‹ L'Année géographique (volume 4)Chapitre 78 sur 337 · VENEZUELA · texte numérisé non relu

VENEZUELA

ECnADOR.

306. Â. RojAS. Primer libro de Geograôa de Venezuela segun Codazi,

aumentadO; corregido de acuerdo con la actual divisioa politica de la Republica. Le Havre (et Caracas), 1870, petit in-4* à 2 col.

307. C. Ferd. Appdn. Unter den Tropen. Wanderungen durch Vene*

zuela, am Orinoco, durch British Guyana und am Âmazonenstrome, in den Jahren 1849-1868. ErsterBand. Venezuela. lena^ 1871, in-^" (illustrations).

308. Fr.ENGEL.DieKûste von Caracas. Zeiisehr.der GeselUch.fûr Erdk.

Xu Berlin, 1869 (n« 23), p. 404.

^ Du même : Maracaibo. Ibid,, 1870 (n"" 29), p. 418.

300. A. Ernst, Caracas. Die ^oajiro-lQdianer; eine ethnographische Skizze. Zeitschr, fur EthnoU de Bastian et Hartmann, 1870^ cah. 4 et 5, p. 328-336, 394^403 ; avec une carte et une pi.

-*. Du même : Anthropological Remarks on the population of Venezuela. Memoirs read before the Anthropol. soc» of London, III, 1870, p. 274.

310. AcosTA. Mapa politico de los Estados Unidos de Venezuela. Parti, 1870. 1 feuille.

311 . Lettre du K. P. Louis Pozzi, de la Comp. de Jésus (sur sa mission des Givari). Atmaks de la Propag. de la foi, n" 258, sept. 1871, p. 353-361.

La tribu des Givari, sur laquelle le missionnaire donne ici des détails, habite la pente orientale des Andes de TEcuador, à quelques journées vers le S. E. de Quito.

312. W. Reiss asd A. Stubel. Barometricàl measurements in Ecuador. Translatée from the spanisb by Prof. Orton. The American Journal of science de Dana^t Silliman, cet. 1871, p. 267-269.

Ce document est un extrait des principales altitudes déterminées par les deux voyageurs allemands au voisinage de^Quito en 1870 et 71. La plus grande partie des observations ont été faites au moyen du baromètre ; cependant quelques points principaux ont été mesurés trigonométriquement. Voici Tiadicatiou de ces derniers points :

El Fuyafnya, sommet sud 4279 met.

— sommet nord, d'après le baromètre.. 4294

Pays bordant le lac Cuicotcha < 3118

Sommet du Cotacatchi, pointe S. E 4960

— ^ pointe N. 0 4966

— pointe N 4829

Limite des neiges permanentes sur le Cotacatchi,

côtés. 0 ' 4620

Limite* des neiges permanentes sur le Cotacatchi,

côté E 4694

Sommet du Rucu-Pichincba 4737

Sommet du Guagua-Pichincha 4787

PÉROU et BOLIVIE.

313. Gàuldréb-Boilleau, ministre de France à Lima. Mémoire statisti-

que sur la province de Tarapaca (Communication du ministère des affaires étrangères). Bulletin de la Soc. de ^^o^r., juillet 1870, p. 9-17.

La province de Tarapaca a été détachée du dép. de Moquegaa en 1868 par un vote législatif et érigée en province littorale. Son chef-lieu est la ville maritime de Tarapaca.— Voir plus bas, n« Si 8, une autre communication de M. le consul Boillean.

314. Firêt part of the Royal Commentaries of the Yncas. Dy the ynca

Garcilasso de la Veoa. Translated and edited, with notes and Introduction, by Cléments R. Markhaiï (vol. I). Lond., 1870, in-8' (Printed for the Hakluyt Soc).

315. Cléments R. Markham. On the geographical position of the tribes

which formed the Empire of.theYîicas. Mémoire lu en août 1871

dans une des séances de TAssociation Britannique pour Tavancement de la science. Extrait analytique dans VAthenâeum du 19 août, p. 248.

