L ESCLAVAGE
La conférence a aussi établi que k condition actuelle des enclaves en Egypte était assez douce.
En ce qui concerne les Ëtats mahométans, sir Samuel BiLker a suggéré l'adoption do la maxime contenue dans \6H livres hébreux, rcJalivement à l'eBClavage :
■• Alors, la soplième année, tvi permettras à ton esdâTe de le quitter en liberté, u
Une réforme ainsi faite changerait tout simplement l'esclavage en une domesticité libre, et M. Baker croit pouvoir affirmer que bien peu d'esclaves Toudraient quitter leurs maîtres.
Et puis, ce n'est pas seulement au sein des sociétés musulmanes qu'il faut porter la réforme : il laut changer les idées, les pratiques, les habitudes enracinées des Noirs, c'est-à-dire du foyer mSme de l'esclavage. Voici, à ce sujet, une anecdote tout à tait caractéristique, et c'est M. Baker lui-même qui nous la fournit.
« Il y avait un chef, raconte M. Baker, im homme très-intelligent, avec lequel j'avais eu une longue conférence sous un arbre (c'était aux environs de Oondokoro] ; et, de fait, je lui avais prêché un vrai sermon sur l'abolition du trafic des esclaves, lui montrant combien c'est une chose horrible qu'un homme, une femme, des enfants soient achetés et vendus comme du bétail. Mon homme m'avait écouté avec attention et paraissait touché. Or, il faut que vous sachiez que dans ces pays des bords du Nil, il n'y a ni fer ni aucun autre métal ; les ustensiles, comme les armes, sont en bois dur. Aussi le moindre morceau de fer y a-t-il une grande valeur, surtout s'il est façonné en tète de bêche. Je venais donc de sermonner longuement le chef sur le commerce des esclaves et la vente des entants, lorsque lui, brusquement : « Avez-vous un fils avec vous 7 « me demanda-t-il. — Non, malheureusement, je n'en ai « pas. — J'en ai un, moi, reprit-il,un charmant enfant haut <• comme cela. Il est très-maigre à présent, parce qu'il a
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i€ toujours fiedm ; s'il pouysdt demeurer avec vouSy il mante gérait dutnatin au soir, et en un rien de temps il devien-^ «t drait énormément gras. C'est un enfant que j'aime bien; « je vous le vends pour une bêche. » — Cet incident, pour* suit M. Samuel Baker, vous donnera une idée de ce qu'est le sens moral et l'intelligence de ces gens^là. Ils n'ont rien à redire au trafic des esclaves, pourvu qu'on ne leur enlève pour rien ni leurs femmes ni leurs en&nts. Vous n'êtes quelque chose pour eux que si vous les aidez à voler le bétail ou à ezîlever les enfants des autres. G*est une pure illusion de croire à la vertu de ces nègres telle que nous l'entendons, car ce que je vous ai dit de celui-là s'applique à toutes les tribus que j'ai vues et fréquentées^ — ' it is a delusion to believe in the virtues of thèse negroes, for the description I have given applies to ail the tribes I have been among. « Et ceci ajoutait grandement à nos difficultés; car je n'avais pas seulement à réprimer le commerce des esclaves, mais à réformer le caractère tout entiçr des peuples de l'Â&ique centrale. »
MoaTelle mission da colonel Gordon, pour oontinaer les opéraUons dt iir Simuel Baker. Quelques autres éTènements des contrées da liaot MU.
Depuis le retour de sir Samuel Baker, une nouvelle mission a été organisée au Caire pour reprendre et eonso* lider l'œuvre de la première. Le lieutenant*colonêl Gloi^ don, un des représentants de l'Angleterre près de laGom* mission danubienne, en a accepté la direction avec l'autorisation de son gouvernement ; la nouvelle expédition a dû partir du Caire dans les derniers joum de ftvrier.
D'autres faits qui s'accomplissent dans le même temps étendent plus loin encore, en d'autres directions, Taetion du gouvernement égyptien. Voici ce que Ton éerivtit de Khartoum à la date du U février 1874 :
« Les détails sont arrivés ici d'un combat qui aurait été livré le 20 janvier à Ghakir-a*Toïch, sur le Bahr->el- Ghazal, entre les Darfouriens et les troupes égyptiennes. Les hostilités ont eu lieu par suite d'une incursion des Darfouriens dans les provinces égyptiennes nouvellement acquises au S. de cette place, dans le but, parait-il, d'y eapturer des esclaves.
ce Zébir-Bey, gouverneur au nom de l'Egypte, a résisté à cette incursion et a expulsé des provinces les chasseurs d'esclaves ; sur quoi le sultan de Darfour a expédié une armée de 10000 hommes commandée par le vizir Hamed- Sahata, contre le territoire égyptien. Les troupes du khédive, conduites par des officiers anglais et américains, ont livré bataille ; le combat a duré six heures et s'est terminé par la défaite complète des Darfouriens.
