‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 242 sur 337 · MONGOLIE · texte numérisé non relu

MONGOLIE

S l**. Sxdirtioiis dans le Nord de la Chine et le Sud-Ouest de la Mongolie.

1M. rabbé David.

Noua avons eu occasion, dans notre précédent volume de l'Année géographique (p. 70, n*^ 123, et p. 74), de signaler les importants voyages de M. l'abbé David, de la société des Lazaristes, en plusieurs parties de la Chine et dans les contrées limitrophes à l'Ouest et au Nord-Ouest. Nous aimons à faire ressortir ces travaux des missionnaires catholiques, car ils ramènent notre pensée vers les grands Missionnaires français du dix-septième et du dixhuitième siècle, sur ceux de la Chine en particulier, qui n'ont pas peu contribué alors à l'éclat et à l'autorité du nom de la France aux yeux des nations lointaines. Quoique les investigations du voyage fussent principalement dirigées vers l'histoire naturelle et la géologie, — les collections qu'il a formées dans cette double série sont d'une richesse et d'une importance exceptionnelles, — la géographie n'a pas laissé d'en retirer plus d'une information utile : on en peut juger par la lettre sur laquelle nous serons ramenés en nous occupant de la Chine, où il trace un aperçu de ses courses. Nous n'avons à nous occuper ici que de celles qui touchent à la Mongolie, et en particulier au pays d'Ourato, canton d'une étendue considérable situé au nord du grand coude du Hoang-ho , tout à fait à l'écart des routes habituelles des voyageurs. L'Ourato a cet intérêt historique, que très-probablement il doit son nom aux Ourdt ou Ouirdtj grande tribu que Ton trouve mentionnée dans l'histoire de Djingbiz-Khân, et qui campait sur la frontière septentrionale de la Chine.

S 2. Le pays d*Ourato.

VOurato (nous laissons parler M. l'abbé David) forme un royaume resserré de l'Est à l'Ouest, mais très-étendu

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du Nord au Midi; il est limité à TEst par le Tonmèt^ pays de Eouï-hoa-tcheng (Eou-kou-Eboto), au Sud par le fleuve Jaune, à TOuest par le royaume d'Ala-chan, mot que les Chinois prononcent Holo*Ghan, et au Nord par le Targampeï-li et le Mao-ming-ngan, principautés distinctes dans lesquelles les Chinois ont pénétré et qu'ils cultivent. Cependant le roi d'Ala-chan ne laisse pas encore cultiver ses terres et les garde en pâturages.

Le pays d'Ourato n'est traversé par aucun cours d'eau ; de petits ruisseaux coulent seuls au milieu des vallées montagneuses. La chaîne nommée Oula-chan par Les Chinois est la 'continuation du Ta-tsing-chan, et s'étend à rOuest jusqu'en vue de l'Ala-chan dont elle est séparée par une vaste plaine humide. Au Sud des montagnes, le long du fleuve Jaune, s'étend une plaine de quatre ou cinq lieues de largeur moyenne, cultivée en majeure partie jusqu'à la hauteur de la vallée de HatameL Au Nord, de vastes terrains sont en partie réservés aux pâturages des troupeaux mongols, et en partie cultivés par les Chinois, qui escamotent la permission de labourer 'les meilleures terres du pays, moyennant une rétribution annuelle en grains. Ces habiles cultivateurs empiètent tous les jours, et obligent les Mongols d'aller chercher ailleurs des pâturages. Toutefois on voit aussi des Mongols qui laissent le soin peu fatigant des troupeaux pour s'adonner au travail plus lucratif et moins chanceux de la culture. En effet, chaque hiver un peu rigoureux fait périr une partie de leur bétail' et les réduit à une excessive pauvreté, tandis que les industrieux fils du Royaume du Milieu sont comparativement à leur aise. Les Mongols qui s'adonnent à l'agriculture ont adopté le costume chinois; mais les femmes portent encore souvent les cheveux difi'éremment arrangés, surchargés sur les tempes de bijoux de métal ou de verre, reliés à leurs boucles d*oreilles. Chez les Mongols pursang d'Ourato, l'arrangement des cheveux seul constitue

