles, la médecine, l'histoire, l'archéologie, etc.; leurs travaux sont importants et, pour en tirer tout le fruit possible, il ne manque qu'un lien qui les unisse entre eux. Il est facile de s'assurer, par une analyse générale, des progrès scientifiques accomplis en Algérie depuis quelques années.

Ainsi, dans les sciences mathématiques, la géodésie a été l'objet de travaux suivis, grâce à l'initiative du ministère de la guerre. La côte et tout le Tell sont couverts de triangulations: la topographie est presque entièrement terminée. La marine a repris les travaux du commandant Bérard et a terminé un relevé topographique des côtes à 1/-25000". Le génie militaire a rapidement établi un premier réseau de routes stratégiques; aujourd'hui, avec l'aide du génie civil, les plus grandes routes sont achevées. Deux voies ferrées relient Oran à Alger, et Philippeville à Constantine.

"Toutes les études qui se rapportent à l'observation des phér nomènes naturels trouvent en Algérie un des plus beaux champs de recherches que puisse rêver l'homme de science. Le grand massif de l'Atlas présente, entre la Méditerranée et le Sahara, un développement de 300 kilomètres. Sa large croupe est occupée tantôt par des plaines immenses dont le niveau se maintient entre 650 et 1200 mètres d'altitude, tantôt par des massifs monta;-nicux dont les pics élevés dépassent 2000 mètres. Son flanc sud s • termine presque toujours par des rides linéaires, dont les assises rocheuses, aussi régulières que de grandes digues, plongent à pic dans les plain s sans limites du désert.

74 AFKH^UE. (n»» 50-57.)

Cette disposition orographiqae, en donnant une grande variété de climats, multiplie les sujets d'étude. La météorologie, en particulier, pourrait en Algérie faire de rapides progrès. C'est, en effet, vers le Sahara algérien que vont se perdre beaucoup d'ouragans partis du Nord ; on pourrait étudier su^ place, avec grand profit, ces phénomènes. Le régime général des températures, des vents, des pluies, des pressions barométriques, n'est pas le môme sur Tun et l'autre versant de l'Atlas.

La chimie n'a pas fait encore d'investigations sérieuses en Afrique; combien, cependant, présenteraient d'intérêt des recherches chimiques sur les végétaux, les terres, les eaux, les roches diverses des montagnes dont les sédiments arrivent tous les ans en si grande quantité dans les plaines et les vallées sous l'action des pluies, parfois diluviennes, de la saison d'hiver. Les études géologiques ont été poussées assez loin, grâce aul recherches de MM Rozet, de Verneuil,Fournel, Renou et Ville ; on peut espérer plus encore, et surtout diriger les recherches du côlé des gisements miniers. Déjà on a trouvé des mines très-productives; mais il existe encore beaucoup d'autres points qui n'ont pas été examinés sérieusement.

La botanique est une des sciences qui ont été le plus complètement étudiées. Il n'en est pas de môme de la zoologie. Depuis les travaux de la Commission scientifique de 1838, M. Mares ne cite que la publication, dans ces dernières années, de deux volumes sur la faune marine et malacologiquede 1 Algérie, par M. Wincauw, et les études de malacologie terrestre et fluviale de M. Bourguignat.

L'agriculture algérienne réclame impérieusement le concours de la science; elle ne se trouve plus dans les mêmes conditions que l'agriculture française. L'agronome le plus habile d'Europe se sent immédiatement dépaysé en Afrique. Les pluies sont abondantes près du littoral ; elles tombent par intervalles pendant huit et même neuf mois de l'année, et donnent 90 centimètres environ. La température est très-douce dans les parties basses du Tell, et cette chaleur relative permet à la végétation de pousser dès les premières pluies de l'aulomne et pendant tous les mois d'hiver. A la période humide succède un soleil ardent qui amène une sécheresse excessive; il résulte de ces phénomènes une sorte de transposition des saisons, que l'agriculteur européen ne saurait trop observer.

