DEVELOPPEMENTS
Rapport du lieutenant Payer sur l'expédition du vapeur autrichien le Tegetthof dans la mer du Spitzberg.
Le sort de MM. Payer et Weyprecht, les deux officiers li avaient la conduite de Texpédition autrichienne dans JcéanArctique, a longtemps inspiré de vives inquiétudes. )mmencé au mois de juin 1872, le voyage ne s'est teriné qu'au mois d'octobre 1874, après avoir traversé une ite de péripéties dont l'imagination s'effraye. L'expédition était partie de la mer d^AUemagne dans but de gagner le détroit de Behring à travers toute la Qgueur de la mer de Sibérie, et elle n'a pas dépassé le éridien austral de la Nouvelle-Zemble ; elle se propoitde rester dans la zone moyenne du soixante-quinzième
386 HÉGlON ARCTIQUE. (n~ 470-504.)
parallèle sans se lancer vers les latitudes extrêmes, et elle est arrivée au point le plus septentrional qui ait été atteinte jusqu^à présent dans les navigations boréales ; elle eher— chait seulement un passage et ne voulait qu'étudier rocéai3- Glacial au-dessus de l'Asie, et elle a découvert sans 1 chercher un des groupes d'îles les plus considérables (Jû renferment les mers arctiques. Tdle est l'iocertitude d la navigation dans ces redoutables parages, où la foffee, L volonté, l'énergie de l'homme, sont écrasées sous U terrL — ble pression de cette nature du NordI
L'expédition se composait d'un seul navire, le TegeUha^^i vapeur à hélice de deux cent-vingt* tonneaux, avec Tfaigt-quatre hommes d'équipage. Les terres qu'elle a en quelque sorte involontairement découvertes, mais dont elS>< a reconnu les contours sur une grande étendtté, BOK=B-t à cinq degrés (cent lieues marines) directement au mmrJi de la Nouvelle-Zemble, et à vingt-cinq degrés environ (quatre-vingts lieues marines*) vers le nofd-èrt âLw Spitzberg. Le point le plus septentrional qu'ait atteixit le navire est 79° 51' de latitude (par 56H0' est de Pari»), et il y a passé deux pénibles hivernages, incrusté «tii milieu d'une mer gelée à quarante pieds de profondeiiT, sous une température de quarante huit degrés centigrades au-dessous de zéro : mais de ce point d'arrêt forcé; MM. Payer et Weyprecht, avec les savants attachés i l'expédition, ont fait en traîneau, Dieu sait au prix de qucb périls et de quelles fatigues ! des courses qui les ont cou** duits jusqu'au 82^^ 5' de latitude. Ce point extrême a été nommé cap Fligely. C'est à peu de chose près la mèoie distance du pôle que celle où est arrivé le capitaine Hallt également en traîneau, dans l'expédition américaine du Pol<iris en 1871. Des hauteurs du cap Figcly on a p^^i
1. Sous ce parallèle du 80* degré de latitude, le degré de longiitét n'esi plus guère que la sixième partie du degré équatorial.
EsrÊDITlON PAIER Et WEYPhECHT. 35T
diatinfruep encore d'auEffis terfes au niilîeu deS glaceS, a une IrentainB de lieues marines par estime plus haUt dauH le nord.
Je te croiif pas qu'aucano relation sCTlia des explorations polnires piii'îRp donner plus cpie celle-ci fine idée saisissante et complÈle des dangers et deâ souffrances dd C6fl redoutables navigations; dans aucune non plus on dc TOÎt BB déployer à un plus haut degré la ri'flolation} le Saîig-froid, la coiistance, la vigueur' fdij^que et tDOftie nécessaire à l'homme que le seul amour de la scieûcc pousse à de telles entreprises.
En attendant l'apparition d'une relalion complètfl, le lieutenant Payer a rédiffê nn rapport qui permet de stiiVrt reuti-eprise dans ses différentes phases. NouB inséronâ Ici la traduction de ce document'.
1« but proprement dit de l'expédition auslro-hongroiâd au pAle Nord >.lail, lomme on sait, de déiouinr le passage du nord-est, et nullement de clierdier des terres au Uord-est du SpitzberR et de la tene dc GiUis, bien que les réaulfala de l'expédition préalable eussent fdit supposer i mainU égards l'ejustenre de lenea inconnues d tns ces parages Mais l'expé-
li te lietïtehaiit JolHls Payer est né à TtBpliU (Bohérta), Mi 1842, Mt (ftre, cHef d'esetdroa de «trtiefle, a mcMinbé daes la caispagne * IMH, m luiie. Ptjat sntn alord à l'Aoïdémis mlliUire de Neuttadl, à YioDoe, où il montra. beauai>up de goût et de dispositions pour l'itude des sciences géographiques. 11 prit part i la bataille de SoiTérino. Attachi à ricslilut géographique, il s'occupa dil relevé des iipes tyroliennes, suisses et italiennes, où il rendit d'importants ièrvicés. En IS6d, il prit part à la deuiième eipËditinn au pale Mon) et la GertltOnia. Se! IfiïaUi CartograpbiquËJ onl *t*, i tetlt époque, fort appréciés.
H. Karl Wefprecht «st itn ëlïfe àé VÂtUûSme H mariM da Fiutnc. 9tl dispositions Fiaturelies fitrènl recenrtues par l'amiral Tegetthof. qui l'attacha i son Alat-mijor lors du voflge de la Hoxara au Hesiqu* fOur rapporlT )es restes de l'infortuné Haximilien. Depuis ce temps, la nom de Wayprccht a été sisiialé comme aiant pris paît, en compaçnie de Payer, en 1871, au voyage de l'hhjôrn, dans la mer Ar6tique. Ils pénétrèrent alors jusqu'au! àpprochêa Su Ta' digré dS latitude nord.
328 RÉGION ARCTIQUE. (n**" 470-504.)
dition de 1872 à 1874 a trouvé le pays qu^elle ne cherchait pas et n^a pas découvert le passage qu'elle cherchait. Voilà donc sans scrupule Taveu que notre plan, préconisant le passage du nord-est, reposait sur quelques hypothèses erronées.
La latitude extraordinairement haute de 78® 45' que Pexpédition préalable (1871) avait atteinte dans la mer ouverte entre le Spitzberg et Novaïa Zemlia, et les nouvelles constamment favorables des marins norvégiens fréquentant cette dernière tle sur la navigabilité de la merde Kara, si décriée auparavant, étaient les motifs servant de base au plan de Tentreprise autrichienne. Mais la croyance à une a mer polaire ouverte > nous avait toujours été étrangère. La phase nautique de Texpédition eut déjà son terme sous Tinfluence particulièrement défavorable de Tété de 1872, et cela quelques semaines après avoir franchi la limite des glaces et à une distance immense du but final du voyage projeté. Ce qui est certain, c^est qu'il est aussi impossible aux navires de construction actuelle d'atteindre le passage du Nord- Est ou celui du Nord-Ouest que d'arriver au pôle lui-même. Il y a plus : il est également impossible aux navires, en règle générale, de pénétrer librement dans les profondt3ursdes parages polaires. Ce n'est d'ailleurs là qu'une opinion personnelle. Quant à nous, si des obstacles invincibles nous ont empêchés de réaliser notre plan, un destin propice nous a certainement épargné, après des années de dures fatigues et de privations, le cruel désenchante- .ment de devoir revenir au pays sans avoir obtenu aucun succès.
