TIBET
avons pas encore le rapport circonstancié, élaboré, comme les précédents, par M. Montgomerie, et qui doit être accompagné d'une carte; mais des communications provisoires à la Société Asiatique de Calcutta et à la Société de géographie de Londres (ci-dessus« n^ 76) nous en font déjà connaître les résultats essentiels. Le pandit chargé de cette troisième expédition s'était joint à un parti de marchands du Bisahir (pays de Textrémité sud-est du Pendjab à l'entrée des grandes montagnes), et il s'était confondu parmi eux. On partit ie Spiti pour gagner le haut Indus, et de là atteindre Roudok. Ce point, qu'aucun voyageur européen n'a vu jusqu'à présent, quoique le capit. Strachey et le capit. Austen s'en soient fort approchés et en aient assez exactement indiqué la position, est une place notable de l'extrémité N. 0. du Tibet, où réside le djongpon ou gouverneur du distript. Le lieu, cependant, ne se compose guère que de 150 maisons éparses au pied d'une hauteur; le pandit put en fixeir la latitude et en déterminer l'altitude approximative. De là le pandit poursuivit sa route vers Test, à travers un pays assez uni où se trouvent de nombreux gisements aurifères; l'exploitation se fait par de vastes tranchées à ciel ouvert. On rencontra des cantons tellement arides, que le sol, à perte de vue, paraissait d'une blancheur de neige. Beaucoup de lacs produisent du sel en assez grande quantité pour en fournir tout le Tibet et les contrées environnantes. Ces particularités physiques rappellent à certains égards les steppes du nord et du nordest de la Caspienne, si ce n'est qu'au lieu d'être sur une profonde dépression du sol, dépassant à peine le niveau des mers extérieures, on est ici sur le plus haut plateau du globe, au milieu de plaines dont l'altitude est de 4500 à 5000 mètres. La contrée que Ton traversait est à 2 ou 3 degrés au nord du Dzang-bo supérieur et à une grande distance à l'O. N. 0. de Hlassa. On i^'apercevait de là aucune apparence de grandes montagnes ni dans la direction
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du nord ni vers Test ; toat y indicjue Tezistence de vastes plaines. Le nom de Tchang-Thang, que Ton donne à cette partie du Tibet, signifie en effet la Grande Plaine» Ici, de même que dans la Mongolie, les rivières paraissent en général aboutir à des lacs sans issue. Le plan du pandit était de gagner Hlassa en touchant au Tengri Noor, que les cartes chinoises représentent comme le plus grand lac dn Tibet ; mais les autorités locales ne permirent pas k la petite caravane de s'avancer aussi loin dans cette dbrection. Force fut de se replier au sud-ouest à travers un pays de montagnes, et de regagner l'Inde par le lac Mansarovar. La relation et la carie du voyage seront données dans leprochain volume (xLi) du journal de la Société de géographie de Londres.
S 3. Voyage de M. Hayward i T&rkand et à Kachgar, à traTen les Aaïuft de Karakoram et du Kouèa-loan (1868-69). MM. Shaw et Donglas Forsyth. La position géographique de Tarkand déterminée. Le plateau de Punir.
Ce voyage, dont la suite a été malheureusement interrompue par la mort de l'explorateur tombé sous le poignard d'un assassin, est celui qui jusqu'à présent a répandu le plus de lumière sur la configuration de la haute région alpestre que domine un nœud gigantesque auquel appartient le plateau de Pamir, et d'où sortent les eaux qui descendent au sud vers la mer des Indes, à l'ouest vers le lac d'Aral, à l'est et au nord-est vers l'intérieur de l'Asie centrale. L'Himalaya, qui forme du côté de l'Inde l'escarpement du massif tibétain; leEarakoram et le Eouèn-loun« chaînes peu connues qui courent au nord du Tibet ; le mont Bolor, Ylmaûs des anciens, qui élève une barrière do glace entre les hautes terres de l'Asie orientale et les contrées basses de la dépression aralo-caspienne, de même qu'elle marqua originairement et qu'elle forme encore en partie la ligne de séparation entre les deux grandes fiuniDei
de peuples qui se partagent le continent asiatique^ la race jaune et la race blanche ; THindou-kouch, enfin, qui se porte l^ l'ouest entre les Afghans et le Turkestan, — entre l'Iran et le Touran, selon l'expression orientale, — et dont les prolongements, passant au sud dé la Caspienne^ vont re« joindre le Caucase : toutes ces chaînes primitives, où se trouvent les plus hautes sommités du globe, rayonnent ainsi vers tous les points de l'horizon en partant de la haut0 région de Pamir, que les OpientauX| avec un instinct singu-' lièrement juste de la vérité physique, Qnt surnommé a le Toit du Monde. » C'est cette région centrale plutôt entrevue que visitée par un petit nombre de voyageurs, régiou d'un accès périlleux et difficile à la fois par sa nature et par ses rudes habitants, que M. Hayward avait entpoprif d'explorer.
