CANADA
ciiment suivant, fourni sur ce sujet par les journaux du Dominion, outre son intérêt technique, contient aussi de bonnes données sur la configuration générale du pays.
D'après le rapport des ingénieurs canadiens, la nouvelle voie ferrée qui doit pirtir de Québec pour aboutir à l'océan Pacifique traversera un pays plus fertile et sera de beaucoup plus courte que le chemin de fer américain qui relie New York à San Francisco. Les détails suivants sur la topographie de ces régions donnent à cette opinion la valeur d'une certitude.
A partir d'Ottawa, à l'embouchure de la rivière Montréal, sur une distance d'environ 280 milles, le sol n'offre aucun obstacle sérieux. Un peu plus haut, vers la chute d'eau qui se trouve produite par Tangle formé par la rivière Montréal (latitude 48® 6', longitude 81** 20'), point le plus élevé entre la rivière Népijon, le terrain n'est pas ù plus de 800 pieds au-dessus du niveau de la mer.
En se dirigeant vers l'ouest, à la distance de 280 milles de la rivière Népijon (longitude 88° 25'j et sur un parcours /ayant 105 milles de longueur, le pays est des plus favorables à la construction d'un chemin de fer. De la rivière Népijon, en plongeant dans la direction du lac Supérieur, les difficultés deviennent plus grandes ; mais aucune n'est insurmontable.
D'Ottawa au fortGarry, au nord du môme lac, jusqu'au passage de la Tête-Jaune (Te/Zoïiî Heai Pass), le pays est fort accidenté, sans toutefois présenter des obstacles bien sérieux.
En marchant toujours dans la direction de l'ouest, jusqu'au lac des Bois; on arrive sur la lisière de la grande plaiire de Saskatchewan, ayant un parcours de 1000 milles de long à partir de ce point jusqu'à son extrême limite formée par les Montagnes Rocheuses.
Cette plaine est une seconde vallée de l'ouest pour la beauté, la fertilité et l'étendue. Le sol y est couvert de hautes herbes et, par intervalles, semé de bois qu'arrosent des rivières et des lacs navigables extrêmement poissonneux. Dans ces régions l'hiver est, chose assfz étrange, plus doux que dans les États américains du Nord. La neige n'arrive jamais à avoir plus de douze h dix-huit pouces d'épaisseur, et il est rare qu'elle durcisse à la surface et se revête d'une couche de glace. Les animaux passent l'hiver hors de Té table, et ils ne sont jamais plus gras que dans cette saison. Les chevaux et les bœufs
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que l'on soumettrait à un pareil régime au Canada ou dans rAmérique du Nord périraient infailliblement.
II paraîtrait que les ingénieurs canadiens sont tombés d'accord pour adopter, comme passade à travers les Montagnes Rocheuses, la Passe de la Tête- Jaune ; ce passage, qui se trouve à la latitude 52® 5V, est le plus court et le plus direct.
Voici maintenant le chiffre des distances à parcourir :
De Montréal à Ottawa 115 milles.
D'Ottawa à Mattawan 195 —
De Mattawan à Fort Garry 985 —
De Fort Garry à la Passe de la Tête- Jaune 985 —
De là aux confins de la Colombie anglaise 52 —
Route par le Fraser supérieur (Colombie anglaise) 445 —
Longueur totale de Montréal à l'océan Pacifique. 2777 milles. Longueur du chemin de fer de New York à San Francisco 3305 —
Difl'érence en faveur du chemin canadien 528 —
On évalue le chiffre des dépenses à 625 millions de francs. Sur cette somme, T Angleterre s'est portée garante de 300 millions, et le gouvernement canadien d'une somme pareille. Ce dernier a maintenant 150 millions affectés à la construction do sa ligne.
La ligne do démarcation anglo-américaine dans lo détroit de Fuca. Quelques détails. La sentence arbitrale de l'empereur Guillaume.
