‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 54 sur 337 · Partie comprise entre ille Tanlé et Jonanga. N. 2804 (idem · texte numérisé non relu

Partie comprise entre ille Tanlé et Jonanga. N. 2804 (idem

— — Partie oomprise entre Nouméa et 111e Tupeti. N* 2552 (Ibt4.,

— -- 4» feuille. Partie Nord. N» 2799 (1869).

^ — Partie comprise outre 111e Uen et Nouméa. N* 1894 (corrigée en 1869).

5 !•'. La KoaTolle-Calédonie.

Dans les eiroonstances actuelles, la notice stÛYante, pu* bliée au mois de septembre 1871 par le Journal officiel^ présente un intérêt particulier. Les éléments de cette no« tice sont principalement puisés dans les publications récen** tes de MM. Gamier et Bourgey (ci-dessus, n^* 201, 202).

La Nouvelle-Calédonie , dont Bougainville avait soupçonné l'existence» fut découverte, en 1774, par Gook, qui, après avoir débarqué à Balade , prolongea la côte orientale et explora Ttle des Pins » située plus au sud. Il est probable que La Peyrouse la visita en 1788, mais son naufrage à Yanikoro nous a privés des renseignements qu'il dut rerueillir. En 1791, pendant son voyage à la recherche de l'illustre navigateur, le contre-amiral d'Entrecasteaux, à deux reprises, débarqua sur la côte occidentale et pénétra dans l'intérieur de l'île. Sa relation, et surtout les renseignements recueillis par deux naturalistes, Forster et fa Billardiëre, furent les seuls documents authentiques que nous possédâmes jusqu'en 1843. Gesdeux derniers voyageurs dépeignaient laNonvelle-Galédonie comme un pays enehan* teur, un nouvel Bden ; les mcenH douces et poUesdes habi-

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ants étaient, à les en croire, une preuve nouvelle des théories de J. J. Rousseau sur la supériorité de l'état de nature. Inutile de dire que telles ne sont point les couleurs sous lesquelles ces sauvages nous apparaissent aujourd'hui.

Les catéchistes protestants avaient échoué déjà dana leurs tentatives religieuses et civilisatrices, lorsque lei mis*^ sîonnaires catholiques vinrent s'étahlir à la NouvelIe-Galé^ donie.

Vers la fin de 1843, la gahare h Buciphale y débar» qua les pères Yiard et Rougeyron avec deux frères laïques^ et le siège de la mission fut établi à Balade sous la direction du P. Douarre, vicaire apostolique. Déjà les missionnaires avaient réuni autour d'eux un certain nombre de naturels convertis ou près de Tètre, et tout faisait espérer un résultat faVorable, lorsqu'un fâcheux concours de cirw constances vint leur enlever tout le fruit de leurs travaux* On avait recommandé aux missionnaires de ne baptiser led adultes que lorsqu'ils étaient en danger de mort : aussitôt les indigènes attribuèrent au baptême la mort de leurs compatriotes. Ils exploitèrent aussi contre les missionnaires une peste terrible qui sévissait alors ; enfin la traite des Neo-Calédoniens, à laquelle se livraient quelques navires anglais et américains, acheva d'exaspérer la haine des naturels contre les blancs. Bs se soulevèrent, et les mis«« sionnaires, après avoir couru les plus sérieux dangers, après avoir même perdu un des leurs, forent obligés en 1847 de quitter la grande terre et de se réfugier à l'Ûe des Pins oU ils fondèrent un établissement.

Ces événements nous obligèrent à intervenir. En 1851, la corvette PAlcmène vint mouiller à Balade sous le com-* mandement du comte d'Harcourt. Pendant son séjour, une embarcation montée par douze matelots et deux enseignes envoyés en reconnaissance hydrographique fut surprise par les indigènes ; trois matelots seulement purent regagner le bord. Le châtiment ne se fit pas attendre et fut terrible.

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Une vingtaine de naturels furent tués » les cases, les plan* tations et les pirogues détruites. Des prisonniers, et notamment des deux enseignes, MM. de Saint-Phalle et de Varenne, on ne retrouva malheureusement que les cadavres, et encore parce que ces cannibales n'avaient pas eu le temps de les dévorer.

