‹ L'Année géographique (volume 5)Chapitre 226 sur 425 · TRAITÉ DE SAÏGON · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE SAÏGON

devront être poursuivis aussitôt qu'avis en sera donné, et, si faire se peut, arrêtés et livrés aux autorités de leur pays.

Art. 19. — En cas de décès d'un sujet français ou étranger sur le territoire annamite, ou d'un sujet annamite sur le territoire français, les biens du décédé seront remisa ses héritiers ; en leur absence, ou àleur défaut, au résident, qui sera chargé de les faire parvenir aux ayants droit.

Art. 20. — Pour assurer et faciliter l'exécution desclauseset stipulations du présent traité, un an après sa signature S. Exe. le Président de la République ft>ançaise nommej'a un résident ayant le rang de ministre auprès de S. M. le roi de l'Annam.

Le résident sera chargé de maintenir les relations amicales entre les hautes parties contractantes, et de veiller à la consciencieuse exécution des articles du traité.

Le rang de cet envoyé, les honneurs et prérogatives auxquels il aura droit, seront ultérieurement réglés d'un commun accord, et sur le pied d'une parfaite réciprocité entre les hautes parties contractantes.

S. M. le roi de l'Annam aura la faculté de nommer des résidents à Paris et à Saîgon.

Les dépenses de toute espèce occasionnées par le séjour de ces résidents auprès du gouvernement allié seront supportées parle gouvernement de chacun d'eux.

Art. 21. — Ce traité remplace le traité de 1862, et le gouvernement français se charge d'obtenir l'assentiment du gouvernement espagnol. Dans le cas où l'Espagne n'accepterait pas ces modifications au traité de 1862, le présent traité n'aurait d'effet qu'entre la France et l'Annam, et les anciennes stipulations concernant l'Espagne continueraient à être exécutoires. La France, dans ce cas, se chargerait du remboursement de l'indemnité espagnole et se substituerait à l'Espagne, comme créancière de l'Annam, pour être remboursée conformément aux dispositions de l'article 7 du présent traité.

Art. 22. — Le présent traité est fait à perpétuité. Il sera ratifié et les ratifications en seront échangées à Hué dans le délai d'un an, et moins, si faire se peut. Il sera publié et mis en vigueur aussitôt que cet échange aura eu lieu.

En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs ont signé le présent traité et y ont apposé leurs cachets.

Fait à Saîgon, au palais du gouvernement de la Cochinchine française, en quatre expéditions, le dimanche, quinzième jour du mois de mars de Tan de grâce 1874, correspondant au vingt-

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septième jour du premier mois de la vingi-sepUème %nnée do Tu-Duc.

(S.) Contre-amiral DupRé.

(S.) Le Tuan et NQUYEN-YÀN,Tuong.

La France n'oubliera pas que les résultats consacres par ce traité sont dus, en premier lieu, à MM. Dupuis et Millot, les premiers Français qui aient osé, à leurs rii-^ ques et périls, remonter le Song-Ko! depuis Bon embou* chure jusqu'à la province chinoise du Yun-nan; à M. Pr. Garnier^ sacrifiant une vie précieuse, pleine d*un brillant avenir, pour précipiter Tannexion du Tonking à la France ; enfin à M. le contre-amiral Dupré, qui, quoique souffrant, n'a pas voulu prendre de congé avant d'a:?oîr arraché en quelque sorte les signatures du traité aux émissaires peu pressés de Tu-Duc.

La France au Kambodj.

làÈconomiste français^ parmi les excellents documents de géographie économique dont ses colonnes abondent, en a publié un sur le Kambodj qui mérite une attention particulière (ci-dessus, n** 282). Après aToir rappelé les derniers événements du Tonking et le traité qui nous en ouvre Taccès, l'auteur ajoute : « Mais il ne faut pas négliger pour ces contrées éloignées, dont les produits auront tant de peine à parvenir jusqu'à nous, les riches pays qui sont à la porte de la Cochinchine. Le Kambodj, au moins aussi grand que notre colonie, en borde la frontière nord-ouest ; il est enserré à Test par l'empire d'Annam; au nord, par le royaume de Siam ; à Touest, par la mer et le golfe de Siam. C'est en 1863, le 11 août, que le roi Phra Norodom, voulant mettre fin aux compétitions incessantes de ses deux puissants voisins, le Siam et TAnnam, qui menaçaient son indépen<*

KAMBOPJ. 239

mce, conclut avec Famiral de la Grandière un traité par

cpiel il se mettait sous la protection de la France, et

)U8 ouvrait, par la cession de Timportante position des

uatre-Bras, Tentréo du Mékong. Depuis ce moment, un

irtain nombre de commerçants français se sont établis

ins le pays, et, grâce.à la protection du roi, n^ont pas

.rdé à y faire de grandes affaires, à y réaliser de beaux

méfices. C'est à eux que sont dus en partie, et notam-

ent à M. Frédéric-Thomas Caraman, les informations

le nous allons résumer rapidement.

Le roi Norodom l^ est le propriétuire incontesté du

lys, le roi absolu de layiei de ses sujets. Afin d'assurer

s revenus, le gouvernement fait tous les trois ans un

censément destiné à fixer pour chaque Eambodgien la

irée du service qu'il doit à l'État : les hommes de dix-

lit à cinquante ans doivent prendre rang parmi les sol-

lis, et sont, en outre, employés à tous les travaux qui

îcessitent de la force et de Tactivité ; les hommes de

nquante à soixante-dix ans ne sont généralement sou-

is qu'aux travaux qui n'exigent pas de déplacement, et

)nt même le plus souvent libérés de toute espèce de

avail. Quant aux jeunes gens de quinze à dix-huit ans,

s ne sont inscrits que pour mémoire et pour faciliter

s recensements ultérieurs. Chaque individu de dix -huit

cinquante ans doit au roi quatre-vingt-dix jours de

avail par an, mais il n'est plus astreint aujourd'hui à

ire cette longue corvée par lui-même, et peut se libérer

)mplétement pour la somme de 20 ligatures ou 18 francs.

'est notre représentant au Kambodj , le lieutenant de

lisseau Moura, qui a obtenu cette importante déroga-

on aux lois en vigueur, qui nous a concilié la sympa-

de d^un grand nombre d'indigènes. Certaines catégories

3 la population jouissent d'immunités particulières ;

est ainsi que les bonzes, les mandarins, la garde du

)i, les marins de la flottille et certaii)» mtWf employés

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du gouvernement, ne sont pas inscrits sur les registres des corvéables. Les esclaves enfin sont inscrits, mais sans être jamais appelés, et leurs maîtres payent au Trésor la moitié de la somme exigée des citoyens libres. Puisque nous parlons des esclaves, disons tout de suite qu'on ne devient esclave que pour dettes : mais le rachat est assez difficile, et, si les intérêts de la somme prêtée n'ont pas été payés au bout de dix mois, le prêt est doublé.

