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EXPÉDITION DANS LE HAUT BASSIN DU NIL

226. Lettres et communicatioos dans les journaux anglais, Times, Daily Tefe^rap/i, etc., répétées ou résumées dans les Highways de Londres, les MtUkeiiungen e Potermann, les journaux français, le Cosmos de Turin, etc.

Parmi les expéditions qui se poursuivent actuellement dans les parties inexplorées ou mal connues de Tintérieur de l'Afrique, il en est une dont on attendait à court délai de très-grands résultats, et qui les a donnés en partie : c'est celle de M. Samuel Baker, aujourd'hui sir Samuel. Les journaux anglais, depuis quelques semaines, ont retenti du nom de l'explorateur dont le sort a inspiré un moment de vives inquiétudes, et qui est sorti à son honneur d'une hasardeuse aventure. L'entreprise de M. Baker était plus qu'un voyage : c'était une véritable expédition, une expédition armée, partie d'Egypte sous les auspices du khédive, diiiis lu but do poursuivre jusqu'aux dornièros extrémités du haut Nil les bandes organisées pour la chasse aux esclaves. On a voulu mettre fin aux horreurs de ce trafic sanguinaire. M. Baker, pour assurer ce résultat , devait prcmh'e possession , au nom de l'Egypte, du pays qui s'étend au-d(^ssus de (joiidokoro, vl } installer une administration niilitainî; une petite armée do douze à quinze cents liomnies, et. une flottille de bateaux a vapeur, avaient été mises sous ses ordres. Ex-

SIR SAMCBL BAKER. 191

ffantaur «ufli aU& qa'intrépide, M. Baker n'avait pas oublié liM intérêts de la science. Muni de bons instru- OMiits pour Mft obsenrationfl astronomiques et physiques, eiqportant avec lui une barque qui pouvait s'assembler et ae démonter aisément pour la facilité du transport, il eoaptait pénétrer jusqu'au lac qu'il a entrevu dans son voyage de 1864 et auquel il a donné le nom d'Albert Nyaaza, et en compléter la reconnaissance.

M. Baker, dans ses lettres, fait connaître les difficultés qne loi ont suscitées les propres sujets du khédive , les figyptiens du Soudan, tous plus ou moins intéressés dans la eommereo des esclaves. <c II n'y a pas un sujet du vicerai dans le Soudan, écrivait-il au mois de septembre 1§79, qui ne soit en faveur du commerce des esclaves; aiiBsi tout le monde a conspiré pour arrêter les progrès de l'expédition. »

Nous avons raconté, dans nos deux précédents volumes, les événements qui ont signalé le début de l'entreprise, de la fin de 1869 au commencement de 1871 (voir le t. IX, de V Année géographique ^ p. 254, et le t. X, p. 99). Parti le premier de sa station d'hivernage, vers la fia 4e mars 1871, il arriva à Gondokoro le 15 avril, et y fut rejoint cinq semaines plus tard par sa ilottille. Se trouvant dès lors en étal d'agir, il prit officiellement possession du pays (dont les Baii sont les habitants indigènes), donna à la bourgade de Gondokoro le nom d'Isninïlia en l'honneur cju khédives, y installa une soilo d'administration provisoire, et somma les chefs des territoires environnants de reconnaître; le gouvernement égyptien. Mais les Bari, peu disposés, naturellement, h. accepter une domination inconnue, et qui d'ailleurs étaien' travaillés par les chasseurs d'esclaves, se préparèrent à la réaietance.

C'est ici que commencent les dangers sérieux qn."- M. Baker a rencontrés dans son entreprise.

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Pendant une absence qu'il avait faite, six cents hom-mes, près de la moitié de son armée, furent renvoyés à Khartoum comme malades, et bientôt il vit ses forces réduites à cinq cents hommes. Les meneurs secrets espéraient le condamner ainsi à l'inaction, sinon au retour ; mais Baker opposa à ce complot une indomptable énergie.

Laissant une partie de ses forces à Ismaîlia, il se tourna contre .les Bari avec deux cents hommes et les réduisit; puis il se décida à pousser immédiatement ses opérations dans le sud contre la troupe concentrée des chasseurs d'esclaves, dont le centre principal était une localité du nom de Fatiko, par 3® T de latitude N. d'après une observation de M. Baker, à cent soixante et un milles (deux cent cinquante-neuf Ttilomètres) au S. d'Ismaïlia.

Dans cette campagne, sir Samuel eut à lutter contre la force ouverte et contre la trahison. Une fois, un des chefs du pays du S. tenta d'empoisonner Tarmée entière au moyen de grandes jarres de boisson envoyées sous couleur d'hospitalité ; une autre fois il est attaqué à Timproviste dans son camp, où il se reposait sur des protestations d'amitié du roi voisin, A un moment, il se vit dans une position presque désespérée , sa troupe sensiblement ré duite, entouré d'ennemis et ses communications coupées. A force d'énergie et de sang-froid il s'est tiré de tout, et pour le moment du moins il a .pu regarder sa tâche comme accomplie. De retour à Khartoum le 29 juin 1873, il écrivait en Angleterre à la date du 2 juillet : « J'ai tout laissé en bon ordre. Le gouvernement est fortement établi dans mon territoire. Les indigènes payent la taxe du blé ; . les chasseurs d'esclaves sont expulsés du pays. Il y a dans les eaux du fleuve Blanc onze steamers en croisière pour arrêter au passage toute cargaison d'esclaves, w.

Sir Samuel Baker était de retour au Caire le 23 août,

«r«e lady Baker, qui depuis le premier jour a partagé les btigues et les dangers de son mari. Le seul regret de M. Baker et le nôtre , c'est qu'au milieu des circonstances difficiles où il s'est trouvé placé, le côté scientifique de l'expédition ait été forcément très-réduit. Quoique M. Baker ait remonté jusqu'à Masindi, terme extrême de son expédition, à l^ 45' au nord de Téquateur et à une trentaine de kilomètres seulement de TAlbert-Nyanza, il n'a pu aller jusqu'au lac. Les renseignements que M. Baker a reçus de quelques marchands indigènes sur l'extension du M'voutan-Nzighé (l'Albert^Nyanza) dans la direction du sud, n'ont aucune valeur sérieuse après la reconnaissance que Livingstone et Stanley ont faite de Textrémité nord du Tanganlka, à la fin de novembre 1871 (voir le tomeX de V Année géographique, p. 13); nne expédition européenne peut seule résoudre les derniers doutes qui restent encore sur l'hydrographie do eette grande région lacustre.

La voie est maintenant frayée, et à moins d'incidents imprévus, l'exploration de ce grand bassin de l'Albert- Nyanza ne saurait être bien éloignée. Il n'est pas impossible qa'elle soit réservée à M. Baker lui-même.

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