Ces insultes répétées, les rapports de M. le comte d'Harcourt^qui avait pu visiter l'intérieur de l'île, les discussions à la Chambre sur le choix d'une colonie pénitentiaire, déterminèrent le gouvernement à prendre possession de la Nouvelle-Calédonie. Le 1*' mai 1853, le pavillon français y fut solennellement planté par le contre-amiral Febvrier des Pointes, au moment oh les Anglais cherchaient, de leur c6té » à s'y établir.

Quelques bâtiments et blockhaus furent aussitôt construits pour mettre la garnison à Tabri des attaques des indigènes. L'année suivante, le commandant Tardy de Montravel compléta notre prise de possession en faisant reconnaître notre autorité par les chefs des principales tribus de l'île. Il explora ensuite les côtes, afin d'y chercher un endroit favorable à la création d'un établissement définitif. La baie de Nouméa, qui réunissait toutes les conditions nécessaires, fut choisie» et Port-de-France ne tarda pas à s'élever. Peu à peu, sous l'habile direction des amiraux Du Bouzet, Saisset et Guillain, les bâtiments et les villes s'élevèrent, de fortes reconnaissances parcoururent et visitèrent l'île dans tous les sens, des expéditions furent dirigées contre quelques tribus qui menaçaient nos établissements, et nous sommes aujourd'hui possesseurs' à peu près incontestés d'une colonie magnifique, capable de faire une sérieuse concurrence à l'Australie du jour où les bras ne lui feront plus défaut.

La Nouvelle-Calédonie est l'une des îles les plus vastes de la Mélanésie ; elle présente une superficie d'environ

17 000 kil. carrés, Téquivalent de trois de nos départements). Entourée de récifs madrëporiques contre lesquels les flots viennent se briser à grand bruit, Tlle est hérissée de montagnes qui la sillonnent en tous sens et la découpent en vallées étroites arrosées par de nombreux cours d*eau. Les plus importants sont le Diahot et TOnagap, ce dernier plus large à son embouchure que la Seine à Paris. Les sommets les plus élevés atteignent 1 500 mètres, mais les pentes en sont toujours douces et cultivables jusqu'à plusieurs centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer.

Les richesses minérales sont nombreuses ; on yrencontre en abondance le grès, le calcaire , la chaux, le marbre et l'argile, c'est-à-dire la plupart des matériaux propres aux constructions. Toutes les cultures coloniales^ la canne à sucre, le café, le coton, ont donné de très-beaux résultats, et les céréales d'Europe, ainsi que certaines plantes fourragères, s'y sont acclimatées sans effort. Il existe sur divers points de grandes plaines très-favorables à l'élève des bestiaux, et les laines envoyées à l'Exposition de 1867 ont rivalisé avec celles de l'Australie.

L'île est salubre, et la brise de mer y tempère les chaleurs : les fièvres paludéennes y sont rares, malgré le grand nombre de marais qu'il serait d'ailleurs facile défaire disparaître ou d'utiliser pour la culture. L'emplacement sur lequel Port-de-France s'est élevé a été desséché sans que la santé des travailleurs ait éprouvé la moindre atteinte.

La population est anthropophage et tient le milieu entre les Papous de la Nouvelle-Guinée et la race blanche de la Polynésie. On l'évalue généralement à 45 ou 50 000 âmes, moins de 3 habitants par kilom. carré, proportion vingt-six fois plus faible qu'en France. Cette pauvreté de la population tient à des causes multiples : au premier rang se placent les guerres incessantes de tribu à tribu, guerres qui le plus souvent n'ont d'autres motifs que le besoin de se

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procurer des prisonniers destinés à suppléer an défaut de provisions.

Les naturels, cependant, possèdent efn agriculture dos connaissances assez avancées; ils ont trouvé d'eux-^mèmea des procédés d'irrigation, et savent parfaitement étager leurs cultures sur les flancs des montagnes. Mais ils sont d'unt telle imprévoyance^ qu'ils consomment immédiatement la totalité de laurs récoltes. De là, pendant l'hiver, des boid* nés fréquentes, pendant lesquelles ils sont souvent réduits, pour calmer leur faim, à se repaître d'une sorte de stéatite qui endort l'estomac. L'habitude qu'ont les habitants d'al« 1er nus 6n toute saison augmente aussi notablement la mortalité ; mais ce qui, surtout, arrête le développement de la race, c'est Pusage de la polygamie. Il est général k la Nouvelle-Calédonie, et d'autant plus enraciné que les femmes y sont considérées comme des êtres d'une nature inférieure. Le nombre qu'on en peut posséder n'a d'autre limite que celle des ressources dont on dispose pour les nourrir.