La pensée première était surtout commerciale, c Lo grand desideratum pour la sécurité et Taccroissement di; commerce est l'ouverture d'une route plus courte et surtout plus facile que celles que l'on suit actueUement, pour aller directement des provinces nord-ouest de l'Inde à Yarkand. Une bonne route qui éviterait le Kachmîr et le Ladak présenterait aux marchands de Yarkand de plus grandes facilités pour descendre directement vers l'Inde, et aurait l'effet désiré d'assurer un transit plus facile, et en même temps d'écarter les difficultés, tant politiques que géographiques, qui s'attachent à la route, ou plutôt aux routes actuelles (car il y en a trois, que l'on suit selon les saisons) qui partent de Leh, capitale du Ladak, et qui franchissent la chaîne de Earakoram. Le besoin de cette route nouvelle est vivement senti par le gouvernement de l'Inde, et l'un des objets principaux de l'expédition était de chercher si une telle route existe. » (Voir le précédent vol. de l'Année, p. 277.) Mais à cet objet capital, la science avait ajouté bien des sujets d'investigation dans une contrée presque inconpue. Entre le haut Oxus et la frontière du
Khokand, nos jcartes ne reposent sur aucune exploration directe ; le plateau de Pamir lui-même, qui tient une place si importante dans la géographie de cette région centrale, n'a été examiné jusqu'à présent par aucun explorateur. Il y avait là une admirable tâche à remplir, •— tâche aussi pénible que périlleuse, le sort du voyageur ne l'a que trop prouvé, mais bien faite pour enflammer le zèle d'un explorateur résolu. Encouragé par la Société de géographie de Londres, M. Hayward n'hésita pas à s'y consacrer (voir le volume cité de VAnnée géographique^ p. S79). Elle se liait d'ailleurs d'une manière intime au point de vue commercial de ses investigations ; c'était un des cAtés vers lesquels devait se porter sa recherche d'une route nouvelle entre le Pendjab et le Turkestan oriental.
Le courageux explorateur n'a pas assez vécu pour compléter son entreprise; mais ce qu'il a fait dans une seule campagne, de 1868 à 1869, suffit pour attacher à son nom un honneur impérissable. Une longue zone du plateau tibétain (à son extrémité nord-ouest) et du Turkestan oriental reconnue sur une étendue en latitude de 5 de* grès ^ , depuis Leh, capitale du Ladak, jusqu'à la grande cité de Yarkand ; le système connexe du Earakoram et du Eouèn-loun étudié à son origine et beaucoup mieux défini qu'il ne l'était jusqu'à présent; l'aspect et le caractère général de cette région heureusement décrits, avec une multitude de particularités topographiques et de déterminations d'altitudes ; plusieurs localités importantes, Yarkand notamment, visitées pour la première fois ou du moins pour la première fois scientifiquement déterminées ; enfin une grande et belle carte de toute cette région construite par le voyageur, en partie sur ses propres relevés, en partie d'après des informations contrôlées, appuyée sur dea déterminations astronomiques pour la latitude de plusieurs points fondamentaux, et pour les longitudes sur des transports chronométriques ne laissant place à aucun écart
notable : ce sont là des documents qui marquent dans la science, et pour le voyageur des titres d'une haute valeur.
Nous ne pouvons ni suivre M. Hayward dans son itinéraire, ni entrer dans une analyse circonstanciée qui ne pourrait être utilement suivie qu'en ayant sa carte sous les yeux : nous nous bornerons à quelques points parmi les plus caractéristiques.
