‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 67 sur 337 · LES MORMONS. 1S · texte numérisé non relu

LES MORMONS. 1S

Il pensa qa'il se passerait des siècles avant l'approche des Gentils. Il n'y avait rien là qui pût tenter les appétits des spéculateurs, et nul ne supposait alors que jamais une route praticable, encore moins un chemin de fer, relierait le Missouri au Pacifique à travers de si ingrates immensités.

Telles furent les causes déterminantes de la migration mormone vers les rives soUtaires du Lac Salé. Les pre-^ miers explorateurs partirent en avant-garde en 1846 , et en 1847 Brigham Young les suivit à la tête d'une troupe de hardis pionniers , construisant des ponts, coupant et amassant des fourrages, semant du maïs à différents points le long de la route, laissant des hommes en arrière pour le récolter, ef ainsi établissant des étapes approvisionnées pour le gros de la tribu, qui devait suivre prochainement avec les femmes et les enfants.

U n'y a pas dans l'histoire d'exemple d'une si étrange et si laborieuse migration, qui, dans le cours de son long voyage, fut frappée d'une réquisition de cinq cents hommes pour le service du gouvernement dans la guerre du Mexique. En trois jours, les hommes furent prêts et expédiés. La cobnne suivit sa marche et arriva sur les rives du Làc Salé à temps pour y établir ses quartiers d'hiver. La nouvelle colonie faillit mourir de faim pendant cette i^de saison ; mais le printemps venu, elle se mit à l'ouvrage.

Le reste de la nation arriva enfin et fut installée en 1848 , après avoir souffert des privations et surmonté des difficultés inouïes.

Depuis, la communauté de l'Utah a prospéré et enrichi un pays qui paraissait condamné à une éternité d'abandon et de stérilité. L'Utah a puissamment contribué à la sécurité^ et à l'approvisionnement des caravanes traversant le désert pour se rendre par terre aux gisements aurifères de la Californie et à ceux du Nevada, et Brigham Young et son peuple, bien contrairement à leurs propres désirs et à

leurs intérêts, ont rendu un grand service en fournissant dea matériaux et des bras à la construction du chemin de fer du Pacifique.

S 3. Sur la TMt américaine. Le pour et le contre.

Il y a dans le dernier article de M. Robert Lindan sar le grand chemin du Pacifique (n^ 245) , une page piquante où les détracteurs souvent outrés et les apologistes parfois exagérés des citoyens de la Grrande République sont mis en présence, chacun faisant valoir sa cause par des arguments que nous ne nous permettons pas d'apprécier: nous exposons, c On ne peut s'empêcher, dit le voyageur, de reconnaître qu'on se trouve ici en présence d'un trèsgrand peuple ; l'admiration qu'on ressent pour lui est si vive et si naturelle, on éprouve un tel besoin de Texprimer, qu'on n'hésiterait point à la témoigner à ceux qui en sont l'objet, s'ils ne mettaient pas eux-mêmes obstacle à cet hommage spontané en l'exigeant comme un tribut qui leur est dft. Us n'attendent pas l'éloge, ils le provoquent ; et b'il ne vient pas assez vite et assez complet, ils le font de leur propre autorité. Le patriotisme est fort beau , et dans ses exagérations même il peut garder quelque chose de respectable : mais lorsqu'il tend à l'apologie d'un seul pays au détriment de tout autre , l'expression en est à là longue injuste et souvent offensante. L'étranger fatigué des sempiternelles déclamations qui en somme peuvent se résumer en ceci: nous sommes grands, riches, jeunes^ libres, et vous êtes petits, pauvres, vieux et esclaves, — l'étranger, dis-je, poussé à bout, finit par éclater. « Oui , « dit- il, vous êtes de grands marchands et de grands entre- « preneurs, l'argent ne vous coûte rien, et vous ne reculez « devant aucun obstacle. Vous êtes libres, et vous n'êtes « gouvernés que par des hommes que vous avez choisis « vous-mêmes ; mais vous ne savez rien, vous ne compre-

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