GÉODÉSIE ALGÉRIENNE
ciens ingénieurs géographes ou officiers d'état-major. Je citerai encore MM. Deneveu et Passot, puis plus particulièrement le capitaine Marel; en dernier lieu, MM. Galinier et Fœrster.
« C'est de 1851 seulement que datent les opérations d'ensemble et les véritables travaux géodésiques sur lesquels je désire appeler l'attention bienveillante de l'Académie ; ce sont eux qui devaient servir à coordonner les travaux antérieurs, de manière à en faire ressortir une description géométrique de l'Algérie, digne de servir de pendant et de suite à la description géométrique de la France.
« Un moment, on avait eu la pensée d'éviter une entreprise pareille, en demandant à de simples observations d'astronomie les coordonnées géographiques d'un graiid nombre de points principaux. Telle çst la marche qu'qn a adoptée en Hussie pour la majeure partie de ce vaste empire. Mais la densité de la population algérienne, et l'importance des travaux à exécuter sur le territoire conquis, ont décidé le Dépôt de la guerre à recourir à la Géodésie. Il est bien vrai que le plan primitif n'a pu être exécuté en entier. On voulait d'abord deux grandes chaînes dirigées suivant des parallèles et recoupées par trois méridiennes, de mapière à former des quadrilatères qu'on aurait remplis de triangles de premier ordre. On a fini par se contenter d*un réseau linéaire suivant la côte, sauf dans lea régions montagneuses, où les opérations eussent été impossibles pour plusieurs raisons. Mais ce réseau, relié à la mer en .trois endrqite, appuyé sur trois bases excellentes, pouvait suffire pour rectifier et coordonner les travaux partiels, et donner un solide fondement à la carte définitive. Si donc les événements, la mort des principaux promoteurs de ce grand projet, parmi lesquels TAcadémie aimera à entendre citer le nom du savant colonel Hossard la limitation des ressources budgétaires du Dépôt de la
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guerre, ont forcé le Dépôt à s'attacher à un plan moins grandiose, la science géodésique n'en aura pas moins à se féliciter d'être mise en possession de la mesure d'un magnifique arc de parallèle à cheval sur le méridien de Paris, et s' étendant^ du Maroc à la Tunisie, sur une étendue de 950 kilomètres.
t Voilà pour la science pure. Quant à la question pratique, si essentielle à notre colonie, la conséquence de ces travaux a été la construction d'une grande carte de l'Algérie snr le même plan que la carte de France, à l'échelle de çôoïïô* J® ^^^ ^^'' ^® même plan, mais il ne s'agit pas là d'imitation servile. La carte de l'Algérie présentera, en effet, dans son ensemble, une supériorité notable sur celle de la France, grâce aux progrès de l'impression en couleur. L'Académie en jugera par quelques échantillons que voici, où l'on s'est attaché à mettre en relief le jeu des cinq tirages successifs que la même feuille doit subir, pour être complète, avec cinq pierres gravées différentes. Enfin la substitution des lignes de niveau aux hachures présente des avantages sensibles pour les services publics.
• Je reviens à la Géodésie proprement dite. Divisons d'abord la chaîne des triangles de premier ordre en deux parties: l'une de Blidah à la Tunisie, l'antre de Blidah au Maroc; la première mesurée par le capitaine Versigny, la seconde, plus x^écente, par le capitaine Perrier, à qui Ton doit, en outre, les deux grandes bases terminales de Bone et d'Oran.
4 Ce qui frappe tout d'abord dans cette chaîne, c'est la bonne forme des triangles et le choix des stations et des signaux. Il n'y avait pas à faire usage, en Algérie, des clochers auxquels on attribue tant de petites erreurs; les signaux ont partout été construits soigneusement avec une maçonnerie en pierres sèches (M. Versigny), ou en pierres de taille et ciment (M. Perrier). On aurait voulu se servir de l'héliotrope, si généralement employé aujour^
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d*hui à rëtranger, et dont M. Perrier vient de faire nne heurease application en France ; mais il n'était pas possible de détacher au loin des opérateurs isolés. Les supports des instruments de mesure n'ont pas été construits avec moins de soin : rien n'a été négligé pour leur donner la stabilité requise et les garantir des rayons du soleil.
< On ne sera donc pas surpris, en examinant le détail de ces opérations, du degré de précision obtenu dans ces mesures délicates. Je trouve pour Terreur probable de la somme des trois augles d'un triangle quelconque de M. Versigny, 3", 12, et pour celle de M. Perrier, 3",07 (ne pas oublier cju'il s'agit ici, comme dans tout ce qui émane du Dépôt de la guerre, de secondes centésimales). C'est une précision rarement atteinte, qui place ces travaux au rang des meilleures mesures effectuées à l'étranger depuis les perfectionnements tout modernes de la Géodésie. Cependant M. Versigny a dû employer les anciens cercles répétiteurs de Gambey, tandis que M. le capitaine Perrier a eu à sa disposition les excellents cercles azimutaux qu'il s'est fait construire par la maison Brunner, mais le premier a su sans doute compenser, à force de soins et de travail, l'infériorité de son outillage. L'Académie n'en tiendra pas moins compte au capitaine Perrier d'avoir introduit dans ses opérations les nouveaux instruments et les méthodes nouvelles qui simplifient le travail, tout en donnant, généralement, des garanties supérieures d'exactitude.