La description suivante de notre expédition ne peut naturel- }ement donner qu'une idée superficielle de ce que nous avons vu et éprouvé ; et comme cette description ne peut point embrasser l'exposé des données péniblement acquises par MM. Weyprecht, Orel et Brosch, dans le domaine de la météorologie et du magnétisme terrestre, son objet principal sera, abstraction faite de tous les détails secondaires, le récit de la découverte du nouveau pays et des excursions que nous y avons faites jusqu'à la plus haute latitude possible.
L'expédition, approvisionnée pour environ trois ans, avait quitté Bremerhaven le 13 juin 1872, à bord du Tegetthof, vapeur à hélice d'environ 220 tonneaux avec 24 hommes d'équipage, et était arrivée à Tromsoe après vingt et un jours de traversée. A Tromsoe, l'expédition prit à bord le capitaine norv(^gien Carlsen en qualité de harponneur et de guide à travers
les glaces, bie connu à ce titre, familiarisé qu*il est avec les difficultés de la navigation dans les régions arctiques. Ayant complété son armement, \q Tegetthof quittai Tromsoe le 1^ juillet et prit la direction de Novaïa-Zemlia. Quelques jours après nous doublions le cap Nord, et vers la fin de juillet la limite des glaces était en vue, par environ Ik^ 15' lat. N.
De ce moment commencer pour n< des difficul tendues. Enfermés pendant < Iq |< s s f^i (première semaine d^août), i s vini à ( ,
et, nous rapprochant de No aia-. //o" . i 'q;,
fûmes à même de constater, en ri on aes aiu;
constamment basses et de 1 énorme accumulatii que Tété de 1872 formait un contraste' complet avec ci i uo l'année précédente. Nous longeâmes péniblement la < e, et c'est seulement à la hauteur des îles Guillaume que nous rencontrâmes un passage libre. Un peu au sud de ces îles nous avions été rejoints par le y a norvégien Isàjcern, qui avait à son bord le comte Wilczek et le commodore baron de Sterneck. Le yacht avait fait la pénible traversée du Spitzberg afin d'établir, à notre intention, un dépôt de provisions au cap Nassau (Nouvelle-Zemble).
Les deux navires voguèren de conserve jusqu'aux îles basses de Barentz, où des masses de glaces compactes nous barrèrent le passage une semaine durant. .
Le 16 août, le comte Wilczek installa le dépôt à l'intérieur d'une étroite crevasse de rocher, iuacessible aux ours blancs, et le 18 nous célébrâmes tous ensemble la fête nationale ' à bord du Tegetthof,
Le 21 août, quelques changements favorables s'étant produits dans l'état des glaces, nous primes congé de Vlsbjœrn^ et par un temps sombre nous nous lançâmes vers le nord à la poursuite de notre but, distant de 2 000 milles... Mais de quel vain espoir nous nous bercions ! Le même soir nous étions pris dans les glaces et captifs pour deux longues années ! Nos destins semblaient s'être accomplis : au lieu d'explorateurs à la découverte, nous n'étions plus que les passagers d'une banquise !
Le froid excessif de l'automne 1872 aggloméra bientôt en une seule masse compacte les glaçons qui nous entouraient,
1. Le 18 août est, comme on sait, le jour anniversaire de la naissance de S. M. l'empereur François-Joseph.
masse où ni la sdé ni I» mine ne poimiient nous otttflr m passage; CTédf ainsi que pendanrt les mois de septembre fit d^octobre nous fûmes poussés rers le nord-est, au gté de notre banquise. Toute terre avait disparu.
Si cette situation était déjà assez triste en elle^ttlèfilâ, elle devint affreuse à partir du 13 octobre, lorsque les forcée dont nous étions le jouet sortirent tout à coup de leur léthargie et qiie notre navire se vit en butte à Peffroyable prèsdidtt des gkees, qui dura tout ThiVer. Que de fois OU notts apt^lft sur lé pont pour «bus préparer à quitter le ftiVlre, s'il rôhait à sdmbrer, et à notis lander dans Tînéonnù au mtileQ de la fîbit polaire ! Mais le tiaVire,* loin de sombrer, sMIevait ds pttis en plus au-dessus de sa ligne de flottllsôfi, ce qUi né i^èmtiéchait pas, iu son dangereux entourage, d'être l'objet de nos 0ons€antes inquiétudes.
Tous nos préparatifs eh t)révision d'un hîternage avaient été faits d^avancè. Le nàvii^e n'était dépouillé que dSine partie de son gréeînént. Bientôt le pont fut encombré de neige^ tandis que le corps du bâtiment, enserré dan^ un rempart de etace, exigeait des réparations continuelles. Une tenté fofnaeé de voiles fut dressée à Tavant du Tegetthof^ et uiie àiitre II Târrière, un espacé suffisant restant libre pour les travaux toujours nécessaires au milieu d'une alerte de toutes les heures* Ce fut encore un bonheur pour nous de ne pas être affligés de ces terribles bourrasques de neige dont nous avions tant souffert en 1869 et 1870 sur les côtes du Groenland, lors de la seconde expédition allemande au pôle Nord. Les ehiens — nous en avions sept à bord — avaient été installés sur le peni dans de grandes caisses munies de paille.
Un service régulier de quart, ainsi que d'obseryatloos mè» téorologiques, fut organisé, sous la direction de MM* le lieu* tenant de vaisseau Broscli, l'enseigne Orel, le capitaine Carisen, le contre-maître Lusina et le machiniste Krisch. Les hommes de quart étaient relevés toutes les deux heures. L'incertitude de notre situation exigeait la présence constante d'une garde sur le pont, — chargée aussi de nous signaler l'approche des ours blancs, dont soixante-sept furent abattus et mangés dans le cours de l'expédition. Malgré cette source d'alimentation bienvenue, l'état sanitaire laissa cependant à désirer durant ce premier hiver, et donna beaucoup de besogne à notre excellent docteur, le médecin de régiment Kepes. Malgré une sollicitude ne se démentant jamais, il y eut des cas dé dcorbûi
EXPÉDITION PAYER ET WETPRËCHT. âSI
et de broncliite. Le scorbut, dû en pttTtie à la dépression morale résultant de notre Siluation, ne dlapàrtlt qu'au moment oft les clioses s'ann^liorèrent un peu, et surtout lorsque commencÈi'ent, en été, les pénibles travaux des glaces.