M. Hayward décrit aiusi la ville de Yarkand, où il arriva le 27 décembre 1868, et où il séjourna jusqu'au 24 février, très-amicalement accueilli par le gouverneur, mais avec une liberté de mouvements très-limitée. On sait que le Turkestan oriental, ci-devant Turkestan chinois, forme aujourd'hui un khanat indépendant, dont litchi (le Khotan de nos cartes) est la capitale, et Yarkand une des villes principales. « La ville a la forme d*un carré long de 2 milles d'étendue du nord au sud (plus de 3 kilomètres) sur 1 mille I (2 kilomètres ^) de l'est à l'ouest ; les murailles embrassent ainsi un périmètre de près de 7 milles, ou 1 1 kilomètres. Elles ont de douze à quatorze mètres de hauteur et une épaisseur considérable, avec des bastions à chaque angle et d'autres ouvrages dans l'intervalle. La ville contient 40000 maisons et au moins 120000 habitants. On y entre par cinq portes. .La rue principale va de la porte de l'Ouest à la porte de l'Est. Cette rue, néanmoins, est très-étroite ; sur nombre de points elle n'a pas plus de dix pieds. On compte dans la ville 160 mosquées, de nombreuses écoles, et 12 carâvanseraïs toujours encombrés de marchands de toutes les parties de l'Asie. Le fort est à un millier de mètres à l'ouest en dehors de la ville, à laquelle il est relié par un bazar. La foule qui se presse dans les rues, surtout aux approches des bazars, indique une vie intérieure très-active. » La rivière qui passe à Yarkand et qui en prend le nom est considérable ; sa source, que le voyageur a vue et dont il a déterminé les
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coordonnées, est sur un plateau élevé des monts Earako* ram, au milieu d'une sorte de cirque entouré de glaciers et de pics formidables, par 35"37'34" de latitude N. La longitude de ce point d'où sort la rivière de Yarkand, rappor* tée à la passe de Earakoram, est très-approximativement de 75*30' E. de Paris, et la moyenne de trois observations du point d'ébuUition de l'eau indique une altitude absolue de 5097 mètres. La latitude de la ville, d'après la moyenne de onze observations, est de 38^2 r43'', et la longitude par report chronométrique, de 77«28' E. de Greenwjch (76*8' B. de Paris) '. Plusieurs observations du degré de température de l'eau bouillante indiquent pour Taltitude au-dessus da niveau de la mer 1336 mètres '. » Ces chiffres, ainsi que le fait remarquer M. Hayward, s'éloignent peu de ceux que le capitaine Montgomerîe a conclus des données fournies par Mohamed Hamld.
Voici les remarques de M. Hayward sur le pays situé à l'ouest de Yarkand jusqu'à la grande chaîne de partage, sur cette chaîne elle-même et sur les passes qui la traversent, et enfin sur la région de Pamir : c La route qui de Yarkand conduit au district de Sarikol, et de là au Ouakân et au Badakchân, est régulièrement traversée par les marchands badakchîs qui résident k Yarkand, et qui chaque année forment des caravanes pour le Badakchân à travers les steppes de Pamir. Tâch-Eourgân, « le Fort de Pierre >^
1. Les observations directes de M. Shaw, faites le 1*' sept. 1870 et
calculées à robservatoire de Greenwich, ont donné pour la longit. de Yarkand 77''14'45'', la latitude adoptée dans le calcul étant de 38*^4' 30". Voir, sur la position de Yarkand en latitude et sur les étranges variations qu'elle a subies depuis d'Anville, le t V de VAnnée géogr^ phiquc, 1866, p. 98 et suiv.
2. D*après les calculs refaits à Londres par M. le commander George, de la marine royale, et rapportés à l'altitude de Leh. Le calcul de M. Hayward lui-môme donnait 1167 mètres. La môme remarque s'applique aux autres cbilfres d'altitude du voyageur. Voir le Journal de la Soc. de Londres, t. XL, p. 165.