« Le vizir, un grand nombre de chefs et de soldats, ont été tués ; les survivants sont rentrés précipitamment dans le Darfour. Les envahisseurs, qui étaient comparativement bien équipés, ont perdu quatre canons, une grande quantité d'armes et plusieurs drapeaux. Du côté des Égyptiens, la perte a été de 200 hommes tués ou blessés.
a Le khédive est maintenant décidé à entrer dans le Darfour par la force pour mettre fin à la traite et à la chasse des esclaves, qui s'y font sur une grande échelle. »
Ces événements, qui tendent à changer complètement la carte politique des pays du haut Nil, nous intéressent surtout en ce qu'ils vont sûrement avoir pour effet, dans un temps rapproché, d'ouvrir à nos explorations des voies plus nombreuses et plus faciles.
Une autre reconnaissance égyptienne dans le haut Soudan.
Nous avons mentionné la mission confiée au colonel Gordon, chargé de poursuivre, dans l'extrême S., l'œuvre si vigoureusement ébauchée par sir Samuel Baker. Il
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est question d'une autre mission circonscrite dans les limites plus restreintes de ce que Ton a connu jusqu'à présent sous le nom de Soudan égyptien (c'est la Nubie proprement dite), mais qui a aussi pour objet une étude plus complète et plus approfondie de ces contrées à peine entrevues jusqu'à présent par les Européens, du moins dans la plus grande partie de leur étendue. Voici ce que nous trouvons à ce sujet dans une correspondance qui parait bien informée.
L'objet de cette expédition, à la tête de laquelle se trouve Âli-Pacha lui-même, en qualité de général en chef, est de déterminer, à partir de Ehartoum jusqu'au Caire, la nature des terrains de la vallée du Nil, celle des vallées latérales, le niveau des fonds, et, d'une manière générale, la constitution géologique et physique de tout le pays compris entre la mer Rouge et le Nil. M. Raoul Pictet a été chargé par le vice-roi de diriger toute la partie scientifique de l'expédition, de laquelle feront partie six ingénieurs, huit élèves ingénieurs, deux dessinateurs, et des drogmans américains fournis probablement par les missions américaines du Caire.
Voici quels sont les projets du directeur de l'expédition :
(c Nous comptons, écrit-il, nous embarquer vers le 28 novembre prochain, et descendre la mer Rouge jusqu'à Massâoua ou Souakïn. De là, traversant le pays par trois routes différentes, 1^ trois groupes de la mission se donneront rendez-vous à ELhartoum. Us devront recueillir sur leur passage tous les renseignements relatifs aux habitants, aux cultures, aux montagnes, récolter les plantes, les échantillons minéralogiques , les spécimens de la faune du pays, pour former un vrai dossier de leurs investigations dans ces contrées presque entièrement inconnues jusqu'ici.
« Cette première exploration ne sera d'ailleurs qu'une
étude «générale, mais elle devra être suivie, selon les observations recueillies, de missions spéciales concernant les points particuliers qui offriraient un véritable intérêt. Le khédive désire, entre autres, favoriser autant que possible Télève du bétail dans les plateaux du haut Nil, où les pâturages sont magniJBques. De Khartoum, nous retournerons probablement au Caire par le Nil, vers la fin de mars; mais Ali-Pacha part avec les pleins pouvoirs nécessaires pour prolonger ou abréger la durée de l'expédition, selon que les circonstances l'exigeront.
« En ce moment, nous sommes occupés à rédiger un questionnaire, contenant tous les sujets sur lesquels il est nécessaire d'être renseigné d'une manière exacte.
<c Un des plus importants est de constater la possibilité d'établir une dérivation du Nil dans la grande vallée appelée par les Arabes Vallée du fleuve sans eaUy qui ferait gagner près de 500 000 feddans à l'agriculture, et abrégerait de beaucoup le trajet du Soudan en Egypte.
ce Les immenses vallées latérales serviraient de réservoir à Teau du Nil pendant la crue ; on endiguerait les extrémités, en les munissant d'écluses, et pendant Tétiage on alimenterait les canaux d'irrigation, qui, à cette époque, ne pourraient plus recevoir directement l'eau du fleuve. Un canal latéral sur chaque rive desservirait les campagnes, qui aujourd'hui ne peuvent se cultiver que trois ou quatre mois par an. »
Sur ces divers objets, il est intéressant de lire le copieux volume que vient de publier Linant Bey (M. Linant de Bellefonds], sous le titre de Mémoires sur les travaux d'utilité publique exécutés en Egypte. V. ciaprès à l'article Egypte.
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ABTStDlIC
ET CONTRÉES UMTÎROPHBS.
90. GÉRARD (Alex.) Souvenirs d'un voyage en Abyssinle^ 1868^9. Le Caire, 1873, in-8.
91. Halévt (J.). Essai sur la langue Agaou. Le dialecte des Falachas (Juifs d'Abyssinie). Paru, 1873, in-8, 2 fr. &0.
Mémoire qui forme le n* 4 da t. III des acUt dé la Sodéié PhiMogi" quê. — Les spécimens recueillis par U. Halévy sembletat indiquer de curieuses affinités entre Tagaou, Tégyptien et le berber. Ce rapport, d'une grande importance ethnologique, avait déjà été entrevu' par li. Ant. d'Abbadie.