Certains chefs en ont Jusqu'à douze à la fois, épouses et servantes, qui sont astreintes aux plus durs travaux et dont la vie n'est pas toujours respectée. Un voyageur, M. E. Bourgey, raconte à ce sujet ime anecdote caractéristique : un Néo-Calédonien, touché de la grâce, était venu demander le baptême ; mais il avait deux femmes et les missioà-* naires l'avaient congédié, en lui disant qu'ils ne pourraient le baptiser tant qu'il n'aurait pas renvoyé Tune des deux. Le lendemain, le naturel se présentait de nouveau ; et comme on lui faisait les mêmes objections que la veille : c Mais je n'ai plus qu'une femme » s'écria-t-il! — Et qu'as-tu fait de l'autre? — Je l'ai tuée, » répondit naïvement le sauvage.

Certains voyageurs vantent la bravoure des Néo-Calédoniens et leur mépris de la mort. Comme beaucoup de sauvages, ils sont d'une adresse surprenante ; nos soldats en

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ont vu quelques-ons éyiter d'un bond la balle ou le bou'" let qui devait les frapper.

Une superstition, le tabou, leur est commune avec beaucoup de peuplades océaniennes ; elle consiste à rendre un objet sacré en le marquant d'un signe cabalistique, et elle est si bien établie que toute chose, toute personne même revêtue de ce signe, est assurée du respect général et devient en quelque sorte inviolable.

Celte superstition est ^devenue aujourd'hui un moyen de gouvernement trës-habilément exploité par les chefs. Le docteur Rochas raconte que dans une de ses excursions, ayant vu son guide, un jeune indigène, se dépouiller de sa chemise qui l'incommodait, la déposer au bord du «en-* tier et placer dessus une tige d'herbe, après l'avoir nouée d'une certaine façon, il lui demanda ce qu'il faisait. < Tu le vois bien, répondit le sauvage, je laisse ici ma chemise, pour la reprendre à notre retour. — Et si on te la voleî *^ Est-ce que dans ton pays on volerait une chemise sur laquelle on aurait mis un tabou ?» lui demanda Teûfant d'un air scandalisé. Etle docteur se trouva très-embarrassé, ne voulant pas avouer que dans certaines contrées de la France le tabou aurait eu fort peu de chance d'être respecté.

Ce fut en 1859 que le gouvernement, ému de l'insalubrité de la Guyane, ordonna des études qui aboutirent en 1863 à la création <Iun établissement pénitentiaire à la Nouvelle-Calédonie. En le plaçant en face de l'Australie qui doit ses premiers développements, comme colonie, à une expérience analogue, on devait être naturellement tenté de suivre la méthode adoptée par les Anglais; on la prit en effet pour modèle, mais en y apportant les tempéraments et les modifications exigées par la différence de nos mœurs et de notre constitution. On se trouvait d'ailleurs et dis le début dans d'excellentes conditions, la colo-

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nie devant être très-prochainement en mesure de fournir à ses propres besoins, grâce à la fertilité du sol et aux essais d'acclimatation tentés par les pères maristes. Un premier convoi de deux cent cinquante forçats quitta la France le 2 janvier 1864; le dépôt principal fut établi dans Tlle Nou ou Du Bouzet. Cette île est située à l'intérieur du récif madréporique, assez loin de Nouméa pour rendre les évasions très-difficiles, assez près pour permettre des communications fréquentes.

Ce choix offrait, en outre, le précieux avantage de mettre la population libre à Tabri du contact direct des forçats. Un deuxième convoi de deux cents condamnés, qui emportait le matériel d'une installation plus complète, partit de France le 2 janvier 1866 et arriva en juillet. L'état sanitaire dépassa tout d'abord les prévisions les plus optimistes; il était meilleur qu'à Toulon, le bagne le plus salubre de France.