M. Marcel résume en un petit tableau les données que le gouvernement kambodgien possède sur la population du royaume ; en voici les chiffres :

Population des provinces relevant du 1 ^ roi 1 18 894

— du 2« roi 10468

— de la reine-mère. 2815

Total de la population inscrite 126 177

Population non inscrite, dans le rapport de 6à 1. 757 06S Population flottante 5000

Total 888289

« Le roi Nerodom, continue Fauteur, dont Tintelligence est vive et développée, a bientôt compris, dans la visite qu'il a faite en 1872 à notre colonie, combien il avait à faire pour lancer son royaume dans la voie da progrès. Il s^est mis lui-même à la tête d'un certain nombre d'entreprises industrielles ou agricoles; il a, de plus, signé des traités avec des commerçants français qui ont établi certaines industries ou manufactures : tuilerie et briqueterie, magnanerie, plantation de cannes ou de mûriers, etc.

« Malheureusement il ne doit pas beaucoup compter sur la population indigène, qui est éminemment paresseuse ; il lui faut recourir aux Annamites, aux Malais et surtout aux Chinois. Les premiers se livrent à Télève des vers à soie, à la culture du mûrier, à la pêche du grand

ANTIQUITÉS DU KAMBODJ. 241

, à la coupe des bois; les seconds, à la culture de la me et de quelques autres productions naturelles, tan- $ que les Chinois, comme partout propres à toutes les sognes, sobres, tenaces, laborieux, économes, cultivent coton, le poivre, la canne, le tabac, mais réussissent incipalement dans le commerce d'exportation. » L'auteur présente un aperçu des cultures principales de rindustrie du pays : coton, indigo, canne à sucre, bac, etc. : mais c'est l'élève du ver à soie qui domine ut le reste par son importance et son avenir. Le Eamdj a d'autres cultures encore, notables aussi, quoique 3ondaires. Ce sont notamment les cocotiers, les aréiers, les bananiers, les arachides, les résines et des iles de premier choix, la gomme-gutte et la laque. Le mémoire se termine ainsi : « Ce ne sont pas, on le it, les richesses naturelles qui manquent au Eambodj, ûs bien les hommes pour les exploiter. Un grand ouvement semble pousser nos commerçants vers ce .y s tout neuf, mais nous ne pouvons qu'applaudir aux forts qui sont tentés, soit par le gouvernement, soit par is particuliers, pour encourager, aider et développer les lations commerciales inaugurées par quelques pioners hardis et persévérants. >>

Les antiquités boaddblqaes da Kunbodj.

Après les questions commerciales et les intérêts éconoiiques, les investigations scientifiques qu'il nous apparent de porter dans ces contrées, maintenant ouvertes à Europe, méritent toute notre attention. On sait combien s ruines gigantesques du temple d'Angkor sont remarlables; on en doit une ample description, écrite et figue, à l'expédition française de 1866. Lorsqu'au mois avril 1873 il fut décidé à Paris qu'un voyage d'explo- Ltion aurait lieu au Tonking, sous la (Urectici||d6 M. Del'aswém aioGR. xiii. . * 16

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lapOrte, la mission eut pour instruction de retourner in préalable dans le Kambodj, afin d'y former, au milieu des ruines, une collection qui serait envoyée en Fratace sur les bâtiments de TÉtat.

a Les ruines khmères que nous allions Tieiter, dit M. Delaporte dans son rapport au ministre, sont disséminées sur un grand nombre de points du territoire de Tancien Kambodj, compris entre le 10» et le 17* degté de latitude nord, et le 100^ et le 105* degré de tohgitude est. Par leur nombre, leur importance et la perfection de leur exécution, elles dénotent l'existence d'une civilisation puissante, de longue durée, et d'un art extrêmement remarquable.

ce En partie détruits par des guerres, abandonnés depiais plusieurs siècles, presque tous les monuments khitiers sont aujourd'hui dans le plus complet délabrement. Leoik ruines sont désertes, ignorées, et souvent redoutéeé pkt les indigènes à qui elles inspirent une terreur supèrsltttieuse. Partout une végétation puissante lès envaliit, el c'est la hache à la main qu'il faut tenter de pénétrer jusqu'à elles... M. Fr. Garnier, dans sa relation, cherchi]»tt des rapprochements tirés des histoires des peuple dr* convoisins à retrouver les origines perdues de cet ancien peuple khmer, dont les merveilleux ouvrages attestent seuls r existence. Mais la science ne sera Traisem'* blablement fixée sur ces derniers points que le jour où on aura pu déchiffrer les nombreuses inscriptions disséminées' sur les ruines. Ces inscriptions, dont les jj/tùÊ récentes sont écrites en caractères semblables à ceux de récriture kambodgienne moderne, ne sont cependant pàÉ comprises par les lettrés les plus savants du Rambddj ift de Siam, et, jusqu'à ce jour, il a été impossible dte «H* procurer aucune traduction...

« Une grande partie du Kambodj est encore inék^ iplorée,et lefe notions géograjphiques que nous )[ybjf8édlm8

i pays «ont fort incomplètes. M. Moura avait bien nous communiquer une carte qu^il avait récemment 3e d'après ses itinéraires particuliers et les rensei- Qts qu'il avait recueillis près des indigènes. Ces lUes indications permirent de fixer le plan des ezms.é.»

Dëlaporte en rctpace un aperçu, et il termine son )t intéressant rapport (ci-dessus, n® 283 de la biblioie], par une réci^pitulation des conquêtes artisti* qu^il en a xappoirtées : environ floixante-dix pièces dlpture 6t d'architecture; trente-quatre panneaux is Bur le plus beau des bas-reliefs d'Angkor-Yat; verte de plus de dix ruines nouv,elle8, dont quelquessont de premier ordre ; enfin une suite nombreuse jriptions.

te dernière ^partie des monuments kambodgiens rtés en France forme une acquisition particulièreprécieuse. L'Académie des inscriptions, à la dee du ministre, a chargé une commission d'en faire t d'un rapport dont la rédaction a été confiée à [ohl. NouB le TeproduisouB ici :

«Messieurs,

. Tamiral de Dompierre d^Hornoy) ministre de la maît des colonies, a envoyé à PAcadémie sept grandes plions kambodgiennes, dont deux en estampages et cinq pies écrites en caractères kambodgiens modernes ; il de- 3 Tavis de TAcadémie pour savoir s'il doit faire exécuter me travail sur les autres inscriptions qui se trouvent sur ciens monuments du Kambodj.

