LA THÉORIE TOURANIENNE
employé laur idiome national, devenu ainsi langue sacrée, à formuler les conjurations magiques et à accomplir les rites lei plus importants de la religion asayro-babyloaienne.
Ces uftirmatioDa sont déduites d'un certain nombre de documents découverts dans les grandes ruines de la Mésopotamie, documents que i'oncroitëtre rédigea en accadien ot qui eonl parfois accompagnés d'une traduction ioterlinéaire en langue assyrienne. M. Halévy soutient, au contraire, que lo déchiftrement de ces prétendus textes accadiens prouve que, loin d'être rédigés dans une langue tQuranienne, ce sont des textes assyriens écrits dans un système particulier d'idéof^rapbisme, lequel, à cause de son antiquité, a paru plus sacré que l'alphabet phonétique.
On s'appnie avec un excès d'assurance, dit M, Halévy, sur l'analogie qu'offrent, dit-on, les pronoms. C'est un fait établi que les familles de langues les plus diverses montrent souvent une grande similitude de pronoms. Il serait facile de retrouver dans les langues africaines, malaises, papoues, toute la sériu des pronoms accadiens. Le mécanisme du verbe accadien n'a aucun rapport avec celui du verbe dans les langues ouralo-altaîques ; dans ces derniË^ refl, l'ordre des éléments est ainsi fixé : radical, désinence du temps, suffixe personnel ; dans le verbe accadien cet ordre est le suivant ; préfixe personnel , radical ; quant à la désinence du temps, elle manque tout à fait, comme dans le verbe sémitique [que l'accadien imite de toutes pièces.
En ce qui concerne le vocabulaire, après vingt ans d'assidues recherches on a signalé dans l'accadien seize mots hongrois, neuf finnois, ostiaques, zirémens, votiaquesvogouls et mordvines, six mots turcs et deux mots mongols, résultat vraiment extraordinaire pour une langue qu'on annonçait comme étant destinée à devenir le sanscrit
des langues touraniennes ! M. Halévy entreprend alors de prouver que la plupart des radicaux en question, signalés dans l'accadien, loin d'appartenir aux idiomes touraniens, sont des vocables d'origine assyrienne.
La conclusion est que l'accadien n'existe pas en tant qu'idiome touranien, et qu'il constitue seulement un système d'écriture idéographique d'origine sémitique.
Gomment croire, ajoute M. Halévy, que le souvenir du peuple le plus civilisé et le plus original de la Babylonie se soit effacé jusque dans les noms des lieux qu'il habitait et des villes qu'il avait fondées, tandis que les noms propres d'origine sémitique se sont conservés juscp'à nos jours? Que les assyriologues nous citent un seul nom de montagne, de vallée, de fleuve ou de ville, qui soit emprunté à ce qu'ils appellent la langue touraniennel
M. Halévy, après des développements où nous ne pouvons le suivre, résume la série de ses arguments et de ses preuves ; nous lui laissons^ la parole :
« Nous voilà arrivé au terme de notre recherche sur les prétendus Touraniens de la Babylonie. Nous avons envisagé la question sous trois points de vue différents. En premier lieu nous avons examiné les ressemblances linguistiques que les assyriologues ont cru découvrir entre ce qu'ils appellent la langue accadienne ou sumérienne, et la famille des langues ouralo-altaïques, et spécialement ougro-finnoises.
« 11 nous semble avoir constaté :
V 1» Que la phonétique accadienne diffère absolument de celle qui distingue les idiomes ouralo-altaïques;
« 2<^ Que les idiomes de la race touranienne d'une part, et ridiome d'Accad de Tautre, ont chacun une grammaire diamétralement opposée ;
« 3° Qu'il n'existe aucune similitude sensible entre le vocabulaire accadien et celui qui est propre aux langues ougrôfînnoises.