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la différence entre le costume des hommes et celui des femmes. Les uns et les autres sont toujours chaussés de longues hottes de cuir, portent un large pantalon à la chinoise^ ainsi qu'une longue robe qui descend jusqu'aux talons et qui est liée par une ceinture fermée à droite par cinq boutons ronds de cuivre. La coiffure consiste en une assez jolie toque conique, k bords plus ou moins ornés, faite de peau fine et de velours, ornée de rubans rouges qui pendent sur le dos. Souvent aussi les femmes mettent par-dessus leur robe une sorte de large gilet sans man* ches.

Les Mongols que j'ai vus paraissent en général très-vigoureux et plus fortement constitués que les Chinois; ils ont souvent la barbe rousse, assez bien fournie, et portent des moustaches ainsi qu'une petite mouche au menton. Les femmes sont loin d'être élégantes, mais elles sont très« robustes et montent fort bien à cheval. Elles sont sou* vent chargées de la garde des troupeaux et des travaux les plus pénibles du ménage, qui consistent à récolter et à préparer les argols ou fiente des animaux herbivores (seul combustible des plaines et des montagnes déboisées), à traire les vaches, les brebis ou les chèvres, à faire le beurre et le détestable fromage de qes pays. Les Mongols se nourrissent très-pauvrement; quoiqu'ils ne négligent pas de traire au besoin leurs juments et leurs chamelles, ils n'auraient pas cependant de quoi vivre s'ils ne troquaient chaque année une partie de l<^urs animaux et de leurs produits contre le millet et le blé-sarrasin de leurs voisins chinois. Quelque peu de farine d'avoine ou de blé bouillie à l'eau est pour eux un grand luxe de table ; leur ordinaire consiste en quelques pincées de thé noir qu'ils font bouillir dans une marmite en y ajoutant du sel, et (s'ils en ont) du beurre ou du lait, et une petite qpiantitéde millet et de farine des plus grossières.

L'Ourato se divise politiquement en trois principautés :

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le Tùung-Koung^ le Tchoung-Koung et le Si-Koung (principaatés Est, Centre et Ouest), régies par autant de petits princes. Ceux-ci se réunissent tous les ans avec les princes du Mao-ming-ngan et du Targam-peî-li, pour traiter des affaires communes. Tous les trois ans ils doivent aller à Péking, rendre hommage à l'Empereur et en recevoir des cadeaux en argent.

Oéographiquement, TOurato peut de même se diviser en trois parties: 1^ TOurato méridional, plaine resserrée entre le fleuve Jaune et la chaîne parallèle de TOula-chan, mesurant une centaine de lieues de Test à Touest; 2° l'Ourato central, région montueuse à constitution généralement granitique, mais dont les pics les plus élevés, nommés MoiànoTirOula par les Mongols, n'ont pas plus de 2000 mètres d'altitude. Les montagnes occidentales offrent encore quelques vallées boisées, tandis qu'ailleurs on ne rencontre guère que de misérables broussailles qui disparaissent tons lesjours sous la hache et la pioche des Chinois; 3^rOurato septentrional, renfermant de nombreuses montagnes assez basses, et des plaines oii paissent les troupeaux mongols, parmi lesquels comptent des yaks venus autrefois du Tibet.

S 3. Une traversée de la Mongolie orientale. Le relief du Platean.

M. Przevalski.

M. de Przevalskî, auteur d'une importante relation de l'Asie orientale imprimée en langue russe à Saint-Pétersbourg en 1870, était chargé par le gouvernement russe d'une mission dont l'objet était de recueillir des matériaux statistiques sur ces lointaines possessions, et de constater la situation des colonies militaires établies de distance en distance sur la rive droite de l'Oussouri. Les journaux géographiques d'outre-Rhin ont traduit en allemand différents extraits que nous leur empruntons à notre tour ; en voici un qui se rapporte à la traversée de la partie du Plateau

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