es monuments, surtout ceux d'Angkor, sont desmerveil-

grandeur et de richesse architecturale; ils ont fait Padlon des voyageurs chinois au treizième siècle, et font la

depuis que Mouhot les a retrouvés, il y a une dizaine èes. Leur ensemble fournit'la preuve irrécusable de Texisprolongée d'un puissant empire, mais nous n'avons enque des indications fort vagues sur la dynastie sous

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laquelle ils ont été construits. Nous ne pouvons pas leur assigner de dates précises. Nous ne nous expliquons pas encore le mélange de mythologie brahmanique et bouddhiste que nous offrent les bas-reliefs qui couvrent les murs. Tous ces problèmes ne peuvent trouver leur solution que par Tétude des nombreuses inscriptions gravées sur les monuments. Cette étude n'a jusqu'à présent fait que de faibles progrès, et ces progrès, cependant, nous donnent la certitude que les difficultés de l'interprétation de ces textes ne résisteront pas longtemps aux méthodes philologiques de notre ten^ M. Jeanneau était parvenu à en déchiffrer récriture et à s*as* surer que les textes n'étaient pas en pâli , comme on était porté à le supposer, mais en ancien kambodgien, dialecte aujourd'hui à peu près inintelligible, que sa mort prématurée 1^ empêché d'étudier. Un prêtre bouddhiste a donné à M. Garnier une traduction approximative de quelques fragments de ces inscriptions, et les copies en caractères modernes que M. le Ministre nous a envoyées montrent qu*il y a des luûnmes du pays qui paraissent pouvoir lire, sinon comprendre, ces anciens textes.

c Quand on possédera la collection complète des inscriptioiis, et quand on aura à sa disposition les ouvrages anciens de la littérature kambodgienne dont M. Garnier fait mention, la solution du problème sera proche et certaine.

« L'importance de ces inscriptions n'est donc pas douteuse, et la première chose à faire est de s'en procurer des représen* tations absolument exactes pour pouvoir les livrer à Piozamen des savants, et pour les soustraire à tout jamais aux chances de destruction qui menacent tous les monuments anciens. Mais, pour obtenir des reproductions qui puissent servir à une publication, il faut des méthodes plus rigoureuses que celles qui ont été employées pour les sept inscriptions que M. le Ministre nous a communiquées, et qui sont en partie copiées en caractères kambodgiens modernes, en partie prises par eoD* preintes sur papier. Or, les copies, ou plutôt les transcriptions en d'autres caractères, seront des auxiliaires utiles pour la lecture des textes, mais ne peuvent jamais remplacer ceuz-d: c'est parfaitement évident, il serait inutile d'y insister.

(( Quant aux empreintes que nous avons reçues, elles laissent beaucoup k désirer. On a enduit d'unes couleur noire la surface de la pierre, et on y a appliqué un papier très-mince pour faire ressortir l'écriture en blanc sur un fond noir, mais la

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couleur est entrée dans le creux des lettres, et il en est résulté des empreintes extrêmement brouillées. »

Le rapport indique les précautions à prendre et les méthodes à suivre pour la reproduction exacte des monuments de cette iiature , puis il continue :

«c Si les circonstances s'y prêtaient, il serait très-désirable qu^on pût obtenir des reproductions semblables des inscriptions qui se trouvent sur des monuments de la même espèce situés dans le Kambodj siamois. Nous savons par M. Garnier que ces monuments sont très-exposés à être détruits par les Siamois, et il importerait de sauver au moins les inscriptions qui doivent compléter les données fournies par les monuments sur le territoire français.

c Ce point nous amène à une dernière recommandation que votre commission désire adresser avec les plus vives instances à Tattention bienveillante de M. le Ministre : elle a pour objet la conservation de ces merveilleux monuments que la fortune a mis dans la possession ou sous la protection de la France. Tout conspire perpétuellement, et en tout pays, contre les monuments en pierre taillée qui ne sont pas protégés par un maître. Partout les indigènes les emploient pour leurs masures, les ingénieurs civils et militaires les démolissent pour leurs routes, leurs barrages et leurs fortifications, les architectes y trouvent des carrières de matériaux tout façonnés, et les curieux et les pourvoyeurs des musées européens les mutilent et les dégradent pour en déposer quelques fragments dans leurs collections. Ces dévastations ont duré trop longtemps, et sont allées si loin que Popinion publique a fini par se révolter contre elles; l'Académie a certainement applaudi M. de Fourtou, ministre de Pinstruction publique, lorsqu'il a annoncé, dans une occasion solennelle, qu'il négociait avec des gouvernements étrangers pour arrêter des procédés barbares ou intéressés qui ont déjà défiguré ou fait disparaître tant de monuments antiques.

<K Aujourd'hui le moulage en plâtre et la photographie suffisent aux besoins de la science sans amener aucune dégradation. Nous sommes convaincus que M. le Ministre de la marine partagera l'opinion de l'Académie que l'honneur de la France est intéressé à la conservation des monuments du Kambodj , et

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qu'il les protégera en les déclarant monumenlKi historiques, et en donnant les ordres les plus sévères de na les laissear entamer par personne et sous aucun prétexte. >

La mission de BlrmaBia.

Mort des deux ezplorateon fraqiih.

Nous venons de raconter les concpétes de la science ; nous avons encore à en mentionner les victimes.

L'échange des ratifications du traité de cmnmerce conclu Tan dernier avec les ambassadeurs birmaïAa nécessita l'envoi à Mandalaï d'une mission diplomatique à laquelle deux jeunes officiers des armes savantes, MM. les capitaines Fau et Moreau, avaient demandé à être attachés comme explorateurs. La mission, confiée aux soins de M. de Rochechouart, notre ministre dans Textrème Orient^ arriva dans la capitale de la Binnanie, Mandala!, à la fin de l'année 1873, et fut accueillie avec une extrême cordialité. MM. Fau et Moreau, que leur exploration dbevait retenir pendant une année au moins dans le pays, furent comblés d^égards. Le souverain voulait qu'ils fassent traités comme ses propres enfants, et pourvut non-seulement à leur escorte, à leurs moyens de transport, mais aussi à leur entretien; il alla jusqu'à mettre à leur disposition des sommes assez considérables qu'ils durent refuser. Après trois mois de séjour à Mandalaï, il se mirent en route le 2 avril et arrivèrent quelques jours après à Monaï, ville de 20 000 habitants, située à 20" 30' lat, nord, 9b^ 15' long, est de Paris. Ils se proposaient de parcourir le territoire compris entre l'Iraouaddy et la Salouên, de franchir ce dernier fleuve, et, en suivant toujours la direction de l'est avec une légère inclinaison vers le nord, d'arriver à Kiang-Hong, ville peu distante de la frontière ^chinoise et située sur le cours supérieur du Mékong.

