‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 66 sur 337 · LES MORMONS · texte numérisé non relu

LES MORMONS

de la géographie politique, le seul qui nous touche directement. L'article mérite d'être reproduit :

« Le sort en est jeté. Le gouvernement aborde décidément la délicate entreprise de la destruction de la polygamie dans rutah, c'est-à-dire Tabolition du mormonisme et la soumission de cet important territoire aux lois fondamentales des États-Unis. Si grave que soit cette détermination et quelles qu'en doivent être les conséquences , il fallait s'attendre à ce qu'elle fût prise un jour ou l'autre. Les Mormons sont, il est vrai, les fondateurs de la colonie qui a peuplé les rives du Lac Salé et de la ville florissante qui s'y est élevée ; mais ils n'y sont plus seuls. Autour d'eux se sont groupées et se massent journellement des populations nouvelles, appelées d'ahord par l'attraction qu'exerce toujours un grand centre, et ensuite et surtout par les grandes voies de communication ouvertes à travers le continent par l'initiative et l'esprit d'entreprise de la nation américaine.

« C'est donc vainement que les Mormons argueraient d'un droit de priorité qui leur attribuerait une sorte de souveraineté sur le foyer qu'ils occupent, et j)rétendraient vivre sous des institutions spéciales, sans que personne ait à y intervenir* Ils n'ont même plus le prétexte de l'isolement ; ils ne sont plus seuls intéressés dans la question. Ce n'est plus une communauté religieuse confinée tout entière dans ses croyances et dans ses règles, sans contact et sans solidarité avec le monde extérieur. C'est une partie considérable sans doute, mais simplement une partie d'une population dont tous les membres ont le droit de prendre part à la vie politique de la nation, et qui ne peuvent en être privés par le fait d'un régime particulier imposé par une majorité oppressive.

« Or, il ne s'agit plus, malgré la prétention contraire des Mormons, d'une pratique religieuse relevant uniquement do la liberté de conscience. Il s'agit d'une situation

politique, et il suffit, pour le démontrer, de rappeler que l'Utah a depuis longtemps un chiffre de population suffisant pour être rangé au nombre des Etats de lUnion américaine, et que le Congrès a toujours, malgré des instances réitérées, refusé de l'y admettre à cause de la pratique de la polygamie, qui est une violation des lois fondamentales du pays. Or, cette dénégation d'un droit constitution» nel ne saurait être acceptée par la partie de la population qui est étrangère au mormonisme, et qui réclame légitimement sa part des privilèges attachés k la loi commune. <c Le droit des Ëtats-Unis est donc incontestable, et nous ne sommes pas étonnés qu'on se décide enfin à le foire prévaloir. Le mal est que suivant toute probabilité la question ne sera pas résolue sans effort et sans déchirement douloureux. A l'heure qu'il est peut-être, y a-t-il déjà des troubles sérieux et des luttes commencées. L'arrestation de Brigham Young, officiellement annoncée, peut être le signal d'une explosion qui ne pourra être comprimée que par la force. Les populations s'arment, les garnisons grossissent, et un conflit est imminent. D'un moment à Tautre nous pouvons recevoir des nouvelles du caractère le plus affligeant. »

A ce propos, les journaux américains rappellent Torigine et les développements de la communauté mormone de l'Utah.

Lors de Pémigration vers le Far West, ils avaient choisi pour s'y établir le lieu le plus isolé, le plus désert, le plus inaccessible et le plus ingrat du continent.

Rien n'était moins engageant que ce Sahara ; de toutes parts ce n'étaient qu'immenses plaines stériles, chaînes de montagnes presque infranchissables, cendres volcaniques et végétations rabougries.

Et ce furent précisément ces obstacles et ces misères qui séduisirent le sectaire.

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