« En second lieu, en traitant des arguments qu'on a avancés pour démontrer l'existence en Mésopotamie, et surtout en Babylonie, d'une race non sémitique comme ayant constitué le premier empire de la Chaldée, nous croyons avoir établi ;
« 1^ Que les plus antiques œuvres d'art découvertes sur le sol de la Chaldée portent une physionomie exclusivement sémitique ;
c 2o Que les noms géographiques du sud de la Mésopotamie qui nous restent ne montrent aucune trace d'un peuple non sémitique ;
Z^ Que les traditions rapportées par les écrivains sacrés et profanes, ainsi que les témoignages qui ressortant des documents originaux, s'opposent à la pensée que le premier empire de Babylonie ait élé fondé par une autre race que les Assyro-Babyloniens proprement dits.
c En troisième lieu, notre recherche se portait sur Torigine du syllabaire et sur le caractère des textes attribués par les assyriologues à un peuple non sémitique; nous avons trouvé:
« 1® Que la tradition des Babyloniens et des Assyriens considère rinvention des lettres comme une œuvre éminemment nationale et sémitique ;
a'î» Que le syllabaire assyro-babylonien, par son caractère intrinsèque, ne convient qu'à un idiome sémitique;
c 3° Que les syllabes produites par les signes cunéiformes correspondent aux mots assyriens qui expriment des idées que ces signes représentent en qualité de monogrammes ;
« k° Que la composition et Tagencement des signes cunéiformes dans les documents nommés accadiens révèlent tous les caractères d'un système artificiel et destiné à être compris par la vue.
« L'ensemble do ces résultats, dit enfin l'auteur, — et c'est là sa conclusion finale, — nous autorise donc à conclure que la théorie qui attribue aux Touraniens l'invention de l'écriture cunéiforme et l'origine de la civilisation assyro-babylonienne est une hypothèse gratuite, qui n'est pas sans danger pour le progrès des études historiques sur l'Asie antérieure. »
151. SCHUEMANN (H.). Trojanische Alterthùmer. Bericht ûber die AusgrabuDgen in Troja. — Atlas trojanischer Alterthùmer. Uipxig, 1874, in-8 et atlas in-4. 18 tbl. (Brockhaus).
158 ASIE. (n^" 151-159.)
— Antiquités troyennes. Trad. de rallem. par Rangabé. Paris, 1874, in-8 et atlas in-folio de 218 pi. 78 fr. (Maisonneuve).
152. Vivien de Saint-Martin. L'Ilion d'Homère. L*Ilium des Romains. Mémoire lu à l'Académie des Inscriptions au mqis d'août 1874.
Ce mémoire n'a pas encore para, mais il s'imprime en os momait dans la Bévue archéologique. Voirci-dessons.
153. ViRLET D*AousT. Description topograpbique et archéologique de la Troade (Extrait). Académie det Inscriptions. Comptes rendus. Juillet-sept. 1874, p. 236-242.
Dans cet important mémoire, dont on n'a ici qn'ane analyse sncoincte, le Bayant géologoe confirme pleinement les vues que nous avons développées dans le mémoire inscrit sous le naméro précédent.
154. d'Eicrthal (Gust.). Le site de Troie selon Le Chevalier ou selon M. Schlicmann. Excursion à Troie et aux sources du Mendéré, par M. G. Perrot (extrait de VAnnuaire de Vassociation pour Vencouragement des études grecques en France, année 1874. Part*, 1874, in-8, iv-75 pages.
Confirmation de la découverte de Le Chevalier.
154 bis. Perrot (G.). Mémoire sur quelques inscriptions ioéditesdes côtes de la mer Noire. Revue arcMoL^ 1874.
M. George Perrot a lu son mémoire à TAcadémiedes Inscriptions, et on en trouve une analyse assex détaillée dans les comptes rendus de l'Académie, 1874, p. 1ST-I4S. La première partie du mémoire se rapporte k la céte de Bithynie ; la seconde partie, i une série dlosoriptioee provenant de la ville de Tomia^ célèbre par l'exil d'Ovide.
155. CuRTius (E.). Philadelpheia. Nachtrag zu den Beitrâgan mr Geschichte und Topographie Kleinasiens. Berlin, 1874, iii-4, 3 p., avec plan. 1 fr. (Dummler).
Extrait des Mémoires de l'Académie. Voir le dernier volome de l'innée, p. 158, n» 183.
— Du môme : Ueber griechische Inschriften aus Kyzikos. Monatsherichte der hôn. Ahademie, janv. 1874, p. 1-23.
156. Scherzer(C. von), k. general-consul in Smyma. Smyma, mit besonderer Rûchksicht auf die geographischen, wirthschaftlichen und intellectuellen Verhâltnisse von Vorder-Kleinasien; bearbeitet in Vereine mit den Herren Ingénieur Huicann, und Kaufmann Stôckel. Wien, 1874, in-8, 264 p., 12 fr. (Hôlder).
157. Davis (Rev. E. J.). Anatolica, or the journal of a visit to some of the ancient ruined cities of Caria. Lond., 1874, in-8. 21 sh.