Le soleil aTait dispnru le 38 octobre potir cent ileiif jours. Nous TOUS ('■lions construit pr&9 dli natire une hutte en charbon, afin de disposer d'un premier abri, si notre navire devait succomber box assauts pr luotidiens des Rlaces. Mais,
la veille de Noël, un mou» eni des glaces détruisit cet abri éventuel; noua nous esUn s heureux de voir l'actident BB borner là, et do pouvoir, m falns et saufs, passef ttiSSmble ces heures qui, sur quelque point du globe qtie l'oil Se trouve, sont consacn^es au souvenir de la patrie.
Le premier jour de 1873 arriva, mais c'est sans espoir que nous atlenJiona le cours de cette nouvelle année. Nous étions toujours poussés plus aVailt vers lé hord et vers l'est, et nous arioos presque atteint le 78" N,, après avoir franchi le73''longit. Ê- Nous en étions déj/i li supposer que nous irions dériver sur la côte septentrionale de la Sibérie.
H devait cependant en 6tre autrement, car les venta commencÈrenl à nous pousser vers le nord-ouest.
Le 16 ti!vrier, lo soleil reparut pour la première fois 4 l'horizon ; le S3 du même mois la brture de la pression des glaces diminua tout k coup et alla toujours faiblissant, après avoir rormL^ un véritable rempart circulaire de récifs autour de notre uâvire, considOrablement soulevé et incliné à bfibord. Le frnid,qui auLrmentait toujours, n'atteignit son maximum (37° R.)
Îu'à la fin de février. Les aurores boréales, qui noua avaient claires jusque-là avec une incomparable splendeur, diminuèrent peu à peu d'intensité au fur et à mesure que les jours allaient grandissant.
Les premiers jours de Tété de 1873, nous eûmes enfin bon espoir que notre banquise allait se dissoudre et que notre libération était imminente. Nous mimes tout en œuvre pour hâler cet événement, mais les mois de juillet et d'août se passèrent au dur travail du sciage de la glace autour de notre navire. Hélas! tous nos efforts furent vains. La glace avait jusqu'à 40 pieds d'épaisseur, et le milieu du navire gisait immobile et inébranlable sur sa couche de glace. Le niveau de la neige et de la glace ayant baissé de 2 à 3 toises dans le courant de l'été, le Tegetthof se trouvait b. 1 pieds au-dessus de sa flottaison
normale, et courait risque de chavirer, ce que nous cherchâmes à prévenir en étayant solidement les mâts.
Les vents du nord qui régnèrent en juillet nous avaient quelque peu ramenés vers le sud (au-dessous de 70® lat. N.) ; mais les vents du sud qui se mirent à souffler pendant le mois d'août nous reportèrent vers le nord. Chaque jour s'évanouissait davantage notre espoir d'une débâcle des glaces, bien que nous entendissions souvent, à peu de distance de notre banquise, les craquements caractéristiques précurseurs de la débâcle, et que nous pussions apercevoir au loin des lignes bleuâtres qui nous décelaient la présence de crevasses et de flaques d'eau. Mais nous étions destinés à ne pas pouvoir les atteindre !
Tristement résignés, nous nous préparions déjà à affronter les horreurs d'un second hivernage, avec les terribles pressions des glaces et sans oser espérer un résultat plus heureux pour la fin de ce second hiver, — lorsque notre situation se modilia subitement du tout au tout en notre faveur. Depuis longtemps nous flottibns avec notre banquise dans des parages où jamais homme n'avait pénétré, mais c'était toujours en vain que nos regards avaient cherché la trace de quelque terre inconnue. Aussi fût-ce une extrême surprise et un événement important pour l'expédition, lorsque, le 31 août, nous aperçûmes soudain, à environ 14 milles marins de distance, des terres émergeant au nord au-dessus d'une couche de brouillard. La limite sud de la principale agglomération de terres parraissait se trouver par 80®. En même temps nous vîmes pour la première fois autour de nous de nombreuses montagnes de glaces flottantes.
Nous nous précipitâmes tous involontairement au-devant de ce pays inconnu, — mais notre ardeur devait déjà avoir un frein à la limite même de notre banquise, à un seul mille marin du navire, car d'innombrables crevasses nous coupaient la route de la terre promise. C'était un supplice de Tantale d'avoir devant les yeux pendant des mois un vaste pays inconnu, d*être parvenu à faire une découverte rare dans les annales des explorations arctiques, et de ne point pouvoir atteindre le but si ardemment désiré ! Notre navire continuait à flotter çà et là au gré de la banquise : quiconque eût quitté celle-ci aurait été coupé de ses compagnons, — et probablement perdu.
Enlin, dans les derniers jours d'octobre, nous nous étions
EXPÉDITION PAYKR ET WEYPRECHT. 333
approchés ù li milles marins de dislance d'une Ile située en avant de n e inconnue. Alors, toute hésitatioD cesse.
Noua nous élançoos sur la glace crevassée en mille endroits, nous franchissons les amas de blocs, et nous mettons le pied sur la terre ferme. 79" 54' I , N.
Une couclie de glace d'un pi< d'épaisseur, p de la
oAte, nous indique la prése e ( venant de la Te. s impossible de révisr une tie p : , pi olëe a i e
oâ nous venons d'aborder ! Lane i couvi : ues
d'immenses amoncellemer .s mm iJei < t , telle
qu'elle est, l'Ile n'en a pas moins | i ani i)
portance^ en raison de laque lousjuiaoi n" t
lies découvertes ultérieures le i n du ce .e pro
teur de notre expédition...
Le 32 octobre, la soleil nous avait quittés pour la seconde fois. Toutefois, proDtant des i heures de crépuscule
de la semaine suivante, nous en imes quelques excursions jusqu'à 10 milles marins du ire, mais sans pouvoir nous faire une idée de la conligi uon du pays. Etait-ce un archipel de petites lies comme ce |ue nous avions devant nous? Etait-ce un conlinantï Et d espaces blancs que nous apercevions au milieu des cimes, i t-cedes glaciersîToutn'était que conjecture.
Nos efforis rlevaient naturellement tendre à résoudre ces questions. Malheureusement, la nuit polaire qui dans l'intervaUe nous avait enveloppés nous enlevait toute possibilité d'explorer le pays, et jusqu'au printemps de 187'i les vents du nord pouvaient nous avoir fait depuis longtemps perdre de vue notre découverte. Cependant la fortune continua de nous favoriser. La nuit polaire, qui cette (ois dura cent vingtcinq jours, se passa sans nous causer les mêmes terreurs que la précédente. Nous n'eûmes pas à souffrir de la pression des glaces, et notre navire resta immobile, toujours enchatné à sa banquise, en vue de la côte inconnue.
Celte tournure que prirent les choses eut pour l'expédition un succès décisif. Elle ranima jusqu'à un certain point la confiauce, rendit l'existence moin» pénible et facilita les obsertions magnétiques poursuivies trÈs-consciencieusemenl, durant tout l'hiver, par MM. Weyprecht, Brosch et Orel, Ce dernier rétablit en outre, au moyen de toute une série de déterminations locales, la longitude et la latitude de notre point d'hivernagejquisetrouvaètreparSS' long. E. (ûreenw.) et 79*
334 RÉGION ARCTIQUP. (n*" 470-504.)
51 lat. N. Quant aux expériences d'analyse spectrale applij^j:^ aux aurores boréales, ' dont Téclat a été très-intense doiniit les deux hivers, un appareil que nous avions 2^}po)rté de Mumch s'est montré un peu faible.
