LE THIAN-CHAN
trésor un pot de beurre, deux bœufs, et une certidne quantité de bois de chaafllige ; en sus, elle est tenue d'envoyer un certain nombre d*hommes pour cultiver les terres appartenant au chah.
M. Fedchenko admet Pezistence du Pamir, que plusieurs géographes considéraient comme problématique. D'après le témoignage des indigènes, il y a deux Pamirs, le grand et le petit, Pamir i Keldn et Pamir i Khourd, Ce dernier est, d'après M. Fedchenko, probablement celui qui figure sur les cartes anglaises autour du lac Siri-koul ; quant au premier, le voyageur croit qu'il s'étend au sud et à peu de dislance des monts Trans-alaîens, et qu'il forme un vaste plateau jusqu'à présent inexploré.
Nous n'irons pas jusqu'à dire, avec M. de Khanikoff,que la communication de M. Fedchenko a pour l'orographie de l'Asie la même signification que la découverte des sources du Nil pour la géographie de l'Afrique; car dans cet ordre d'appréciations il faut faire entrer en ligne de compte la notoriété historique. Les hauts plateaux qui constituent la terre de Pamir ont d'ailleurs besoin d'être complètement et régulièrement reconnus dans leur ensemble, avant que l'on puisse se prononcer d'une manière définitive sur leur nature et leur caractère.
S 3. La passe principale dn Thian-chan. Première reconnaissance russe.
Nous avons fait ressortir déjà l'intérêt du voyage de M. Ghépéleff, un des ofGciers d'état-major du corps d'armée du Turkestan russe, dans la partie centrale du Thianchan, énorme chaîne à laquelle ses glaciers et ses neiges perpétuelles ont valu le nom mongol de Mouz-tagh, c la montagne de Glace ». Cette partie de la chaîne, qui sépare la nouvelle possession russe du Tarbagataï (la ci-devant Droûngarie) des États aujourd'hui indépendants de Eachgaret de Tarkand, a été pour la première fois l'objet de reconnaissances partielles^ en 1869 et 70, par deux ofl'atcnAï oioop. XI. 11
162 ASIE. (n^ 163-170.)
ficiers russes, MM. Poltaratsky et le baron de Kaulbars. Le nouvel explorateur, M. Ghépéleff, s'est trouvé, en 1871, dans de meilleures conditions que ses deux prédécesseurs, et a poussé plus avant ses reconnaissances. U a franchi la grande et difficile passe de Mouzart, qui est la route la plus ordinaire des caravanes, et il a pu lever et mesurer à la chaîne l'espace qu'il a parcouru.
Le défilé de Mouzart s'ouvre sur la partie du Thian-chan qui s'étend à l'est de rissyk-koul. On le regarde comme la route la plus directe entre la Dzoûngarie et le Turkestan oriental. Selon le témoignage des Chinois, cette passe présente des difficultés extraordinaires et des dangers sérieux, à cause des immenses glaciers qui l'entourent.
M. Chépéleff donne une description circonstanciée de la passe et des opérations qu'il y a accomplies. Le défaut dé baromètre (il n'avait pu s'en procurer ni à Tachkent ni à Yenyî)ne lui a pas permis de déterminer la hauteur du col; mais des considérations de diverses sortes lui font évaluer à 4000 mètres environ l'altitude du sommet de la passe audessus du niveau de la mer. La longueur du défilé, depuis les premiers contre-forts du Tbian-chan jusqu'au sommet du col, a été mesurée à la chaîne et s'est trouvée de 50 verstes^ Si la pente méridionale a sensiblement la même étendue que la pente mesurée, l'épaisseur du massif formé par la chaîne est sur ce point d'une centaine de verstes, c'est-à-dire d'un degré de latitude, un peu plus ou moins.
L'étendue de la mer de glace que le voyageur a visitée avait près de 8 vërstes de longueur sur une verste et demie k 2 verstes de large ; mais à compter du sommet, visible à Test, jusqu'à l'extrémité, ce bassin glacé, qui a une pente bien apparente vers le sud, doit avoir un parcours d'environ 14 verstes.
i . On sait que la verste est un peu plus longue que le kilomctre.
l'ancien lit de l'oxus. 163
Le Toyageuf termine ainsi sa communication : « Nous ne saurions nous dire entièrement satisfaits des résultats de notre voyage ; nous avions espéré faire une récolte autrement abondante d'observations sur la partie sud du déSIé de Mouzart. La présence du piquet kacligar, à peu de distance du col, et le manque de fourrage pour nos chevaux, nous ont forcés, sous peine de très-graves inconvénients, à rebrousser chemin plus tôt que nous ne Taurions souhaité. Néanmoins, notre excursion a contribué à constater le fait de l'existence d'immenses glaciers sur le versant sud du Thian-chan, et de Textrême difficulté du passage de Mouzart, dont nous entretiennent les sources chinoises avec un degré d'exactitude que nous sommes k même d'apprécier aujourd'hui. »
$ 3. L'ancien lit de TOxus.
M. Stebnitzki a donné sur le lit desséché du bas Oxus (cidessus, n^ 169)' des notions précises fondées sur l'étude sérietise d'une pattie notable de cet ancien lit. Il a fait des observations barométriques, des nivellements, des collections géologiques qui lui ont permis d'arriver à dés conclusions presque certaines sur les 100 derniers kilomètres de l'ancien lit de l'Oxus, c'est-à-dire sur la partie de ce lit comprise entre la mer et le puits Aïdïn.
Les lieux explorés par M. Stebnitzki portent des traces si évidentes du lit d'un fleuve jadis important, que Ton ne peut s'y tromper. Ses deux rives, nettement dessinées, portent encore les marques d'un dépôt alluvial; on retrouve les mêmes vestiges sur les bancs et les monticules, qui, s'élevant du fond du lit à différentes hauteurs, ont été peu à peu attaqués par Teau à mesure qu'elle baissait. La netteté de toutes ces traces est teUe, qu'on serait porté à croire que l'eau coulait dans ce lit il n'y a pas longtemps. A droite et à gauche de cette rigole, le terrain s'élève en petite et forme une vallée qui n'a pas moins de 6 kilomètres de largeur.
164 ASIB. (n* 171-178.)
Les sillons qui creusent le flanc des montagnes et descen* dent jusqu'au lit de l'Amou-daria sont creusés par ses affluents. D'après les déterminations barométriques et les nivellements exécutés par M. Stebnitzki, le lit du fleuve, sur une étendue de 100 kilomètres, aune pente peu sensible vers la mer Caspienne; c'est pourquoi il est difficile d'admettre que le soulèvement des côtes ait amené la disparition du fleuve.
ASIE RUSSE
Suite.