158. B. Balansa. Catalogue des graminées du Lazistan, précédé de quelques considérations sur la végétation de cette contrée. Paris, 1874, in-8, 15 p. (Ëxtr. du Bulletin de la Soe.botan,, avril).
159. LeYkosia, die HaupsUdt von Gypern. Prag,, 1873, in-4, x-89 p., avec fig. et vignettes.
Relation initroetive et fort intéreatante, doe à la plnme princière, à la fois élégante et facile, qai noas a déjà donné ane spiendide publication (encore inachevée) sur les Baléares, et an agréable tableau de la pittoresque baie de Buccari, au fond de la mer Adriatique. (Voir le t. X( de l'Année, 1873, p. 333, n* 4l4.
La eiviliiation enropéenna en Orient,
Dans une note de M. Emile de Laveleye sur le livre de M. Seherzer nous trouvons, à propos de l'introduction de la civilisation européenne et de son vaste outillage dans les contrées musulmanes, des remarques excellentes à reproduire ; elles méritent toute l'attention des économistes :
« On croit généralement, dit M. de Laveleye, qu'il suffit d'introduire en Orient les institutions de TOccident pour faire participer les populations musulmanes aux bienfaits de la civilisation moderne. C'est une erreur. Ce qui pour nous est une cause de progrès est souvent pour l'Orient un dissolvant qui hâte la décadence. L'école historique a raison en ce point. Les institutions doivent sortir naturellement de l'évolution continue des faits antérieurs. Si vous importez brusquement une loi, une institution étrangère, chez une nation qui n'y est point préparée, vous lui apportez le désordre. C'est ainsi que le régime parlementaire, imité de celui de l'Angleterre, tue TEspagne, et que le régime républicain des États-Unis, importé dans l'Amérique du Sud, y provoque des révolutions incessantes et mène à une anarchie permanente. Le système financier de l'Europe , avec ses emprunts et ses lourds impôts, ruine en ce moment la Turquie, qui contracte chaque année une dette nouvelle pour payer l'intérêt de ses dettes anciennes. Autrefois la Turquie ne devait rien à personne et suffisait à ses besoins au moyen d'imi-
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pots très-minimes en rapport avec les ressources limitées de ses populations.
(c£n Egypte, même spectacle. Le Khédive, animé des meilleures intentions, veut apporter à son pays les progrès de la civilisation occidentale, mais il ne la comprend que sous Taspect raffiné qu^elle présente à Paris. Il détruit le vieux Caire, si pittoresque et si bien adapté au climat, pour y tracer de larges boulevards à la Haussmann, tout brûlés de soleil, inondés de poussière , bordés de maisons semblables à celles des Champs-Elysées. L'art arabe, si charmant, si ingénieux, a succombé devant les importations des produits à bon marché de Birmingham et de Manchester. On a bâti un concert de Vienne et de Pesth. On a construit un cirque dont les dames roulent en superbe calèche, comme celles du quartier Bréda. On a voulu implanter en Egypte toutes les industries européennes, et on les a fait marcher à perte. L'antique sentiment religieux musulman, miné par le contact des Européens, s^est éteint. Il s^en est suivi plus de tolérance, mais plus de démoralisation dans tous les sens. Quand on veut faire progresser un pays, on doit éviter de détruire de fond en comble ses institutions héréditaires, comme la Révolution Ta fait en France. Il faut les conserver, mais en corrigeant successivement ce qu'elles peuvent présenter de mauvais, et en prenant pour but le bonheur du plus grand nombre et non l'éclat artificiel d'un luxe emprunté, dont quelques-uns profitent let qui ruine la nation tout entière.