i|9 ^ de laqueUft a'étençl, ^s ^a dix^tiw dç Vpue^^ti ilBQ ^idié^ dQ quatrç feilçwpR^t^es^ ;pUe çst oniée. de po^r. tki^i^es pj^godes ; la plup^^t des m^iscmsk de cette v;lle, qui compte enyirQ^ %Q OQP. imes, 8'çtage^t ^mx h pÇ9t^ de la colline et soi^t presque noyées dans la y^rdi^Te d^ arbres, I^a heaut^ de par^s «tes ^^t, 4a^î^ VM^hC^W^^ un indice d'insalubrité, surtqut q^an4 ^ h hw^ dç for^tl licmriantes s'étendent dea terres in^P^écageuses prppi^'f^ ^

la cultnre du ri^, L^s fièvres paludépnn^^ y sont pres^qn^

toujours à Tétat endémique, l^o^ coip^patriçite?, l^i^éa dans la saison sèçbe, n>n resmmtirent pas d'abord les Qfets ; reçus avec de grands t^onnpurs par le Sprc^, chef tributaire de la province, çt le Secaguy^ gouverneur d^l ÉUts df^ \%^^ et du Sud-!EiSt, \\^ séjournèrent là pen49(nt près de deux mois. Lorsqu'ils se disposèrent i partir, le S6 mai 1S74, on était a la veiUfi de la saison des grandep pluies.

A cette dernière date, les capitaines Fau et ^oreau étaient en bonne santé. IjQ premier avait adressé à sa h-^ niille des nouvelles qui ont été communiquées il y a peu de jours à notre Société de Géographie. Il louait beaucoup Taménité des fonctionnaires birmans, décrivait l^s dispo-^ sitions prises par le Secaguy pour assurer le bien-être de l'expédition et lui ménager un brills^nt accueil auprès dp tous les Soroas.

Le 7 juillet, le P. Lecomte, missionnaire apostqliquft français et curé de Mandalaï, reçut du capitaine Moreau une lettre qui lui inspira de sérieuses inquiétudes. A la fin de mai, plusieurs personnes de Tescorte avaient été atteintes de fièvres paludéennes, et quelques-unes s'étaient rétablies : mais au moment du départ le neveu du SoroçLy jeune garçon de dix-huit ans, fut plus grièvement attaqué et mourut rapidement. Sa mort fut suivie de celles du euisinier, qui succomba en six jours, et du plus jeune é^

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fils du Soy^ouy malade depuis la fin de mai, mais dont la Tigoureuse constitution luttait contre le mal. Au mois de juillet, l'expédition, à l'exception de quelques hommes et du capitaine Moreau, était plus ou moins grièvement atteinte. Le capitaine Fau s'était couché depuis cinq ou six jours; les symptômes décrits par son collègue paraissaient diagnostiquer la terrible maladie appelée par les indigènes fièvres des bois. Le capitaine Moreau hésita malheureusement à donner chaque jour et à haute dose de la quinine, craignant d'augmenter Tétat de stupeur du malade et son embarras gastrique.

Le 12 juillet, le P. L«comte reçut une nouvelle lettre du capitaine Moreau. M. Fau avait eu une sorte de répit dans la journée du 9. On préparait un brancard pour le transporter hors de Monaï. L'expédition espérait pouvoir atteindre rapidement les régions hautes qui avoisinejit Kiang-Hong, grâce au nombreux personnel de porteurs dont elle disposait : mais le lendemain le mal empira. La fièvre atteignit son paroxysme ; les pulsations étaient de cent cinquante à la minute. Le 1 1 à midi le capitaine Fau rendit le dernier soupir. Les indigènes^ sur les ordres du gouverneur, construisirent en quelques heures, avec des bambous et du bois de teck, une sorte de maison mortuaire où le corps a été déposé, en attendant qu'on puisse le faire transporter à Mandalaï et de là en France, où le capitaine Moreau doit le rendre à sa famille.

La maladie redoutable qu'on nomme ici fièvres des boh<i^ et ailleurs fièvres paludéennes^ n'est autre chose que le typhus. Elle ne devait pas arrêter là ses terribles atteintes ; après avoir abattu M. Fau, elle allait frapper M. Moreau. Celui-ci se préparait à ramener à Mandala!, et de là en France, les restes de son ami, lorsqu'il en ressentit les premiers symptômes. Ils se manifestèrent le soir même du jour où il avait quitté Monaï. Il resta quinze

jours couché à la seconde station où il avait été transporté en chaise à porteurs. Un autre effort l'amena à une troisième station, MaïnpAn; cette fois il ne devait plus se relever.

L'évêque français du vicariat apostolique de Manddal quitta la capitale à pied pour lui prêter assistance ; malheureusement, il ne put arriver à temps, arrêté qu'il fut par la mort d'un missionnaire français, le P. GulUemard, établi depuis deux ans dans le pays. Les envoyés birmans de Maînpôn disaient qu'à la fin de juillet le capitaine Moreau cherchait à soutenir ses forces défaillantes en prenant quelques aliments de digestion facile, comme du bouillon et des oeufs, mais rarement son estomac pouvait les supporter. La privation de nourriture, jointe à la décomposition du sang qui accompagne les affections typhoïques, le conduisirent rapidement à la mort.

Le roi de Birmanie s'est montré très-affecté de la triste fin des deux jeunes officiers français, qu'il avait voulu traiter comme ses propres enfants. H a donné l'ordre de les ensevelir avec des honneurs exceptionnels, et d'élever un monument sur leur tombe.

291. MossMAN (Sam.). New Japan, ihe Land of the Rising Sun; its annals and progress during the past twenty years^ recording the remarkable progress of the ^apanese in western civilization. Lond,, 1874, in-8. 15 sh. (Murray).

292, D' Martin. Note pour servir aux instructions sur le Japon. Bulletin de la Société d'anthropologie de Paris, vin, 1873, p. 531-

A la laite de cette note, on lit la communication suivante de M. Topinard, qui est d'on sérienx intérêt ethnologiqne :

< D'après une correspondance du médecin attaché à rexpédition américaine du Japon, adressée à notre collègue M. A.Pinart,il ezisteriHdans

iôQ ASIE, (n- 291-303.)

eelle où est la c«pi(«le^ une peuplade ayant tons les truts des Alqos et parlant la laaeaealiio. Geieiait eaeore im asgoment p«|sta&l en faveur 4^ ropi^io^ qai (aif df^ ^PQ»|4)^ ae^^l^ c^9 «nvi^^WOniy^V ^ Aines les habitants primitifé du Japon. On ne saurait trop reeommandor aux voyageurs de rechercher les peuplades ou tribus de ce fonn^ 9I d'en faire l'étude a^tl^ropologlqi^. »

293. liAWRENÇE (C. W.]. Jo^mey frpm KiQtotp Tedo^ ^ *^® N^seudàrodid. Journal of thti Roy. Giogr, soe,, vol. XLIII, p. 54« d&. Map.

