COCHINCHINE FRANÇAISE
continue de préoccuper le commerce anglais et le gouvernement de rinde. Plusieurs missions officielles parties du Barmft dans le cours, de ces dernières années, et qui jusqu'à présent n'ont pas abouti, ont fait à Londres l'objet d'une publication distribuée aux deux Chambres {û? 14ti); et une autre tentative partie de la Chine sur une ligne différente et beaucoup plus septentrionale que les précédentes a fourni, en dehors des rapports officiels, la matière d'un volume de librairie (n^ 146). La grande relation de l'expédition française du Mékong (1866-68), interrompue par les sinistres événements de 1870 et 1871, est maintenant reprise et sera bientôt dans les mains du public sous une forme digne de l'importance de l'entreprise et de la richesse des résultats. En attendant, plusieurs des membres de l'expédition en ont donné des résumés plus ou moins étendus dans des journaux et des recueils, notamment M. de Camé, dans une série d'articles de la Revue des Leux-Mondes (n« 149). C'est une véritable relation. Voici quelques passages de la conclusion qui la termine :
Les lecteurs qui ont bien voulu me suivre depuis les fron* tières du royaume de Cambodge jusqu'au cimetière de Saigon savent déjà que notre mission aura mieux servi les progrès généraux de la science que les intérêts particuliers de la colo^ nie dont les deniers la subventionnaient. En ce qui concerne la première partie du programme que nous avions à remplir, notre long séjour dans la vallée du Mékong, nos excursions multipliées sur les deux rives du fleuve, ont redressé les erreurs, levé les voiles, fixé les hésitations qui avaient jusqu'à présent conduit les géographes décrivant la zone orientale de la pénîn* suie indo-chinoise à des solutions fausses ou incertaines. Les sinuosités du Mékong, les caprices bizarres , la direction prolongée de son cours vers Touest à la hauteur du 18« parallèle, l'importance de ses affluents , le régime et le volume de ses eaux, et, si j'ose dise, la constatation de son individualité, qui persiste jusqu'à la fin contrairement à une opinion accréditée, la certitude de son entrée dans le Tunnân, oil il reçoit les eaux da^lac de Tali, et dan» le Tibet, où il prend ses sourèes} toni
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ces points obscurs ont étô éclaircis; en un mot, nous ayons rapporté des notions précises sur la plus grande partie d'un fleuve immense qui naît au milieu des neiges et achève ^on cours sous les ardeurs du soleil. D'un autre côté, des observations exactes et des données probables sur les autres fleuves de rindo-Ghine, sur leur position respective à divers points de leur parcours, sur la délimitation de leurs bassins, en y joignant les renseignements recueillis sur la partie la plus inconnue de la Chine elle-même, voilà ce que je demande la permission d^appeler les découvertes de Texpédition dirigée par M. de Lagrée sur le'terrain de la géographie. Ces découvertes constituent assurément la meilleure part de notre butin , et je suis d'autant plus à Taise pour le constater que je n'y ai pas directement concouru.... Le cours du grand fleuve, utilisé par de vastes radeaux, peut rendre d'importants services au commerce, placé dans «a direction naturelle. Quant à la navigation à vapeur, il faut abandonner tout espoir de l'étendre au delà de ses limites présentes.
Après quelques considérations sur les artères commerciales qu'à défaut du Mékong, où la navigation à la vapeur a été reconnue impraticable au delà d'une certaine limite, notre colonie de Saigon peut trouver dans le Nord , M. de Carré termine ainsi :
La fortune, qui nous a fait si souvent payer dans nos colonies, par des trahisons persistantes, ses faveurs d'un jour, semble devenue moins cruelle. La Louisiane et le Canada nous ont, à deux époques néfastes pour notre puissance maritime, échappé malgré l'effort de nos armes ; la Cochinchine au contraire a vécu, a prospéré en dépit de toutes les hésitations de la métropole. L'on peut dire que de toutes nos entreprises au dehors, celle-là a été la moins calculée et la plus heureuse, la plus dé daignée et la plus féconde, la plus obscure et la plus utile. C'est Tœuvre de notre fortune plus que de notre volonté.
S 2. Notre colonie de la Cochinchiae. Notes commerciales.
M. Ed. Renard, ancien délégué de Tindustrie de Paris dans la mission commerciale qui fut envoyée en Chine en 1842, puis fondateur de comptoirs dans Tlnde, en Chine, 9X1 Goobincbine et au Japon, a visité ces différents pays en
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1869. Avant son départ, il avait demandé au Départemeht du commerce une mission purement honorifique, en offrant d'utiliser son voyage pour réunir toutes les informations de nature à éclairer l'administration sur les ressources et les besoins des pays de Textrème Orient. Catte proposition fut acceptée avec empressement.