La frontière entre les États-Unis et les possessions anglaises dans l'Amérique du Nord n'a été qu'en partie délimitée. En 18(i6, les deux pays conclurent un traité dans lequel des stipulations furent insérées pour achever la délimitation ; l'un des articles de ce traité, celui qui se rapporte principalement à la question actuelle, est ainsi conça :
c A partir du point du 49« parallèle de latitude nord, oïl la frontière délimitée dans les traités et conventions existants entre les deux pays se termine, la ligne frontière entre les territoires de S. M. Britannique et ceux des Ét»»ts-Unis sera prolongée à l'ouest, le long dudit 49« parallèle de latitude nord,
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jusqu'au milieu du canal qui sépare le continent de 111e de Vancouver, et de là, au sud, en longeant le milieu dudit canal et celui du détroit de Fuca, jusqu'à Tocéan Pacifique. Il est entendu, toutefois, que la navigation entière desdits canal et détroit, au sud du 49« parallèle de latitude nord, reste libre et ouverte aux deux parties. »
Quelques détails géographiques sont ici nécessaires pour^ expliquer l'importance du différend qui depuis cette époque a séparé l'Angleterre de TAmérique, au sujet du tracé de la frontière entre Tiie de Vancouver et le continent américain. Le canal qui sépare cette lie de la terre ferme se compose du golfe de Géorgie au nord, du détroit de Fuca au sud, et d'un archipel dans lequel se trouve Tile de San Juan, gisant entre ces deux points extrêmes. C'est cet archipel qui cause la difficulté. Il se compose d'un groupe d'îles séparées par trois canaux : l'un, nommé le canal du Haro, court entre Vancouver et San Juan ; le second, celui du détroit de Rosario^ sépare le groupe d'îles du continent américain ; le troisième, moins grand et moins bien déterminé, traverse à peu près le centre du groupe*.
Or, depuis 1846, les commissaires chargés de la délimitation de cette partie de la frontière ont échoué dans leur tâche, parce que de chaque côté ils ont voulu tracer la ligne de séparation de façon que l'île de San Juan, qui contient un port magnifique et qui domine l'entrée des eaux de Vancouver et de la Colombie anglaise, appartînt au pays que les commissaires représentaient. Les choses en étaient là en 1871 , lorsque l'Angleterre et les États- Unis conclurent le traité,de Washington, destiné à amener la solution de tous les différends qui divisaient les deux pays ; l'article suivant de ce traité, par lequel la question de San Juan est soumise à l'arbitrage de l'empereur d'Al-
1. L'Amirauté anglaise a publié, ou plutôt corrigé, en 1872, une Chart of Haro and Rosario Straits, survcycd by capt. G. H. Richards, 1858-59 (au 140,800*^), 5 sh.
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lemagne, explique clairement quelles étaient les prétentions respectives des deux parties:
( Attendu qu'il a été stipulé par l'article 1^^ du traité conclu <\ Washington, le 15 juin 18^6, entre Sa Majesté Britannique et les États-Unis, que la ligne frontière entre les territoires de Sa Majesté Britannique et des Ktats-Unis, à partir du point du 49^ parallèle de latitude nord, jusqu'où il a déjà été déterminé, sera continué à Touest le long dudit parai. èle do latitude nord, jusqu'au milieu du canal qui sépare le continent de Tile de Yancouver, et de là, au su^i, en longeant le milieu dudit canal et celui du détroit de Faoa jusqu'à l'océan Pacifi \ue ;
a Attendu que les commissaires nommés pa'- les deux hautes parties contractantes pour déterminer cette partie de la frontière qui court au sud par le milieu dudit canal, ont été dans rimpossibilité de s'accorder à ce sujet ;
« Attendu que le gouvernement de Sa Majesté Britannique prétend que cette ligne frontière devrait, aux termes du traité prérappelé, être tracée à travers le dctroit de Rosario, et que le gouvernement des Ëtats-Unis soutient qu'elle devrait suivre le canal de Haro : il est convenu que les prétentions respectives du gouvernement de Sa Majesté Britannique et du gouvernement des États-Unis seront soumises k Tarbitra^^'e et à la sentence do S. M. l'empereur d'Allemagne-, qui, prenant en considération Farticle prémentionné dudit traité, décidera là-dessus, fmalement et sans appel, laquelle de ces prétentions est la plus en concordance avec la fidèle interprétation du traité du 15 juin 1846. »
Les Anglais soutenaient que ce qui devait guider la décision de l'arbitre était la question de savoir laquelle des deux lignes rivales devait être considérée comme « le canal » en 1846, et devait par conséquent être admise comme celle ([ue le traité avait eu en vue. Il est certain, disaient-ils, que depuis le temps de Vancouver jusque longtemps après 1846, le détroit de Rosario a été seul employé communément par les navires se rendant du détroit de Fuca dans les eaux de la Colombie anglaise ; ce n'est que depuis la colonisation de l'île Vancouver que le canal de Haro est devenu d*un usage fréquent. Il n'est, en outre, pas don-
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tenx que sur les cartes dressées par les géographes anglais, immédiatement après la conclusion du traité de 1846, la ligne frontière était tracée de façon à donner San Juan à l'Angleterre.
Par contre, les Américains n'ont jamais cessé de soutenir qu'en concluant le traité de 1846 ils ont uniquement entendu renoncer à leur prétention que la frontière devait suivre en droite ligne le 49' parallèle à travers Tlle de Vancouver jusqu'à l'océan Pacifique , et que tout ce qui se trouve au sud de cette ligne, à l'exception de Vancouver, devait continuer à leur appartenir ; ils peuvent en outre démontrer qu'actuellement tout au moins le canal de Haro est autant, sinon plus, « le canal » que le détroit de Rosario*
Telle est la question que les jurisconsultes de Tempereur Guillaume ont étudiée pendant de longs mois, et au sujet de laquelle l'empereur vient de prononcer sa sentence.