La région habitée par les nations qui formèrent l'empire des Incas est ane longue zone de montagnes et de littoral bornée à Test par les pentes boisées du bassin de l'Amazone et à Touest par l'Océan, zone qui s'étend du nord au sud entre le 2* degré N. et le 20*; degré de latitude australe, c'estpà-dire sur un développement de 1600 milles anglais ou 2600 kilomètres, avec une largeur moyenne de 6 à 700 kilomètres entre la mer et les forêts de TAmazone. M. Markham remarque fort bien que la grande importance que présente l'étude de la civilisation de l'empire des Incas, de même que de celle des Azteks et des Chibchas, est surtout dans ce fait capital que ces civilisations américaines eurent leur foyer propre et leur développement spontané, sans influences extérieures. 11 est moins aisé de déterminer quelles communications, quelles infiltrations intérieures eurent lieu entre les trois foyers où se développa la civilisation propre à la race américaine, sur les hauts plateaux d'Anahuac, de Cundinamarca et de Titicaca. — Mous rapportons ci-après, n» 319, une autre communication de M. Markham à l'Association Britannique.

316. Dav. FoRBEs. On the Aymara Indians of Bolivia and Peru. Journal

ofthe Ethnological soc. of London, vol. II, 1870, p. 193-305; avec plusieurs planches, types, etc. ,

Travail capital.

317. £. G. Squier. Observations on the geography and archseology of

Peru. New-York, 1870, iû-8*, 28 pages. 1 sh. (London, Trûbner).

Mémoire lu en février 1870 an sein de la Société américaine de Géographie. -^ Voir ci-dessous les extraits que nous en donnons.

— Du môme i The primaeval monuments of Peru compared with those in otber parts of the world. 1870, in-S**.

318. Gauldrée-Boillbau. Exploration des cours d'eau du Pérou. BuU

letin de la Soc, de géogr,y nov. 1870, p. 194-202.)

319. Cléments Markham. On the Eastern Andes, and the navigation

ofthe Madeira river. Lecture faite au mois d'août 1871 à l'Association Britannique pour l'avancement de la science ; note analytique dans VAthenasum du 19 août, p. 247.

Nous revenons ci-après, au S 2, sur ce sujet d'une importance vitale pour le Pérou et la Bolivie.

t'ANNÉE GÉOGR. IX, H

S 1«'. Sur les anciennes constructions et la géographie naturelle da haut Pérou.

I>Iotes de M. Sqaier.

Nous avons mentionné le récent mémoire de M. Squier snr le Pérou (n^ 817) ; cetta communication mérite une attention toute particulière, par son double intérêt archéologique et géographique. Dans la traduction' que nous en donnons ici, nous n'avons retranché qu'un petit nombre de paragraphes qui ne touchent pas directement au fond du sujet.

Aucune partie du globe n'a une configuration géographique plus puissamment accusée que le Pérou. Nulle part la nature ne prend des formes plus grandioses, plus imposantes et plus variées. Sur la côte de TOcéan s'étend une ceinture de déserts^ coupée çà et là d'étroites vallées d'une fertilité merveilleuse, et où apparaissent, à rapproche des montagnes, des oasis non moins fertiles. Au-dessus de cette zone littorale on atteint la pente des Cordillères, où se creusent des gorges à travers lesquelles s'écoulent des ruisseaux et des rivières alimentées par la fonte des neiges, ou par les pluies qui tombent dans l'intérieur durant une partie de l'année. Sur la côte, sauf par un rare phénomène météorologique, il ne pleut jamais, et cette particularité du climat a déterminé le caractère de l'architecture indigène. Gravissons les escarpements de la chaîne : bientôt nous voyons se dresser une arête éleyée, un long massif d'où s'élancent des pics volcaniques, des sommités couronnées d'une neige étincelante, et qui souvent aussi s'étendent en plaines arides et froides appelées Puflas, où la vie faible et rare relève à peine une fatigante monotonie. À cette large ceinture glacée appelée el DespobladOf qui varie entre 4300 et 5500 mètres, succède, dans le sud du Pérou et de la Bolivie, le grand bassin fermé des lacs Titicaca et Aullagas, que les Andes et la Cordillère (c'est-à-diro les deux crêtes

piROU. 163

parallèles de la grande chaîne des Andes) enveloppent complètement. An-dessns^ c'est-à-dire an nord de ce largo bassin alpestre, les deux chaînes se séparent de nouyeau pour former le vaste plateau dés Andes, un Tibet américain, profondément sillonné de vallées dont les eaux s'écoulent à l'est vers l'Amazone.