capitale dn Sarikol, est à 175 milles (280 kilom.) vers rO. S. 0. de YarKand; jusqu'à Faïzabad, capitale du Badakchân, la distance totale est de 460 milles ou 740 kilomètres. On regarde comme un voyage très-rapide d'aller en sept ou huit jours à Tâsch-Eourgân, et en dix-^huit jours au Badakchân ; le plus habituellement cette dernière distance prend nn mois. La roule traverse un pays uni pendant une centaine de kilomètres à partir de Yarkand, puis on franchit une chaîne peu élevée pour pénétrer dans le district de Sarikol : de là^ remontant la vallée de la rivière de Tcharling (un des affluents du côté gauche de la rivière de Yarkand), on passe le col de Tchitchiklik qui conduit à la vallée de Tâch-Kourgân en coupant nn contre-fort élevé delà chaîne de Pamir. De Tftsch-Eourgân, la route fran* chit la passe (principale) de Pamir-Ehard à l'extrémité dn territoire de Sarikol, d'où Ton descend dans la vallée de rOxns. Cette route est praticable aux chevaux chargés dans tonte son étendue. Pour les chameaux, elle est praticable, du côté du Turkestan, jusqu'au pied de la passe de Tchitchiklik, et du côté dn Badakchân jusqu'à la tête de Pamir* Ehard.
<c L'ensemble des steppes de Pamir, chaîne transversale qui forme à l'ouest la limite du Turkestan oriental, s'élève sons la forme d'un plateau dont l'altitude n'est probablement pas en deçà de 4800 à 5000 mètres au-dessus du nivean de la mer. A partir du Pacht-i-Ehar, nœud qui forme son point de jonction avec l'Hindou -kouch, la chaîne porte au N. N. 0. jusqu'au point où elle croise la chaîne de Thian-Chan à l'ouest de la passe de Térik, sous le 39* degré ^ de latitude '; l'ensemble du système est compris entre 36' 40' — 40^ 20' de latitude. La crête orientale du plateau est formée par la chaîne élevée du
1. Le texte porte 38* 1/2; c'est une faute évidente, en comparant les cartes russes et anglaises et la carte de M. Hayward elle-même.
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Kizil-Yart^ dont l'escarpement fait face aux plaines dn Turkestan vers lesquelles le plateau descend en pentes rapides et rudes. L'altitude du Kizil-Yart au-dessus du niveau de la mer doit être de 6000 à 6500 mètres; le plus apparent de ses pics, le Taghalma, à 63 milles (100 kilomètres) à rO. S. 0. de Yang-Hissar, doit avoir une altitude de 6485 mètres. Le pays élevé à Touest de .cette crftte est le vrai Pamir ; ce pays renferme un groupe de lacs où plusieurs branches de l'Oxus ont leurs sources. Le plus grand est le Kara-kouly «le Lac Noir », d'où l'on suppose que sort la branche principale du fleuve. Le Pamir envoie à l'est plusieurs contre-forts élevés; la chaîne de Tchitcbiklik, qui sépare la province de Yarkand du district de Sarikol, est le principal de ces contre-forts, c II est impossible, ajoute le voyageur^ d'imaginer une scène plus imposante et d'un aspect plus saisissant que cet énorme massif du Eizil-Yart vu des plaines qui le bordent à Test ; on dirait un mur de géants dont la crête neigeuse tranche nettement sur le pur azur du ciel. »
Une autre mission presque simultanée, celle de M. Douglas Forsyth (n^" 83), nous a valu aussi de très-importants documents géographiques , grâce aux observations de M. Shaw, attaché à la mission (n^ 84 et 85). M. Forsyth était envoyé par le vice-roi de l'Inde anglaise vers l'Athalik-Ghazi de Eachgar. Il avait, à son départ, chargé un agent confidentiel de le rejoindre dans le Turkestan, en prenant une route détournée qui du Eachmlr devait franchir les hautes montagnes du nord-ouest, par la passe de Darkot (celle-lk même où M. Hayward à son retour a été assassiné), et de là gagner Yarkand par Tâch-Kourgftn ; cette mission heureusement accomplie a fourni un itinéraire d'une grande valeur géographique qui se relie aux
1 . A peu près sous le 75* méridien E. de Greenw. (Tî^AC E. de Paris) d'après la carte de M. Hayward. Les cartes antérieures traçaient hypothétique ment cette crête d'un degré environ plus i Touest.
informations de M. Hayward. Mais c'est surtout la participation scientifique de "M, Shaw qui a donné les résultats les plus précieux. M. Shaw, ainsi qu'on l'a vu tout àrheure, a fixé enfin d'une manière définitive, par des observations directes, la, question depuis si longtemps débattue de^la longitude de Yarkand, et il a ainsi donné une base désormais certaine à toute la carte du Turkestan oriental. Le même explorateur, détaché de la mission au retour de Yarkand, a fait de fructueuses reconnaissances entre les chaînes de Earakoram et du Kouèn-loun, k l'ouest et à Test de la passe de Earakoram ; et ajoutant ainsi de nouvelles et valables études â celles de M. Hayward, il a notablement agrandi dans cette direction les récentes coiiquêtes géographiques de l'Europe savante. La géologie ne s'est pas moins enrichie que la topographie.