%9^. Mahin, miisionnaire. Ba Hakodaté à VtoduuDia (Japon). Im Miifions CQihol\qy^, 27 (évrie^ l^^l^ lit {\*' si|iYt

Traversée d'qn Misftiqni^^ (jlipis toute la Ifi^m^V 4^ 1« fFMHh Uf Nîpon, du nord au sud. C'est la première fois, au moins deiwii le temps des premiers Poiitiigais, qu'un Sufepéea 1 ps Mcmmilir «A PMiil voyage. Quoique la pelatioi) de }A. I^a^n i^'a^it i^uççi^q prét9<|t|9p %u caractère scientifique dans l'acception propre du mot, et que peut-ètrû fn n'y trouve pas tout q^ q^'i^^* paneillq r«q|f ||eiA|))t|it faifiQ f» piifr d'observations et de faits no a veaux, elle est bien Iqin de manquer d'in^ térèt. Nous en donnerons ci-après quelques extraits.

295. BousQUBT (G.), chargé d'uae mission piès du gouvem«mept d* Yédo. Un vpyage dai^s Vint^rieur du ^apo^ (^73). fp^g^ ^ Dem-Moruies^ 15 janvier ]^1\ p, 278-306.

— Du mômo : li'hiver w ^apQ^ Z?>td,, \k ftYîUj Ç». WÇ-?Q?k

Nops transcrivons ]|i conclusion de ce dernier frappent : « L'impression que je rapporte de ce petit tour de iSO lieues estfouaiblemeut la iQém^ que celle que ^l'ont laissée ipqf pr^o^eyts voytgM* Ce peuple a une civilisation à lui, fort loin de la nôtre assurément, fort inférieure, si l'on veut, mais en tout cas très-complète et très-logique. Il est heureux. Notre contact, nos mœurs, nos engins industriels, exdtant chez lui des besoins et des désirs dont il est préservé par son ignorance, loi apporteront-ils quelque élément de bonheur de plus? Grande question que l'avenir seul peut résoudre ! Le vœu fiincère et désintéressé de tous les vrais amis du Japon, de ceux qui n*ont ni éto£fes, ni machines à lui vendre, c*est de le voir, sans se soumettre à Timitation servile de la civilisation occidentale, et prenant pour base les faits indigènes, améliorer sans transformer, faire des routes, des canaux, des ponts, perfectionner son agriculture, compléter sa législation, mais conserver avant tout son autonomie et son indépendance 4'aetiMi,

c J'ai pu étudier la femme dans la iamille japonaise. Eli^ est beaucoup moins abaissée que dans les villes. Sen travaux 9ont pe9X d'une villageoise en Europe. Son conseil est pris en toute cho^, JSlle ne partage point avec une autre femme le toit conjugal ; elle é^e les enfants, est traitée comme une fille atnée, avec autorité et douoeur. Bn somme, sous un certain vernis de politesse, que de natioiif ne loi donnent pas une place plus élevée dans la hiérarchie sociale ! >

296. Les îles 3aghalien, Téso et Formose, Trad, de Tangl. par le lieut.-gén. Baudens. Revue marit. et colon,, oct. 1874^ p. 56-97.

297. Watsqn (H. G.). No(es of a journey in the isUnd of Yezo in

H. Watton, alntl <;d< l'indiqDe )• titra ils u communlcalbn, Tait «dItrs ■« Noln aar Yèio d'un «percn dei cDarMS qui depDÏs qaslqaa temps ODt pu Un faiui dani llntcrlsar, et des uotloni nouvslles qu'ellM ont procQtécg uic Isjapaib

298. Transaotiom of th0 iuùaUc societ; dt ia^- Toftohama, Ja^w Uail office, in-S, xti-149 pages.

Voisi In tUcei dannanwii» cootiDai danses volam«: IL A. VMtMh AbMnd of Hiiurla Impeiii JtponiDi ijwimilii» lerfpla ■b E, E.aEiDp[er, p. W'I. — L. Odtc/iurDiei, capt, V' chMMDM d'ACt^ qae, fruich mililarj idIbsIdii o( lipiin. ningrary of a joaros]; from Tsdo la KmMBii, «Uh nol» npon the vidi-n iif Kvutia, p.U'M.--Th. B' H. Mae Clalehit. The Sirord ot l'jpjn . Ils biitgrj lod Ulditiniu, p, 5S-S3. — H. Brunlon, Conilruclive nrt in Japan, p. bk-M. — Capl, BrUgford, I ioatMjînYria, IB71. p. a;-lll. — E. Valois, Tkt ilÙlH Kupplsi or ISB, p. H1-1S9. — W. B- Grif^i, Th* garnies lod spocts o( iapaneMchiiilren, p lio-isl. — A. R. Bro'on, Winà» and currentilln th* liaiBîtr al Oa Ji^unaa lilands, p. isa-lll. — ' G. V. £Diora>M> Ko^ïof ajourney in Bitachl and Shtaosa, p. t14-i!l. — Capl. Bilk- 7i.:i>. PII rJiBpsta Boiinding, p. KI.tST, - capt. BioWilon, »Journ«y ta N. K Japan, p. igs-i'a. — 'W.G. Ailon.ais lapanese an «(Snitï wHk aryan languages 7 p. 313-33I. — D' Satialitr, on th« tncreue af tha Bon of JBpu), p. I3T-I43. — I- C. ApAiirn, Uetwnjlogical Tablas,

P- aU44s. — procesduiK*, t-tu-^i».

IM, Note* reoueillies par U corvette le Cosmao, commudan) L«- FfcTBG, aur les ports de Simoda, Tago, Eno-Ura, Simidiu et Ufttoya, Japon. Annales hydrogr., 1814, 4- Itim., p. 694-713.

□ Japan.

301. Carte des îles et des mers du Japon, corrigée en juin 1ST3 (n'ïlSO).

302. Carte du ditroît de SJmonoaéki. Entrée oecidentala de Seto- Uchi (mer intériaura). Carie corrigée en 1873. Dépfll de la Marine (b- 2903}.

— Séto-Uchi, OQ Har lutdriaure du Japon. Corrigée en 1814. Ibii. (n-27T3).

303. Caria des lies Lou-tabou et lies eavtronnanlw. farit, 1|74 (n* 3164).

252 ASIE. (n^ 291-303.)

Un voyage à tnten le nord du Japon.

(Fragments.)

Le journal hebdomadaire les Missions catholiqiies (cidessus, n^ 294] fait précéder les extraits qu'û donne de cette relation de la note suivante :

« Au commencement de Tété de 1872, M. Marin, delà Société des Missions Étrangères de Paris, fit, en compagnie de M. Edouard de Bavier, consul général de Danemark au Japon, et de M. Ernest de Bavier, un voyage de Hakodaté à Tocohama, en traversant toute la partie septentrionale de l'île de Nipon. Le missionnaire français eut soin de consigner chaque jour ses impressions et ses remarques sur les contrées curieuses et presque inconnues qu'il visitait.