Le lac Titicaca, par son étendue, son ^titude, et ses rapports avec les conditions extraordinaires du bassin fermé qui en prend son nom, est peut-être la nappe d'eau la plus remarquable du globe. Sa forme est celle d*uti long ovale irrégulier, où les deux péninsules de Copacabana et de Tiquina, qui se projettent Tune en regard de l'autre, séparent du reste du lac presque un cinquième de sa surface. Son plus graud axe ne mesure guère moins de 120 milles (près de 900 kilomètres), et sa largeur varie entre 40 et 50 milles (70 kil. en moyenqe) ; son niveau moyen est à 3920 mètres au-dessus du niveau de la mer, avec une légère variation selon les saisons. Les traits généraux de son contour et de Bes environs immédiats ^nt été exactement relevés par M. J. B. Pentland, ci-devant consul général d'Angleterre en Bolivie, pendant les voyages qu'il a faits au plateau, l'un de 1827 à 1828, l'autre eu 1837.

La côte orientale ou bolivienne du lac est abrupte ; sur bien des points les montagnes y plongent le pied. Les côtes de l'ouest et du sud sont relativement basses et unies. Ici l'eau est basse, notamment dans les criques et les estuaires, et la surface disparaît sous les forêts de roseaux, où des myriades d'oiseaux aquatiques trouvent l'abri et la vie, Une partie considérable de ces terrains bas est marécageuse, et les chemins qui les traversent sont élevés sur des chaussées en pierre construites au temps des Licas. Un abaisse-* ment de 3 mètres dans le niveau moyen du lac diminuerait peut-être sa superficie d'un cinquième, et mettrait à sec la plus grande partie de la large baie de Puno ainsi qu'âne très-grande partie des baies de Tiquina et de Ouaqui. J\

164 AMÉRIQUE DU SUD. (n" 313-319)

est aisé de voir que le lac a autrefois couvert une surface beaucoup plus étendue qu'aujourd'hui. Il ne faut pas croire, néanmoins, que le lac en général manque de profondeur : il est très-profond, au contraire, en nombre d'endroits, où des sondes de 100 falhoms (183 mètres) n'ont pas donné de fond.

Le lac Titicaca a plusieurs haïes consîdérahles; les principales sont celles de Puno, de Huancané et d'Atchacatché. On y compte huit grandes îles, habitées ou habitables : Âmanténé, Taquéli, Solo, Titicaca, Coati, Gàmpanario, Taquari et Aputo. De ces diverses îles la plus grande est Titicaca, terre haute et nue, aux contours déchirés, à la surface accidentée, qui mesure 6 milles dans sa longdbur avec une largeur de 3 à 4 milles.

C'était par excellence l'île sacrée du Pérou. Les Incas y rapportaient leur origine, et aujourd'hui encore elle est pour leurs descendants l'objet d'une profonde vénération,

C*est de là, selon la tradition, que sortirent Manco Capac , et Marna Oella sa sœur et sa femme, tous deux enfants du Soleil, pour venir gouverner et civiliser les tribus sauvages qui occupaient le pays, selon la mission qu'ils en avaient reçue du dieu leur père. Manco Capac portait une baguette d'or; il lui était prescrit de s'avancer vers le nord jusqu'à ce qu'il arrivât à un lieu où la baguette s'enfoncerait dans le sol. Lk devait être le siège de son empire. îl marcha lentement en suivant la côte occidentale du lac, à travers les terres arides de Puna, et il remonta la vallée du rio Pucura jusqu'au lac de la Raya où finit le bassin du Titicaca, et où surgissent les eaux du rio Vilcanota qui vont grossir l'Amazone. Il descendit la vallée de cette rivière jusqu'au lieu où est maintenant Cuzco : c'est là que la baguette d'or disparut. Il s'arrêta en cet endroit et y fixa sa résidence ; c'est là que fut fondée la Ville du Soleil, la capitale de l'Empire, le sanctuaire de la religion, le centre de la puissance de Manco Capac et de sa dynastie.

