‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 70 sur 337 · LES INDIENS · texte numérisé non relu

LES INDIENS

soit leur tonnage, et ce beau travail a singulièrement contribué à favoriser le développement rapide de Chicago. Les navires d'Europe, frétés pour cette dernière ville, entrent dans le Saint-Laurent, et remontant la rivière jusqu'aux chutes du Niagara, qu'elles tournent grâce au Welland Ship Candlf pénètrent dans le lac Erié au sortir de ce défilé étroit, puis continuant leur course à travers les grands lacs, atteignent l'embouchure de la rivière de Chicago, s'y engagent, et 'passant à travers de nombreux ponts-levis, arrivent jusqu'au cœur même de la cité. La grandeur de Chicago n^est donc pas le pur fait du hasard; sa situation nous explique comment au lendemain même de l'immense incendie qui vient d'y dévorer 12 000 maisons, les journaux écrivent : < on travaille avec énergie à relever la ville. »

S 4. L'Indien des États-Unis. <— Civilisation on destruction.

Chicago est une image saisissante de la transformation que subit la vaste région américaine comprise entre le Mississipi et le Grand Océan, si improprement nommé Pacifique. Ce qui n'était, il y a soixante ans, qu'une vaste savane, un désert, une Prairie sans fin au sein de laquelle erraient cà et là, perdues dans Tespace immense,* quelques tribus d'Indiens à la poursuite des animaux sauvages, s'est changé ou se change en États réguliers soumis à la loi européenne. La race Blanche, la race du travail et du progrès, se développe et s'étend chaque jour sur la terre in-t dienne. Les villes et les villages, fourmilières laborieuses, remplacent le wigv^am du sauvage; le Peau-Rouge fait place au colon, la charrue prend possession du sol, la barbarie s'efface devant la civilisation. Cette transformation, cependant, ne s'accomplit pas sans lutte. Â la tribu indienne, qui ne vit que de la chasse, il faut autour d'elle un espace considérable : cet espace se rétrécissant chaque jour

par la colonisation^ la tribu est réduite à cette alternative ou de 8e fixer elle-même au soi par la culture, ou de périr dans une lutte trop inégale. La conséquence, on laconnalt« Bepuis deux siècles et demi que le travail sérieux de la colonisation a commencé, il s'est fait une énorme desthietion de la race native. Une défense désespérée n'a pu em* pécher les Indiens de reculer pas à pas, de reculer toujonrBi devant le flot envahissant des Faces Pâles. Mais une heure devait venir où enserrés de toutes parts, reculer ne serait plus possible. Cette heure fatale a sonné. Écoutons un de nos récents voyageurs, observateur savant et judicieui (Simonin, ci-dessus, n^ 273) : « Ce que la petite vérole et d'autres maladies, ce que Veau de feu (le whisky), ont mis deux siècles à faire, — diminuer de moitié le chiffre dé la population indienne, qui est passé d'un million à moins de cinq cent mille âmes duxyi« au xvup siècle, — la civilisation, la colonisation rapide du Far West, va le faire en q[uelques anaées. Avant quelques générations, il n'y aura preiBqueplus d'Indiens. Dans les Prairies, le bison disparaît et l'bidien avec lui, l'homme primitif avec l'animal pri* mitif . Le chemin de fer du PaciÛBque s'est avancé victorieusement & travers le désert. Il joint maintenant les deux Océans. Tous les États, tous les territoires du Grand-^Oaest vont être entièrement colonisés. Bientôt les scènes que les voyageurs et les romanciers ont décrites n'existeront plus quedansles livres. L'Indien lui-même se sera fondu aveclè blanc ou aura été détruit. » Aujourd'hui le nombre deslndiens encore existants sur toute l'étendue de la République améri'^ caine à l'Ouest du Mississipi, étendue qui dépasse la moitié de l'Europe, n'est plus guère que de 300000, — 306475^ disait le chiffre officiel de 1865. Sur ce nombre, le sixième seulement, un peu plus de 50000, s'étaient résignés à la vie sédentaire, c'est-à-dire à l'abandon de la vie de chas* seurs pour l'existence régulière de la vie agricole. Yoitf les rexi)99Îgiiement8 qae donno & ce sujet l'explorateur que

