‹ L'Année géographique (volume 5)Chapitre 49 sur 425 · ROUTE NOUVELLE EN MONGOLIE · texte numérisé non relu

ROUTE NOUVELLE EN MONGOLIE

1432 mètres aii-dessus du niveau de la mer d'après Tanéroïde. D'AnviJile, d'après les PP. Jésuites, a placé sur rOnghïn le signe hypothétique de Karakoroum; toutes les enquêtes 4^ jVf. EUas près des Mongols au sujet d'un site avec des ruines furent sans résultat. Aucun de ceux que le voyageur interrogea n'avait la moindre idée de l'existence de ces ruines, ni sur TOnglnn, ni, plus au nord, sur l'Orkhon où les met le colonel Yulc, d'après Abel Rémusat. Nous reviendrons tout à l'heure sur ce point.

Après avoir dépassé l'Onghïn, la ligne de route suivie par le voyageur allait directement à l'ouest, en longeant les pentes méridionales du mont Kliangaï. D'espace en evspace on avait à franchir des cours d'eau, ({ui vont au sud se perdre dans la plaine aride du Gobi. Ici le guide déserta la caravane avec le meilleur chameau. M. Elias eut maintenant à trouver seul son chemin jusqu'à Ouliassoutaï, première ville delaDzoungarie chinoise, place dont le séparait encore une distance au moins de 300 milles (560 kilomètres).

Le 16 octobre on atteignit le Touï, une des rivières du désert dont il a^té question tout à i'iioure ; M. Elias y vit les restes d'une ville qui servait de centre commercial dans ces cantons, et qui fut abandonnée vers la lin du dernier siècle à cause de la difficulté de s'y procurer du co^4>ustible. C'est précisément do celte époque que date la fondation d'Ouliassoutaï et de Khobdo, devenues à leur tour des places de trafic dans cotte région occidentale de la Mongolie. Le 20, après une marche de 85 milles, on arriva au Baïtarik, rivière large et rapide ([ui n'avait guère que deux pieds d'eau, mais ([ui en a phis do six en été, à l'époque de la fonto dos noigos dans la montagne. Le pays est excessivoniont rudo ot arido; c'est dans ce canton principalement que se trouvent l'âne et le cheval sauvages de la Mongolie. Le chemin que l'on suivait

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laisse au sud, à la distance d'une cinquantaine de milles^ une rangée de hautes montagnes appelées Sirké, et au nord d'autres montagnes appelées Ourtch. Avant d'atteindre la vallée d'Ouliassoutaï, on eut à franchir des montagnes dont le col neigeux est à une altitude absolue* de 8500 pieds anglais (2590 mètres); le 2 novembre on entra dans la ville. Ouliassoutaï, d'après les observations de M. Elias, est par 47® 46' de latitude N., et 94'' 22' 20" de longitude à ITS. du méridien de Paris. Cette détermination, comme celle de Koueï-houa-tchhing, est précieuse en ce qu'elle confirme^la position que la place occupe sur la grande et belle carte de la Mongolie construite en 1833 par Klaproth, l'illustre orientaliste, d'après les matériaux chinois combinés avec les matériaux russes.

Ouliassoutaï est le lieu de résidence du gouverneur chinois des provinces de la Tartarie occidentale; il accueillit fort bien le voyageur, et lui donna un guide jusqu'à Khobdo. Quoique Ouliassoutaï ne soit qu'à une altitude de 1737 mètres, le climat y est très-rude et la végétation chétive. La population, garnison comprise, est d'environ 4000 âmes.

L'état de trouble où était le pays, par suite des incursions des insurgés musulmans qui jettent en ce moment un tel désarroi dans tout l'empire, avait obligé M. Elias de renoncer à son plan de se rendre à Kouldja; il partit pour Khobdo le 10 novembre, et y arriva seulement le 28^ La ville venait d'être saccagée par les Musulmans; tous les Chinois avaient été massacrés, sauf la garnison retranchée dawi le fort. On aura une idée de la terreur qu'inspirent les Tounganis ou ÎDoungans (c'est le nom sous lequel on désigne les Musulmans soulevés contre la domination mandchoue), ot do la défens:* que les Chinois

1. Altitude ahsolupj c'est-à-dire au-dessus du niveau do la mer, et non pas seulement de la plaine environnante.

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leur opposent, quand nous dirons que la garnison chinoise, qui était de 1500 hommes, infanterie et cavalerie, avait été prise d'une folle panique à la seule vue dos Tounganis qui n'étaient que 300, et que ceux-ci se retirèrent sans avQir perdu un seul homme après avoir mis à sac une ville qui renfermait 6000 habitants.

M. Elias quitta Khobdo le 3 décembre pour gagner Suok, poste chinois sur la frontière, à 180 milles de Khobdo par un pays montagneux. Il traversa un col dont Tî^titude est de 2774 mètres, d*oii Ton voyait se dresser, au nord et au sud, plusieurs pics couronnés de neige, dont l'un ne doit pas avoir une hauteur moindre de 3800 à 4000 mètres. Quatre jours après avoir quitté Suok, on arriva au premier poste russe. Le 4 janvier 1873, M. Elias était à Biisk, d'où le voyageur gagna Om.sk, puis Saiul- Pétcrsbourg et Londres.

