ETHNOLOGIE BABYLONIENNE
fanté une idée plus étrange ; i] est impo8Bil)le de se mettre plus à l'aise non-seulomenl avec les indications et les faits connus de l'histoire, mais aussi avec les simples règles de la vraisemblance, et — pourquoi ne pas le dire? — avec les prescriptions du sens commun. Que des tri- Lus de famille et de langue tun^ue aient fait irruption, depuis les plus anciens temps, dans les contrées de l'Onus, dans l'Arménie, dans la Médie et lus provinces avoîainantes, c'est un fait bien connu. Ces irruptions des hordes nomades, cette lulte èlernelle du Touran et de l'Iran, s'est continuée à travers les siècles, et aujourd'hui encore des tribus turkomanes forment une partie considérable de la population de la Perse : mais les hordes de l'Altaï ne furent jamais attirées vers les chaudes contrées du Midi c[ue par la soif du pillage, l'instinct de U dévastation ou la recherche de riches pâturages. Jamais elles ne se sont élevées d'elles-mêmes à la vie policée; nulle part elles n'ont dépassé les éléments de la vie pastorale. Et c'est i ces hordes barbares que l'on attribue l'invention de l'écriture dans le sud de l'Asie ! C'est à elles que l'on fait remonter la haute et brillante civilisation de Babylone ! Encore une fois, pour accepter cette théorie monstrueuse, il faudrait des faits irréfragables, des faits clairs comme la lumière du jour ; et les inventeurs du système n'y apportent que suppositions et hypothèses. Dans cette science nouvelle, — à partir du point où la laissa, dans sa première phase, l'esprit ferme et sobre d'Eugène Burnouf, presque tout n'est qu'incertitude et obscurité; et c'est avec de tels éléments que l'on voudrait renverser toutes les conditions de la vraisemblance, toutes les lois du possible, toutes les notions de l'histoire! Assurément, s'il ne s'agissait ici que d'une simple question de philologie orientale, nous ne nous serions pas permis, nous qui ne sommes pas orientaliste, d'y prendre la parole, mais la question estavant tout une thèse d'histoire générale, nous dirons
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plus, une question de jugement et de bon sens, qui ont bien aussi leurs droits même dans les choses d'érudition . Et d'ailleurs veut-on connaître, sur le caractère des études cunéiformes, alors qu'elles s'attaquent à leurs derniers problèmes, l'opinion profondément motivée d'un savant de premier ordre dans les choseà de l'Orient, qu'on li«e les articles que M. Renan a consacrés à ces études dans le Jowmal des Savants de 1859* On verra avec quelle fermeté de raison l'illustre critique rappelle les assyriologues à la juste mesure et à la réserve. Les quinze années écoulées depuis ces remarquables articles n'en ont encore modifié ni affaibli la portée.
Voici maintenant qu'un savant profondément versé, lui aussi, dans les études sémitiques, M. Jos. Halévy, vient contester et saper de fond en comble, au nom de la lan-* gue et de la grammaire, tout à la fois le principe et les conséquences du système des assyriologues sur les origines touraniennes de la Babylonie* Nous reproduisons, en le complétant dans ses conclusions, l'excellent extrait analytique que M. Ferd. Delaunay a donné, dans le Journal officiel, du mémoire de M. Halévy.
Les assyriologues, rappelle M. Halévy, veulent que le sud de la Mésopotamie, et surtout laBabylonie, aient été primitivement habités par une population de race tou« ranienne, parlant une langue qui se rattache au groupe ougro-finnois ou turc. Cette population, que l'on appelle sumérienne ou accadienne^, aurait inventé l'alphabet cunéiforme ; elle aurait initié les tribus sémitiques encore barbares aux arts les plus indispensables de la vie civilisée. Les Accadiens ne seraient pas différents des Ghal* déens ; ayant formé une caste sacerdotale parmi les peuples des bords du Tigre et de l'Euphrate, ils auraient
l . Les inventeurs du système touranien ne sont pas d'accord sur ce point. M. Oppert proteste contre la dénomination d'accadtçnfie employée par M. François Lenormant.