LA RAGE INDIENNEt 135

nous venons de citer. « 11 n'y a plus à parler des tribus des PrairieS) de celles qui vivaient jadis sur le versant des montagnes qui regardent rAtlantique, ou le long dû Misûssipîi — les Algonquins, les Hurons, les Iroquois, les NafccheKiles Mohicans : on sait que la plupart de ces dernières trUbui sont éteintes; et les Français, il faut bien le recmaattroi ont con^ibuë pour une large part à cette diiqNirition% L» restant de ces tribus, que j'appellerai Atlantiques, -«^ les Greeks, les Gherokees, les Ghaetaws, les GhidcasaWs^ leli Séininoles, les Osages, etc.^ est aujouid'htd cantonné daai des réserves, notamment dans le TerritiHre Indien (InUcm Territory) où les Peaux-Rouges perdeàt peu à peu leoii caractères distinctifs. G'est dans VIndian TtrriMy^t, ^a% sont cantoimées, depuis ptès de trente ans, ces ésmières tribus atlantiques. Repoussées de l'Alabama) de la Oéor» gie, du Missiissipi, de la floride, du Misseori) flûm Ml fiûi par accepter d'être ((^onfinées dans ees limites^ Eh 160€) la population du Territoire Indien se distribdaît di MItt façon, d'aplis Un document oUciel que j'ai seul Iim y^ux:

Greeks.. ^ • .^ « « . . i 15,000

Gherokees 14,000

Chactas 1^,500

Çhickasaws %^Q0

Osages.... ^k ...k...é\ ... 8,000

Séminoles. , .% ^ â^COO

Autres Indiens (Shawneesi

Senecas, Delawares, etc). 3,000 ¥otai i\i nombre des Indieils caxit(mnès en 1866 dans VIndian JW^

di

ritory 34,000

Les tribus de VÏMiàn îerWfory y pratiquent àttjotd^d*i^\li

1. VIndian TerrUory, travené par la rivière Ark&nsas, un des grands tribataires de la rive droite du Hississipi inférieur, a pour limite au sud un autie afflusat du grand fleuve, le Red ÏUvet ou Kiyiké Rouge.

l'agriculture, tandis que les tribus errantes, restées dans leur état primitif, n'exercent encore que la chassé ; elles ont des maîtres d'école^-des prêtres, des médecins, des meuniers et des forgerons, envoyés d'abord par les États- Unis, et habitent des maisons couvertes, tandis que les tri« bus noniades manquent de tout et campent çà et là sous la hutte. Les Gherokees, les Greeks, ont même un corps législatify une chambre haute et une chambre basse ; o'esl la chambre des Hois et celle des Guerriers chez les Greeka. Les Gherokees, les Greeks, ont aussi des livres, des journaux écrits dans leurs langues. Ils ont enfin une constitu» tion, cela va sans dire. — La langue des Gherokees s'écrit avec des caractères particuliers inventés par un Gherokee, il y a quarante ans. Ils sont au nombre de 77, phonétiques ou syllabiques, c'est-à-dire qu'ils représentent cha» cun un son complet. Les Greeks écrivent leur langue avec les caractères européens ordinaires; les lettres sont au nombre de dix-neuf.

« C'est ainsi que la vie stable arrive peu à peu à civiliser le Peau-Rouge, si bien que dans une seconde génération on ne désespère pas de faire un État de ce qui n'est encore que le Territoire Indieti. Les commissaires de l'Union ont récemment refoulé les cinq grandes nations du Sud, les Âpaches, les Eayouays, les Comanches, les Ghayennes et les Ârrapahoes, dans un nouveau territoire limitrophe. Une troisième réserve a été assignée, dans le nord du Dacota, aux Gorbeaux et aux Sioux. Ce système de cantonnement est du reste en vigueur maintenant pour toutes les tribus. >

M. Simonin se demande ce qu'il arrivera du reste des Indiens nomades? « Si les Indiens des prairies, répond-il, vont dans les réserves, il leur arrivera ce qui est arrivé à ceux des bords atlantiques : ils perdront peu à peu leurs coutumes, leurs mœurs sauvages; ils se plieront insensiblement à la vie sédentaire et agricole, mêlant leur sang à