« Pour la mesure des bases, nos officiers algériens ont renoncé aux appareils anciens de Borda, usités pour la carte de France, sans vouloir recourir à la métbode des leviers à touche employée en Russie, ou aux coins de 0 verre dont les Allemands ont fait un si fréquent usage depuis Bessel. L'Académie, par l'organe d'une Commission dont M. Largeteau était le rapporteur, avait approuvé le
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système qu'un habile ingénieur piémontais. M. Porro, lui atait soutbis. Sur la foi de cette haute recommandâtioti, le Dépôt de la guerre voulut l'essayer, et il s'en est bien trouvé.
< Depuis lors, les officiers espagnols Tont appliqué, à leur tour, à leur célèbre base de Madridejos, et ont confirmé par un brillant succès la préférence accordée en Algérie à ce système. Il est juste pourtant d'ajouter que l'appareil de Porro a été amélioré et construit par Brunner. M. F'errier a voulu s'assurer de l'exactitude de ces mesures fondamentales eu recommençant celle d'un tronçon de la base d'Oran. La différence des deux mesures a été de 3 millimètres (d'^^'^G) sur une longueur de 1180 mètres. Il en a déduit que Terreur probable de ses trdis bases, en tant qu'elle résulte des accidents inévitables de l'opération, ne dépasse pas 1 centimètre. Notez qu'il s'agit ici de grandes bases de 10 000 mètres.
c L'une d'elles, celle de Blidah, a servi au calcul des côtés de^ triangles ; les deux autres ont servi de Vérification. Voici les résultais :
mètr. c.
La base de Bone, calculée par 42 triangles, donne. 10 325 29
La mesure directe a donné 10 325 17
Celle d'Oran, calculée par 22 triangles^ donne.. 9363 84
La mesure directe a donné 9364 18
c Tel est le degré de précision qui a été atteint dans l'Afrique française : il dépasse ce qu'on pouvait légitimement désirer pour la meilleure carte, et, lorsque les règles algériennes auront été définitivement étalonnées par la grande Commission internationale du système métrique, il répondra complètement à toutes les exigences de lA science actuelle, qui sera appelée bientôt à tirer parti de ces beaux travaux.
ce J'aurais à rendre compte ici des opérations astrono* miques de longitude, de latitude et d'azimut^ si elles no
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devaient (tre publiées dans la troisième partie du tome X da Mémorial. D'ailleurs, le Ministre de la guerre désire, avant tout, les faire compléter par la détermination télégraphique de la longitude d'Alger, ainsi que par celle de Tamplitude totale de la chaîne. Très-certainement il rédamera dans ce but le concours du Bureau des longitudes et de rObservaloire de Paris. 11 ne resté donc plus qu^à dire quelques mots du nivellement géodcsique dont le réseau algérien devait être nécessairement accompagné. Ce nivellement s*étend sur la chaîne entière, et le calcul des altitudes fournit, pour chaque point, deux valeurs distinctes dont l'accord ou le désaccord constiiue une première épreuve. Les discordances sont généralement très-faibles, grftce au soin avec lequel les distances zénithales des signaux ont été observées et à un emploi constant de la méthode des distances réciproques ( non simultanées). Deux fois seulement ces écarts ont atteint 3 mètres; trois atteignent 2 mètres; les autres sont de moins de 1 mètre. La chaîne ayant été rattachée en tiois points au niveau de la mer, Fensemble des opérations fournit les deux vérifications suivantes : l'erreur des cotes d'altitude a été trouvée, à Bone, de 0'",41, et, à Oran, de 0",195.
< Le coefiicient de la réfraction^ en Algérie, est er moyenne de 0,072, valeur concordant avec celle que fournit le nivellement des régions plus septentrionales, partout où le rayon visuel ne passe pas par- dessus la mer.
< Citons enfin les points de la côte d'Algérie, d'où l'on peut voir la côte d'Espagne ; ce sont :
mètr. c.
Tessa^a, altitude 1061 25
Seba Chioukh 663 26
Nador de Tlemcen 1579 30
Le Filhoussen 1135 67
Le Zendal 612 84
L'Académie comprend dans quel but M. le capitaine
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Perrier a relevé si soigneusement ces points-là; mais ^e ne devancerai pas la communication qu*il compte bientôt vous faire sur un sujet qui a excité autrefois tant d'espérances parmi d'anciens et illustres membres de cette Académie.
c En résumé, messieurs, j'exprime ma conviction qne le monde savant accueillera avec le plus vif intérêt l'apparition du dixième tome du Mémorial du Dépôt de la guerre dont M le Ministre a désiré signaler à votre attention la partie principale, comme pour vous montrer que nus jeunes officiers sont dignes en tout point de leurs savants prédécesseurs.
« N'oublions pas que les Français, qu'il est de mode aujourd'hui d'accuser d'ignorance en fait de géographie» sont les véritables créateurs de la Géodésie continentale on maritime, et qu'ils n'ont ce.'-sé, depuis les Gassini jusqu'à nos jours, de publier d'admirables travaux qui ont servi de modèles à nos émules; les véritables hommes de science, à l'étranger, ont su de tout temps en apprécier la valeur. »
S 2. Les études scientifiques en Algérie.
L* Académie des sciences, dans sa séance du 2 décembre^ a entendu avec intérêt une lecture de M . Paul Mares sur la nécessité de créer en Algérie un centre supérieur de travaux et d'études scientifiques.
Nous ne nous portons pas juge du plan développé par l'éminent physicien auquel l'Algérie doit des études d'une haute valeur (voir le t. IV de V Année géographique ^ p. 68) ; mais son mémoire renferme un aperçu plein d'intérêt sur l'ensemble des travaux scientifiques dont notre grande colonie a jusqu'à préssntété l'ubjet. Voici le résuméque M. de Parville eu a donné dans le journal officiel.
Au moment où la France vient d'éprouver de si terribles re-