<c Dans la province de Smyrne, on a construit un chemin de fer qui va à Cassaba et à Aïdin. Il rend des services réels, mais en même temps il pousse à la destruction des forêts dont on peut désormais vendre les arbres. La hache a aussitôt exercé ses irréparables ravages. Les bois ont disparu et ne se trouvent plus que dans les régions inaccessibles. Le climat s'est ressenti de ces cou-
pes gigantesques ; les pluies, autrefois régulières et bienfaisantes, tombent maintenant en formidables averses qui entraînent les terres des hauteurs, transforment les plaines en marais et bouchent les ports. Les monts Âlemandagh, Dschuma-dag, Nif-dagh et Boz-dag, autrefois couverts de sapins, sont maintenant stériles et nus. La rivière le Gedis-Tschau , poussant en avant son delta, finira par combler l'entrée du port de Smyme, qui est déjà menacé. La rivière le Méandre a détruit plusieurs ports renommés dans l'antiquité. Les anciennes villes de Milet et de Priène sont maintenant séparées du bord de la mer par les atterrissements. Myus et Héradée, situées autrefois au fond du golfe de Latmos, bordent actuellement un lac intérieur. Voilà le résultat des déboisements antérieurs, et le chemin de fer en provoquera de semblables partout où il s'établira, si l'administration ne s'y oppose point par des mesures énergiques. Ainsi donc, des voies de communication améliorées qui favorisent le transport des produits, détruisent en même temps la fertilité des pays et en tarissent les ressources pour l'avenir. »
Que conclure de ces remarques du judicieux et savant publiciste? Qu^il nous faudra, spectateurs indifférents, voir les peuples musulmans végéter dans leur incurie séculaire et laisser à leur état d'abandon les plus belles contrées du monde? Non sans doute, mais seulement que les réformes, pour être salutaires, doivent être mesurées et graduelles. C'est la sagesse de l'histoire.
Le site de Troie. M. Schliemann.
Le nom de M. Schliemann n'est pas étranger aux lecteurs de Y Année géographique (V. notamment notre précédent volume, p. 161) ; et d'ailleurs ce nom, depuis dix-
L'aNNÉB 6É0GR. XIII. 11
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huit mois, a fait assez de bruit dans un certain cercle pour ne pas être inconnu à ceux qui prennent quelque intérêt aux questions d'archéologie. M. Schliemann pro^ fesse pour Homère un véritable culte, et certes ce n^est pas nous qui pourrons Ten blâmer. Poussé, comme d'au* très avant lui, par le désir d'étudier sur place le théâtre des deux grands poèmes, il entreprit, il y a six ou sept ans, une excursion à ce qu'on appelle les sites homériqpies, — Ithaque et la plaine de Troie, — et il a publié en 1869 la récit de cette excursion (V. V Année 1869, p. 364). Tour jours enflammé dW zèle qui s'accroissait avec ses re* cherches, M. Schliemann voulut faire plus encore : il résolut d'entreprendre des fouilles sur les bords du Scar mandre, afin, s'il était possible, de retrouver les restes de la ville de Priam. Malheureusement, en dehors de la lecture de son Homère, la ferveur de M. Schliemann n'étidt pas étayée d'études premières qui l'auraient utilement guidé dans ses investigations. Par sa biographie, que lui-même nous a fait connaître, et où se montrent oertai* nés aptitudes d'ailleurs fort remarquables, on peut juger du degré de préparation que le voyageur apportait d^S ses recherches.
Je n'ai pas à parler de ses notions archéologiques, sur lesquelles les juges compétents se sont prononcés en plus d'une occasion^. En ce qui touche au côté purement géo-
1 . Deux lettres d*un archéologue anglais, M. Frank Calv^rt, dans VAthenâsum de Londres du 7 et du 14 novembre 1874 (p. 610 et 643), sont intéressantes à lire pour fixer ses idées sur l'esprit scientifique de M. Schliemann et sur l'origine de ses fouilles. Nous en tirons seulement un passage : « M. Schliemann se montre surpris que contre mes intérêts matériels, en tant que propriétaire d'une portion d'Hissarlik, j'aie publié mes doutes quant à l'âge et à Torigine des antiquités qu'il y a découvertes. Il semble ne pouvoir comprendre que dans une question de ce genre des considérations personnelles, quelles qu'elles soient, ne doivent être d'aucun poids, et qu'il est tout simplement puéril d'espérer que des considérations de cette nature puis* sent prévaloir contre la vérité «cieniifique. Tout «n rendant justiee 4