92. 0. Antinort. Viaggio dei signori 0. Antinori, 0^ Beccari^ ed A. Issel nel mar Rosso, nel territorio dei Bogos e regioni cireostanti, durante gli anni 1870-71. Gatalogo degli uccelli! Genova, 1873, in-8.
93. J. M. HiLDEBRANDT. Ausflug in die nord-Abessinischen Grenzlànder, in sommer 1872. Zeitschrift der Gesellsch, Fur Erdk, xu Berlin, 1873, p. 449-471, avec une carte.
Voyage principalement botanique.
94 . Auszug aus einem Bericht ûber die somali-Lander, von Hm J. HiLDEBRANDT. Verkaiidlungen der Gesellschaft fur Erdk. jm Berlin, 1874, n*» 2, p. 71-74.
M. Antoine d'Abbadie, sur sa méthode de géodésie expéditive.
En présentant à la Société de Qéographie ison beau volume in-4° intitulé Géodésie d'Ethiopie, travail publié depuis plusieurs années déjà, mais auquel il vient d'ajouter une feuille complémentaire, M. Antoine d'Abbadie entre dans quelques détails sur la méthode qu'il a employée dans ses relèvements à travers l'Abyssinie, relève-
ments lur lescpiels sont basées les onze cartes qui accompagnent BOQ Tolume, et qui en font la grande valeur.
- La méthode suivie pour obtenir les fondements d'une bonne carie consiste h profiter de toutes les haltes pour faire un tour d'horizon au théodolile et relever toutes les' sommités visibles. Les montagnes abondent en Ethiopie, et servent de signaux naturels que jusqu'ici on a trop négligés. Pour relier à un signal le lieu dans la plaine ou il élail plus facile de déterminer la latitude, M. d'Abbadie a employé la méthode de Teu Chazallon, laquelle consiste à obtenir ces distances par la vitesse du son. Des fusils ont permis de mesurer ainsi à itlOl mètres; près de Gondar et sur les côtes de la mer Bouge, le canon tiré pour signaler la Un du jeûne musulman a servi à préciser un êloignement de 6450 mètres. Ces dislances comportent une erreur de 4 pour 100.
■ Ne disposant paade canon dans l'intérieur dupays, il aTalIu prendre pour base le distance réciproque de deux montagnes filées en latitude, peu distantes du même méridien, et reliées par des azimuts réciproques. C'est ainsi qu'a été obtenue la base du Tigray, longue de 93 kilomètres. Elle a été confirmée, à l'autre extrémité de la région, par une base de 98 kilomètres, et surtout par la base de Gondar, longue de 97 kilomètres, et déduite, par une méthode nouvelle, du calcul d'un quadrilatère où deux latitudes venaient s'intercaler.
« Choisies presque toujours par les caprices des guides, les stations ont fourni trois cent vingt-cinq tours d'horizon renfermant plus de quatre mille sept cents relèvements, dont ' cinq cent quatorze du soleil afin de les orienter. La très-grande majorité de ces relèvements est double, c'est-à-dire faite en apozenit aussi bien qu'en hauteur. Ces deux éléments, joints au nom donné par les indigènes, servaient à bien désigner une montagne: sa longitude et sa latitude, se déduisant du croisement de deux azimuts et des apozénits annexés qui devaient donner de part et d'autre la même altitude, on avait la con/irmalion de l'identité. Dans beaucoup de cas on a pu véri/ter par un troisième aiimut et un troisième apoiénit. On a pu voir ainsi que l'accord interne de cette géodésie expéditive' est exact à 200 mètres près. Outre l'usage de ces coordonnées relatives, M. d'Abbadie a employé les occultations tl'étoiles et les apozénits de la lune pour avoir des longitudes absolues, qui ne sont pas incertaines de pliu de 1800 mètres.
c Les altitudes absolues sont déduites de Tobservation du baromètre à mercure, bientôt cassé, et de celle de Thypsomètre ou thermomètre à eau bouillante, dont les avantages ne sont pas assez appréciés et dont le transport est si facile.
c Huit cent cinquante sept points ont été ainsi déterminés en longitude et latitude, et, à de rares exceptions près, en altitude. Les lieux intermédiaires sont donnés approximativement par les temps de parcours; et, pour laisser à chaque géographe facilité de contrôler les résultats, toutes les observations originales ont été publiées. Cette méthode devrait être toujours suivie, car un nouveau voyageur pourra prendre la même route ou la traverser seulement, et un cartographe scrupuleux voudra concilier, par rétude des origines, des résultats qu^au premier abord il serait tenté de regarder comme contradictoires. »
En terminant, M. d^Âbbadie ajoute qu'il s'était cru longtemps Finventeur de Fusage des signaux naturels, mais qu'un mémoire de M. le capitaine Perrier lui a appris dernièrement que dès 1828 un officier de l'étatmajor français avait employé le relèvement de deux sommités de la Corse pour relier géodésiquement cette tte à la France.