Sur cette île, dont la tradition fait le lieu de naissance des Incas, on voit encore les restes d'un temple du Soleil, d'une maison de prêtres, d*un palais impérial, et d'autres témoignages de la civilisation indigène. Il est aisé de retrouver, sous une voûte épaisse de grès, la grotte basse où Manco Capac demeura avant d'avoir reçu sa divine mission et qui était un lieu de vénération par excellence dans l'empire des Incas. Dans le coin le plus chaud et le plus abrité de l'île est un jardin des Incas, avec ses bains et ses sources d'où s'écoule encore une eau limpide et murmurante* Non loin de Titicaca est Tîle de Coati, consacrée à la Lune ; dans cette île s'élève le célèbre palais des Vierges du Soleil, bâti autour de deux chapelles dédiées à la Lune et au Soleil : ces constructions sont les restes les mieux conservés et les plus remarquables de l'architecture aborigène de l'Amérique. L'île de Soto était l'île de la Pénitence; c'était un lieu déjeune et d'humiliation. De même que les îles diverses mentionnées plus haut, cellen^i a des restes considérables d'ancienne architecture.

Ici le voyageur se trouve amené à un excurst^ sur l'Amazone, qui noua parait méritet également d'être reproduit:

fl Puisque j'ai mentionné les sources de l'Amazone, dit M. Squier, il me sera permis d'entrer dans quelques détails sur cette grande rivière, et sur les tentatives qui ont été faites récenament par la nation qui en occupe^le bassin supérieur pour en utiliser le cours, et faire entrer les vastes régions dont elle reçoit les eaux dans le cercle de la colonisation et de la vie moflerne. Il est admis que l'Amazone — ou, comme on dit dans le pays, el Amazonos — se forme de la réunion de deux grandes rivières » le Maranon et TUcayali, près de l'établissement péruvien de Nauta. On a mis en question si ces deux courants peuvent être en effet regardés comme constituant le rio Madré

OU fleuve principal, et si Ton ne devrait pas regarder uniquement comme tel ou la rivière supérieure dont la source est la plus éloignée, ou celle qui roule le plus grand volume d'eau. Quant à la longueur relative du cours, il est certain que l'Ucayali surpasse le Maranon de plusieurs centaines de milles, soit que Ton regarde conmie^ sa branche supérieure la plus étendue TUrubamba ou Yilcamayo, qui sort du lac de la Raya, soit que l'on préfère TApttritnàc, qui natt dans la province de Gaylloma, département d'Àrequipa. Quant au volume d'eau, nous ne pouvons nova guider que sur le témoignage de ceux qui ont été à mètné d*en faire la comparaison. Notre autorité la plus récente, ^ût ce point comme sur d'autres non moins intéressants, est le docteur Santiago Tavara, membre d'une commission hydlrographique organisée eh 1868 par le gouvernement péruvien. Après avoir atteint Nauta, à la jonction du Maranon et de TUcayali, le docteur écrit : < Le Maranon « n'est pas la branche principale de PÂma2one. Pour méri- « ter cette distinction, il faudrait qu'il eût un coure pltUl « long et un plus fort volume d'eau que l'Ucayali, et il n*a < ni l'un ni l'autre. C'est à ce dernier qu'appartient isans A conteste le titre de rio Madré del Àmazonas. »

« L'Ucayali, outre l'intérêt qui s'y attache comme tête principtile de l'Amazone, & pris dans ces derniers temps une importàuce, toute spéciale par suite des explorations ^e le gouvernement a fait faire des tributaires du haut Ama^Ohé qui appartient au territoiJre de la république, ott que dtBS Voyiageùrs isolés but hardiment entreprises. C'est depuis longtemps le rêve du Pérou, mais plus spécialemetit depuis l'introduction de la vapeur, d'utiliser le cours dé l'Amazone pour établir une communication directe entré les hauts plateaux des Andes et l'Europe. Il est hors de doute qu'une telle communication, si elle est praticable ^ atira d'immenses avantages pour le Pérou, et qu'elle peut alnenier un grand développement économique. Toutefois ,

après ce que j'ai vu et appris de l'intérieur du pays et de ses aptitudes réelles, je dois dire que je ne partage que bien faiblement les hautes espérances que des écrivains , tant natifs qu'étrangers, ont exprimées sur son avenir.

« Jusqu'à une époque très-rêcente, on croyait que l'intérieur du Pérou était accessible de ce côté par quatre grandes voies.

