‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 290 sur 337 · ALBANIE · texte numérisé non relu

ALBANIE

le mépris du travail pénible. Ils conduieent leurs troupeaux aux pâturages, comme faisaient les héros grecs, qui étaient tons bergers. Si Ta saison est trop mauvaise, ils brûlentduboiset envendent lecharbon. G'estiàoertainementrindustrie la plus primitive que Thistorien puisse imaginer. Ils 'VÎventdans des maisons misérables ; beaucoup de ces cabanes possèdent quelques objets précieux, trésor du maître : nonseulement des armes, mais des aiguières ciselées, des colliers d'or, quelquefois d'admirables bijoux. Gomment ces merveilles se sont-elles égarées dans ces montagnes? Nul ne le sait. Les Albanais les plus considérés, ceux qu'on appeUe des pliaks, et que l'on regarde comme l'élite de la ncoy prennent part aux travaux les plus vulgaires. Pendant qae le fils conduit les bœufs aux champs, comme Ménélas. le père construit sa maison lui-même comme Ulysse. Pour le dîner où il vous reçoit, il tue lui-même le mouton, ce qoe faisait aussi Achille. On s'assied par terre, au milieu des ustensiles les plus communs; vous voyez circuler de main en main une coupe prise sur des ennemis civilisés. Les femmes de là maison vous servent. Le repas fini, le pliak prend la guzla et en joue lui-même, pendant que les jenn38 gens luttent à la course et aux jeux d'adresse, ou se réunissent pour le choîo^ cette vieille danse où les hommes se tiennent par la main et simulent la marche des victimes dans le labyrinthe de Crète. Ainsi tout reporte le souvenir aux descriptions homériques. »

Nourri ainsi de rapprochements instructifs, et d'ailleurs plein d'observations et de faits qui font admirablement connaître l'état des populations et la situation du pays, le récit du savant voyageur est un des plus attachants que m'ait fait rencontrer la bonne fortune de mes lectures.

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