graphique, je veux dire à remplacement de l'antique cité homérique, la malechance du voyageur a voulu qu'il tombât sur une opinion dont la fausseté a été depuis longtemps reconnue, l'assimilation de la Troie primitive avec ïllium des derniers temps classiques; et il s'est attaché à cette opinion erronée avec la ténacité convaincue d'un néophyte. On sait que Yllium Novwm^ ainsi qu'on le désigne, est représenté par un site ruiné appelé Hissarlik (les Châteaux) qui se trouve tout près de l'entrée des Dardanelles (l'Hellespont), un peu à droite de l'embouchure du Mendéré; l'emplacement de la véritable Troie, de la capitale de Priam prise et détruite par les Grecs vers l'an 1200 avant l'ère chrétienne, était à un peu plus de deux heures de là vers le sud, dans une position dont les circonstances topographiques, telles qu'Homère les a décrites avec une admirable précision, se retrouvent de point en point dans le local actuel, — et ne se retrouvent absolument que là. Malgré tout, reprenant une assimilation qui fut une erreur historique de l'anti* qui té, et qui, par le £ait, est topographiquement insoute-^ nable, M. Schliemann a porté ses fouilles sur remplacemont d'Hissarlik, et il y a trouvé, comme on pouvait s'y attendre d'après l'histoire connue de la localité, des vestiges de murailles enfouies, des restes de constructions superposées à diverses profondeurs, et des poteries, des
son esprit d'entreprise, aussi bien qu'au zèle extrême et à Ténergie qu'il a montrés dans ces fouilles, il m'est impossible de ne pas exprimer le regret que l'enthousiasme, « qui touche au fanatisme » (ainsi qu'il le dit lui-même), qu'il apporte dans la recherche de la Troie d'Homère, le domine au point de lui faire supprimer ou altérer tout fait mis en lumière qui ne pourrait se concilier avec l'Iliade. » — Et nous ajouterons, pour notre compte, que cet enthousiasme aveugle de M. Schliemann ne le pousse pas seulement à supprimer ou à fausser les laits qui lui paraissent contraires à son poète, mais, bien plus, qu'il ne lui permet pas de voir et de reconnaître les faits patents, éclatants comme la lumière, qui précisément attestent l'ad-* mirable exactitude des descriptions homériques,
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objets antiques en or, que le voyageur transporté a baptisé du nom de Trésor de Priam. Les découvertes amenées parles fouilles de M. Schliemann sont très-curieuses, sans aucun doute, et] d'un très-grand intérêt, mais leur intérêt et leur importance, que nul ne conteste, sont tout à fait en dehors de la question géographique, sur laqiielle porte la regrettable confusion de l'investigateur.
En présence de cette confusion renouvelée, M. Vivien de Saint-Martin a jugé nécessaire de reprendre la question à fond, d'en scruter de nouveau tous les éléments anciens et actuels sans autre préoccupation que la vérité scientifique, et de préparer ainsi, on peut dire, un verdict définitif sur cette controverse plus de vingt fois séculaire.
C'est Tobjet du mémoire que M. Vivien de Saint-Martin a lu à l'Académie des Inscriptions (ci-dessus, n® 152).
L'auteur, envisageant la question au point de vue purement géographique, s'est particulièrement attaché aux preuves et aux inductions géographiques. Homère est ici Fautorité fondamentale ; les indications que l'Iliade renferme sur la position de la capitale de Priam et sur les conditions topographiques de la plaine troyenne sont tout d'abord ce qu'il importe de réunir, car c'est sur ces indications que reposent uniquement toutes les recherches ultérieures.
Celles qui se rapportent aux deux rivières de la Troade, le Simoïs et le Scamandre, sont surtout d'une importance capitale ; la question de l'emplacement de Troie s'y rattache d'une manière intime. Homère les décrit en quelques traits d'une vigueur, d'une justesse et d'une vérité saisissantes, quand on les rapproche des données qui nous sont actuellement fournies sur la topographie delà Troade, tant par les descriptions des voyageurs que par la carte excellente due à la coopération du lieutenant Spratt, de la marine britannique, et du docteur Forch-
hammer. Le SîmolB est une rivière au cours torrentueux, qui descend des pentes do l'Ida et qui vient baigner la pied de la hauteur escarpée que couronne l'acropole troyenne, avant d'aller se jeter dans l'HelIespont, tout près de la mer ^ée; le Scamandre, au contraire, se forme d'une double source, an pied mSme de la hauteur sur laquelle Troie est assise, et, au temps d'Homère, il allait se réunir au Simo!a, entre Troie et la mer. Telles sont les conditions bien déSnies auxquelles doit satisfaire la solution du problème du site de Troie.
Or, dans la Troade tout entière, un seul emplacement — un seul — satisfait à ces conditions, en même temps qu'il répond à toutes les autres : c'est le plateau de Bounarbachi.
Le mémoire suit pas à pas, depuis la haute antiquité jusqu'à nos jours, cette histoire du site de Troie.