« 1^ En premier lieU| par le Purûs, qui se réunit à l'Amazone sous le 3* degré 50' de latitude S. par 63* 37' de longitude 0. du méridien de Paris, et que Toki supposait atteindre la province de Garabaya, département de Puno, après être descendu du massif neigeux des Andes où il borde au N. E. le bassin de Titicaca. On supposait que de là, sous le nom de Madré de Dios, il traversait l'importante province de Guzco à une centaine de milles seulement, ou 160 kil. environ, à l'est de cette dapitjale, constituant ainsi la tête de navigation et la grieinde route naturelle du Pérou méridional à l'Âtlaûtiqué. Mais les explorations de Don Faustino Maldonado ( qui y a perdu la vie) et du professeur Raimundi, ont prouvé que les eaux de la province de Garabaya, aussi bien que le Madré de Bios, sont des affluents du Béni, qui lui-même va se réunir au rio Madeira, ou qu'elles vont se jeter directe* ment dans cette dernière rivière. Bans l'un et l'autre cas elles doivent atteindre le Madeira an-dessus de ses chuteë, qui ne sont pas navigables pour les steamers.

c S"» La seconde rivière, parmi les grandes branches dé l'Amazone qui pénètrent dans le Pérou, est le Purûs , qu0 Ton supposait, comme je l'ai dit, couler non loin de Gn2Co. Le Purûs a été complètement exploré pair un voyagetir anglais aussi courageux qu'entreprenant, M. Will. Ghandless. M. Ghandiess a constaté que les eaux navigables du Purûs ne passent point près des Andes, et que nulle part elles ne viennent à proxiinité d'une communication praticable avec les parties ojrganisées du Pérou. On en peut dire

autant des cours d'eau relativement peu importants qui se trouvent entre le Purûs et le Yavari, lequel forme limite entre le Pérou et le Brésil sur une partie considérable de son cours.

c Notre connaissance principale, pour ne pas dire notre unique connaissance du Yavari , provient des rapports de la commission mixte des limites, péruvienne et brésilienne, qui entreprit de remonter cette rivière dans Tautonme de 1866. La commission avait atteint un point situé, selon son estime, à un millier de milles du confluent, lorsqu'elle fut attaquée par les Indiens et obligée de rebrousser chemin. Le commissaire péruvien, le capitaine Garrasco , rapporte que la rivière est navigable pour les steamers d'un faible tirant d'eau jusqu'à un affluent qu'il appelle le rlo Galvez, à 300 milles environ de l'Amazone, d'après ses observations.

« L'Amazone entre alors entièrement sur le territoire péruvien, où pendant quelques années il a vu naviguer des vapeurs péruviens en communication avec une ligne brésilienne établie plus bas. A Nauta, point situé à 500 milles de la frontière, il perd son nom distinctii, et se sépare, comme nous l'avons vu, en deux grands tributaires, le Maranon et TUcayali. Le Maranon, à 200 milles environ au-dessus de ce grand confluent, reçoit du sud un affluent considérable, le Huallaga, qui traverse le centre du département de Junin, non loin de la ville de Gerro de Pasco célèbre par ses mines. Le Huallaga a été exploré en 1851 par un officier de la marine américaine, le lieutenant Herndon, qui le trouva navigable même au temps des basses eaux, jusqu'à Gbasuta ou Punto de Aguire, à 285 milles de son confluent, pour des bâtiments d'un tirage de 5 pieds, et pour de simples barques jusqu'à Tingo Maria, à 325 milles au-dessus de Gbasuta. Le professeur Raimundi a dit cependant, en 1862, que le Huallaga, nonobstant son volume d'eau considérable, est tellement

embarrassé de rapides, que de» vapeurs perlant un chargement convenable ne peuvent guère le remonter sûrement que jusqu'à la Laguna, à 25 milles seulement de son confluent, bien qu*à certaines saisons on puisse pousser la navigation jusqu'à la ville de Yurimaguas. »

M. Squier, après cette excursion dont nous n'avons pas besoin de faire ressortir Timportance, revient à la configuration physique du plateau péruvien.