Pendant Phiver de 1873-1874, il est tombé énorn^ément plus de neige que Thiver précédent. Les vents du nordi tn^-|réquents, nous valaient toujours des bourrasques qui duraient des journées entières. Lorsque la longue nuit polaire eut ftir teint son maximum, il devint impossible de disUnguor par quoi que ce soit le jour de la nuit : une obscurité absolue npns enveloppa pendant plusieurs semaines. Nous célébrées 9ÎU19 encombre la fête de Noël dans une maison de glace construite sur la banquise. Puis le froid devint plus intense^ et, ooiiln^ Tannée précédente, le mercure resta gelé des semaines dura9t» Les visites des ours blancs étaient aussi plus fréquentes que dans les autres saisons ; ces animaux arrivaient ju3qu^à proiÀr mité immédiate du navire, de sorte que nous pouylQjn^ Iftf abattre en tirant du haut 4u pont.
Les 67 ours blancs que nous tuâmes nous procur^rw) 1 200 livres de viande fraîche, o^esl-à-dire le n^nyao I9 plmf efficace de combattre le scorbut ; de plus, les soins djS DQtff médecin, digne représentant de la Hongrie sous tous le^ ruir ports, et principalement Tinfluence bienfaisante du retour Ju soleil (2^ février), préservèrent )a pluplart de nos Q^adM du danger de longues souffrances» Néanmoins, Tépuisemisilt df plusieurs médicaments nous inspirait des craintes ^érieu|A| pour rêlat sanitaire de Texpédilion, si nous étions o^ndftffîU^ à un troisième hivernage.
Cette considération, puis aussi la triste certitude que not|^ navire flotterait de nouveau tout Télé sur son icdissolublt banquise, et cnfm la probabilité de plus en plus aduÛPSibte que le TeyetiJwf^ soulevé coniiac il Tétait, devrait obavirar k la fonte des neiges, nous amenèrent à prendre la résolutipu d'abandonner le b<llimonl à la iin de mai, et de teut^ notre retour en Europe au moyen de cbaloMpes et de traîneaux.
Mais, en attendant, nous étions décidés à faire de grande excursions en traîneaux pour explorer le pays. Le suecàsde CCS courses dépendait uaLurollenient du hasard. Si le navire était emporté avant le retour des voyageurs, ceux-«i étaient perdus, et Téquipage resté à bord se trouvait sen&ible0)^fl4 diminué. Mais Texploration et Tétude générale du pays mys-
EXPEDITION rAÏBfl ET WEYPKECHÏ. 336
triaus qui s'i:tendait devant iiqub éUient ai imporlaotes pour expédition, que nous r(''^alûmes de tenter l'aventure.
rt^Uâ itiof]^ 41U iiioiâ da mars. Le Umps lilail mauvais, le oid tris- vif, la chaleur da soI«il faible même à midi, mais le» reoilftUiiceii nous forçaient de aans hâter. En consËquencp,
io Bisfs, les TyrttlLcnB H^er et KIoU', les malelola Ca|awdl, Letlis, Posjiisctiel, LukiDOTitcli et moi, nous quittions
navire, acco^upagnûis da trois chiens. Munis d'un gruid idi|e«U, naus parcourons dans la direction du iiord-oue«t la te de la partis occidonlale de notre terre inconnue, nous isons l'ascension des caps montagneux Tegetthof «t Maointock (25ÙO pied;.), cl nous traversons le pittoresque JVorf>sk^U~Fwrd, ienuè par une Morma paroi de glaee,,le >Fd du glacier Sonklar.
Le pays est privé de toulfl traee de vie. Partout des glaciers i^lesquss s'élanceul des profondes Bolitudes des montâtes, dont les massifs s't'd<!Tent en cûnes abrupts et en hauts itaaux. La roche domiii^inte esl la dolérite. Tout est d'une louiasanle blancheur Les étages symétriques des montagnes it l'effet de colossales cristalliBatious superposées et formant 3 séries de colonnades. Nulle part, comme cela a lieu même
Groenland, au Spitïbcrfi et à la Novaïa-Zemlia, la roche ne qioMre avec sa couleur iialurelle. ce qu'il faut attribuer à la Mtensation Je rhumiditi' de l'air sur les parois des rochers. lia humidili^ nous nuit aussi pour l'appréciation des di&i«c«. Leciel, chose rare, est complètement serein. ^BL température excessivement basse qui régna pendant no^e itinion exigeait de notre part d'incessantes mesures deprAitioB. Le thermomètre descendit jusqu'i — kO* K. (à la me heure il marquait — 37° R. à bord du navire). Le fpold ■t surtout sensible la nuit ; nous soudrfmeB aussi beaucoup
fruiehissant le glacier Sonklar, bien qu'il n'y eût qu'un rie soufBe de vent. Tous nos véLements étaient roidia sur ire corps, et du rhum très-fort que nous avions avec nous ablait non-seulement avoir perdu sa force, mais encore ne .8 Ctre hquide.
jlevenus à notre navire le 16 mars, nous fîmes immédiatentnoB préparatifs pour une seconde excursion, qui devait
. Ces deui montagnard» tyrolLen<i avaient Êlé altachéa à l'expédi- ) expressément en vus d'ascensions éventuelles.
336 HKGION ARCTIQUE. (n*^ 470-504.)
durer trente jours et avoir pour but d'explorer retendue du pays vers le nord.
Trois jours après, nous perdîmes un de nos compagnons, le machiniste Kirch, qui succomba à une pulmonie tuberculeuse dont il était atteint depuis longtemps et qui s^était compliquée d'une attaque de scorbut. L'inhumation eut lieu par un violent chasse-neige. Le corps fut déposé entre des colonnes de basalte, et la tombe surmontée d'une simple croix.
Le 24 mars au matin, nous nous remettions en route pour le nord. L'expédition se composait de M. Orel, des Tyroliens Haller et Klotz, des matelots Zaninovich, Soussich et Lukinovitch, et de moi.
Malheureusement nos attelages de chiens s'étaient disloqués; nous ne pûmes prendre avec nous que trois de ces fidèles animaux pour nous aider à tirer notre grand traîneau, dont le chargement pesait 16 quintaux; tous les autres étaient morts ou impropres à ce service. Contre toute prévision, la température ne tomba pas au-dessous de 26° R. pendant toute notre excursion, mais le chasse-neige et Thumidité, ainsi que la rencontre d'une foule de crevasses, et l'eau qui submergeait notre voie, nous rendirent le voyage bien pénible.