La ville de Priam, détruite par les Grecs d'Agamemnon, ne fut jamais relevée, mais quelques siècles plus tard, quatre ou cinq siècles peut-être, une nouvelle ville fut fondée un peu plus bas dans la plaine, beaucoup plus près de l'Hellespont, et cette ville reprit le nom de la vieiUe cité trojenne illustrée par les chants d'Homire. L'antiquité tout entière a cru, en effet, & l'identité de l'Ilion homérique et de la nouvelle Ilion. Les premières objections sortirent de l'école critique d'Alezandrie, un siècle après l'époque d'Âlezandn. Il s'ensuivit une polêmique dont le mémoire suit le^phases, et que l'on a vue se Reproduire de nos jours. La nouvelle Ilion, Vltium recens, est représentée par le site ruiné qui a reçu des Turcs le nom d'Hissarlik, u les Ghftteaux.»
Les critiques alexandrins, et Démétrius de Scepsis, qui reprit leurs objections, étaient parfaitement dans le vrai, et ils le prouvaient par de bonnes raisons; là où ils faiblirent, c'est quand ik essayèrent de retrouver la véritable Troie de Priam, Eux non plus n'ont pas connu l'Ilion
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homérique, dont le véritable site n'a été retrouvé que de nos jours, à la fin du dernier siècle. C^est à Le Chevalier qu'appartient l'honneur de cette découverte.
Le mémoire en rappelle les incidents. Il signale les explorations ultérieures qui ont confirmé, en la complétant, la découverte de Le Chevalier. Il montre que le plateau de Bounarbachi, loin d'être, comme M. Schliemann et d'autres Font dit, absolument vide de toute tr&ce d'habitation humaine, garde, même aujourd'hui, des vestiges très-remarquables d'un caractère antique.
M. Vivien de Saint-Martin résume ainsi les conclusions de son mémoire :
« M. Schliemann a rendu à la lumière les restes d'une ville fort ancienne, mais cette ville n'est pas la ville de Priam. C'est la ville plusieurs fois détruite et rétablie des Éoliens, des Lydiens, de Lysimaque, de Sylla, d'Auguste et des Césars ; ce n'est pas la cité troyenne détruite par les Grecs d'Agamemnon, et qui ne fut jamais relevée. Les fouilles de M. Schliemann, en un mot, apportent d'abondants et précieux matériaux à l'étude archéologi-^ que ; elles ne touchent d'aucun côté à la question géognH phique.»
Dans un mémoire que M. Yirlet d'Aoust, l'émment géologue, a lu également à l'Académie des Inscriptions sur la même question (ci-dessus, n° 153), la question reçoit de nouveaux développements, qui conduisent l'anteur à une conclusion identique. M. Yirlet d'Aoust, Fauteur de la note, a lui-mAme autrefois exploré la Troa^^y suivi le cours du Mendereh, appelé aussi du nom signi*^ ficatif de Simose (Simols) ; il a reconnu les sources du Scamandre ou Xanthe ; il n'a jamais compris, dit-il, que les personnes qui ont visité la plaine de Troie aient pu un instant admettre, en présence des descriptions si précises d'Homère, que la nouvelle Uion ait occupé l'emplacement de la ville de Priam.
M. Virlet d'Aosst ae rtnga donc à l'opinion de Le Chevalier, confirmée pu les ititestigatioiiB de l'architecte Meuduit, etc., et a si Tictorieueement soutenue et reprise par M. Vivien de Saint-Martin, » Le butapécial de eacommunication est de donner nne description topognphiqne exacte de la plaine de Troie, beenconp moine étendue en réalité qu'on ne le snppose. Le village de Bounarbachi n'est, en effet, éloigné dn point le plus rapproché de la Gâte (vers l'oneat) que de neuf kilomètres et demi environ, et le mamelon trojen n'estqa'à laOOmËtres de ce m6me point. L'embouchure duMendereh (le Simols d'Homère), «'eet-à-dire U plage où était atterrie la flotte grecque, est à quatorze kilomètres et demi an nord-nor4'-ouest de Bounarbachi.
M. Virlet d'Aoust ne croit pas qu'il se soît formé un delta à Tembouchurcdu Simoïs. Le courant très-prononcé quiexi&te deUPropontidever^ lUellespoot, et de celui-ci vers la mer Egée, agissant comme une immense écluse de chasse, est de force à. balayer constamment les atterriasements qui pourraient tendre à se former sur ce point de la côte ; en sorte que, si les riyagcs de la Troade avaient dû éprouver, depuis les temps historiques, quelques changements notables, c'eût été bien plutAt par des ébréchements de cdte que par des accroissements de dépôt d'alluviona.