(c Nous nous proposons de donner de longs extraits de ce journal de voyage, qui nous a été * communiqué par M. Rousseille, procureur de la Société des Missions Ëtran« gères à Rome.

V Nous avons fait graver un grand nombre de photographies, prises sur les lieux mêmes par les voyageurs, et que nous devons également à l'obligeance de M. Rousseille. »

Le journal de M. Marin nous place en effet sur un terrain inexploré : aussi nous sommes-nous proposé de tirer des lettres du missionnaire les passages particulièrement propres à donner d'utiles notions sur des parties de la grande île japonaise jusqu'à présent fermées aux Européens.

Pendant la traversée du détroit de Sankar, avant de doubler le cap Séria, pointé N. E. de l'Ile de Nipon, le voyageur aperçoit les côtes de la province de Mito. Ce pays, accidenté de collines peu élevées, est resté célèbre pour avoir fourni la dernière branche des trois grandes familles qui pendant plus

de trois siècles ont successivement occupé^ le trône comme tilcouns. Les habitants ont conservé toute leur sympathie au dernier djôgoun, et ont juré une haine mortelle aux innovatiens récentes quUls imputent aux l>arl>ares d^Oocident.

Le New-York (bâtiment sur lequel étaient embarqués les voyageurs], en se dirigeant vers le cap Séria, côtoyait le Nambou. c C'est une province immense, la plus grande et la moins peuplée du Japon, la plus pauvre comme culture, mais d'une richesse minérale inépuisable. Près de nous, des montagnes s^élevaient graduellement et semblaient s'appuyer sur les flancs d'un pic neigeux qui les domine. »

La première localité que signale le voyageur à son entrée dans le nord de l'Ile de Nipon est le village de Oyou. « Oyou est on lieu que je passerais sous silence, si deux sources d'eau minérales sulfureuses, à la température de 85° centigrades, ne lui donnaient une importance particulière. Ce sont les premières que nous rencontrons, mais le Japon en est rempli ; c'est peut-être le pays du monde le plus favorisé sous ce rapport. Lbs indigènes, avec leur coutume de bains fréquents, savent utiliser ces eaux partout où elles jaillissent. Dans le village dont je parle, elles sont amenées par des conduits souterrains dans les réservoirs et les maisons ; puis là, convenablement mélangées avec l'eau glacée du ruisseau, elles sont abaissées à la température voulue.

Un peu plus loin le voyageur arrive à Hana^ ville de la partie nord de Nipon, dans la région centrale du pays. Ce nom, comme beaucoup d'autres de ce journal important, apparaît pour la première fois dans une relation européenne. La ville se recommande par le voisinage de mines importantes. (( Hana, dont la population doit atteindre de six à sept mille âmes, est située à trois lieues au sud de Kemmanaï. C'est une ville longue, avec quelques rues latérales, des maisons peu élégantes et des couloirs pour communications en hiver. Les coteaux boisés qui la dominent lui donnent un aspect charmant. On voit, à l'ouest, les monts qui fournissent ces beaux cuivres connus sous le nom de cuivres du Nambou. Dans les bois se trouvent les nombreuses mines d'où l'on extrait l'or pur en quantité, des alliages d'or et de cuivre, de cuivre et de plomb. Ce dernier métal est négligé. Le minerai d'or est réduit en sable fin; ce sable est lavé, et les paillettes recueillies et fondues.

a Je demandai aux offîciers quelques renseignements sur les richesses minérales du Japon. Une vingtaine de mines sont

ilk ASIB. (n<» 291-303.)

taploitées dans tont Tempire, mais le notnbre en sénat bien plus considérable ; si les Japonais étaient plus industrieux et pouvaient les exploiter eux-mêmes au moyen de la vapeur. Celles qui soht actuellement exploitées déoupleratent aussi leurs produits, si Pon faisait usage de madhines plus parfaites. Avant l'arrivée des Européens, Tancien' mode d'^loitation avait fourni tfne quantité d'or, d'argent et de cuivre, plus que suffisante, mais, les dépenses ayant augmenté étonnanonent depuis, la monnaie en circulation devient de plus en plus rare. Tout le'nord du Japon doit renfermer des minéraux en grande quantité ; la couleur des ettUx, les efléts désastreux que souvent elles piroduisent, indiquent qu'elles sont chargées d'oxyde métallique. Si jamais ce royauïne tombait entre leto mains d'une puissance étrangère, je crois que l'on «erait étonné des richesses incalculables que {renferment les eontiMi les plus sauvages du Japon, i

c Ces bons indigènes, naïfs et affables, aiment beaucoup à lier conversation avec des étrangers. Leur langage, au premier abord, parait incompréhensible aux habitants des ports; plus d'une fois même je vis les officiers de l'escorte déconcertés. La difficulté vient en grande partie de la prononciation, car les mots restent les mêmes. L'e muet français rem{dace une foule de sons : ainsi you, d/ï, tehi, cfii, deviennent un même mot dze. Ils disent tnidze pour mite^i (chemin); dt/^roclM pour yorochii (c'est bon, bien) ; adze^ pour aohi (pied) ; cbe, sêdse, nedzBj pour djou^ chitchi^ nitchi (dix-sept jours), et ainsi du reste. L'affirmation respectueuse hé ! est remplacée, suivant le pays, par no, nai ou né. »

« Avant de vous conduire au chiro de l'ex-prince d'Akita, je dois faire l'histoire sommaire des grands changements politiques opérés dans l'empire depuis moins de deux ans.

Chaque capitale de province est dotée d'un chiro, c'est-àdire d'une citadelle ou château fort, qui varie en grandeur et en beauté suivant ht fortune du daïmiô. Ces forteresses subsistent encore, mais elles sont demeurées désertes depuis la révolution récente qui a mis fin au régime féodal sons lequel vivait le Japon depuis des siècles. Les princes, au nombre de trois à quatre cents, formaient diverses classes, suivant leur revenu et le nombre de keraïs qu'ils entretenaient.

JA)>o*i. 25%

On m comptait seiie du premier ordre, dont le plus riche dtait celui de Kapt. Ses revenus arrivaient à lasomme de quarante millions de riyô.s, autremenL dit enTiran SliO mîIKonsde francs. Les plus petits seigneurs av^ent de quarante mille à cinquante mille riyôs de revenu.