Les résultats de cette exploration ne peuvent s'exposer que superficiellement sans le secours de cartes et de croquis pris en route; cela est surtout vrai au point de vue topographique. Il suffira donc, sans anticiper sur le rapport détaillé^ de dire que l'ensemble des terres que nous avons découvertes a la môme étendue à peu près que les îles Spitzberg, et que ces terres se composent de plusieurs agglomérations considérables, coupées de nombreux fiords et entourées d'une foule d'îles. Celle de ces terres située à l'est a reçu le nom de Terre de Wilczek, et celle de l'ouest le nom de Terre de Zichy.
Un immense détroit, VAmtria-Sund, sépare ces masses dans le sens de la longueur; il part du cap Hansa et, se dirigeant vers le nord, se bifurque, par 82 degrés latitude nord, au-dessous de la Terre du prince Rodolphe^ en deux bras dont nous avons pu suivre celui courant au nord-est, et qui est très-large, jusqu'au Cap Pesth^ à l'extrême nord.
La dolérite est partout la roche dominante. Les assises horizontales des rochers, les montagnes qui s'élèvent brusquement (Bn forme de cônes tronqués rappelant vivement les monts d'Abyssinie, donnent au pays un caractère tout spécial. Sous le rapport géologique, son analogie avec la partie nord-est du
nd est éyidi La hauteur moyenne des cimes est
^ à 3 000 pie>.w , c*est au sud-ouest seulement que les s arrivent jusqu'à 5000 pieds. Toutes les énormes déis entre les chaînes de montagnes sont remplies t de dimensions colossales, comme le m ar«
it eii présenter. Nous n'avons pu que
cas, par des mesures direc , Tavanc (
âers. Des éboulis de 100 à j i i i
ide la limite extrême des s. Lie u oe^ s
de Wilczek, ne le cède € en '< I
kboldt dans le eanal de Ke \
^gétation est infiniment a less e du Groen-
a Spitzberg et de la Novaï e^emlia, ii cet égard il ne tère y avoir au monde de t re plus en ^e. Nous avons xé fréquemment du bois \ nt, la p grande partie une date, mais nulle part luant table. Le pays,
on peut bien le suppose • in Dive, et n'a même
Sud) à Texception des ours biai , pour ainsi dire pas ) vie animale.
coup de sites du nouveau pays sont d'une grande beauté, B, comme de raison, avec le caractère des hautes régions es. Il faut citer dans le nombre le StemechSund^ les WûUerstorf, le Cap Clagenfurt^ les Caps Petersen et Kj e la Baie de Lamont.
excursions en traîneau q nous avons faites depuis nt convaincus des diffîci tés que rencontreraient de
expéditions à trouver des ports d'hivernage, car nous i remarqué nulle part de points appropriés à cet effet, nosphère, habituellement trouble au-dessus de la glace, arait rendu toute observation impossible pendant notre
exactement vers le Nord, vers TAustria-Sund, si nous is pas fait Tascension des hautes montagnes, ce qui était irs pour nous le seul moyen d'atteindre les plus hautes ». Aussi, dans maints cas douteux, l'orientation et le le notre route nous furent infiniment facilités lorsque OUnes escaladé successivement le Cap Koldewey (80^ lô'), Francfort (SO*» 25'), le Cap Ritter (80<» 45^, le Cap Kane ')etle Cap F%e/t/ (82° 5').
couché de glace compacte, parsemée d'innombrables ie glace, s'étendait ordinairement d'une terre à une Elle était vis^bl^^^'ent de fraîche date, et coupée de dism distance aes crevasses et de larges barrières de
NNÉE GÉÛOR. Xm. 22
338 REGION ARCTIQUE. (n* 470-504/
4ébris amoncelés (totoiky^ hummocks), qjnQJiovà ne pouYiôiis franchir qu^au prix de pénibles efforts et d^ùné ^ande pértè de temps. A partir du cap Francfort, la ^rte d^entrée de cette immense trouée, notre route s'enfonçait dans les solitudes dont notre excursion précédente ne nous avait pas mèmeréTélè Texisience.
Bref, et. en omettant les détailsi, il suffira de constater que^ longeant l'immense lie Saim^ nous fraaschlmes le 80« dsgré de latitude le 26 mars et le 84« le a avril, et qcie, nop» trouvanty cinq jours plus tard, par 81® 37', bous eûmes la wrtitud^ d'être arrivés^ psur terre plus près du pôle que peraosna a¥ant nous*.
An sud*-est de U; terre du prince Rodolphe, nous étioiu-eiiMs dans un détroit (Sund) de dimensions gigantesques, qui senblait devoir nous iHivrir au loin la route du Nord. Mak MMBf» tombâmes dan^ un chaos de débris de glace à travers lesqn^ nous mîmes plusieurs jours à nous fra^rer la vote aia prfab d'efforts inouïs. La faible intensité horizontale de raig<âle aimantée, dans ces hautes latitudes^ n'était pis sans iMU» induire ausfii parfois en erreur.
Ën^n, le fourUis de bh>cs de glace devenant dé piuB^ en Iftot infraiichissable, nouB changeâmes d« direction et tMbaie»à l'Austria-Sund. Comme partout, nous fîmes la rettcchtre' ée nombreux ours blancs, q«e nous abattion» avec l'advesserdue à un exercice de tous les jours.
Mais nos provi'sions alh^nt s'éptusant et le tenij^ dispeaiM pour notre excursïon au Nord s'écoulait, de rorte que note résolûmes de partager la tâche^ c'est- à^dins de nous sépHrèr et de poursuivre l'exploration, à marches forcées, chacuaéviMlrs côté. Le grand traîneau et nne partie de l'expédition, soQS'kfll ordres du Tyrolien Haller, resta, pafr8P38', àràbrld*im«ï«r0i de rochers (le cap Schrœtter), tandis qu'Orel, ZastiAOVÎBh 6t moi, nous poussâmes phis avant, accompagnés du MÊÈÊèm attefô de chiens.
Notre but immédiat était de traverser, dans la dk^dlloil exacte du nord, la Terre du prince Rodolphe, qfui sl&teAdaèt devant nous. Mais cela ne pouvait se faire qu'en ftsmchift^uft rénorme Glacier Middimdorf, que nous prévoyions bieà ôîre
î . On verra ci-après, dans le résumé de rexpédition du l^olàr^, que les AûiériCàlns avaient sftleint par terre, en 1872, au 62* degré ^ de
latitude.