« Durant ce long voyage, M. Elias a relevé avec ini très-grand soin son itinéraire depuis Koueï-houa-tchhing jusqu'à Suok, sur la frontière russe, ce qui représente une ligne de 1340 milles. Outre le point de départ, soigneusement fixé par une série d'observations astronomiques pour la latitude et la longitude absolue % les distances et les directions ont été relevées avec grande attention d'étape en étape, et l'itinéraire s'appuie en outre sur dix observations de latitude et deux de longitude. Le voyageur rapporte aussi une f^rie comi)lète de relevés d'altitude, donnés par l'anéroïde et par l'observation du point d'ébnllition de l'eau. >> C'est ainsi que s'est exprimé \o ])résident de la Société de Géographie de Londres, en remettant au voyageur la médaille d'or que la Société lui a décernée. Tous ceux qui suivent avec intérêt le progrès de

1. Nous avons dit en quoi cette détermination a un grand prix; mais en fajt eHe ne change rien aux positions antérieures. C'est ce qu'aurait dû faire remarquer le savant président de la Société do Géographie de Londres.

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nos connaissances dans ces régions attendent mainteiiant avec impatience la publication complète de cette importante relation.

S 7. Quelques éclaircissements sur Karakoroum.

Karakoroum, la vieille capitale mongole du treizième siècle, dont M. Ney Elias se proposait de rechercher le site, — quoique sa recherche, comme on Ta vu, paraisse s'être bornée à des informations sans résultat, — mérite <|uc nous lui consacrions quelques lignes. Et tout d'abord, nous ferons remarquer que la vraie forme du nom pourrait bien être Karakhàrîn, à en juger par la transcription chinoise Ko-la-ho-lïn, mot qui dans l'usage commun s'est contracté en Holïn. Aucun voyageur jusqu'à présent n'a retrouvé l'emplacement que la ville occupait, et cet emplacement n'est déterminé d'une' manière précise par aucun texte. Les missionnaires jésuites, qui, au commencement du dix-huitième siècle, ont rovisé et coordonné la carte de Tempire de Kang-hi, supposèrent un peu arbitrairemont que Karakoroum avait dû être située sur l'Onghln, vers le centre du Gobi, et c'est là que d'Anville l'a placée d'après eux dans son élaboration des cartes des Jésuites ])our le grand ouvrage do Duhaldc ; mais Abel RémùsMtî, (£ui a repris la question en 1825 dans un mémoire spéci&I, est arrivé à cette conclusion, que la capitale du fondateur de l'empire mongol devait être située beaucoup plus au nord que les Jésuites mathématiciens ne l'avaient supposé. Il a établi d'une manière extrêmement probable que Karakoroum était sur l'Orkhon supérieur, afQuent considérable de la haute Sélinga (rivière qui va déboucher dans le sud de liaïkal), au milieu du pays bien boisé et bien arrosé qui forme au nord le versant septentrional du plateau de la Mongolie. Cette position se trouve veirs le 46* degré | de latitude. C'est vers ce point que devront

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porter les recherches des explorateurs. Au surplus, le colonel Yule a fiait remarquer avec beaucoup de justesse que les ruines, si elles existent encore, sont probablement peu importantes ; tout au plus, peut-être, les vestiges de la muraille en briques qui entourait le palais du Khan. La ville elle-même, d'après la description que nous en ont laissée les religieux qui furent envoyés vers le grand Khan au milieu du treizième siècle, était très-petite, et seulement formée d'une muraille en terre battue, bien qu'au rapport de Rubruquis elle renfermât douze pagodes, deux mosquées et une église. Mais toutes ces constructions n'étaient sûrement pas formées de matériaux bien durables.

Il convient d'ajouter que Karakoroum n'avait pas été fondée par Djinghiz-khan, comme on l'a souvent répété. Le jésuite Visdelou, dans son Histoire de la Tartarie (1779), a donné un bon résumé de rhistoire de cette cité célèbre, tiré des sources. Karakoroum, a-t-il dit, existait avant Djinghiz-khan, qui y établit le siège de son empire en Tannée 1220. Ce ne fut donc ni lui ni son fils Ogotaï qui la bâtit. Mais ce dernier, dans la septième année de son règne (1235), la fit environner d'un mur d'opceinte et y fit construire un palais. C'est là que furent reçus Jean du Plan Carpin, envoyé du pape Innocent IV, en 1245, et Rubruquis, ambassadeur du roi Louis IX, en 1253. Karakoroum servit de kfiun-balif/h., c'est-à-dire do résidence impériale aux quatre premiers successeurs do Djinghizkhan; mais Koublaï-khan, qui fut le cinquième, n'eut pas plutôt été proclamé Grand Klian, qu'il transfi'ra en Chine le siège de l'empire. Ceci arriva en 1260. Karakoroum se vit dès lors déclioir de son rang de capitale ; et cette déchéance fut suivie de sa ruine complète, en 1289, dans une guerre contre Koublal-khan. La ville fut relevée en 1312; mais on peut bien supposer qu'elle ne recouvra jamais sa première splendeur, et sa chute définitive s'est

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accomplie obscurément, sans laisser un souvenir parmi les tribus d'une contrée pastorale.

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