Enfin, la géographie de ces hautes régions naguère à peu près inconnues qui confinent au nord-ouest de l'Inde, a fait encore d'un autre côté d'importantes acquisitions. Parmi les pandits ou lettrés hindous initiés aux observations scientifiques, il en est an qui n'est désigné que par le pseudonyme de Mirza , et dont le major Montgomerie paraît faire un cas tout particulier. Cet intelligent indigène a fait tout récemment une reconnaissance très-remarquable de la partie méridionale du plateau de Pamir ^ Reprenant les traces du lieutenant Wood , depuis la frontière de l'Afghanistan jusqu'à la jonction des deux branches du haut Oxus à Kaïleh-Pendj, le Mirza a réussi, k travers les circonstances les plus pénibles, par suite de la rigueur de la saison d'hiver, à remonter la branche méridionale de la rivière jusqu'à une de ses sources dans un lac de cette région d'alpes désigné sous le double nom de Pamir-koûl
l. Major T.^G. Montgomerie. Report of the Jftrjra's exploration ofthe route from Gaubul to Kashgar; drawn up from bis original journals. ^Extracts.) Proeeed. ofthe R. Geogr, soc, vol, XV, n» 3, p. 181-204.
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(lac de Pamir) et de Berkët-i-Yassln; et de Ik, ayant rénasi à franchir la ligne de faîte, il est descendu sur la pente opposée dans le bassin des eaux de Yarkand. Il a Tisité la ville peu connue de Tâch-Kourgân, en a déterminé astronomiquement la position, et a gagné par une route entièrement nouvelle Yenghi-Hissftr et Kachgar. Les observation^ physiques du Mirza ont été pour le major Montgomerie lé point de départ de remarques d'une haute portée et d'an grand intérêt géographique * sur la ligne du partage des eaux entre le Ladak et Khokand, aussi bien que sur les traits caractéristiques de ces grandes chaînes, dont les sommets culminants se trouvent invariablement sur nnû ligne transversale en avant de la ligne faîtière. Le major Montgomerie résume ainsi les explorations rapportées par le Mirza : « Sa ligne de route, accompagnée de reconnaissauces, présente un développement de 2179 milles (3500 kilomètres), dont 350 milles sur un terrain tout à fait neuf. L'altitude de 28 points différents a été déterminée par le degré d'ébullition de l'eau, et 48 observations de latitude ont été prises sur 14 des principales stations de la route. »
S 3. Sar les ezploratears indigènes employés par le corps des ingénieiirt britanniques. — Quelques remarques sur la configuration des grandes lignes de faite de PAsie centrale.
A Toccasion de la lecture du rapport du major Montgomerie sur la mission du Mirza, le colonel Walker, directeur de la triangulation du nord-ouest de l'Inde, a doniié verbalement des explications à la Société de géographie de Londres (séance du 24 avril 1871) et communiqué des remarques d'un grand intérêt et singulièrement instructives sur les vraies conditions orographiques des parties de l'Asie centrale qui confinent au nord-ouest de l'Inde, et en même temps sur la portée et le caractère réels des pandits dont
on a fait des explorateurs, un peu surfaits, paraltrait-il. Entre les rapports sans restriction du major Mackenzîe et les appréciations du colonel Walker nous n'avons pas k nous prononcer; mais nos lecteurs nous sauront gré de reproduire \me communication qui est un véritable document.