!ia acoès difflcile. Nous entreprttnes cependant sans délai de marche pénible. Après un voyage fatigant i travers une irains de plusieurs milles d'étendue, nous parvînmes enHb 'i surface même dii glacier. Mats nous avions fmt à peine .8 centaine de pas, que Zaninovicli, les chiens et le traîneau, çaroreutdans une crevasse. Nous réussîmes cependant i i retirer de leur râcheuâe pusilion, grâce k l'un de ces hatds, bien connus des explorateurs de montagnes, qui occooigftutt souvent'Ies plus grande dangers. Bref, nous fûmes p>-)ic(nrem de pou vu ir continuer notre roule le lendemain. Ha gnmd diStour (en doublant k Cap HaberbeTmanT») nous aduÏMt k la cAte onest de la Terro du prince Rodolplie, d'où iir 1» troisième fois noua iwos dirigeâmes vers le nord. Lin chanirement étran^s'étAlLop^rddRns la nature. Ducûtâ nofd, le ciel étaii lourd et de couleur noir Ueuittre. Des MOTS d'nn jaune sale s'amoncalaient sous l'action dti soleil, tenlpérature s'élevait. Lancign s'amodrasait soxis nos piedsf si des vols d'oisea'Jï venant du nord noua avaient déjà sur- 'S pr*c*leiBment, nous fAmea plus élonnde encore de voilparois des rochers de la Terre du prince Rodolphe littéra-* nenlcoiiverlesd'ûise.iux.D'innoiD brûles essaims s'élevaient rt k «oftp et remplissaient l'air dé cris et de joyeux batteints d'ïiles : c'était le retour du temps de la couvaison. Parn aU apercevait des pistas d'ours blanc, de iiëvra et de lard. oies phoques étaient couchés sur la glace. Qudque «aine que fût notre prévision d'fitre à proxiniiBé d'une mer ^i no4 Irisles eipérienoes ne nous en avaieht pas inoin^ ^as^És contre tonleS tes sAductions d'une nter poiaireauverte. ^ imrtir de ce point, notre route n'était plus sftre du tliut. it fle marchions pas sur la couche du glace de l'hiver, mairt ufte mince couche fratcha, d'an ou iteai pouces d'épaisseur, ifCTeusQment llexible et couverte de débris, suite de débi- 1 inlérieureSL NotlS notRaftlAchâmestonsàuno même corde, Ma pftrtant à lui seul sort ferd«au, et nous nom oiivrtmea rbia k Taide Je la hache, cw siWdilnt sans cesse l'épaisseur Ift ghCé. Après itoîr doBhM fAtSm Cap, vériteble volière WfutS'agitait et chrtnbit, iWrtis arritirtesaw» dfeut colonne* AAfes du Sauln Cap. Là erffnmeÂçâOt !» mer libre. .e ptiiBl dé vue était d'uife subUriie beauté. Bu haut d'ime IJTW; on apercevait au loin Liue mer d'un blctr sombre et fslMirfé iHcî fclaiichl's pcrti;» de se-* mo«tagneB de place. De irds nuages flottaient, traversés de temps à autre par des
340 RÉGION ARCTIQUE. (n^ 470-504^
rayons ardents du soleil qui faisaient miroiter la surface d^j eaux;— puis, au-dessus du soleil, un second soleil d*nn écUii plus mat, — et dans le lointain, paraissant s'élever à une hauteur énorme, les glaciers de la Terre du prince Rodolphe, qui se dessinaient en blanc rosé à travers la brume.
Le 12 avril, nous cessâmes de pousser plus avant vers le nord. Le temps était plus clair que les jours précédents. Le , thermomètre marquait — 11^ R.
Notre route par la couche de glace fraîche, près du Smilm Capf était devenue absolument impraticable, âe sorte que nous fûmes obligés de suivre le versant de la montagne. Voulant explorer un champ de neige, nous enfouîmes nos efléts dans une fente de rocher où les ours ne pouvaient les atteindre, et nous nous mtmes en route. Arrivés à une saillie de rocher (le Cap Germaniaj par 81^ 57'), nous laissâmes le tratneaa en arrière. Tous attachés à la corde, nous suivîmes la direction de la côte vers le nord-Bst, et nous traversâmes le champ déneige et de glace. Les crevasses rendaient notre route de plus en plus périlleuse. Aussi, après une marche de cinq heureSiet étant certains que depuis midi nous avions atteint la latitode de 82® 5', nous mimes enfin un terme à notre excursion >n point que nous appelâmes Cap Pligely,
La vue dont nous jouissions de cette hauteur était préoiflèment de celles qui, jugées avec un certain parti pris, ont donné lieu à tant de controverses sur la véritable nature des hautes régions polaires. Un vaste bassin d'eau libre s'étendait le long de la côte. Il était couvert çà et là d'une couche de gtoœ fraîche, tandis que des glaçons flottants de dimenaotf moyennes se dessinaient à l'horizon, de l'ouest au nord-est Toutefois, en prenant en considération la période peu avancée de la saison et le fait qu'à ce moment le vent soufflait de l'ouest, il n'y avait aucune raison de penser que ce bassin dât être moins navigable au cœur de l'été que ces larges flaque^ considérées comme le signe caractéristique de la nature de l'océan polaire. Mais le témoignage d'une heure seule ne suffit pas à renverser des objections nées de tant d'expériences etd0 preuves du contraire. Même abstraction faite de la résistanoo de la glace fraîche, tout ce qu'on aurait pu constater, c'est qu'un navire, se trouvant à la pointe nord delà Terre de Zichyi aurait eu la possibilité d'avancer à 10, à 20 milles vers iB nord, c'est-à-dire aussi loin que notre œil nous permettait de ^connaître les passages à travers les bloc^ flottants. Mais
JiieuiiDaTiren'auniit pu remonterles 100 milles de TAustralia- '(iiid, et l'eût-il fait par impossible, la seule chose qu'il aurait lourëe au delà, c'est la glace compacte. Malgré la brièveté de ma description, je me suis arrêté un ni loDgiiement à. cette observation, parce qu'elle est d'une trêœe importance. Rien ne pourrait nuire davantage aux Ogrts ultérieurs de l'exploration des régions arctiques que fS assertions lancées à la lé^re, lesquelles, jetant le trouble ms les esprits et donnant un nouveau poids à des hypothèses jï condamnées, n'auraient pour effet que de préparer de ares mécomptes auï eiplorateurs trop crédules. Plus important pour nous que la question oiseuse de ta Habilité d'une partie reculée de la mer glaciale était le fait rtain d'avoir découvert de nouveaux pays qui, couverts de intagnes et traversés par un lai^e Sund, avaient pu Être wnnus du sud-ouest au nord-est jusqu'au delà du 83' degré latitude nord. Un imposant promontoire est situé sous cette jtude : c'est le Cap Vienne, le point le plus septentrional la terre connue, et qui appartient à ce territoire que la juae et la gratitude nous ont fait appeler Terre de Peier-
Sans vouloir avancer une tiiéorie relativement à la distribum des terres au pôle ou à une contiguïté delaterredeGillis, . sud-ouest, avec le pays nouvellement découvert, il sera pendant permis de conïtaterquele développement des cAtes, Bsi bien que celui de» glaciers de ce pays, font l'impression tOB vaste agglomération de terres, et justifient ainsi jus- 'à un certain point l'bypothÈse du docteur Hetermann au su- I d'un archipel inter-arc tique. Seulement, sous le. rapport ologique, le nouveau pays montre peu d'analogie avec le Dupe des Iles Spitzberg, et en ofTre plutût, comme je t'ai ; déjà, avec la partie ouest du Groenland. Ca qui est remarquable , c'est la présence d'innombrables igons Holtants dans tous les Sund, tandis qu'ils fout défaut U au sud, dans la mer de Novala-Zemlia. Des faits manquent nr invoquer l'action des courants ; et pourtant l'absence de ices Qoltantes dans la mer de Ko vala-Zemlia autorise la supsition de leur marclie vers le Nord.