LA HACE AMiRICÂlNE ABORIGÈNE. 137 .

celui des blancs, et peu à peu, dernière phase dont il reste à voir le premier exemple, leur pays passera du rang da Territoire à celai d'Ëtat. Arrivé à ce dernier degré, Tlndien sera tout à fait fondu avec le blanc ; il ne s* en distinguera pas plus peut-être, après quelques générations, que le Franc chez nous ne se distingue du Gaulois, et en Angleterre Je Normand du Saxon. — Mais si Tlndien ne se soumet pas, s'il ne consent pas à être cantonné dans les réserves ? Alors,* c'est une guerre à mort entre deux races de couleur et de mœurs différentes, une guerre impitoyable comme on en a vu malheureusement tant d'exemples sur le sol même de TAmérique.... »

Si une telle lutte s'engage, ou plutôt si elle se continue, l'issue est marquée d'avance : les jours de ce qui reste de la race Rouge en dehors de la loi américaine sont comptés. De toute manière, on peut regarder comme à peu près inévitable, — ou par la fusion, ou par la destruction, — la disparition de la race native dans ces parties de l'Amérique. C'est la loi fatale de la subordination des races.

S 5. Une qaestion d'ethnologie. — Sor l'unité et l'indigénéité

de la race américaine.

M. Simonin nous retient encore par une question qu'il agite dans son mémoire.. Y a-t-il une race américaine unique, ou le continent américain renferme-t-il plusieurs races ? Race unique ou multiple, les Américains sont-ils aborigènes, ou bien le continent s'cst-il peuplé d'ailleurF. Le savant géologue n'a pas, à beaucoup près, embrassé le sujet dans son étendue ; mais ce qu'il en dit a sa place marquée dans la discussion. Il touche scientifiquement à un problème scientifique. Nous lui laissons la parole.

c On rencontre dans l'Amérique du Nord, et je dirai même dans les deux Amériques (j'en puis parler de visu,

138 ABféiUQUE DU NOKD. (JX^ 234-277)

ayant vu en 1860 les Indiens du Pérou et ceux du Ghili^ les célèbres Âraucans)^ on rencontre, dis-je, dans rAmérique du Nord une véritable race. C^est une fiuniUe dÛH tincte qui dans ce milieu spécial a des caractères généntû différents de ceux d'autres milieux.

« La peau est bistrée, allant de la couleur du chooolat à celle du rouge de cuivre ; de là le nom de race rouge oH cuivrée qu'on donne à la race Américaine^ et le nom de Peaux Rimges sous lequel on distingue aussi ces Indiens, Les cheveux sont noirs, longs, raides, jamais crépus* Là barbe, les poils du corps, sont rares, parce que les IndieoB s'épilent. La prunelle de l'œil est noire, le regard triste^ les paupières un peu obliques. Dans les crânes, l'orbite de l'œil est large, carré. Les pommettes sont saillantes, lé nez aquilin, les lèvres fines. Les extrémités des membres sotLt délicates comme les membres eux-mêmes.

c Ces caractères, qui se retrouvent chez tous les indigè* nés, du Nord au Sud des Amériques, ont fait croire à la piU^ part des voyageurs et des ethnologistes :

« l"* Qu'il n'existait qu'ime seule race Américaine, si bien que les conquérants espagnols avaient imaginé ce dio ton : Yisto a un Indio de cualquiera région se puede decir que se han visto todos, — quand on a vu un Indien de quelque localité qu'il soit, on peut dire qu'on les a vus tous;

« 2^ Que cette race venait de l'Asie, et ce, à cause des pommettes saillantes et de l'obliquité de Tœil qui dist&i^ guent la race jaune ou mongole encore plus que lli nufiè IQuge ou Américaine ;

« 3** Enfin que cette race, venue de l'Asie, avait successif vement peuplé toute l'Amérique dans différentes migtations qui s'étaient étendues à la fois du nord au sud et de Test à l'ouest. »

Selon M. Simonin, il y a dans chacune de ces assertions une erreur.

a D'abord, dit-il, il existe plusieurs races Américaineà.

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