NOUVELLE GUINÉE
« La Nouvelle^uinée, qui semble une dépendance naturelle de TÀustralie, attend encore un voyageur européen. Bien que sa première découverte par Torrës remonte à plus de 250 ans, on a véritablement lieu d'être étonné du peu de notions que nous possédons encore sur cette lie immense, qui n'a pas moins de 20 degrés d'étendue en longitude et 10 degrés en latitude. C'est seulement par échappées que quelques parties de son vaste pourtour ont été aperçues ou reconnues par les navigateurs, bien qu'un petit établissement hollandais y ait été formé près de la baie du Triton, vers le 137« méridien (à l'E. de Greenwich). Les côtes ont été vues à difiérentes époques, *
par BougainTille 1768
le capitaine Edwards de la Pandora, 1791
D'Ëntrecasteauz 1793
Belcher 1840
mais c'est seulement en juin 1845, lorsque la partie du lit-» toral qui fait face au cap York fut reconnue par le navire de la marine royale Fly^ capit. Blackwood, qu'un examen vraiment sérieux de la côte a eu lieu. Après cette expédition vint celle du capit. Owen Stanley du RatUesnake^ en 1850; dans celle-ci, toute la partie sud-est de la côte de la grande péninsule qui s'étend sur six degrés de longitude fut soi-» gneusement examinée, et on découvrit une chaîne de hautes montagnes qui se prolonge sur une étendue de plusieurs centaines de milles. La hauteur assignée à quelques sommités de cette chaîne est considérable :
Le mont Yale est évalué 3,062 mètres.
Owen-Stanley 4,025
Obiss - 3,123
Suckling 3,422
Dagmar 2,794
Simpson 3,089
L'existence dTune cnatne de montagnes, dont quelques-
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unes tonchent presque à la limite des neiges permanentes, doit avoir une influence considérable sur le climat et le caractère du pays. Les ouvertures nombreuses qui débouchent au grand golfe du sud (great Southern Bight) comme autant de branches d'un large estuaire, aussi bien que l'immense Volume d'eau douce qui arrive ici à la mer, dénotent l'existence d'un grand fleuve qui traverse le centre de rile* Par l'une ou l'autre de ces bouches, un petit steamer qui voudrait pénétrer dans l'intérieur de l'île trouve* rait sûrement un facile accès. Bien que la population native soit nombreuse et se montre hostile aux étrangers, il n'est pas probable qu'un parti convenablement équipé rencontre de bien grands dangers dans une exploration intérieure. Quand on songe que la Nouvelle-Quinée est presque en vue de la côte de l'Australie, et qu'elle se trouve dans la direction qui rattache le continent australien à l'Inde^ à la Chine et au Grand-Archipel, on ne peut que s'étonner qu'il ait été fait si peu jusqu'à présent pour mieux connaître une île si près de nous. Le commerce, aussi bien que la science, ne pourraient que gagner à une connaissance plus étendue i II n'est à ma connaissance aucune partie du monde dont l'exploration soit plus propre que la Nouvelle- Guinée à exciter l'imagination, dit un géologue éminent, le docteur Jukes, aucune qui promette de plus grands résultats au naturaliste, à l'ethnologue et au géographe.. •• '
Que l'exploration de la Nouvelle-Guinée soit entreprise dans un temps prochain, soit directement sous les auspices du Gouvernement anglais, soit par l'initiative privée do quelques colons australiens, la chose n'est pas douteuse. B ne faut pas se dissimuler que les conditions inconnues du pays, l'hostilité des indigènes et l'insalubrité (au moins présumée) du climat, ne soient, dans une telle expédition, autant de causes de dangers, de périls sérieux; mais jamais de telles appréhensions n'ont arrêté longtemps la réalisation d'une grande entreprise, lorsqu'ime fois la pensée en a
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été conçut. C'est à ce qn'il semble une loi étemelle, une loi inexorable, que toute grande vérité, dans la science comme dans la religion, doit avoir ses martyrs. Et c'est peut-être le sentiment de cette loi fatale qui rend si justement populaire la poursuite des explorations géographiques. Celui qui se voue à ces recherches toujours pénibles, souvent périlleuses, doit posséder le courage, la persévérance, l'esprit de recherche et d'entreprise, — en un mot quelquesunes des hautes qualités morales qui commandent le respect des hommes. Et certes, nulle région du monde n'exige à un plus haut degré que les contrées équatoriales le déploiement de ces dons et de ces aptitudes.... »
Les prévisions et les vœux exprimés dans ces paroles ont trouvé une réalisation plus prompte qu'on ne pouvait l'espérer, et cette réalisation part d'un quartier où on ne l'aurait guère prévue. C'est à la Russie qu'en appartient l'ini* tiative. Un voyageur russe, M. Nicholas de Mikloukho- Maclaî, a résolu, avec l'approbation de son gouvernement, de se dévouer à l'entreprise. Il est remarquable qu'au milieu des événements qui ont si profondément troublé l'Europe, la Russie n'a pas envoyé dans un but de reconnaissances géographiques moins de quatre vaisseaux dans les mers orienttdes. C'est sur un de ces navires, la corvette à vapeur YUiaz^' que M. de Maclaî s'est embarqué pour son voyage qui doit durer 7 ou 8 ans. Il a le projet de commencer par visiter la Nouvelle-Guinéei et il se propose de consacrer deux années à cette exploration. La plupart des côtes de l'île se trouvant en dehors de toute communication, le gouvernement a donné à la corvette YitiaZj sur les recommandations de la Société de géographie russe, l'ordre d'assister M. Maclaî en tout ce dont il aurait besoin, et notamment pour la recherche d'un point convenable sur la côte orientale, devant lui servir d'établissement, pour la construction d'une habitation, etc. Après quoi le navire quittera ces parages, et le voyageur sera abandonné à lui*
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même avdo les peMonnes qnî raccompagnent. Goiùment parviendra-t*il à la côte occidentale de Ttle ? G*e8t ce qu'il serait assez difficile de déterminer dès à présent , dans l'ignorance où nous sonmies en Europe de la situation du pays; mais ce qu'on peut croire, c'est qu'il voudra traverser 111e dans sa plus grande étendue de l'est à l'ouest, et itrri^ ver &u port de Doreb.