LA RACE ABORIGÈNE
Si les Indiens^ à première vue, pour un observateur superficiel, paraissent se rattacher à une seule et même race, on ne tarde pas à reconnaître entre toutes les tribus, fassentelles même voisines, des différences tranchées dans le type, la langue, etc.
<c Je rappellerai ici ce que me disait demièrementà Boston le naturaliste le plus éminent des deux Amériques, M. Âgas^ siz : « Je trouve dans le Mississipi, et mieux dans TÂmazone^ « à très^peu près sur le même parallèle, et par conséquent < dans le même milieu, des coquilles, des poissons, mënié c des espèces végétales différentes, suivant les points que « je parcours. Pourquoi ce qui a lieu pour les animaux « n'existerait-il pas pour l'homme, qui n'est eh dernière « analyse qu'un animal, sans doute le plus parfait? »
« Si Ton n'a pas départi pris, il faut se ranger, ce me sem* ble, à l'opinion de M. Âgassiz. On ne saurait du reste accuser de matérialisme le grand naturaliste. Il a poussé en zoologie le spiritualisme jusqu'à ses dernières limites. Il est de l'école de Leibnitz, partisan déclaré des causes finales, et fait volontiers intervenir la Providence dans la création et l'évolution des êtres.
« L'homme américain semble donc être un produit dti sol américain (je m'exprime ainsi au figuré pour donner plus de force à ma proposition), et ce produit varie sinoxL avec chaque localité^ du moins avec chaque grand milieu.
« Le bison {bosamericmus) qu'on rencontre avec le Peau* Rouge, on n'a pas cherché, que je sache, à le faire venij^ du bison d'Europe, l'aurochs. Gelui-ci est encore aujour^ d'hui vivant dans les forêts de la Lithuanie, où on lé coû'» serve pour tes chasses du tzar; mais il était fort répandu en Europe au temps de l'homme primitif, et même encore au temps de César, <}ui le signale en Gaule.
« De ïnêmè on n'a pas essayé de faire venir d'Europe ou d'Asie le peu^dier d'Amérique ; et ainsi pour d'autres espè»" ces»
« Pourquoi alors faire exception pour Thominef Pourquoi ne pas supposer des centres de création ou d*apparilioii différents, comme les admettaient les anciens naturalistes? Ce qui est difficile à expliquer, ce n'est pas la variété, la diversité, la multiplicité des espèces animales ou végétales : c'est l'apparition elle-même de ces espèces. Que celle-ci ait eulieuen différentes fois et chaque fois tout d'une pièce, ou en une seule fois pour un seul germe initial d'où sont sorties toutes les autres espèces par une série d'évolutions successives et fatalement prévues, le mystère (et pourquoi ne dirions-nous pas ici le miracle? ) est aussi difficile à expliquer dans les deux cas. C'est dans la seule apparition de la vie qu'est le nœud de la question ; là est le problème, malheureusement insoluble, et non ailleurs.... »
S 6. Le nouveau territoire d'Alaska.
Le livre de M. Williams Dali sur le pays d'Alaska (n® 277), — ainsi que les Américaine ont nommé la ci-devant Amérique Russe qu'ils ont achetée en 1867 du gouvernement de Saint-Pétersbourg, — est la relation officielle du voyage d'exploration conduit par l'auteur de 1866 à 1867 dans la vaste étendue de cette contrée boréale. (Voir le vol. précédent de ï Année géographique^ p. 178) ; c'est aussi une histoire circonstanciée des investigations antérieures dont elle avait été l'objet de la part des Russes, ou pour mieux dire de la Compagnie des pelleteries qui en avait l'exploitation; c'est enfin un tableau completdu sol, du climat, de la vie animale et végétale, et des ressources minérales qu'elle offre à l'industrie de l'homme. Il est douteux que pour des gens si entendus en doit et en avoir cette acquisition, au prix fabuleux où elle a été faite, eût pu être regardée comme une affaire^ si ce n'eût été qu'une chose de spéculation en dehors de toute vue politique ; mais le DonUntian
n'a pas du tont Tair de vouloir se prêter aux combinaisons sous-entendues. En attendant, M. Dali envisage le nouveau territoire à un point de vue où nous le suivrons de grand cœur. «Le champ d'explorations et de découvertes qui s'ouvre ici aux Américains est grand, dit-il. L'intérieur appelle Texploration sur tous les points, particulièrement le grand plateau qui s'étend au norddu Yukon, la vallée de la Kuskoquouîm, et celle de la Copper River, ou rivière du Cuivre. La mer Arctique, au norddu détroit de Bering, a jusqu'ici été trop négligée. La terre de Yrangell ofire aux explorateurs un champ plus fécond que les plages aujourd'hui bien connues qui se déploient au nord de labaie d'Hudson. Il est à espérer que la libéralité qui a tant fait pour les découvertes arctiques du Nord-Est ne restera pas maintenant en arrière pour des explorations plus occidentales, et que l'esprit d'entreprise chez les Américains continuera, ici comme ailleurs, de marcher de pair avec celui de l'Europe. »
278. Boletin de la sociedad de Geografia y Ëstadistica de là republica Mexicana (Nouvelle série). T. II, 1870; t. III, 1871.
Nous inscrivoDs ici le relevé des travaux originaux dignes de note dans ces deux années.