Les collines situées an and dfl la plaine de Bounarbachi constituentle prolongement del'tmdes contre-forts de l'Ida, et sont formées par des calcairea gris d'où émergent les deux sources principales du Scamandre. M. Virlet d'Aoust nomme l'une de, ces sources chaude, bien qu'elle ne soit aujourd'hui qu'à 17 degrés centigrades, parce que, dit-il, sa température a dû être autrefois plus élevée ; et ce qui l'indique, c'estle voisinage d'une rocbe d'origine ignée(du basalte), qui a surgi à Bounarbachi même, à travers les calcaires. La colline de Troie, qui porte maintenant le
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nom de Balidagh, ne s'élève guère à plus de 100 à 120 mè« très au-dessus du niveau de la mer.
M. Yirlet d'Aoust termine sa note en repoussant d'une manière encore plus explicite les essais d'identification de l'ancienne Ilion avec d'autres lieux de laTroade. a Où trouver à Âlexandria Troas, située sur les rivages de la mer Egée, à 28 ou 30 kilomètres au sud de l'Hellespont, le Simoïs descendant de l'Ida? Où trouver le Thymbria voisin? Où trouver le Scamandre avec ses doubles sources, s'échappant des rochers, non loin des portes Scées? Où trouver les collines du Retranchement d'Hercule et de Gallicoloné? Où trouver ces conditions hydrographicpies et orographiques à Hissarlik ? Où trouver enfin dans ce dernier lieu, aussi bien qu'à Eski-Stamboul, ville située en plaine, cette éminence éloignée de la mer qui supporte la grande cité troyenne ? Il faut donc en revenir à l'opinion de Le Chevalier, que les fouilles de M. Schliemann n'ont point d'ailleurs ébranlée. Les antiquités mises au jour par ce voyageur ne sauraient provenir de la Troie d'Homère. »
PERSE
AFGHANISTAJi.
160. Menant. (J.). Les Âchéménides et les inscriptions de la Perse. ParUy 1873, in-8, vn-176 p. (A. Lévy).
161. Spiegel (Fr.). Erânische Âlterthumskunde. T. II. Religion. Geschichtebis zum TodeAlexanders des Grossen. Leipv.^ I873,<in'^, 301-632 p.
162. MoRDTMANN (A. D.). ZuF vergleichenden Géographie Persiens. Sitzungsherichte der K. Akademie der Wiss. juMûnchen^histor. Classe, 1874, n» 3, p. 231-262.
€ La géographie comparée de la Perse, dit M. Mordtmsnn ao ddbot de son mémoire, sauf les côtes sar lesquelles Taotiquité noos a Udasé
àe précieux rcnKigneiocnts Ddiement coDlrAlés pir da bon* tniTini modcrties, e>t au loUl aiiei peu amncée. D*n* 1« Fin, pu aiunplai nafm;, noui n'avons qu'an ku) point, /'rr.itpoJJi, qui loit ditermiot ■vecune cenilnda CDOiplèlc, grlce aiii m :i*s mDoimitiiUlïa qui D";
psIeMedjid-l Madcr-i SoltimAD, dîna le voi-iaigedaHoarghàb, ut «nui admise comme cerlaiue, bien qu'on ii:,i-. oncorB j gïrder quelipei dontea.TaullBrsBleD'stt qu'obscurité <fi mctrlitnde. Flolémie. VI, 4, doaae ea Perse aneliita 6e ii Tilles, m.ti» un n'a pai sacon euajé, que je saobe, d'apporLar l'ordre et lu lamiÉrg diDi eattalongae Iiit« d«
CM eMt tâcha qua If. Ugrdtmuui Tint au molni aborder dîna ca pramlar Irarail. Mon* n'oieiiou dira qa'll l'ait boaacoDp aTascéo. On j troDTS plue da coniactum et dlndieaUoni hypothttlqaes que d'idostiflealisua qnelque pan prédiea. Le iDJet, aa aarptiii, n'es comportait giftre d'iatrei, mrtonl «a ne prantaldn problème que dea poiali ieolii, et DDU an ehercbuil à railitaer daoi leur ordre naturel Ici matàrlaai trlatement dénatocit par la malhoda artificielle do géographe aleiandrin. En toat état da ehowa, nfanmoiai, laa laTaDta InTaïUgatioai da H. Mordtmvm ■arontooiuutUa* arec Cmit pour quiconque l'ocoupara de ta lajet obicnr, • la gtegrapUe comparée de la Pane. > i3 bis. GoLUSuni (colonel lir Frédéric ioha). Telegraph and Travel ; a narrative otUie fonnatiou and development ot télégraphie communication between England &Qd India, uuder tbs orders ol H. M's goTGmmsnt, Tith incidanlal notices of Ibe countries tra- Tersed by tbe Unes. With maps and Dumerous illustrations. tond., 1ST4, in-S, 1TI-6T3 p. (Maemillan).