La partie du plateau des Andes comprise entre la passe de la Raya, à l'extrémité nord du bassin de Titicaca, et la passe de la Banda près de Pasco , est une grande région entourée d'une ceinture de montagnes; cette région est arrosée par TUcayali, iormé par le Vilcamayo et TApurimac, par le Pampas qui vient du nord, et le Mantaro qui vient du sud. Le lit de ces rivières est profond et étroit ; ce sont de gigantesques canaux où se réunissent les eaux qu'y versent les innombrables vallées de la montagne- Rien ne saurait donner une plus juste idée de ces vallées que le term§ espagnol bolson^ une poche. Et tandis que les vallées de la côte sont séparées par des déserts, ces bolsones ont entre eux des rangées de hauteurs, des montagnes où d'inhabitables punasy et le tout est partagé en groupes par les grandes rivières. Ces rivières, comme l'Apurimac, ne peuvent être traversées qu'à l'aide de ponts de cordes, mimbres , qui se balancent dans Tair de manière à donner le vertige.

Ce fut précisément dans un de ces bolsones, entre la rivière Yilcamayo et l'Apurimac, que les Incas fondèrent leur capitale. Elle ne se recommande pas seulement par sa position centrale, salubre et fertile ; mais les montagnes qui établissent une barrière entre elle et ses voisins étant relativement basses, laissent des passages que l'on peut franchir avec une facilité relative, en même temps qu'ils sont d'une défense aisée. L'autorité du premier Inca ne paraît pas s'être étendue au delà de cette vallée*: aussi les

passes qui y conduisent^ont-elles fortement défendues par des ouvrages dont la direction extérieure indique de quel côté on pouvait craindre les attaques dans les premiers temps de l'empire , avant que les maîtres de GuecO eussent eux-mêmes commencé leur carrière de conque^ rants, en soumettant les habitants du bolson d*Ântà on Xaxiguana au nord, et ceux du bolson d'Urcos eu ÂBda<i> huaylillas au sud.

Le bolson de Guzco, qui a près de 50 kilomètres d'étendue dans sa longueur, est divisé en deux parties presque égales par la passe d'Angostunii ou par les gorges que forment les contre-forts de la montagne projetés Tun vers l'autre dans la vallée, laissant à peine la place de la ronte et de la rivière. Sur les promontoires qui dominent eel étroit passage on voit encore les ruines considérables de constructions et de travaux, qui montrent quelle impof* tance on attachait à cette position pour la défense de Ift capitale.

La ville de Gutco occupe le site de ranoienne cité royale. Elle est assise à l'extrémité septentrionale ou supé* rieure du bolson, sur les pentes inférieures de trois colli-^ nés élevées, le Garmenca, le Sacsahuaman et le Gantuta- , où trois ruisseaux, TÂlmodena, le Huatenay, et le Tulla-> mayo ou Rodadero, s'unissent pour former le Gatchamayo, qui arrose la vallée et va se jeter dans l'Urubamba. La vieille cité, ou plutôt la partie qui était consacrée à là famille royale, était bâtie sur la langue de terre qui se t'attache à la colline de Sacsahuaman, entre le Huatenay et le Rodadero.

La position de la ville, déterminée par M.Pentland, est en latit. 13*» 31' S. et en longit. 74'» 22' 10" 0. du méri* dien de Paris^ ; altitude 3468 mètres. On pourrait supposer

1. La table de positions de U Connaissance des Temps donne» d'après Pentland, i3» 80' 66" S., et 74» 24' 30" 0.

qu'entourée de hautes montc^nes neigeuses cette ville a un climat très-froid; mais par le fait la température de la vallée, bien que froide en effet , descend rarement jus^ qu'à la gelée. Dans ce qu'on nomme l'hiver, de mai à novembre, les pftturages et les ehamps se dessèchent à là vérité, et tous les arbres, sauf les quenua, perdent leurs feuilles ; mais, encore une fois, cela provient de la sèche** resse plutôt que du froid. Au total, le climat est égal et salubre. Le blé, l'orge, le mais et les pommes de terre mûrissent dans la vallée; la fraise, l'abricot et la pèche n'y sont pas inconnus. Ce climat de Guzco a beaucoup d'analogie avec celui de Nîmes et du midi de la France ëU général. Si nous ajoutons à ces conditions favorables qu*à 8 ou 10 heures de là se trouvent de profondes et chaudeîs vallées où l'on peut recueillir abondamment les frtdts presque tropicaux, on comprendra que Guzco n^était paê un site défavorable pour une grande capitale. Son nom inéme, si nous en croyons la chronique, signifiait Ville du Milieu, Umbilica.