Dans la lutte pacifique pour agrandir le domaine de la coniisance de la terre, les différentes nations arborent habiillement leur drapeau au point qui est le Cap non phu ultra moment. C'est ce que nous ffmes, nous aussi, au point ex-
H^ ntom ARCTiQqp.. (h** 470-504 )
irèpM dfl pQtr^ mage du Nçr^J ; If paiyilJftR 4'Aul3npl|0.ï|çc;a»gm a flotté d'emméç plus prè§ du pdlQ que ceu]^ 4^ toutes I^^s
grw
autres nations. Après cette pérémapie, qQU$ 4$ppsj|iQ^ dWP^BS
^pQ fepte ()q roPher uu docmpç^t atle§^Qt optr» prfeBAPe, ^t
te Su4,
prApp k çifîs marges forp^of; i^l; ft T^^ppçe 4^ tPUÏ tapipa^^» la tente et ies providQoa «xcepténs, noua rap}gAliiifi9 Jûiàqt'ât nos pompagnons l^issé9 e& arrière et qui «tteqajaiiepj; (us^p^i^* cernent notre re]^ur. Après 4voir Ixav^W tes gUpierf d^ .^ grande et belje //^ (2e f^^a^purf et flpub)4 le 1^ {Utt^ (80<^ 45') le ^ arril, nûU3 constatâmes avec inquiétude ^luî Vf^o dp la mer imprégnait partout la couche de oeig;e MipmWê^ que le teuips devenait menaçant. Nous uous trqttirioiia ^^d^ ^us 4e Tembouchure du grand Hif^rkham-Smi, Att momiift fie nous coucfier, noq^ entepdîmee distipptegaLeAt le^ criiqHer mei)ts de h prçs^ipn des glaces et te bruit de MsWPJm pei) éloignés.
Le tepdem^in, qou9 ét^^pt r^mis ep route, f^pue opiiff e|M|w çûmes tout k coup» près deis /'«« iïayes, que npu9 nou^ tiipfi* vions en face d^une immense flaque qui nous barrait le ^hiwm «tdont Teau fuyait ayec rapidité vare le uprd ; etnpuy Q^mns pas de bateau I La partie eud de TAuttriar^uod »*4Ûit tniMl'ormée en mer ouverte, et k treiete paç de npue te f egoe taiWt le bord de la glace I
Pour comble de malheur^ une effroyable bPUPresqu^ do MÎgt nous assaillit. Nous rebroussâmes obemin,et« au boni dedêw jours de la marche la plus pénible» nous étions parvanu^ h lourner l'abîme, en longeant d'éuorm^s glaciers. Nous itîOM sauvés. Enfin, la 21 avril, nous arrivions au Cap FVapcCort At nous retrouvions intacte la route de glace qui devait naiia mener au navire. Autre sujet de graves apprébensiofisi k getthof existaiU-il encore? La banquisa sur laquelle il était «nchainé n'avait-elle pas été portée au loin?... Mais lenavina^ait là : nous le retrouvâmes exactement au point où nous t*aTiiii4 quitté, au sud <ie Tlle de Wilczek.
Quelques jours furent consacrés au repos dont nous amaf le plus grand besoin, car la disproportion entre les fatlgiM^ que nous avions éprouvées ^t le r^pos'qua nous avioiM pu nous accorder avait gravement affecté nos forces, taoa être compensée par des suppléments de ration dus à la capture 4% hint our« blancs pendant notre excursion. Nous avions tous
Ué attelés au traîneau do huit ;i dii heures par jour, ne donauit que cinq heures au sommeil.
Au comnienceniont de mai, M. Brosch, le Tyrolien ITallerçt moi, non^ fimes une troisiÈrae eicursion destinile à explorer rOueat, Nousavioas pria le Iraineau eL les cliiens- A kO milles du navire, ayant esoaladû une h^uto montagne, le Caf Briion, gous pûmes juger que te p^a s'étendait Tort loin d)i càté de J'ûccidenl; notre ïue portait environ jusqu'au W» degré 4p longitude est. Le paya est sillonna de uomlireux liords. Les montagoea affectent la forme de cônes tronqués : le sommet CUlminaDt, la Voinle llumboldl, a environ 5,000 pieds. Du o6lé du sud, la mer ëlalt couverte de glai:e compacte, 3'étËnda^t jusqu'à riioriïQn, triste perspective pour nos projets de retour au pays I
Celte excursion terminée, et M. le lieutenant de vaisseau WBjpreelit ayant achevé des travaux de nivellement faits sur la glace ï proximité du navire, notre mission, dans les circonstances données, pouvait Èlva considérée comme remplie, et dèa lors toutes nos pensée n'eurent plus qu'un objet : le retour «a Europe.
^'ou s commençâmes par nous reposer tous, puis nous alliloss visiter la^orobe du compagnon que nous avions perdu, et nouB Hmes ensuite nos adieux au i^ays, qui, pour nous éparfcner un humiliant désenchantement, noua avait, par un giatitwit caprice, (ait cadeau d'une banquise.
Le iO aiai au soir, les pavillons étaient cloués au navire et BOiu commencions notre voyage de retour. Notre équipement '^Uit bi«n chùlir, car les circonstaoces noua commandaient de ^noiuer k tout comfort. Cliacun de nous n'emportait, outre te fiètementg qu'il avait sur le corps, qu'une unique couverture 'our affronter la rigueur des nuits. Nos moyens de transport onsiataient en quatre canota sur patina et trois grands trai- «aui avec des chargements de dU-sepl quintaux et demi chann, ■— provisions, munitions, etc., pour trois ou quatre mois. ^1 amas de neige nous forcèrent d'abord â faire jusqu'à trois oi> le mémo trajet, obligée que nous étions de Uîsser une «rtie du convoi en arrière et de noua réunir en nombre sufinot pour l'aire avancer l'autre partie. Puis, arrivés à la li- Dite de la glace solide, il nous fallut des efibris inouïs pour l^rec le transport des traîneaux et des canots de banquise en ïanqutse, et leur faire traverser les solutions de continuité da la giflcp. Par malheur, dns vent'! pprsistanls du sud réduisaient
presque à néant nos faibles progrès, de sorte qu^au bout d( deux mois nous ne nous trouvions qu*à deux milles allemandt de notre navire I Nous en étions à nous demander si, après une lutte inutile contre dMnvincibles obstacles, nous ne retoum< rions pas au navire pour affronter un troisième hivernage, cette fois sans espoir de salut !