La colonel Geld«mld traça l'hiilorlqua cireontlandi daa négociations qui ont frieiii la poM daa lignes telégraphlquts de terra et de mer i tiSTcra le golfe Peirique al la Perse occidentale, et daa itades qui l'ont priparia. sans <tre ana relation dtoi la stricte acception du mol, ce lifre renferma un grand nombre d'infonnationi d'une réelle Taiaur at de notiona utHaa pour la connalssaoca pbysiqne da la Perse. 11 faut ajouter qne ta carte principale, cmprunloeï quelque allai élémentaire, est aans Talanr sdenllfique.
63. Giu.(lieut.W.J. Roy. Engin.]. Travels in Northern Persia. Geo- Uraph. Magax., oa. I8U, p. 371-377; avec une cairte construite par M. RaTenstein.
la liautensnl OitI, du sorps rojil des ingénieurs, a accompagné le BOlODel Baker, en 1171, dus une aicuraion d'obsemtion at d'Etude i triTerslei parties da la Perse qui SToiiinent la Trontlére du nord. L'Itinéraire de cet inléreaunt Tojraga, d'un cancièia eatentiellement scïenliBqie, ta confond sur tieaucoup da pointa aTec celui de l'eipédition masade tBSt conduite par M. Nie. de Khanikoa; le lieutenant QUI a fait da nombreuica obiemtions ailronomiquei et bjpsomélriques. Lï notice actuelle, lue au mois d'août dernier aui réunions de 1 Auooiation Britannique à Belfast, donne seniement un aperju général du Tojaga at
déTeloppé et de plus précis, p^rmi les resnllste tout i fait nouireaux. Il tant noter la reconoaiaaanca et le la»é d'une portion du cours snpiriaur de l'Atiak, ritléra qui forme aeluellsment la limita du Klioratan du céte
170 ASIE. (n«' 160-169.)
dei Btoppts des TarUmant. La earto da II. lUKf«wtiiD ii*ctl àê même ftt^iukt esqnitM prorisoire.
Ces étadM paitiellM font titandrt aT«e nne impatioiiM d'astant plus grand* la carte en $ fenillet da la Fersa et des payf de llophrmte, que le major St-Jonea eonitroit à Londrea anr dea matériau gé^désiques inédiû. La première feuille, eontenant l'angle S. E., a dû étrv mise en graYora au mois de mat 1874.
Voir le précédent Yolume de Vannée géographique, p« 119 al anlT.
164. Bkllsw (D' U. W.). From the Indus to the Tigria; t narrative of a journey through the countries of Balochistan, Afghanistan, Khorassan and Iran in 1872; together with a sytH^ptical Grammar andVocabulary oftheBrahoe language, and a record of the meteorological observations and altitudes on the march from the Indus to the Tigrls. London, 1874» in-8y &04 p.
En dehors dea docnmenta lingniatiqiies, etimograpliiqitaa al liypsométriques que renferme la relation du D' BeUew, elle est parUenlièrement intéressante à consulter pour le basatn du lae Hamofte eC tout le Selstan. — Sur cette dernière province, le 4S* volume d» Jonrml de la Société de Géographie de Londres renferme le mémoire Soivaat de air Henri Rawlinson :
165. Rawlinsoii (sir Henry). Notes on Seistan. /. &ftheB, Geofr, soc,, vol. xLin, p. 272-294, map.
Notes topographiques, historiques, et de géographie eomparéa.
166. HuTCHiNSON (Th. J.). Twoyears ia Peisia and eaiplanations of its antiquities. lond., 1873, 2 vol. in-8, fig. et cartes.
16t. Côtes d'Arabie et de Perse, depuis Itle Socotra jusqu'à Bombay (carte corrigée en 1874}. Paris, Dépôt de la Marine (n* 903).