La beauté générale du climat, la bonté des terres, l'aclion puissante du soleil sur leur fertilité, tout concourt à faire de

HYPSOMÉTRIE ALGÉRIENNE. 75

l'Algérie une des plus riches contrées agricoles. Depuis Toccupation fhinçaise, le commerce, qui était presque nul, s^est élevé à 86 millions en 1851, et arrive aujourd'hui à 297 millions. Sur ce dernier chiffre, les exportations de produits figurent pour 72455122 fr., dont il faut attribuer 70 275 000 fr. aux produits seuls de l'agriculture algérienne. Kt pour arriver à ces résultats, la population européenne, à laquelle ils sont presque exclusivement dus, ne compte encore que 218000 âmes, dont 122 000 Français. Ces 218000 Européens n'occupent actuellement que 70 000 hectares sur Ik millions d'hectares que compte le Tell seul, c'est*à-dire la zone montagneuse que nous pouvons coloniser.

La médecine a été très-bien représentée en Algérie: les travaux du personnel médical ont été nombreux. On s'est facilement convaincu, par Tinspection des statistiques, que les enfants croissent et prospèrent en Algérie avec une telle facilité^ que le nombre des Européens a pu augmenter progressivement. £n dix-huit mois, de 1861 à 1862, l'excédant des naissances sur les décès a été de 3927, et dans ces dernières années il donne un chiUre de 146 p. 100 de décès.

La géographie algérienne a réuni de nombreux documents : cours d'eau souterrains de plusieurs centaines de kilomètres de longueur, climat, productions, races autochthones ou conquérantes, ruines de tout âge de nombreux villages fortifiés que l'on trouve à chaque instant dans l'Atlas et qui dévoilent des massacres fréquents de tribus à tribus, tout a été soigneusement noté. Il serait facile, en tirant partie de ces documents, de généraliser dans le peuple des notions claires et véridiques sur le climat de l'Algérie, sur son histoire, et de faire tomber ces idées, encore trop répandues, d'aridité, de sables sans limites, etc.

En résumé, en montrant ce qu'a déjà fait la science en Algérie, l'auteur insiste sur l'utilité de la création d'un corps savant permanent dans le pays. Le développement des arts industriels et agricoles ne peut être rapide et sûr qu'à la condition d'être guidé par les théories scientifiques qui dissipent les préjugés et fécondent les recherches pratiques des masses laborieuses.

S 8. Hypsuméthe algérienne.

M. Mac-Carthyi dont les études sur TÂlgërie, historiques oa physiques^ sont toujours dignes d'attention» a

76 AFRIQUE. (n** 50-57.)

donné à un recueil algérien un résumé des principaux résultats acquis sur le relief de cette partie de la région de l'Atlas. Gomme ce document est court, nous le reproduisons.

Localités.

Aïn-Be!da (prov. de Gonstantine) .

Aïn-Té mouchent (prov. d'Oran).

Alger. La porte du Sa'hel.

— Point cul min. des Tagarins.

— Observât"* prov., à El-Biar.

Ammi-Moussa (province d'Oran).

• A'moura.

Aumale.

Bat'na

Blîda (place d*Armes).

Biskra.

Bor*ar (Boghar).

Bordj-Bouîra.

Bordj-Bou-A'riridj.

Bou-Farîic.

Boukhaâri (par erreur Boghari) .

Bou-Sa'da (Fort NeuQ.

Gonstantine (la K'asba).

D'âîa.

Dâr-Ben-A'bd-Allali.

Djelfa.

Dra'-el-Mlzân.

Géry ville. £l-Goléa.

Guelma.

La Mar'nta.

Lar'ouât.

Ma'sk*ara.

M&zouna.

Media (la place).

MetUli.

MiUana.

Mostaghanem (la place, chevet de

l'église).

Nedroma (pied du Minaret}.

Cran.

Orleansville.

El Ouâd (cheMieu du Souf).

Altitude observateurs.

en mètres.

800 Mac-Garthy, 1849.

Page 1