Nous ne terminerons pas ces ol)servations lààDs ttientionner encore la grande forteresse du Sacsahuaman (^ ilominait la cité de Guzco, la forteresse des souverains, l'œuvre de trois règnes, et que les chroniqueurs ont proclamée la huitième merveille du monde. Le promontoire sur lequel la forteresse s'élève domine de 23S mètres la grande place de la ville.

$ 2. Explorations do Tenant oriental des Andes péravienneiB.

Dans les pages qui précèdent, M. Squier nous a donné des informations d'un grand intérêt sur les reconnaissance^ du versant oriental des Andes péruviennes. Ges reconnaissances se poursuivent dans une double pensée : non-seulement en vue des communications fluviales qui peuvent s'établiir

de ce côté entre les républiques américaines et l'Atlantique, chemin direct de l'Europe, mais aussi pour les facilités que des communications plus habituelles de ce côté des montagnes apporteraient à la colonisation de la Montana^ c'est-à-dire du territoire situé entre le haut plateau et les confins du Brésil. M. Squier, on Ta vu, n'a qu'une foi médiocre dans la réalisation immédiate de ces grands pro* jets: cette réalisation, en effet, suppose une persistance de volonté, une activité physique et morale auxquelles les turbulentes républiques de la Sud -Amérique ne nous ont guère habitués jusqu'à présent ; et en outre nous ne savons si leur population actuelle suffirait à la colonisation effective de ces ■ vastes contrées intérieures. Quoi qu'il en soit, on ne saurait nier qu'il y a là tout au moins un grand intérêt d'avenir, d'un avenir plus ou moins prochain, qui mérite toute la sollicitude des autorités souveraines des deux républiques. Il paraît, dans tous les cas, que Ton ouvre dès à présent des chemins qui doivent unir la Sierra, c'est-à-dire le plateau des Andes, aux différents ports situés sur les fleuves de la Montana. Il est question d'une concession faite à M. Eucher Henry, Français domicilié à Guzco, qui se charge d'étabb'r des routes entre cette ville et les bourgades de Santa-Ana, Ocobamba et Lares, villages situés dans les trois vallées formées par les rivières Urubamba, Ocobamba et Yamatildi, tributaires de l'Ucayali. Ces villages présentent un intérêt comme centres de la production de la Coca, espèce de bétel que les Indiens consomment en très-grande quantité.

Pour en revenir au côté commercial de l'entreprise, que les plans se développent dès à présent ou ne doivent se réaliser que plus tard, il n'y a pas moins là une question de premier ordre. M. Markl^am, dans son intéressante communication de l'Association Britannique ( n^ 319), en a fait ressortir l'intérêt pratique. Dans l'état de choses actuel, les produits récoltés sur le versant oriental des

Andes se transportent à dos de mulet jusqu'à la côte de rOcéan; or, par ce transport lent et coûteux, une tonne de marchandises envoyée de Cuzcoou de La Paz en Angleterre paye 1000 francs de fret et reste 5 mois en route. Il est clair que dans de telles conditions, l'or, l'argent et le quinquina peuvent seuls payer les frais de transit. Par la route de la Madeira et des Amazones, ce voyage de cinq mois serait réd,ait k six semaines. Le Brésil travaille de son côté à faciliter l'ouverture de cette grande ligne. M. Markham, dans son enthousiasme de savant et d'économiste, appelle la vaste région dont l'Amazone recueille fes eaux, « le pays de l'avenir. » Et il ajoute, avec pleine raison que dès à présent aucune autre partie du monde ne présente un champ plus vaste d'investigations et de découvertes géographiques, et qui doive récompenser plus largement les travaux de l'explorateur. Les quelques détails qui nous sont donnés par M. Squier et par M Boilleau notre consul (n®" 317 et 3 18), font en effet assez pressentir ce que les explorations déjà accomplies peuvent apporter dès à présent de détails nouveaux et de rectifications aux cartes si imparfaites des régions intérieures.

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