Ce premier succès engagea le gouvernement à tenter l'expérience qui avait si bien réussi aux Anglais en Australie. Il essaya de ramener au bien les condamnés qui n'étaient pas complètement pervertis, en offrant à ceux qui faisaient preuve de repentir l'espérance d'une réhabilitation prochaine. Quatre catégories furent alors établies parmi les transportés : la première se composait des meilleurs sujets, destinés à devenir chefs d'ateliers et à former plus tard le noyau d'une colonisation ; dans la seconde étaient rangés ceux dont le retour au bien n'était pas encore pleinement assuré ; dans la troisième se trouvaient ceux qui ne s'étaient pas sensiblement améliorés; enfin, dans la quatrième, les incorrigibles condamnés naturellement aux travaux les plus pénibles et soumis à la surveillance la plus rigoureuse. Chaque année, le classement est refait d'après les indications des inspecteurs, et suivant leur conduite les condapinés peuvent monter ou descendre d'une catégorie à une autre. Les hommes de la première classe, après avoir

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passé quelque temps au pénitencier de Tile Nou, sont envoyés à terre où ils reçoivent une concession avec les outils, ks grains et les vivres nécessaires à son exploitation ; ils y jouissent d'une liberté dès lors complète et qu'il dépend d'eux de rendre définitive ; car bien qu'ils demeurent placés sous la surveillance de la police, ils ne peuvent être réintégrés au pénitencier que s'ils commettent quelque nouveau méfait. Un premier groupe de ces nouveaux colons a déjà été établi dans la grande île, à Bouraié.

Pour la seconde catégorie, le gouvernement a créé à Yahouéy à quelque distance de la côte, une ferme modèle, où sont enseignés tous les travaux de Tagriculture. Si les condamaés se sont bien conduits, ils peuvent à leur sortie de la ferme obtenir une concession ou s'engager comme travailleurs chez les particuliers. Bien que ceux-ci contractent l'obligation de rendre compte chaque jour à l'administration de leurs engagés, c^mme ils obtiennent ainsi à très-bon marché une main-d'œuvre excellente, ils se sont très-volontiers prêtés à cette mesure, et généralement n'ont eu qu'à se louer des hommes qu'on leur confiait.

Quant aux condamnés de la troisième classe, ils sont employés aux travaux des routes, des ports,des casernes. Encore astreints à une discipline sévère, ils peuvent cependant acquérir un léger pécule qui leur est remis et leur devient fort utile le jour où ils passent dans une catégorie supérieure. Enfin la quatrième classe est internée à Tile Du Bouzet où elle est soumise au régime du bagne dans toute sa rigueur.

Tels sont les renseignements que nous fournissent deux rapports publiés par le ministre de la marine en 1867 et en 1869. Depuis cette époque, et dernièrement encore^ le gouvernement a fait publier plusieurs avis sur les avantages qu'il accorde aux agriculteurs et aux ouvriers qui désormais vont s'établir volontairement à la Nouvelle-Calédonie. Si ces avantages très-oonsidérables pouvaient, comme on est

en droit de Tespérer, diriger de ce côté une partie du cou* rant de l'éinigration, des résultats de la plus haute importance seraient certainement obtenus daus un laps de temps relativement très7C0urt; car dans ce pays éminemment salubre et ricbe en productions végétales et minérales de toute sorte, où déjà la fusion des races blanche et autoehthone est en voie de s'accomplir, les bras seuls ont jusqu'à présent manqué pour créer une colonie prospère qui offirirait bientôt un débouché des plus précieux aux produits de nos manufactures.

Ajoutons que le gouvernement a aujourd'hui dans les mams les moyens de créer d'un seul coup le noyau d'une grande colonisation, doublement précieuse pour la mèrepatrie.

S 3. La Nouvelle-Oainée.

Un membre de la Société de Géographie de LondreS| M. Nicholson, à l'occasion des progrès récemment accomplis dans les explorations intérieures de l'Australie, a présenté un aperçu des progrès, encore bien faibles, qui ont été faits jusqu'à présent dans la connaissance de la Nouvelle-Guinée, autre terre d'une vaste étendue qui n'est séparée de l'Australie que par le détroit de Torrès ; et il s'est demandé si le temps n'est pas venu de travailler aussi à remplir cette immense lacune de la géographie océanienne (ci-dessus, n^ 196). Déjà cette question s'était posée dans les Mittheilungen de Petermann (a. 1869, p. 401 : Deutsche Rufe von den Antipoden^ article accompagné d'une carte), et l'heure approche, en effet, où l'attention des géographes et des explorateurs se fixera de plus en plus sur ce sujet. Il nous paraît à propos de traduire ici la note de M. Nicholson, comme un document intéressant dans un champ tout neuf encore d'exploration géographique.

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