Au temps des Tal'couns, ces feudalaires de l'empire pouraïent dËpenser leurs renies comme bon leur semblait. Forcés de séjourner sis mois de l'année à \'édo, où ils étaient surveillés de près, ils n'avaient guère les moyens d'ourdir quelque trame contre leur puissant maître. Quand les étrangers eurent liécidément pris pied au Japon, le dj6g«u*, ou Taîcoun, quitta Védo et fixa sa résidence à Osaka. Il voulait conserver, aus yeui de SCS sujets, son ancien prestige, qui aurait inévitidilement disparu au contact des barbares d'Occident. Pour chasser les intrus qui remienl dicter la loi au Japon, il voulut préparer dés troupes : tous les princes reçurent l'ordre de rentrer dans leurs domaines respectifs, d'y former des armées et de fortifier les côtes. Mal lui en prit: des tenlalives, faites dans le but d'expulser les Européen*, furent promplement déjouée* par l'af.tioli combinée des flolles européennes. C'est alors qde les turbulents daïmios du sud, ix la tête desquels se mirent Sâtsonœa, Nagato et Tôia, entreprirent de secouer le joug importun qui pesait sur eux, voul.iot, de cette façon, essayer les forces qu'ils avaient rasaembii'tjs cortlrô les ètrangera. On eonnaft la suite. Battu, diStrùné, déclaré félon et traître, le TaïCOun dut se retirer, et le Mikado reprit les pouvoirs que lui avaient enlevés trois siècles d'usurpatiob. C'était en 1868. Depuis cette époque, le Japon a marctré à pas de géant dans ce qu'on appelle la voie du progri?s. Des sommes fiibuleuses ont été dépensées et le sont tous les joars pour ia formation de troupes, tes aeliats de batenni & vapeur, la construoliob des chemins de fer, tes téti^graphes, les collèges des deux sexes, etc. Le pays n'est plus le même ; il est métamorphosé en quelque chose qui n'est ni la civilisatitfn ni la barbarie. La ger.t officielle, l'armée, h marine, se sont affublées de l'uniforme frani^ais, ou anglais, aveu boutons d'or, galons et guêtres. Le Mikado lûimfimesemonb'e pat^oia en tcnne dégénérai ou d'amiral, tout chamarré de dorures. Et cependant, combien ils étaient [/tas élégants souS leurs vieux costumes nationaux ! Jusfu'en cesUeruieis temps, Sa Majesté 1« Fils des dieux avait résidé dans la cité sainte de Miyaco ou Kiydto, son antique capitale. Depuis trois ans, il l'a abandonnée pour fixer le siège

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de son gouvernement à Yédo, qui portera désormais le nom de Tôkiô, c'est-à-dire capitale de TEst. On dirait qu'en changeant sa résidence le Mikado a pris à tâche d'aller contre les préjugés de la nation. Déchirant les voiles qui le rendaient invisible aux yeux des profanes, il paraît en public. Si donc} ce qui n'est guère probable, les Japonais ont pu croire à la généalogie divine du Mikado, ils ont depuis peu perdu la foi, et malheureusement le respect. Jadis ils se prosternaient devant sa chaise : maintenant ils ne daignent même pas se découvrir devant sa personne sacrée.

Au commencement de 1871, Sa Majesté Impériale mandait à Yédo les princes de Tempire, petits et grands. A de rares exceptions, ils se firent tous un devoir de se rendre à l'appel de leur souverain. Lorsqu'ils furent en sa présence, le Mikado leur déclara solennellement que désormais, avec l'assistance de son conseil d'État, il gouvernerait lui-même le Japon ; que quant à eux, ils n'étaient plus rien dans l'empire. Leurs domaines, leurs principautés, leurs maisons, devenaient propriété du gouvernement. En échange, ils recevraient une pension annuelle, c'est-à-dire un peu de riz. Chacun slnclina devant la volonté du maître et se retira simple citoyen. La féodalité était abolie. Ainsi s'accomplit, en quelques minutes, sans troubles ni protestations, une des plus grandes révolutions politiques dont l'histoire fasse mention.

Le Mikado fut-il, dans cette circonstance, un acteur libre et intelligent, ou bien un instrument docile entre les mains de quelques ambitieux? Cette dernière hypothèse seule est admissible. Satsouma, Tôza et Nagato, y étaient sans doute pour quelque chose; ils gagnaient en influence ce qu'ils semblaient perdre en richesses. Ne sont-ils pas, aujourd'hui môme, les premiers moteurs du rouage gouvernemental?

Les trois cents et quelques daïmios dépossédés ont reçu une si faible indemnité, que c'est à peine s'ils peuvent vivre. On les voit se promener dans la ville de Yédo sous un accoutrement des plus grotesques ; le chapeau et les souliers européens font un contraste risible avec leurs habits japonais. D'autres, en pelit nombre, dont on pourrait craindre les menées ambitieuses, ont reçu le conseil paternel d'aller faire le tour du inonde avec leurs fenmies et leurs enfants. Le gouvernement a bien voulu se charger des frais. ^

Le quartier olficiel, avec ses belles rues, ses maisons dans les ubres et ses haies en fleurs, (ait d''Akita la plus belle ville que nous devions rencoolrer sur notre route. Aliita n'a pas de rade. Un vaste golfe appelé Dîedztsaki no Minato ne saurait être eonsidéri comme un port, car si quelque navire svait l'imprudence de s'y abriter par un gros temps, il serait mis en pièces par la vague furieuse. A huit lieues au nordouest da la ville, il y a une baie encaissée entre les montagnes et parfaitement abritée. C'estelle sans doute que les Européens ont nommée port d'Akita, tandis que son vrai nom est Founagawa.

Dana le quartier ofQciel d'Akita, 5000 maisons sont habitées par les anciens kérals du prince d'Akita et leurs familes. La ville marchande renferme 2800 maisons et 14 500 âmes. Le commerce y est actif; on exporte à Yédo des étoffes fabriquées avec (es soies de la province. Les riz sont transportés par des jonques dans les contrées du nord, principalement à Hakodaté, En fait d'importations, on trouve des étoiles et quelques autres produits européens.

I A. cinq heures du matin, je fus réveillé en sursaut par des clairons jouant une marche française. D'abord je crus rêver, mais le doute n'était pas possible; c'élait bien le clairon français. Six cents hommes habillés comme notre infanterie de ligne marchaient l'arme au bras, en très-bon ordre. Si les figures n'eussent accusé des Japonais, on se serait cru dans une ville de France. Ce bataillon faisait la conduite à un prince ou gouverneur, qui se rendait h Awomori. On s'imagine aisément que l'apparition inopinée de trois Européens dut mettre un peu de désordre dans les rangs : les uns nous regardaient tout ahuris; d'autres, revenus de leur surprise, nous saluaient ta souriant, si bien que le pas fut rompu, malgré les clairons. D

La ville de Sendaï, oii le voyageur se trouvait en ce moment, □'a rien de remarquable. Les boutiques montrent à leur étalage beaucoup d'articles d'Europe. On y trouve de la bière, de l'eau-de-vie, du vin, du Champagne, du haut-médoc, du lait condensé, etc.