c Je crois, a dit M. Walker, que M. Shaw est tout à fait dans le vrai lorsqu'il dit que la chaîne du Karakoram n'est en réalité pas du tout une chaîne. Sur certains points la ligne de partage des eaux est très-basse, et d'un passage très-facile. Je crois que quelque chose d'analogue existe dans ce qu'on nomme la chaîne de PHindou-kouch ; je suis certain qu'il n'existe pas de chaîne nettement définie là où l'on dessine cette chaîne de l'Hindou-kouch. J'ai récemment envoyé un officier, le capitaine Carter, à la frontière de Peîchavèr, précisément pour constater si cette ligne de faite élevée y existe ou non. La frontière anglaise ne s'étend pas très-loin dans la montagne, et elle a immédiatement au nord des lignes de pics qui interceptent la vue des sommités très- distantes ; mais au sud de la vallée de Peîchavèr, dans les monts Kattak, il y a des points d'où la vue peut s'étendre au delà de la vallée de Peîchavèr, dans la direction de la soi-disant chaîne de l'Hindou-kouch. Le capitaine Carter demeura plusieurs semaines sur ces points élevés, attendant que le temps lui permit de voir les hautes sommités de la chaîne de l'Hindou-kouch. Il détermina la position d'une cen • taine de pics, mais aucun de ces pics ne s'alignait en chaîne continue. Il en tira cette conséquence que la ligne de faîte est parfois très-basse, et qu'en réalité il n'y a pas là de chaîne continue. Ce que Ton a dit de la facilité avec laquelle on passe de rOxus dans la vallée de Tchitral vient à l'appui de cette supposition.
c II a été du reste» continue le colonel Walker, tout à fait impossible d'employer des ingénieurs européens pour l'exploration de ces contrées, — bien qu'un d'entre eux, M. Johnson, ail réussi à aller à litchi, dans le Xhotan, et à en revenir la tête sur ses épaules, à notre grand étonnement à tous '. Les difficultés sont telles, que les pandits explorateurs eux-mêmes n'ont
1. Voir, à ce sujet, le t. VII de V Année géographique, 1868, p. 101,
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pu pénétrer dans une contrée bouddhiste, et que pour les contrées musulmanes il a fallu employer des musulmans, des Patbans en général. L'état-major du levé trigonométrique a eu de grandes difficultés à préparer cette classe d'agents, et il- a éprouvé plus d'un mécompte. Sur sept ou huit pandits à*rédacation scientifique desquels on avait dû consacrer des années, deux ou trois seulement sont arrivés à ce qu'on ait pu les regarder comme des agents de premier ordre. Le premier que Ton envoya en mission mourut à son retour à Leh dans des circonstances très-équivoques. Le second était un Pathan du corps indigène des mineurs, homme réellement très-intelligent et donti on pouvait beaucoup attendre. Après une année de préparation scientifique il fut envoyé dans la contrée qui confine immédiatement au nord de Peïchavèr, avec la mission de porter ses explorations vers Tchitral et le pays qui borde Tlndus, contrées moins connues que les parties qui se trouvent au delà. Il se trouva malheureusement que cet homme de nation pathane* avait dans sa famille une vendetta héréditaire; à peine avait-il mis le pied hors du territoire britannique, qu'il fut poursuivi et massacré. 11 n'avait voyagé que durant six semaines et recueilli peu d'observations. On put craindre, à la nouvelle de sa mort, qu'il eût été tué par les habitants du pays, mais il fut bientôt constaté qu'il n'en avait reçu au contraire que de bons traitements. Ses papiers furent tous recueillis et renvoyés par Pakhound même de Svât, que l'on regardait comme un des ennemis les plus prononcés du gouvernement anglais.
« L'explorateur employé après celui-ci fut aussi un Pathan. Pour des pays de montagnes habités par une population musulmane renommée par sa perfidie, il faut des hommes d'une grande énergie, d'un aspect imposant, d'un grand courage et d'une grande intelligence; or, en thèse générale, les Pathans sont des hommes de résolution, mais fort ignorants : quatre-vingtdix-neuf sur cent ne savent ni lire ni écrire. Ce qui est particulièrement difficile avec eux, c'est le commencement. Cet homme avait été attaché au quartier général et son éducation avait été faite par un des pandits auquel une montre avait été décernée par la Société de géographie. Malheureusement le Pathan convoitait cette montre; et au lieu de travailler honnêtement à en mériter une aussi, il trouva plus expéditif de s'approprier
1. On sait que dans lo nord-ouest de l'Inde, Pathan et Afghan sont synonymes.