M. Renard a fait parvenir au ministre du commerce nne série de rapports contenant des renseignements très-détaillés sur le commerce, Tagriculture et l'industrie des différentes contrées qu'il a parcourues (n° 152). Ces appréciations d'un homme pratique ne peuvent manquer d'intéresser vivement les négociants français, dans un momept surtout où le développement de nos relations extérieures, devient une des premières conditions de la prospérité de nos industries. C'est dans cette pensée que l'administration a décidé l'insertion des rapports de M. Renard daûs les Annales du Commerce extérieur.
L'importance de ce document nous détermine à en tirer quelques extraits.
Le commerce de Saigon consiste, en premier lieu, dans Fimportance réellement considérable du riz, dont l'exportation s'élève chaque année, en moyenne, à environ 200000 tonnes, d'une valeur approximative de 25 à kd millions de francs, et qui pourrait doubler en peu de temps s'il y avait suffisamment de bras.
La plus grande partie de nos riz s*exporte généralement pour la Chine, le Japon et les détroits; le reste de la récolte va a Maurice, à Bourbon et en Europe.
Le poivre prendra chaque jour plus d'importance dans nos exportations, et il en sera de môme du sucre, de la soie, de Tindigo et du coton.
Si on ajoute à cela le café, le cacao et les autres articles de
oindre importance, comme l'huile de coco, les- arachides, le
"''""-grass ou ma des Chinois, le sésame, le benjoin, la carda-
, l'anis étoile , Tassa-fœtida , noix vomique , borax , cire
moindre china-
mone, , , ,
d'abeilles, cannelle, gingembre, stic-laque, cuirs, bois d*ébénisteric et de construction, etc.; tous ces riches produits
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abondent dans la basse Gochinchine, et il ne manque que des bras pour les recueillir.
Sériciculture, Dès à présent , la sériciculture est acquise à la Gochinchine française, et cela dans nos six provinces, car il est peu d'Annamites qui, à côté de leur habitation, n'aient leur petit champ de mûriers.
Indigo. On cultive en Gochinchine Pindigotier dans les mômes terrains d'alluvion que le mûrier, où il croit avec la môme rapidité, et on peut en faire jusqu'à trois récoltes par an, ce qui n'a lieu ni à Java, ni môme au Bengale.
Bois, n y a d'immenses forêts en Gochinchine. — Dans ces forôts, rapprochées des fleuves, une exploitation sans aucono règle a été faite depuis des siècles, et les essences de bois durs ont presque totalement disparu. L'exportation de ces beaux bois se fait encore chaque jour à la Chine pour la fabrication de ces beaux meubles, de ces sculptures sur. bois dur qu'apprécient tant les étrangers.
Il ne reste donc plus maintenant que des essences de bois tendres, par exemple le jao, duquel, par une incision au pied de l'arbre, on obtient de l'huile, etc.; et encore ces arbres sont espacés les uns des autres à d'assez grandes distances. Mais les bambous ont pris bientôt le dessus, et cet arbre si utile à la Ghine parait avoir trouvé dans notre Gochinchine le sol et le climat qui lui conviennent le mieux. 11 y atteint des proportions surprenantes, et forme des massifs de verdure qu'on ne cesse d'admirer.
Le Cambodge, placé sous le protectorat de la France, avec nne population de 1 million d'habitants, ayant des terrains d'alluvion tout à fait similaires à ceux de notre Gochinchine, don-i nera, dans peu d'années, une grande impulsion aux exportations de notre colonie. Le Cambodgien aime l'agricultare» comme il aime la poche et la conduite des bateaux ou joncques ; il est très* vigoureux et plutôt de taille élevée, tandis qae l'Annamite est généralement de petite taille.
Le Cambodge a, de plus que la Gochinchine, son grand lac, o& les poissons de toute espèce abondent, et oti chaque année, à la montée et à la descente , il se fait des poches réellement miraculeuses.
Agriculture. Pour le géographe, pour Tobservateur, ^'U jette im rapide coup d'œil sur la carte , non pas ces cartes lilliputiennes de nos collèges, mais bien sur les admirables cartes publiées par la marine» il a déjà vu l'importance du vaste delta cochinchinois ; il a vu ses fleuves, ses arroyos si utiles aux