Celte sentence, dont voici le texte, a donné raison aux
prétentions américaines :
Nous, Guillaume, par la grâce de Dieu empereur d^AUemagne, roi de Prusse, etc. , etc.
Après examen fiit du traité entre les gouvernements de Sa Majesté Britannique et des États-Unis d'Amérique, en date du 6-8 mai 1871, en vertu duquel les gouvernements susnommés ont soumis à notre arbitrage la question pendante entre eux, à savoir: si la ligne de frontière qui, suivant le traité de Washington du 15 juin 1846, après avoir suivi la direction ouest du parallèle de latitude nord vers le milieu du canal qui sépare le continent de l'Ile Vancouver, se dirigeant ensuite vers le sud en passant par le milieu dudit canal et des détroits de Fuca pour aboutir à l'océan Pacifique, devrait, d'après la prétention du gouvernement britannique, passer par les détroits de Rosario, ou par le canal de Haro suivant la réclamation du gouvernement des États-Unis ;
Considérant que nous sommes requis de décider sans appel laquelle de ces deux réclamations est la plus conforme à la saine interprétation du traité du 15 juin 1846 ;
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Après avoir pris en considération Tavis des experts et des jurisconsultes chargés par nous de faire un rapport sur les mémoires et contre-mémoires des parties, avons formulé notre décision ainsi qu'il suit :
La prétention du gouvernement des Ëtats-Unis, savoir : que la ligne frontière entre les territoires de Sa Majesté Britannique et ceux des États-Unis doit passer par le canal de Haro, s'accorde tout à fait avec la saine interprétation du traité conclu entre les deux gouvernements, en date de Washington, 15 juin 1846.
Donné et signé de notre main à Berlin, le 21 octobre 1872.
Guillaume.
L'archipel de San Juan, ce petit groupe d'îles qui vient d'être adjugé aux États-Unis, augmente Timmense territoire de l'Union d'une superficie d'environ 440 kilomètres carrés. L'île de San Juan est la plus grande; mais quelques autres, Shaw, Ohcas, Lopez, Waldson, Blakeley, Decatur, méritent aussi le nom d'Iles ; elles sont toutes séparées les unes des autres par des canaux étroits, quoique profonds et navigables. Presque toute la superficie des ties est utilisable, soit pour l'exploitation des bois, soit pour la culture ou pour l'élève des bestiaux. Toutes les îles sont couvertes de collines dont les pentes septentrionales sont boisées, tandis que les versants tournés vers le midi sont généralement dépourvus d'arbres et revêtus d'une herbe abondante jusqu'aux sommets. Le climat de l'archipel est beaucoup plus doux et plus agréable que celui du continent voisin. Il est donc probable que les îles de San Jaan, qui possèdent en outre d'admirables ports^ prendront dans l'avenir une réelle importance.
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Après avoir pris en considération Pavis des experts et des jurisconsultes chargés par nous de faire un rapport sur les mémoires et contre-mémoires des parties, avons formulé notre décision ainsi quM suit :
La prétention du gouvernement des Ëtats-Unis, savoir : que la ligne frontière entre les territoires de Sa Majesté Britannique et ceux des États-Unis doit passer par le canal de Haro, s'accorde tout à fait avec la saine interprétation du traité conclu entre les deux gouvernements, en date de Washington, 15 juin 1846.
Donné et signé de notre main à Berlin, le 21 octobre 1872.
Guillaume.
L'archipel de San Juan, ce petit groupe d'iles qui vient d'être adjugé aux États-Unis, augmente l'immense territoire de rUnion d'une superficie d'environ 440 kilomètres carrés. L'île de San Juan est la plus grande; mais quelques autres, Shaw, Ohcas, Lopez, Waldson, Blakeley, Decatur, méritent aussi le nom d'Iles ; elles sont toutes séparées les unes des autres par des canaux étroits, quoique profonds et navigables. Presque toute la superficie des ties est utilisable, soit pour l'exploitation des bois, soit pour la culture ou pour l'élève des bestiaux. Toutes les îles sont couvertes de collines dont les pentes septentrionales sont boisées, tandis que les versants tournés vers le midi sont généralement dépourvus d*arbres et revêtus d'une herbe abondante jusqu'aux sommets. Le climat de l'archipel est beaucoup plus doux et plus agréable que celui du continent voisin. Il est donc probable que les îles de San Juan, qui possèdent en outre d'admirables ports, prendront dans l'avenir une réelle importance.