« Nous n'étionsalors, ajoute- t-il, qu'à centet quelques lieues du Yédo; nous vouâmes donner de nos nouvelles aux amis

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que nous avions quittés déK!»ul^ lii ttii &iMi{. Uti mpt^ fut dépôché; lî franclîîi là distancée eh cinq joiît^. i

A ,ce proposy le voyageur riotfâ dohfié d^ifytéfëîRiàcAd détclMs sur la récente organisation (te la poste ati Jat)6n.-

« Jusqu'à ces derniers tênti^s, la poste japbMfèe féflcii<^liflftit très-irrégùlièrement. Auâsi, le's Européens ^i âVàiiàilt- déft' lettres importantes à expédîét, fiar téffre, dané le* pôrt^ éloignés, n'osaient rien lui èbnfîéf et i^éfcôiiraient géilértfieDMrtit à des hommes spéciaux qui è'eùgàgeàiëttt à féâ réUrétir» efttmêmes, dans un délai fixé, aux de^inâtâti^i^. Ces eeofrîeFs étaient sûrs et rapides, mais très-coûteux; il nïMf^ttâit doAc à l'organisation de. la poste iridîgêfné quelques iféfôi*toes qui Rendissent ia correspondance facile et promjyté, toât m là IttisBant àr la portée de tous. Ces Réformes ottt été a6co<iipIieî^,- el depois quelques mois le service postal se itM dân^to^rto rdtd&due de Tempire de la façon la plus satisfaisante. Ldd ^oPtoUfs de dépêches sont continueKemeùt au pàsf decaui^Siei Hii(€r petite clochette qu'ils agitent avertit lé té\éM âuivatft àe \Àfk\t lès hommes prêts. Il n'y a pas Une setdtid^ d*itrêt, éài' te Courrier qui arrive jette, sans ralentir sa marche, son léger fardeau sur l'épaule de celui qui lui succède, et qui lui-même est déjà au pas de course. »

a Une marche forcée noiià fit faire, eu Ittniii beuférd^ 0td«iine, les quatre ou cinq lieues qui séparent Séildait de Cftiâ^Oma^ fittite ville de 1300 âmes^ située à l'entrée de Itt bslié dé MfltMchima, entre deux collines boisées en grande j^artie de Ciédfdé. Un escalier de deux ceiit trente marches coiiditit ^jïè la hauteur) où, dans une soinbrè forêt dé âéghis, s'élète un myia eu pagode chintoïse.

« De Chiôgama on peut aller à Matsééhimâ par tetré 9u par naer. Dans les deux cas, c'est une àffàif e dé trois hedfeé^. La baie, d'abord étroite, va s'élargissànt peu à peu ; les bords sont ((e charmants coteaux, bien verts, semés çàet làdepinset de séghis. On entre bientôt dansles îles, dodtle Nombre etla eonfis^uration variée font de Matsechima une baie unique au monde. Ces Iles (on en compte 808), couvertes de petitâ pins et d'arbustes, sont, le plus souvent, réunies par des ponts rustïqttes. On comprend aisément l'admiration des Japonais po\it cette baie pittoresque, quand on sait combien ils se plaiseflt à metho on miniature dans leurs jat*dins des flots, des rdoher6, diès

Ji )N. 259

icbres verls; 1 il ) grand C6 que les

ndi^ènes w âgmtnl de plu:

(LeTillageilv i^atsenhima < situe au fond d'un desiaiiodiirables pâliU goll'e^ de k côw. Ce n'est qu'un bourg comptant jrente maisons à peine. Depuis la destitution du prince , cet mdfoit a beaucoup perdu de son importance.

Le bruit court dans le mon commercial qu'à la prochaine révision des traités, ai tout le Japon n'est pas ebtiëre-

uflDt rendu accessible aux i rs, le port de Matsechima

wra ouTert au Iraûc. Je ne suis trop, dans celte dernière hy jMilhèse, ce que le commerce pourrait gagner; le port est à lellï lieues de terre, et la l'ive est inabordable de ce côté, à inMée basse. En outre, le syul centre de commerce, Eendai", Mt il deux lieues de Ik. Oi>e le pay« tout entier s'ouvre, je le Mmpreiids et la déttire; ma , si le port Ue Matsecbima est considéré comme, un pumt t'avurable, je crois que les spéculateurs se trompent. >

M. Cdro, dans uii article sur le Voyage autour du Monde de M. Hûbner (voir le volume précédent de '^Année, p. 328), fait à ce sujet les remarques suivantes ;

" Bien des choses restent et resteront longtemps peut- 3tre inconnues dans ce pays (le Japon); le pays lui-même l'est encore, et de tous les mystères c'est jusqu'ici le plus impénétrable. Les légations des grandes puissances peuvent bien soulever un peu le voile qui le recouvre ; mais leurs moyens d'informations sont limités. A l'exception de U légation d'Angleterre qui est à Yédo, elles sont toutes it4biies à Yokohama. Les traités n'ontpas ouvert le Japon, ib ont seulement assuré aux Européens la liberté de résider et de faire le commerce dans les cinq ports dits iet treUtés, Yokohama, Hiogo, Nagasaki, Niigata, Hako- Itté, et dans deux grandes villes, Yédo et Osaka. Le este, c'est-à-dire tout le territoire de l'empire, sauf ces ept points, est hermétiquement fermé. Autour de chaque reàly porlj il y a quelques milles carrés rendus accessi-

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blés aux étrangers. Des poteaux avec cette inscription en japonais et en anglais, « Frontière des traités » , en marquent les limites. Au delà commence le terrain défendu. Seuls^ les chefs des légations et les consuls généraux sont, en vertu des conventions, autorisés à voyager dans l'intérieur. La défense faite aux étrangers d'y pénétrer est strictement maintenue. Toutefois (et c'est l'autorisation que M. Hûbner ne manqua pas d'obtenir), sur la demande des légations, on accorde la permission de visiter les eaux chaudes d'Âtami, et de faire Tascension de Fujiyama. M. Hùbner prévoyait que lorsqu'on procéderait à la révision des traités, la clôture du Japon formerait une des questions importantes des négociations. Il ne se trompait pas. Depuis quelques mois la révision des traités est commencée, et nous savons déjà que cette question est une des plus litigieuses. C'est le point où le ministre principal, un des plus intelligents et des mieux initiés à notre civilisation, Iwakura, se montre, jusqu'ici, intraitable. Le Japon ouvert, il semble que ce soit la fin d'un monde, et les pouvoirs officiels ne céderont qu'à la dernière extrémité. »

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