Dans rintervalle, la glace étaît devenue entièrement com ^'
' pacte, et à plusieurs reprises nous dûmes passer une semaine -^^ entière sur un fragment, attendant qu^un canal voulût bieir^ '^ s'ouvrir.
Enfin, dans la seconde moitié de juillet, les vents toumè — -^ rent au nord, et il se forma des chenaux et des flaques au milieudes glaces. De longues pluies vinrent en outre amollir la glace^ de sorte qu'en vingt jours nous réussîmes à franclùr 60 milles, tantôt en nous aidant de la hache ou du harpon, tantûl ramant, tantôt même hissant les voiles. Pendant le tn^éL^^ nous acquîmes la certitude qu'aucun navire n'aurait pu pénè— ^ trer cet été jusqu'à la terre nouvellement découverte.
Au commencement d'août, l'état des glaces nous fit préToii* que nous approchions de la mer ouverte, ce qui ranima tout à coup nos espérances. Il est vrai qu'immédiatement après nous nous voyions de nouveau emprisonnés pour cinq jours. Notre libération eut lieu le 13 août, et le lendemain nous arrivions à la limite des glaces sous la latitude étonnamment élevée de 77^ 40'. A partir de ce moment, nous crûmes au salut» et cM en effet seulement et uniquement à l'état favorable des glaces à cette latitude que nous devons notre retour. Notre sortie^ glaces a donc été le dernier acte de toute une série d'heureuses conjonctures auxquelles nous sommes redevables d'avoir échappé aux dangers qui nous menaçaient, et auxquelles aussi il faut attribuer nos succès.
C'est par le plus beau temps que nous entrâmes dans la mer ouverte et que nous longeâmes la côte occidentale de la Novaia- Zemlia. Le 18 août nous mettions de nouveau le pied sur la terre ferme, à la presqu'île de l'Amirauté, et le 24 (donc au bout de quatre-vingt-seize jours de voyage), nous trouvions, dans la Dunen^Baiy le schooner russe Nicoldi (capitaine Féodor Voronine), qui nous accueillit, nous naufragés, avec la cordialité qui distingue le peuple russe.
Une courte traversée nous amenait bientôt à Vardoe, en Norvège, où nous débarquions le 3 septembre 1874. C'est à trois heures de l'après-midi que nous mettions le pied sur ce
Ol hospitalier — et cela avec toute la satisfaction que peut aiiser ht délivrance après tant de doutes et de privations.
L'expédition du navire américain le Polaris.
Le 12 mai 1873, le navire mixte la Tigresse arrivait à laint-Jean de Terre-Neuve, avec des naufragés du PoloriSf qui furent transportés de là à Washington par le teamer le Frolic, Une enquête fut faite par les soins du linistre de la marine pour connaître la cause de la mort û capitaine Hall, commandant du Polaris^ et les événelents survenus aux dix-neuf personnes abandonnées sur 3 glaçon, depuis leur séparation du navire (15 octobre 872) jusqu'au 30 avril 1873, jour de leur samvetage. Voir notre précédent volume, p. 371.) C'est un extrait .u rapport de cette commission d'enquête que donne 4. Blarez (ci-dessous, n° 496 de la Bibliographie).
Nous en reproduisons seulement la conclusion :
La mer Polaire libre décrite par Kaneet Hayes n'est en réaité qu'un golfe d'une grande étendue, formé par Ja brusque uverture, vers le N., du canal Kennedy, et qui comprend à 0. la baie de Lady Franklin, et à TE. un vaste bras de mer, e 22 milles de large à son entrée, et qui sans aucun doute 'enfonce considérablement vers le S. E. Sa longueur n'a pas té déterminée, et M. Mayer pense que ce pourrait bien n'être utre chose qu'un détroit se reliant au golfe François-Joseph e l'expédition allemande et hanséatique, et formant la limite eptentrionale du Groenland. Ce bras de mer fut appelé le bras u Sud. Au N., du même côté, est l'échancrure de la côte nomaée baie Polaris par le capitaine Hall, par 81*38 N., et dans aquelle son navire hiverna. La pointe Nord de cette baie fut ippelée cap Lupton; la pointe Sud n'a pas encore été baptisée.
Après le cap Lupton, la côte court au N. E. et forme la rive orientale d'un nouveau canal de 25 à 30 milles de large, ounrant en dehors du golfe dont nous venons de parler; c'est ce 'anal qui fut appelé par le capitaine Hall détroit Robeson, La
likè RÉGION ARCTIQUE. (N*' 470-50(l.)
cùIq Ouest, au N. de la terre de GrinneU, n'a* pas enpor^ de nom. Au N. E. du cap Lupton, par 81° 57', est un long hras de mer que le capitaine Hall baptisa du nom de baie Newman; il nomma sa pointe Nord cap Hrewoort et la pointe Sud Summer Ileadland, Du cap Brewoort la terre continue à courir au N. E. jusqu'au f)ort Repuise, par 82** 09', le point le plus élevé en latitude où l'expédition ait pu arriver par terre.
A partir d'une élévation de 520 mètres au port R^pulsQ la côte Est da canal Robeson se continue vers le N. E. jqsqu'^ la fîn de ce canal, puis tourne à l'E. et au S. E.; elle se perd dans cette direction, mais déjà plus dans le S. que le point d'observation. On ne découvre aucune autre terre dans le N.Ë., mais la côte occidentale continue à courir droit au N. et parait se terminer à une pointe haute dont la latitude est estimée
M. Meyer dit que, par un temps clair, de la hauteur du port Repuise il a distingué, droit dans le N.,' une ligne brillaiîte k peu près circulaire, que d'autres observateurs ont en} être de la terre, mais il pense que cette ligue indique la mer libre.
Ainsi, la détermination certaine des limites de cq qu^on supposait antérieurement être une mer libre ; la découverte du bras du Sud du détroit Robeson et d'un vaste espace de mer dans le N. de ce détroit; Texamen et le plan de la côte Est faits jusqu'à 82'' 9' N. ; l'examen à la vue un peu plus loin pour la côte Est, et beaucoup plus loin pour la côte Ouest ; le fiiit d'avoir conduit le Polaris^ sous vapeur, jusque par 82* 16' IS., latitude beaucoup plus élevée que celle qu'on avait jamais espéré atteindre; la rectification des erreurs du docteur Hayes dans le traci* do la côte Ouest et de celles du docteur Kane dans le tracé de la côte du Groenland : tels sont, en somme, les résultats frêographiques et hydrographiques atteints dans le voyage du Polaris.
Une note insérée dans ï American Journal of science, mai 1874, p. 327, résume ainsi les résultats scientifiques de l'expédition :
1. Le Pulais a touché à 82^ 16'N. : c'est la plus haute latitude qu'unnavire ait jamais atteinte. — Le témoiguage (lu capit. Buddiugtou est très-précis, quant ^ Timpoesil)ilité de pousser le navire plus au Nord que le point où il sVst arrêté.
2. Il a été mis tout à fait hors de doute que le Kennedy Ghannel est parfaitement navigable.